07.11.2009

"Délit de solidarité" : une épicière de Mulhouse condamnée

Eric Besson avait promis qu'il n'y aurait jamais de poursuites pour délit de solidarité. Sonia Celebi vient d'être condamnée à un mois de prison pour aide à séjour irrégulier : elle hébergeait un homme qui risque l'incarcération à perpétuité dans son pays d'origine.

Manifestation contre le délit de solidarité (Sipa)

Manifestation contre le délit de solidarité (Sipa)

Sona Celebi a été condamnée par le tribunal correctionnel de Mulhouse à un mois de prison avec sursis pour aide à séjour irrégulier et travail dissimulé, a fait savoir son avocat, vendredi 6 novembre.
Avec son mari, Sona Celebi, épicière à Mulhouse, a accueilli à son domicile un ressortissant turc, Mehmet Comut. Cet homme se trouvait sans titre de séjour et sa la demande d'asile à la France a été rejetée à trois reprises.
Un agent de l'Urssaf l'avait trouvé derrière le comptoir de la petite épicerie de quartier lors d'un contrôle au mois d'août.

Menacé de mort


Mehmet Comut avait alors affirmé qu'il donnait "un petit coup de pouce" au magasin "de façon tout à fait occasionnelle" et de sa propre initiative.
"Il ne travaillait pas chez moi", a indiqué Sona Celebi, jeudi lors de l'audience où elle était soutenue par le "comité Comut" qui réunit des représentants locaux de la Ligue des droits de l'homme, de RSF 68, de la Cimade ainsi que du PCF et du NPA d'Olivier Besancenot.
Maître André Chamy a fait valoir que le couple Celebi s'était comporté avec cœur en soutenant, malgré ses faibles revenus, une personne menacée de mort en cas de retour dans son pays. "Il n'y avait aucun lien de subordination même ressenti", selon l'avocat. Le journal L'Humanité rappelle que Mehmet Comut, militant du TKP-ML, Parti communiste marxiste-léniniste de Turquie, a été condamné à mort en 1996 par la cour de sûreté de l’État d’Istanbul, une peine commuée depuis en réclusion à perpétuité.

Promesse d'Eric Besson


Maître André Chamy a jugé aberrant que la préfecture demande un certificat d'hébergement à Mehmet Comut et qu'on s'attaque ensuite à ceux qui l'hébergent "alors que le ministre de l'Immigration Eric Besson a affirmé qu'il n'y aurait jamais de poursuite pour délit de solidarité.
Le tribunal a condamné l'épicière pour aide au séjour irrégulier d'un étranger en France, emploi d'un étranger démuni d'autorisation de travail et travail dissimulé. Le parquet a essentiellement fait valoir le risque d'une exploitation de la vulnérabilité de personnes en situation irrégulière qui travaillent sans protection sociale.

Mi-mandat

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Sondages de l'Elysée : MAM contre une commission d'enquête

Dans une lettre envoyée au PS, la garde des Sceaux estime qu'il n'est pas dans les attributions des commissions d'enquête de s'intéresser à ce qui se passe à l'Elysée.

La ministre de la Justice, Michèle Alliot-Marie

 

La ministre de la Justice, Michèle Alliot-Marie

(c) Reuters

 

La commission d'enquête réclamée par le PS sur les sondages de l'Elysée "n'entre pas dans le cadre défini par la Constitution", a fait savoir vendredi 6 novembre la garde des Sceaux, Michèle Alliot-Marie, dans une lettre dont l'AFP a eu copie.
Dans sa lettre, envoyée au groupe PS à l'Assemblée et au président de l'Assemblée, Bernard Accoyer, la garde des Sceaux précise "qu'aucune poursuite judiciaire n'a été engagée sur les faits ayant motivé le dépôt de cette proposition".
Mais "je me dois toutefois d'appeler votre attention sur le fait que cette commission d'enquête n'entre pas pas dans le cadre défini par la Constitution", ajoute-t-elle.
La garde des Sceaux s'appuie sur deux articles de la Constitution (51-2 et 24), selon lesquels une commission d'enquête parlementaire ne peut intervenir que pour "évaluer les politiques publiques" et "pour l'exercice des missions de contrôle et d'évaluation" du gouvernement.

"Problème de fond"


En clair, en vertu de la séparation des pouvoirs, la ministre de la Justice exclut la possibilité d'un contrôle parlementaire sur la présidence de la République.
"L'objet de cette commission" est en outre "évidemment étranger à l'évaluation des politiques publiques", explique Michèle Alliot-Marie.
Formellement, il revient au président de l'Assemblée nationale de déclarer l'irrecevabilité d'une demande de commission d'enquête parlementaire.
Dans la matinée, le directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, Christian Frémont, avait déclaré que le principe d'une commission d'enquête "posait un problème de fond" car "elle ne s'inscrirait pas dans le cadre prévu par la constitution pour la création de commission d'enquête".

Le déficit de l'Etat a plus que doublé en un an

Il atteignait 125,8 milliards d'euros fin septembre contre 56,6 milliards d'euros douze mois plus tôt.

Le déficit du budget de l'Etat français a plus que doublé pour atteindre 125,8 milliards d'euros au 30 septembre, contre 56,6 milliards d'euros un an plus tôt, une évolution qui s'explique par le coût de la crise et du plan de relance, a annoncé vendredi le ministère du Budget.

Cette dégradation s'explique par «le poids de la conjoncture économique sur l'évolution des recettes et, à hauteur de 29,9 milliards d'euros, par l'effet des mesures du plan de relance», détaille le ministère dans un communiqué.

Ces chiffres sont conformes avec les prévisions du gouvernement, fait valoir le ministère. Il table sur un déficit de l'Etat de 141 milliards d'euros sur l'ensemble de 2009.

Au 30 septembre, les recettes du budget général de l'Etat ont atteint 169,7 milliards d'euros, contre 221,6 milliards un an plus tôt. Les recettes fiscales nettes ont connu une «baisse marquée» de 47,9 milliards sur un an pour atteindre 156,8 milliards, conséquence de la crise économique.

Les dépenses totales de l'Etat ont en revanche augmenté, passant de 255,9 milliards au 30 septembre 2008 à 263,9 milliards au 30 septembre 2009.

06.11.2009

Trou d'air de Sarko: le Figaro à la rescousse

La machine Sarkozy est grippée. Le sondage de l'Ifop montre une nette chute de popularité. Heureusement des amis fidèles du Figaro savent mettre de l’huile dans les rouages…



Le Figaro, lui aussi, est prêt. Toujours prêt. (capture écran: Lefigaro.fr)
a tangue de toute part pour Nicolas Sarkozy. Mais dans les moments difficiles, il est des amis fidèles sur lesquels on peut toujours compter. Ce bon camarade du jour : un sondage Ifop pour l'hebdomadaire Valeurs actuelles. Il s’agit-là de la première étude prenant en compte une possible candidature de Dominique de Villepin en 2012. Quand le chef de l’Etat est crédité de 28% d’intentions de vote « si le premier tour de l’élection présidentielle avait lieu dimanche prochain » (sic), l’ancien Premier ministre, lui, pointe à 8%. Assez pour que Valeurs actuelles face sa « une » sur « Villepin le dynamiteur ».

Mais ce qui est bien avec les amis fidèles comme les sondeurs, c’est qu’ensuite, quels que soient les chiffres pondus, d’autres amis fidèles peuvent s’en emparer et leur faire dire ce qu’ils veulent. C’est le cas du Figaro (l’ami fidèle par excellence) qui, sur son site, hier, faisait une analyse très personnelle (mais pourtant pas signée) de cette enquête d’opinion : « Nicolas Sarkozy peut être rassuré. Malgré un bilan à mi-mandat critiqué par une majorité des Français, il reste en tête dans les intentions de votes pour la présidentielle de 2012. C'est ce qui ressort d'un sondage Ifop riche en enseignements, à paraître jeudi dans Valeurs Actuelles. Le chef de l'Etat y est crédité de 28% des voix. C'est trois points de moins que son score de 2007 (31,18%), mais assez pour conserver son rang de champion naturel de la droite. » Ouf ! Ce n'est pas Nicolas Sarkozy qui peut être « rassuré », c'est nous qui le sommes !

Pas assez ? Charles Jaigu en remet une couche aujourd'hui dans l’édition papier, lui qui a eu droit, hier, aux confidences du Roi fort bien décryptées ce matin par Daniel Schneidermann: « [Nicolas Sarkozy] sait que sa popularité est en baisse — il perd six points dans un sondage Ifop pour Paris Match , mais il sait aussi qu'il peut encore compter sur le soutien de ses électeurs. Un autre sondage Ifop pour Valeurs actuelles le place loin devant ses concurrents, en cas de premier tour d'une élection présidentielle, avec 28 % des voix. »

Mais au-delà de l’interprétation que fait le Figaro du premier sondage Ifop, il reste comme à chaque fois certaines questions en suspens. Comment a été fait le choix des prétendants à l’Elysée apparaissant dans ce sondage ? Si Villepin est candidat, pourquoi dans ces conditions faire apparaître Martine Aubry seule et non pas Ségolène Royal ou Dominique Strauss-Kahn ? Pourquoi comptabiliser les voix qu’attireraient Marie-George Buffet et Olivier Besancenot et pas celles dont pourrait se prévaloir Jean-Luc Mélenchon ? Pourquoi tester Cécile Duflot et pas un écolo-médiatique comme Nicolas Hulot ? Il reste encore un peu plus de deux années devant nous avant l'élection présidentielle. Les sondages de cet acabit vont se multiplier. Les questions de méthode reviendront, inévitablement. Mais finalement peu importe le flacon, pourvu que — comme au Figaro — on ait l’ivresse des chiffres… D'ailleurs, la reprise des copains de Valeurs Actuelles — dont le groupe Dassault est l'actionnaire unique — coûte moins cher que les études d'OpinionWay... (1) 

(1)
...qui se raréfient dans le quotidien conservateur (tiens c'est vrai, au fait, pourquoi?)


L'Elysée envisage un remaniement après les régionales

Il y aura "vraisemblablement un remaniement" ministériel après les élections régionales de mars 2010, a déclaré la présidence. Cependant, il ne concernerait pas le portefeuille du Premier ministre.

Gouvernement (AFP)

Gouvernement (AFP)

Il y aura "vraisemblablement un remaniement" ministériel après les élections régionales de mars 2010, a-t-on appris mercredi 4 novembre auprès de l'Elysée.
"Après les régionales, il y aura une nouvelle étape. Et vraisemblablement un remaniement", a-t-on déclaré.

François Fillon ne serait pas remplacé


Selon l'Elysée, lors de cette "nouvelle étape" de son quinquennat, le chef de l'Etat compte s'attaquer à trois réformes concernant le cinquième risque (dépendance), les retraites et la justice.
Un remaniement en 2010 ne concernerait pas nécessairement le poste de Premier ministre, a-t-on souligné. "Il faudra étudier les résultats des régionales", a-t-on ajouté.
De même source, on a exclu l'éventualité d'un remplacement de François Fillon dans la période actuelle.
Pour Nicolas Sarkozy, "on ne change pas de Premier ministre comme ça. On ne répond pas à une crise économique majeure en faisant un remaniement", a-t-on déclaré.

Sondages de l'Elysée posent un problème de "fabrication de l'opinion"

C'est ce qu'affirme Didier Migaud, président PS de la commission des finances de l'Assemblée nationale, alors que le budget de la présidence a été examiné ce jeudi par sa commission. L'Elysée reconnaît que son recours aux sondages présentait des "anomalies".

Elysée (Sipa)

Elysée (Sipa)

Le président PS de la commission des finances de l'Assemblée nationale, Didier Migaud, a jugé jeudi 5 novembre que les comptes de l'Elysée étaient "de plus en plus transparents" mais que les sondages commandés par la présidence de la République posaient un problème de "fabrication de l'opinion".
"Je trouve que les comptes de l'Elysée sont de plus en plus transparents, il y a des contrôles de la Cour des comptes, la commission des Finances, son rapporteur spécial Jean Launay font leur travail et l'Elysée répond", a déclaré Didier Migaud sur LCI, alors que le budget de l'Elysée doit être examiné ce jeudi par sa commission.

Commande de l'Elysée


"Ce qui me pose davantage de problème, par exemple sur la question des sondages, c'est pas tant que l'Elysée commande des sondages, c'est tout le processus de fabrication de l'opinion, notamment en certaines périodes tout à fait particulières, juste avant les élections", a-t-il ajouté.
Alors que le PS réclame une commission d'enquête sur le coût des sondages élyséens, Didier Migaud a estimé qu'il fallait plutôt se pencher "sur ce problème de tentative, de tentation de fabrication de l'opinion publique à partir de sondages très ciblés"
Selon lui, il faut dire clairement que ce sont "des sondages commandés par l'Elysée pour telle ou telle raison alors que ça apparaît comme pouvant être commandé par tel ou tel journal".
Quand au deuxième avion de la présidence de la République, contesté également par le PS, il a jugé qu'"il faut bien un avion pour le président de la République". "Il y a des questions de fond qui me paraissent beaucoup plus importantes", a-t-il dit.

Factures


Après avoir dépensé sans compter pour des sondages, via des procédés controversés, l'Elysée dit avoir corrigé ces "anomalies" en 2009, indique Libération, dans son édition de jeudi. Ce qui revient à admettre que les habitudes de la Présidence en la matière posaient problème. Elles avaient d'ailleurs déjà été épinglées, en juillet dernier, par les inspecteurs de la Cour des comptes.
Le quotidien revient sur ces fameuses pratiques qui avaient cours en 2008, en s'appuyant sur la liste des factures de conseils et de sondages de l'Elysée de l'année dernière, qu'il s'est procurée avant qu'elle ne soit rendue publique ce jeudi en commission à l'Assemblée nationale.
Ces documents ont été transmis par le directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, Christian Frémont, au député socialiste Jean Launay, rapporteur de la mission "pouvoirs publics", précise Libération.

Jackpot pour Patrick Buisson


Les dépenses en conseils et sondages de l'Elysée pour 2008 s'élèvent au total à 3,28 millions d'euros.
Dans le détail, les documents dont fait part Libération révèlent que Publifact, le cabinet d'études de Patrick Buisson, le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, a vendu à l'Elysée pour environ 1,1 million d'euros de sondages d'OpinionWay. L'institut de sondage indique, lui, qu'il a vendu à Publifact en 2008 des études pour un montant de 190 000 euros au total. La marge réalisée par Patrick Buisson, qui touche déjà 120 000 euros net par an pour son travail de conseil à l'Elysée, serait donc de 910 000 euros. Selon Christian Frémont, Patrick Buisson touchait ces 910 000 euros pour "son travail de conception des questions, d'analyse des tris et verbatim, et de rédaction des rapports remis au Président", rapporte Libération.
Pour rappel, le rapport de la Cour des comptes avait révélé en juillet que l'Elysée avait versé en 2008 1,5 million d'euros à Publifact, dont 392 288 euros concernaient des études réalisées par OpinionWay qui étaient identiques à celles publiées par LCI et le Figaro.

Ipsos également grassement payé


L'institut Ipsos n'a pas récupéré les miettes, loin de là, souligne Libération : il a reçu 900 000 euros pour seulement 15 études. Une préférence justifiée et par l'Elysée et par l'institut par des "habitudes de travail", indique le journal.
La société GiaccomettiPéron a quant à elle touché 700 000 euros en 2008, indique le quotidien. Or il s'agit de la société de Pierre Giaccometti, conseiller de Nicolas Sarkozy, et ancien responsable d'Ipsos. Il se défend toutefois d'avoir incité le président à travailler avec Ipsos.

Ménage


2009 aura été l'année du ménage : le contrat avec GiaccomettiPéron a été ramené à 43 500 euros nets par mois en mars, conclut Libération. Patrick Buisson ne s'occupe plus des sondages depuis juillet, remplacé à cette fonction par l'ex-publicitaire Jean-Michel Goudard. L'Elysée a en outre lancé un appel d'offres mi-octobre pour ses futurs prestataires de sondages sur "l'image et l'action du président".
Tous ces changements sont la preuve, souligne l'Elysée, que les "anomalies" ont été corrigées.
Mais pour le socialiste Jean Launay, "quelque chose cloche dans ce monde des sondages". Il se demande, rapporte Libération, "si ces dépenses ne sont pas reportées autre part". Les députés socialistes, qui demandent une commission d'enquête parlementaire sur le sujet, depuis cet été, n'ont toujours pas reçu de réponse, rappelle le journal.

L'effet Brice

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Rama Yade candidate PS aux régionales ? "De l'humour"

Benoît Hamon affirme à nouvelobs.com que l'idée de la vice-présidente PS de la région Île-de-France de proposer la tête de liste socialiste à Rama Yade dans les Hauts-de-Seine est "une plaisanterie".

Rama Yade (AFP)

Rama Yade (AFP)

Rama Yade tête de liste PS aux régionales ? L'idée avancée par Michèle Sabban, vice-présidente PS de la région Île-de-France, était "de l'humour", selon le porte-parole du PS, Benoît Hamon, interrogé par nouvelobs.com. "C'est une plaisanterie de Michèle Sabban. Franchement, vous y avez cru ? Ce n'est pas sérieux. Ce serait une construction des plus baroques...", a déclaré Benoît Hamon. "Je crois que Michèle Sabban voulait embarrasser Rama Yade en appuyant là où ça fait mal, puisque la secrétaire d'Etat est en ce moment dans une position un peu délicate au sein du gouvernement. L'ouverture au PS se conçoit sur des bases politiques, nous n'allons pas à la pêche aux personnalités", a poursuivi le porte-parole.
Marie-Pierre de La Gontrie, porte-parole de campagne de Jean-Paul Huchon, est sur la même ligne : "C’était une plaisanterie. C’est de toute façon évidemment hors sujet, car cela n’a aucun sens politiquement. Rama Yade est une adversaire politique, notamment comme élue des Hauts-de-Seine.Elle soutient la politique de Nicolas Sarkozy que nous combattons, en France, en Ile-de-France et dans les Hauts-de-Seine. Elle en est d'ailleurs l'une des figures emblématiques", soutient-elle dans un communiqué.

"Asile politique"


Une "plaisanterie" qui a duré toute la journée car Michèle Sabban a confirmé au Post et à l'AFP une information du Canard Enchaîné selon laquelle elle envisageait de proposer à la secrétaire d'Etat aux Sports d'être tête de liste socialiste aux régionales, dans le département des Hauts-de-Seine. "Nous accordons à Rama Yade le droit d'asile", déclarait Michèle Sabban dans l'hebdomadaire satirique. "Les dirigeants de l'UMP peinent à lui trouver un point de chute pour les régionales. Elle est élue à Colombes, dans les Hauts-de-Seine, et je sais sa proximité avec certains socialistes. Pour toutes ces raisons, je lui promets le meilleur accueil."
Conseillère municipale de la ville de Colombes, Rama Yade souhaitait se présenter dans les Hauts-de-Seine pour les régionales, mais l'UMP lui réserve plutôt le Val d'Oise. Une dirigeante UMP avait été jusqu'à déclarer qu'elle ferait plus "couleur locale" dans ce département.
Multipliant les prises de parole à contre-courant de la majorité, taclée par Nadine Morano, recadrée par François Fillon hier, Rama Yade semble de plus en plus sur un siège éjectable au gouvernement. Alors qu'on lui demandait combien de temps Rama Yade resterait secrétaire d'Etat au Sports, le porte-parole du gouvernement Luc Chatel a répondu : "c'est au président de la République et au Premier ministre d'en décider".

05.11.2009

«Chirac Jacques», simple citoyen devant la justice

Il y a quelque temps déjà une convocation de l’alors Président de la République par un juge d’instruction avait fait scandale. Dans le formulaire habituellement utilisé dans ce cas, il était fait usage de son nom suivi de son prénom, comme pour tout citoyen. Inadmissible pour nombre d’élus, fidèles soutiens de leur coreligionnaire. Que dans notre révolutionnaire pays le roi républicain soit traité comme un simple manant choquait la cour.

Maintenant qu’une juge, après des années d’obstruction du pouvoir politique au plus haut niveau, après une suspension de 10 ans de la procédure pour cause d’immunité présidentielle dudit Chirac Jacques, prononce une ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel du fait des charges qui pèsent sur lui, une partie du milieu politique s’émeut en avançant des arguments spécieux:

•    L’ex président serait trop vieux. Comme si la loi pénale prévoyait que les «trop vieux» ne pouvaient plus être poursuivis. Comme si à 12 ans d’immunité présidentielle devait succéder une immunité d’âge par ailleurs nullement prévue dans le code pénal. Comme si les délinquants «âgés» ne violaient jamais la loi;

•    L’ex-président aurait rendu bien des services à la nation. Comme si toutes les célébrités: cinéastes, sportifs, mannequins, hommes politiques, de par leur seul notoriété, se voyaient pardonnées d’avance toute atteinte à la loi pénale. A ce train là il faudra libérer de l’application de la loi tous les ingénieurs, ouvriers, soldats, médecins et fonctionnaires qui ont consacré leur vie professionnelle à des tâches utiles pour la nation;

•    Le renvoi de l’ancien chef de l’exécutif devant le tribunal correctionnel nuirait à l’image de la France. Cet argument revient à accorder à vie une immunité totale à tout membre du gouvernement ou du parlement ou à tout français célèbre au seul motif que cela  fait mauvais genre pour la France d’afficher qu’un de ses représentants pourrait être un délinquant. C’est alors tout le combat contre la corruption dans les milieux économiques et politiques que l’on va abandonner, car, par essence, ce sont bien les puissants qui détiennent les moyens de la corruption. En tout état de cause ce sont d’abord les mœurs politiques claniques de notre pays qui nuisent à son image;

•    Trop de temps a passé depuis les faits. Cet argument est déjà pris en compte dans le code de procédure pénale sous le nom de prescription: dans cette affaire des emplois fictif de la ville de Paris elle a déjà très légalement et très largement joué son rôle au bénéfice des mis en examens, en effet, certains faits étant prescrits ils ne seront pas poursuivis pour ceux-ci. Et n’oublions pas que, si la procédure a duré, c’est que bien des entraves ont été placées au pied des juges qui enquêtaient sur ce citoyen si puissant et que l’immunité présidentielle a bloqué la procédure pendant 10 ans.

Les propos gênés, au sujet  de Frédéric Mitterrand, de Jacques Chirac ou de Roman Polanski, qui caractérisent les commentaires sur ses vieilles affaires concernant de vieux messieurs, sont la marque d’un vieux fond élitiste qui considère que le pardon est plus accessible aux puissants. Pas de panique, Chirac Jacques ne risque en réalité au pire qu’une peine avec sursis qui n’aura aucun influence sur sa carrière politique déjà passée, à la différence de ce qui s’est produit pour son fidèle Alain Juppé.

Finalement les républicains veulent que leur ancien Président s’explique sur ses violations présumées de la loi pénale et que, le cas échéant, il présente ses excuses. Nous, simples citoyens, le pardonnerons sans doute alors, parce que nous aurons constaté que la loi qui est votée, et doit être appliquée au nom du peuple, l’aura été. Il n’y dans tout cela aucun populisme, simplement la conception d’une justice égale  pour tous.

Dominique Barella

Ancien membre du Conseil Supérieur de la magistrature

http://lajustice.blogs.liberation.fr/barella/2009/11/chir...

Nicolas Sarkozy plus inaudible que jamais

Plan cancer, EPR, remous dans la majorité, le navire sarkozyste prend l'eau de toutes parts. Juan fait le récit de ce début de semaine agité.



Dailymotion - Public Sénat
Plus ça va, plus j’ai envie, du fonds de mon coeur et de ma conscience, de dire aux Français, la vérité
Nicolas Sarkozy, lundi 2 novembre.

Ce jour-là, Nicolas Sarkozy a repris son bâton de pèlerin. Depuis des semaines, il tente de concentrer le débat politique sur des sujets à son avantage. Après « l’identité nationale française », l’agriculture, voici le tour du cancer. Lundi, il a rapidement présenté son plan de lutte, 750 millions d’euros supplémentaires, ponctionnés on ne sait où, pour intensifier la lutte contre la maladie. Puis, il est retourné au Cap Nègre. Mardi 3 novembre, il se repose. Son agenda officiel est vide. Le jour même, trois autorités européennes qualifiaient d’insécure le projet d’EPR.

Personne ne contestera l’utilité d’un plan Cancer. On peut simplement s’interroger pourquoi Sarkozy a tant attendu : 30 mois de présidence, et quelques franchises médicales plus tard, quelle surprise d’entendre notre Monarque découvrir que : «La lutte contre le cancer est un enjeu majeur pour la France. Chaque année, on estime à 350.000 le nombre de malades. Les cancers sont devenus depuis 2004 la première cause de mortalité. C’est une cause nationale, et c’est une cause sur laquelle le président doit s’engager.» Le monarque a proposé de consacrer 750 millions d’euros de dépenses «nouvelles » sur 4 ans : « C’est un effort très important que fait notre pays dans le contexte actuel.»
Sauf contre-ordre, ces 750-millions-d’euros-sur-4-ans seront donc prélevés sur d’autres crédits. Lesquels ?
Dans le détail, Nicolas Sarkozy a annoncé des objectifs, sans préciser les moyens. A charge à Roselyne Bachelot et aux parlementaires de faire le boulot.

Premier objectif, concernant la recherche : « cinq sites de recherche pluridisciplinaire seront labellisés par l’Institut national du cancer »; Sarkozy annonce aussi qu’il souhaite voir consacrer 15% du budget de la recherche prévu dans son plan à l’analyse des risques environnementaux et comportementaux, et que les recrutements de chercheurs spécialistes (oncologues, radiothérapeutes, hématologues) doivent être augmentés.
Second objectif, réduire les inégalités face à la maladie : «Celui qui a un cancer parce qu’il est issu d’un mileu social défavorisé a le droit de me rappeler à l’idéal républicain. C’est une priorité absolue. [...] Nous prendrons en compte la réduction des inégalités face au cancer dans toutes les mesures du plan.» Puisqu’il faut faire de l’affichage, Sarkozy va faire organiser une « journée pour l’activité physique. » Pour un Monarque victime d’un malaise vagal en joggant en plein soleil en juillet dernier, la phrase est cocasse: «Il y aura une Journée nationale de l’activité physique. Un plan contre le cancer qui passerait à côté de ce que permet, pour la prévention, l’activité physique, serait incomplet.»
 
Dernier volet, Nicolas Sarkozy revendique la hausse (insuffisante) de 6% des prix du tabac en janvier prochain. Toutes les organisations anti-tabac ont accusé le gouvernement d’avoir cédé aux pressions des lobbies du tabac... En septembre dernier, Christine Lagarde expliquait même qu’il n’y avait aucun plan d’augmentation des prix du tabac...

Grand oublié du discours présidentiel, les dégâts environnementaux n’ont pas fait l’objet d’une moindre allusion quant à leur impact sur la progression des cancers en France : amiante, malbouffe, nucléaire, etc... Ces sujets restent tabous en Sarkofrance. Le Réseau Environnement Santé (RES) a ainsi regretté que ce nouveau Plan cancer ait « encore oublié l’environnement ». Hasard du calendrier, les déclarations du Monarque furent rapidement occultées par de nouvelles révélations, quelques heures plus tard, concernant les failles de sécurisation des deux EPR en construction, l’un en Finlande, l’autre en France. C’est vraiment pas de chance, Monsieur le Président ! Le coup est rude pour Sarkozy, qui avait fait du nucléaire l’un de ses arguments diplomatiques majeurs, tant pour la balance commerciale du pays que son propos pseudo-écologiste, depuis son élection en 2007.

Lundi en effet, les autorités de sûreté nucléaire française (ASN), britannique et finlandaise, dans une déclaration commune, ont émis de sérieux doutes sur la conception du système de contrôle-commande des réacteurs EPR de troisième génération. Chacun de ses EPR coûte 3 à 4 milliards d’euros pièce ! Un ministre, anonyme, a déclaré que cette alerte ferait perdre deux à trois ans à la mise en place des EPR... Les inquiétudes des autorités ne sont pas minces: elles portent sur « le système de sécurité utilisé pour piloter le réacteur en cas d’incident et son indépendance vis-à-vis du mécanisme de contrôle en fonctionnement normal »: « La complexité de l’architecture proposée par EDF rend difficile l’élaboration d’une démonstration de sûreté satisfaisante » a expliqué l’ASN. « La conception d’EPR, telle que proposée initialement par les exploitants et le fabricant, AREVA, n’est pas conforme à ce principe d’indépendance dans la mesure où il y a beaucoup d’interconnexions complexes entre les systèmes de contrôle et de sûreté. »

Un courrier a été adressé également à EDF.

N’en déplaise à Sarkozy, la « majorité » présidentielle se porte politiquement mal. Son discours sur le cancer, plombé par cette polémique sur les EPR, n’a pas suffi à calmer les ardeurs rebelles de certains. Dimanche, la fronde d’une vingtaine de sénateurs contre la réforme de la taxe professionnelle a fait grand bruit. Même Frédéric Lefebvre n’avait pas trouvé les mots, le lendemain, pour éteindre la polémique. Lundi, Alain Juppé a affiché son soutien aux opposants : supprimer la taxe professionnelle, d’accord; mais sans garantie de péréquation territoriale bien définie, pas question ! Eric Woerth s’est énervé: «Le budget, c’est maintenant, donc la réforme de la taxe professionnelle ne peut pas attendre. Cette réforme est faite pour les entreprises».Autrement dit, circulez, y'a rien à voir !

Lundi encore, Henri Guaino a mobilisé une soixantaine de députés en faveur d’un « grand Grand Emprunt » d’au moins 50 milliards d’euros. Le Grand Emprunt, c’est le projet d’Henri Guaino. Transformer le surendettement public en projet collectif et populaire, une véritable ambition ! Les deux présidents de la commission chargée d’élaborer des propositions d’investissements « stratégiques » pour utiliser le fruit de cet emprunt, Michel Rocard et Alain Juppé, n’avaient pas joué le jeu en répétant à qui voulait les entendre que le montant de l’emprunt devait rester modeste...Il fallait réagir !

Mardi, François Fillon a taclé, lors de la réunion hebdomadaire du groupe UMP à l’Assemblée Nationale. « Souvent agacé par la médiatisation des conseillers élyséens », comme le rapportait Le Parisien, le premier ministre s’est exclamé: «Le pouvoir exécutif était totalement en dehors de cette démarche. Les conseillers du président ne font pas partie du pouvoir exécutif !» Il a été, paraît-il, très applaudi par les députés UMP présents. «Je suis inénervable donc je ne m’énerverai pas...»

De son côté, Rama Yade a répondu à Nadine Morano. Les deux secrétaires d’Etat se sont chauffées. Nadine reproche à Rama d’avoir critiqué la taxation des droits d’image des sportifs (environ 3000 personnes fortunées concernées). Elle lui a conseillé de se taire ou de partir. Rama Yade a rétorqué : « En politique, on ne répond pas en descendant à ce niveau-là. »

Mardi, Christian Estrosi s’est emmêlé l’orthographe: la Poste sera « imprivatisable ». On saura être conciliant avec les légèretés grammaticales assumées de l’ancien champion. Sur le fonds, on restera vigilant. Un ministre des Finances dénommé Sarkozy avait en son temps expliqué aux salariés de GDF que leur société ne serait jamais privatisée... On sait ce qu’il en est advenu.

Un plan cancer occulté par une polémique sur le nucléaire, des Umpistes divisés sur la fiscalité locale... les polémiques se suivent et se ressemblent en Sarkofrance : Nicolas Sarkozy reste inaudible.

La popularité de Sarkozy dévisse en novembre

La cote d'approbation de l'action du chef de l'Etat chute de 6 points à 39% par rapport au mois précédent. Il s'agit, selon l'Ifop, de "son plus mauvais résultat depuis son élection".

Nicolas Sarkozy et Carla Bruni (Sipa)

Nicolas Sarkozy et Carla Bruni (Sipa)

Le tableau de bord politique de l'Ifop pour Paris-Match, à paraître jeudi 5 novembre, indique que la cote d'approbation de l'action du président Nicolas Sarkozy est en chute de 6 points à 39% en novembre par rapport au mois précédent, et celle de son Premier ministre François Fillon de 3 points à 49%.
L'action de Nicolas Sarkozy est approuvée par 39% (-6) des personnes interrogées, 60% (+5) étant d'un avis contraire. 1% ne se prononce pas.


67% pensent que l'opposition ne ferait pas mieux


Selon l'Ifop, il s'agit de "son plus mauvais résultat depuis son élection", car "jamais" il n'était "descendu au-dessous de 41% d'approbation".
S'agissant de l'action de François Fillon, 49% (-3) l'approuvent, 50% disent le contraire et 1% ne se prononce pas.
Concernant la satisfaction à l'égard de l'action présidentielle à mi-mandat, 63% (-9) des personnes interrogées se disent mécontentes contre 37% (+ 9).
60% des sondés (-5) estiment que Nicolas Sarkozy n'a pas tenu les engagements pris durant sa campagne, contre 39% (+4).
Enfin pour 67% (-1) des personnes interrogées, l'opposition ne ferait pas mieux que le gouvernement actuel si elle était au pouvoir. 32% (+1) pensent le contraire.

- Enquête réalisée par téléphone du 29 au 30 octobre auprès d'un échantillon de 1.001 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas).

Besson et l'identité nationale

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L'idée d'Hortefeux «totalement inapplicable»

La proposition d'instaurer un couvre-feu pour les mineurs délinquants suscite de vives réactions dans l'opposition mais aussi de la part des policiers et magistrats.

La suggestion du ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux d’imposer un couvre-feu pour les délinquants de moins de 13 ans est accueillie avec scepticisme.

Tandis que côté politique, Martine Aubry (PS), qui juge qu'on se «moque du monde», se retrouve accusée de «non assistance à enfant en danger» par Frédéric Lefebvre (UMP), les policiers et les magistrats, eux, voient mal comment mettre en œuvre la mesure.

«C’est inapplicable», pour Nicolas Comte, secrétaire général de l’Union SGP-FO/Unité police (1er syndicat de gardiens de la paix) «car le gouvernement s’est engagé dans une diminution des effectifs» de police.

«C’est une idée séduisante mais comment va-t-on faire pour l’appliquer?» et «avec quels moyens?», renchérit Jean-Claude Delage, secrétaire général d’Alliance (deuxième syndicat de gardiens), en évoquant lui aussi une «réduction d’effectifs» et une «surcharge de missions» pour la police.

«Incantatoire et de démagogique»

«C’est une mesure de bon père de famille qui va rassurer la population» mais «il faut nous donner les moyens, notamment juridiques, de pouvoir l’appliquer», a ajouté Patrice Ribeiro, secrétaire général-adjoint de Synergie (deuxième syndicat d’officiers de police).

La mesure «ne fera ni chaud ni froid aux mineurs délinquants», assure Nicolas Comte. «Que fera-t-on des mineurs délinquants de moins de 13 ans qu’on ne peut mettre en garde à vue à l’heure actuelle?», demande Patrice Ribeiro.

La présidente du Syndicat de la magistrature (SM, classé à gauche) Emmanuelle Perreux tient aussi la proposition du ministre pour «totalement inapplicable», jugeant que celle-ci s’inscrit «une fois de plus dans une politique répressive».

Hélène Franco, juge des enfants pendant sept ans au tribunal de Bobigny, qualifie la proposition de Brice Hortefeux d’«incantatoire et de démagogique». La magistrate pose la question: «Comment reconnaître les enfants délinquants dans la rue?»

04.11.2009

Sarkozy affronte le Parlement européen pour sauver Hadopi

Le Parlement européen veut accorder à chacun le droit à une décision de justice avant toute coupure internet, ce qui n'est pas pour arranger les affaires de la loi Hadopi II. Corinne Lepage nous raconte les tractations sarkoziennes pour faire revenir le Parlement sur sa décision.



Parlement Européen - cc
Affrontements discrets, mais qui n’en sont pas moins âpres. Les députés européens et les ministres de l’Union se livrent actuellement une véritable bataille pour l’adoption du « Paquet Télécom», ensemble de textes qui créent un cadre législatif européen pour les télécommunications électroniques.
Nous sommes au stade dit de la conciliation, étape de la dernière chance pour trouver un accord entre le Parlement européen et le Conseil des ministres.
 
Les débats se cristallisent en réalité sur une seule et unique disposition  du rapport de Mme Trautmann. Cette disposition vise à garantir qu’aucune restriction ne puisse être imposée aux droits des utilisateurs d’internet sans décision préalable d’une autorité judiciaire. Cette garantie contenue dans l’amendement n°138 a été votée à une majorité écrasante par le Parlement européen le 6 mai dernier, sans les voix de la quasi-totalité des députés UMP. Soucieux d’éviter un nouveau camouflet après la censure partielle de la loi Hadopi, le gouvernement français a convaincu les autres Etats membres de rejeter la proposition du Parlement européen.
 
Le Conseil menace désormais de faire tomber l’ensemble du paquet législatif. Ce paquet se révèle certes imparfait, notamment sur la neutralité du net, mais il contient plusieurs avancées au profit des consommateurs. Surtout, il repose sur un équilibre extrêmement précaire, fruit de laborieuses négociations. Face à l’intransigeance du Conseil, les deux principaux groupes politiques du Parlement, les conservateurs et les socialistes, souhaitent aboutir à un compromis.
C’est dans ce contexte que le Rapporteur, Mme Trautmann, a présenté un amendement dans lequel chacun peut y trouver une partie de ce qu’il souhaite, mais qui, pour cette raison, n’est pas satisfaisant. Il tente en effet de décrire ce que sont les garanties d’une procédure judiciaire sans jamais utiliser le mot tribunal.
 
Le groupe de l’Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l’Europe (ADLE) et des Verts ont défendu une position extrêmement ferme en demandant a minima de réintroduire le terme «préalable » dans le texte. Cette mention garantirait que toute procédure de sanction fasse impérativement l’objet d’une décision judiciaire préalable. Nous serons très attentifs lors de la prochaine réunion du comité de conciliation à laquelle je participerai, le 4 novembre prochain, pour que le Parlement tienne bon face au Conseil. Nous ne devons pas céder. Notre ligne rouge est simple : Le citoyen doit avoir droit à une décision de justice avant toute sanction. Les négociateurs du Parlement peuvent compter sur notre plein soutien pour protéger les droits citoyens face aux manœuvres dilatoires des ministres et la volonté de la commission d’imposer une procédure plus ou moins expéditive, en violation du droit d’accès qui doit être considéré comme un droit fondamental dans la société du XXIème siècle.

Débat sur l'identité : une "manœuvre" indigne, pour Valls

Le député PS Manuel Valls et l'ancien conseiller de Lionel Jospin Aquilino Morelle accusent Nicolas Sarkozy d'instrumentaliser la question de l'identité nationale pour "séduire les électeurs du FN" et "déstabiliser une gauche (…) mal à l'aise avec ce sujet".

Manuel Valls  (AFP)

Manuel Valls  (AFP)

Dans une tribune parue dans Le Monde daté de mercredi 4 novembre, le député-maire PS d'Evry Manuel Valls et Aquilino Morelle, ancien conseiller de Lionel Jospin à Matignon accusent le président Nicolas Sarkozy de "manipulation" électoraliste, de "manoeuvre" indigne et de "faute morale et politique" à la suite du lancement du débat sur l'identité nationale.
"Un grand débat sur l'identité nationale : en prenant cette initiative, Nicolas Sarkozy vient de commettre une faute morale et politique", écrivent-ils, tous deux "fils d'immigrés réfugiés espagnols", comme ils le rappellent.

"Référence transparente à l'idéologie de Vichy"


Manuel Valls et Aquilino Morelle dénoncent les "arrière-pensées" du président de la République et l'accusent de lancer cette question "comme on jette un atout sur une table de jeu", de "l'instrumentaliser dans le but se séduire les électeurs du Front national, avec l'espoir secret de déstabiliser une gauche censée se trouver mal à l'aise avec ce sujet, et cela à quelques mois d'élections régionales qui s'annoncent serrées".
"Avoir recours à ce qui est une manoeuvre, tout cela n'est pas digne", écrivent-ils.
"Et comment qualifier la provocation consistant à faire référence de façon transparente à l'idéologie de Vichy, si ce n'est de perverse?", demandent-ils.
Selon eux, "le risque est trop grand de blesser les consciences personnelles et, au-delà, la conscience nationale. En regard de ce risque, le gain électoral escompté est méprisable".
"La France est un alliage et son identité est mêlée". "Que cette identité soit précieuse nous l'affirmons. Qu'elle doive être défendue, nous en convenons. Qu'elle soit manipulée, nous le refusons", concluent-ils.

Taxe pro : Sarkozy sermonne Raffarin

"Une chose est certaine : la démarche que vous avez eue, ce n'est pas formidable", a lancé le chef de l'Etat à l'ancien Premier ministre après avoir annoncé son refus de voter "en l'état" la réforme de la taxe professionnelle.

Nicolas Sarkozy et Jean-Pierre Raffarin (Sipa)

Nicolas Sarkozy et Jean-Pierre Raffarin (Sipa)

Après François Fillon qui a taclé  Rama Yama et Henri Guaino, c'est au tour du chef de l'Etat de tirer les oreilles à sa majorité. Jean-Pierre Raffarin a été sermonné par Nicolas Sarkozy, mardi 3 novembre lors d'une réunion à l'Elysée, après sa fronde sur la réforme de la taxe professionnelle, ont rapporté à l'AFP plusieurs participants. Le président, qui recevait les membres de la direction de l'UMP, a vertement reproché à l'ancien Premier ministre d'avoir annoncé son refus de voter au Sénat la réforme en l'état, dans une tribune publiée par le Journal du Dimanche.
"Une chose est certaine : la démarche que vous avez eue, ce n'est pas formidable", a lancé le chef de l'Etat, en allusion au texte co-signé par 23 autres sénateurs, inquiets des modalités de compensation de la suppression de cette taxe pour les collectivités locales. "Est-ce que vous en aviez parlé avant au président ? Non. Au Premier ministre ? Non. Au secrétaire général du parti ? Non", a martelé Nicolas Sarkozy. "Une autre chose est certaine, c'est qu'elle ne sert pas notre famille, non plus".

"Un océan de fébrilité"


"Quand il y a des réformes, c'est difficile. Seulement chacun doit y mettre du sien", a-t-il rappelé à Jean-Pierre Raffarin, qui était présent en tant que premier vice-président du conseil national de l'UMP.
"Il y a autour de nous un océan de fébrilité. Moi, je serai, quoi qu'il arrive un îlot de solidité. Ce n'est pas une tribune qui infléchira ma décision", a ajouté le président, en réaffirmant sa volonté d'aller jusqu'au bout. "Ca ne sert à rien de dramatiser les choses. La réforme de la taxe professionnelle, elle se fera, parce qu'on ne peut laisser faire les délocalisations", a-t-il poursuivi, selon des participants.
"Il n'est pas question de tergiverser sur un engagement que j'ai pris et sur une réforme qui est indispensable à l'économie française", a insisté le chef de l'Etat.


"Un rappel à l'ordre assez hard"


L'ancien Premier ministre a fait profil bas durant ce "rappel à l'ordre assez hard", selon un participant. "Il n'y a pas eu d'éclat de voix, mais quand les choses sont dites calmement, c'est parfois plus dur encore", a ajouté un responsable de l'UMP.
"Sur la méthode, Raffarin a bien compris qu'il était en porte-à-faux avec l'équipe dirigeante et il a promis qu'il n'y aurait pas de problème au Sénat", lors de l'examen de la réforme", a précisé ce responsable. Lors de la réunion, l'ancien Premier ministre a expliqué, selon des participants, qu'il avait juste voulu exprimer une "tribune de conviction", soulignant qu'il en avait déjà publiée auparavant sur le thème de la décentralisation.

C.V anonymes?

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Rama Yade refuse de s'abaisser au "niveau très bas" de Morano

Critiquée par Nadine Morano, la secrétaire d'Etat aux Sports réplique qu'elle refuse de s'abaisser au "niveau très bas" de sa collègue du gouvernement.

Rama Yade a vu sa marionnette faire son entrée aux "Guignols de l'info", lundi soir sur Canal +

Rama Yade a vu sa marionnette faire son entrée aux "Guignols de l'info", lundi soir sur Canal +

Rama Yade a vivement répliqué à Nadine Morano, lundi soir 2 novembre, en déclarant qu'elle refusait de s'abaisser au "niveau très bas" de sa collègue du gouvernement.
"En politique on ne répond pas en descendant à ce niveau là. J'ai une haute idée de la politique et ce n'est pas celle là", a déclaré Rama Yade sur RMC. La veille, Nadine Morano lui avait reproché son manque de solidarité gouvernementale et de trainer les pieds pour un parachutage dans le Val d'Oise aux élections régionales.
"On se tait ou on s'en va", avait lancé la secrétaire d'Etat à la Famille.
Rama Yade a-t-elle été blessée par le "tacle" de sa collègue ? "Pas du tout. Non, il en faut plus. Je dis simplement que répondre ce serait descendre à un niveau très bas et je ne veux pas", a répliqué la secrétaire d'Etat aux Sports, dont l'indiscipline récurrente suscite un certain agacement au sein de la majorité.


Une marionnette aux Guignols


Proche de Nicolas Sarkozy, Nadine Morano avait été une des premières à tancer la benjamine du gouvernement, personnalité parmi les plus populaires, lorsque celle-ci avait refusé de se présenter, contre l'avis du chef de l'Etat, aux élections européennes de juin dernier.
Le porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre, a aussi désapprouvé lundi l'attitude de Rama Yade, estimant qu'elle "va parfois un peu au-delà de la ligne". "Là, je pense qu'elle a eu tort sur un sujet, s'il a été arbitré, d'en remettre une louche", a-t-il dit, même s'il s'est lui-même prononcé en accord avec la secrétaire d'Etat "sur le fond" à propos de l'amendement voté, avec l'aval du gouvernement, sur la suppression d'avantages fiscaux à des sportifs de haut niveau.
Les critiques servent-elles la popularité de Rama Yade ? En tout cas, la secrétaire d'Etat a vu sa marionnette faire son entrée aux "Guignols de l'info", lundi soir sur Canal +.

03.11.2009

Un ex de Gandrange fait un tabac

« De ce produit, nous étions fiers/De cette région, nous étions fiers/Tu t’es prostitué pour quelques billets verts/Laissant tout un peuple le coeur à l’envers »… Ce refrain d’une chanson, « Marchand d’acier », fait actuellement un tabac sur Internet. Ecrite et interprétée par un ancien salarié d’un sous-traitant de l’usine ArcelorMittal de Gandrange (), le morceau a déjà été écouté 12 000 fois en deux semaines sur le site de partage vidéo Youtube et poursuit sa carrière sur les réseaux sociaux comme Facebook.

L’auteur, Christian de Mitri, 49 ans, s’occupait de l’enlèvement de scories à l’aciérie. Il explique avoir voulu « pousser un cri de colère », après l’annonce de la délocalisation de l’activité d’ArcelorMittal.

 

27/10/09

Grand emprunt: encore du vent pour tenir jusqu'en 2012?

Michel Rocard et Alain Juppé devraient boucler leur rapport d’ici le début de la semaine prochaine. Les enjeux économiques et politiques sont considérables.



(Photo Rainer Ebert-flickr-cc)

La commission Juppé-Rocard, dite « 2APM » (deux anciens Premiers ministres) devrait rendre son rapport sur le grand emprunt le mardi 10 novembre. Avec déjà 10 jours de retard sur le calendrier prévu au départ par l’Elysée. Rien ne presse, d’ailleurs, si ce n’est la tension croissante au sein de la majorité (lire Marianne du 24 octobre). La remise du rapport sera en elle-même un événement, puisqu’elle ouvrira, de fait, un débat public et médiatique sur ce que sont les « dépenses d’avenir ». En gros, la réponse est facile : ce sont celles qu’on n’a pas faites dans le passé !


Plus sérieusement, la commission doit répondre à deux questions. De quoi avons-nous besoin pour assurer la compétitivité de la France ? Et ensuite : que pouvons-nous engager comme investissement compte tenu de la situation des finances publiques ? 

Sur la première question, les commissaires ont croulé sous les propositions « Nous avons eu tous les lobbys, avec chacun leur produit miracle, à financer d’urgence sur fonds publics. C’est la logique du guichet : il suffit de l’entrouvrir pour provoquer l’afflux. Certains sont même venus avec des moutons à 5 pattes, des technologies dont les dossiers scientifiques étaient plus que bancals », confie un commissaire. En fait la commission ne devrait pas choisir un « nouveau plan calcul ». En clair, s’il faut relier tous les foyers français à un réseau à haut débit, elle ne choisira pas entre un réseau en fibre optique qui coûte 30 milliards, ou un réseau hertzien, quatre à cinq fois moins onéreux. Ce sera aux organismes chargés des appels à projets de choisir. La Commission devrait se contenter d’indiquer les directions vers lesquelles il faudra diriger les capitaux levés par l’emprunt : l’économie numérique, la voiture du futur…


Faut-il 400 milliards… ou 40?

Ils lanceront ainsi un débat qui passionnera à coup sûr les économistes. Si c’est l’Etat, et non le privé qui s’endette, c’est donc pour une rentabilité attendue différente de celle attendue par les marchés. Oui, mais laquelle ? Faut-il financer des projets totalement hors de portée des marchés, ou tailler un moyen terme permettant une association entre public et privé (les « PPP »), comme le souhaite l’UMP pour qui l’investissement public est encore la traduction française du Gosplan. Dès lors, comment s’assure-t-on qu’on ne garantit pas des bénéfices faciles (une rente) aux capitaux privés? Etc. Il existe quelques exemples fameux. Le « plan calcul » du général De Gaulle fut un fiasco total, le plan d’équipement nucléaire de Pompidou et Pierre Messmer une réussite formidable. L’armée de l’air américaine a créé le système GPS dans les années 70 d’abord pour guider ses missiles, et maintenant il sert aux taxis parisiens. A l’inverse, l’Union européenne a voulu faire financer le programme Galileo par le privé. On attend toujours le début du commencement. Enfin les crédits de recherche publics américains ont permis l’émergence de l’Internet, véritable rupture technologique, au sens de l’apparition de la machine à vapeur de l’électricité. Le problème, c’est que personne ne savait à l’époque que c’était ça qu’on cherchait… 

Alors combien faut-il mettre sur la table pour mettre la France au niveau ? L’économiste Jacques Delpla, membre lui-même de la commission « 2APM », évalue les investissements d’avenir à environ… 400 milliards d’euros. Un chiffre à donner le vertige… 


Celui de la commission devrait être dix fois moindre. Le maire de Bordeaux a donné une fourchette « entre 20 et 40 milliards »aux députés la semaine dernière. Michel Rocard fixe un maximum : « 35 milliards ». Si ce cas de figure se confirme, et si l’on considère que la « machine France » (l’Etat, les entreprises, les chercheurs…) est capable de lancer au maximum 20 milliards d’investissement d’avenir par an, on pourra en conclure que l’opération « grand emprunt » a pour résultat de permettre au gouvernement de se dégager pendant deux ans de la contrainte des finances publiques (lire ici ) pour faire quand même « quelque chose » qui ressemble au « volontarisme économique » cher au président. Tiens, deux ans, cela nous amène en …2012 !

Réforme de La Poste : les opposants se comptent aux marches du Palais

«Pour que la votation contre la privatisation ne reste pas lettre morte. Chez nous, le centre de tri de Saint-Brieuc est menacé de disparition.» Si le postier breton est pugnace dans le combat social, il sait aussi à l'occasion jouer avec les mots.

Comme une trentaine de ses collègues nationaux, ce représentant du comité des Côtes-d'Armor contre la privatisation de La Poste a pris la parole ce lundi en début d'après-midi, rue Rotrou à Paris (Ve), devant quelque 200 manifestants. Objet de ce rassemblement, selon Régis Blanchot (Sud), membre du comité national : «Dénombrer le nombre de votants à la votation citoyenne département par département, discuter du mode de consultation et débattre des perspectives.»

Casse-croûte et verre de cidre

A une centaine de mètres, les sénateurs viennent d'entamer l'examen du projet de loi sur la réforme de La Poste, qui doit durer toute la semaine. Rue Rotrou, l'ambiance, sans être festive, est décontractée. On casse la croûte, debout sur le bitume, en buvant un verre de cidre et en écoutant les représentants départementaux qui défilent à la tribune. «Nous avons recueilli 8.500 votes, dit le délégué de l'Yonne. Et pourtant, on est parti tard. Mais nous sommes un collectif unitaire, on y retrouve tous les syndicats. Notre département est rural, c'est un des plus touchés par la suppression des bureaux de Poste.» «La droite est en difficulté, affirme, plus remontée et plus politique, cette postière du Calvados. On peut faire reculer le gouvernement!»

Tout est résumé dans cette phrase. Car si la votation citoyenne a été une réussite populaire début octobre – 2.123.717 bulletins ont été comptabilisés dans les urnes –, le comité national n'entend pas en rester là. Son prochain objectif: que plus de 4 millions de cartes postales de citoyens réclamant «le retrait du projet de changement de statut de La Poste, l'ouverture d'un débat public sur l'avenir du service public postal» et, enfin, «un référendum sur l'avenir de La Poste» soient adressées (non timbrées) à Nicolas Sarkozy à l'Elysée, 55, rue du faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris.

«L'opération a débuté samedi, témoigne Régis Blanchot. On n'a pas réellement décidé quand elle s'arrêterait. Nous allons faire régulièrement des points sur l'état des envois.» Pour la votation, seuls les bulletins physiques exprimés avaient été retenus. Cette fois, le comité national propose à la population d'adresser une carte postale au Président via le Net.

«Dynamique populaire»

Et quid de la comptabilisation, qui s'annonce beaucoup délicate que lors de la votation citoyenne, déjà fort raillée par la majorité et le gouvernement? «On sait que ce qu'on fait n'a pas de réalité juridique et que ce sera forcément contesté, déclare le syndicaliste. On s'en moque, la dynamique populaire existe bel et bien. Et c'est ça le plus important.»

A 18 heures, le comité national avait prévu une nouvelle action ce lundi, cette fois juste devant le Sénat, avec la présence de responsables politiques, tels Martine Aubry (PS) et Marie-George Buffet (PCF), du spectacle, comme Jean-Michel Ribes. Et de l'Histoire: «Raymond Aubrac, du Conseil national de la Résistance, a tenu à nous soutenir, glisse Régis Blanchot. C'est un honneur pour nous. C'est aussi la preuve que notre combat est juste.»

Les désaccords se multiplient à l'UMP

Haro des sénateurs sur la réforme de la taxe professionnelle, bisbilles autour de la réduction des avantages fiscaux pour les sportifs de haut niveau… Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'examen du projet de loi de finances 2010, qui doit être présenté au Sénat, sème la division dans la majorité.

Eric Woerth et Rama Yade.(Sipa)

Eric Woerth et Rama Yade.(Sipa)

Jean-Pierre Raffarin a beau assurer qu'il "n'y a pas de pataquès", c'est un vent de fronde qui souffle dans la majorité après l'adoption de la première partie du projet de loi de finances 2010 et qui doit être présenté au Sénat fin novembre. Déjà, des discussions marathon ont été marquées par un bras de fer entre la majorité UMP et le gouvernement sur la taxe professionnelle. L'exécutif est maintenant confronté à la fronde de sénateurs de la majorité, menée par Jean-Pierre Raffarin, pour obtenir qu'il renonce à sa réforme en l'état. Dans une tribune parue dimanche 1er novembre dans le Journal du Dimanche et cosignée par 23 autres sénateurs, Jean-Pierre Raffarin a dit son opposition à la suppression de la taxe professionnelle telle qu'envisagée par le gouvernement. Interrogé sur Europe 1, le sénateur de la Vienne a expliqué qu'il s'agissait "de parler au gouvernement". "On ne remet pas en cause le soutien à Nicolas Sarkozy, évidemment. Mais sur ce sujet, il faut clairement discuter avec le gouvernement. Il faut assumer un certain courage politique. Sur ce sujet, je veux qu'on aille au bout de la discussion avec le gouvernement au Parlement", a-t-il affirmé. Le secrétaire général de l'UMP, Xavier Bertrand, a tenté de minimiser les réserves sur la taxe professionnelle

La fiscalité des sportifs en débat


Autre sujet de discorde, la suppression de l'avantage fiscal dont bénéficiaient les sportifs professionnels. Le ministre du Budget a exclu lundi que le gouvernement revienne sur la suppression de l'avantage fiscal dont bénéficiaient les sportifs professionnels au titre du droit à l'image. Saluant la position "courageuse" de Roselyne Bachelot qui avait demandé la suppression de cet avantage, le ministre du Budget a critiqué sur RTL la position de la secrétaire d'Etat aux Sports Rama Yade, se demandant si elle connaissait ce sujet "autant qu'elle devrait le connaître". "Lorsqu'il y a publiquement un désaccord entre un secrétaire d'Etat et un ministre, c'est le ministre qui a raison", a-t-il tranché.


Morano contre Yade


Nadine Morano, la secrétaire d'Etat chargée de la Famille et de la Solidarité, a elle aussi taclé Rama Yade, en lui rappelant qu'en cas de désaccord au sein du gouvernement, "on se tait, ou on s'en va". "Quand on n'est pas d'accord avec la politique menée par le gouvernement, c'est simple : 'ou on ferme sa gueule, ou on démissionne', vous connaissez l'adage", a-t-elle déclaré sur Canal +, en allusion à la formule popularisée par l'ancien ministre Jean-Pierre Chevènement, président d'honneur du MRC.

Woerth contre Bertrand


Interrogé pour savoir si le gouvernement allait revenir, lors du vote au Sénat, ainsi que l'avait souhaité le secrétaire général de l'UMP Xavier Bertrand, sur la suppression de cet avantage, Eric Woerth a répondu très clairement : "Non, bien sûr que non". "Le ministère des Sports considérait que cette exonération de charges sociales n'était pas efficace, n'atteignait pas les objectifs, qui étaient (...) au départ d'accroître la compétitivité des clubs", a justifié Eric Woerth, rappelant que la Cour des Comptes réclame depuis la suppression de cette "niche" fiscale.

Copé à la rescousse de Woerth


Le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, Jean-François Copé, a exprimé son agacement vis-à-vis du chef du parti, Xavier Bertrand, refusant qu'on "prenne les députés en otages".
Après le vote à l'Assemblée jeudi d'un amendement supprimant des avantages fiscaux pour les sportifs de niveau, Jean-François Copé n'a pas admis que le patron de l'UMP, en désaccord, réclame un réexamen du texte au Sénat. "Ce que j'ai mal vécu et que je ne laisserai pas faire, c'est qu'on prenne nos députés en otage", a déclaré le patron des députés UMP, en rappelant que l'amendement avait été "voté avec une très large majorité dans un contexte d'avis favorable du gouvernement".
Il a aussi regretté le désaccord "un peu tardif" exprimé par la secrétaire d'Etat aux Sports Rama Yade tout en continuant de critiquer Xavier Bertrand, "le secrétaire général de l'UMP qui nous dit aussi qu'il est contre et qu'il espère que les sénateurs vont corriger la copie des députés".

Rivalité au sommet


"Là, il faut que tout le monde soit en ligne parce que sinon moi je ne comprends plus rien à rien", a ajouté Jean-François Copé, considéré comme le grand rival de Xavier Bertrand au sein du parti.
Le secrétaire général de l'UMP avait désapprouvé vendredi l'amendement supprimant des avantages fiscaux aux sportifs. "Je souhaite qu'au Sénat, on puisse revenir sur cet amendement et qu'au gouvernement, on fasse part de son accord pour qu'on revienne sur cet amendement", avait souligné Xavier Bertrand.

(Nouvelobs.com)

Beson

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L'identité nationale selon Rocard : "un débat imbécile"

Alors que s'ouvre le "grand débat sur l'identité nationale", Nouvelobs.com donne la parole à Michel Rocard : "L'idée que l'identité nationale fasse doute et qu'il faille en rediscuter me stupéfie", explique l'ancien Premier ministre, car "la logique de fabrication de la France se détruit si on la ferme". Interview.

 

Faut-il un débat sur l'identité nationale ?


Michel Rocard : - Cela ne m'inspire pas grand-chose de bon. La France est incontestablement l'un des pays occidentaux qui a la plus forte identité nationale. Des individus comme Louis XIV, Napoléon Bonaparte et Charles de Gaulle sont fortement créateurs de références identitaires. Et puis la France a cette particularité d'être différentes de tous les autres pays d'Europe sur un point majeur. Mais cela nécessite de prendre le temps de parcourir l'histoire.

Les grands empires qui sont apparus à travers le monde - en Amérique, en Afrique, comme au Moyen-Orient ou en Asie - sont presque toujours respectueux des identités linguistiques et religieuses des territoires qu'ils absorbent. Mais nous avons en Europe une autre tradition, beaucoup plus exigeante dans l'unification des territoires. C'est celle des royaumes. Nous n'avons pas d'empire qui réussit, mais huit ou neuf communautés linguistiques et religieuses - linguistiques à titre principal- qui vont créer des nations, chacune avec leurs rois ou leurs princes. Pendant un millénaire et demi, elles devront se défendre les unes des autres et construire une identité. C'est vrai du Portugal. C'est vrai aussi de l'Espagne, même s'il y a une petite difficulté linguistique avec la Catalogne et le Pays Basque. C'est vrai aussi de l'Angleterre et de la communauté néerlandophone, qui va prendre la forme des Provinces unies, les Pays-Bas. C'est vrai de la Pologne, c'est vrai aussi de la Hongrie et de la Russie.
Il y a deux retards dans la constitution des nations: l'Italie et l'Allemagne. Mais tout de même l'Italie et l'Allemagne ont ces caractéristiques d'être des communautés linguistiques, qui se donnent un peu après les autres une structure d'Etat.

La France est un cas absolument unique
. Une petite zone militarisée - Ile-de-France, Val de Loire - va produire une collectivité linguistique nationale. La langue française, c'est le Val de Loire, son lieu de naissance. Cette communauté va se militariser à outrance, parce qu'elle est petite et parce qu'elle est exposée dans une zone de plaine. En conséquence, le royaume de France va se développer en s'étendant militairement, bien au-delà de sa communauté linguistique. La naissance de la France se réalise par la conquête militaire d'au moins cinq cultures - j'appelle culture la coïncidence entre une langue et un art de prier. Je veux parler de la Bretagne, de l'Occitanie, de l'Alsace, d'une partie de la Flandre, de la Corse, et puis de notre petit bout du Pays basque. Vous avez le souvenir de la guerre des Albigeois ? Elle aurait fait entre 400 et 500.000 morts, avec les techniques militaires de l'époque - et la gentillesse de Simon de Montfort. C'est la conquête par le Nord de tout le Midi qui, au sud d'une ligne allant de Bordeaux à Grenoble, parlait Occitan.

C'est ça, la France. Le pouvoir central est construit militairement, ce n'est pas le produit d'une communauté. Tout cela est assez fabuleux et donne à la France une identité très spécifique qui est beaucoup moins marquée par le droit du sang. Très tôt, il y a un sentiment national étonnant, par l'échange de souvenir d'événements.
La victoire de Philippe Auguste à Bouvines [en 1214, NDLR] permet une sorte de fierté nationale. Il a un peu du David contre Goliath dans la bataille du petit royaume de France face à cette immensité qui était en train de se confédérer, le Saint Empire romain germanique. Et on a fait craquer l'empire.
Puis le moment de cristallisation nationale formidable, c'est la bataille de Valmy, sous la Révolution [en 1792, NDLR]. Dans les troupes commandées par Dumouriez, on évalue à moins de 20% ceux qui parlaient français.
Et ensuite arrive la IIIe République avec ses hussards noirs [les instituteurs, NDLR] qui imposent le français dans toutes les écoles.
Tout cela nous donne un art de vivre ensemble, parfois avec une assez grande indifférence au droit du sang, et donc une majoration de l'identité de choix de culture et de volonté d'un destin commun, largement façonné par la Révolution. Et tout cela est assez magnifique. On a même fait vivre cette identité à la Martinique, à la Guadeloupe, au Sénégal et à dans presque toutes nos colonies.

L'idée que tout cela fasse doute et qu'il faille en rediscuter me stupéfie. Cela fait une identité absolument merveilleuse, dont il est vrai qu'on la durcie quand on la prend comme Le Pen. Parce que Le Pen, au fond, nie la réalité de l'adhésion à cette nation de gens qui y sont depuis 150 ans. Ma mère était Savoyarde. Ce qui veut dire que moi-même, je dois d'être Français à un succès diplomatique de Napoléon III, tandis que pour Le Pen, je suis un Rital.
Cela ne me fait pas plaisir de rouvrir la conversation. Je trouve ça complètement imbécile. Il faut bien voir que cette logique de fabrication de la France se détruit si on la ferme. C'est une logique d'ouverture. La France se définit comme une sorte d'orgueil permanent. Moi je suis protestant. Cela veut dire que mes ancêtres sont considérés comme Français depuis ce jour mystérieux d'août 1789 où l'Assemblée constituante a fait citoyens français successivement les protestants, les juifs, les comédiens et les gens de couleur.
Dans l'idée d'arrêter ce mouvement de générosité, il y a quelque chose qui me choque. Parce qu'ouvrir le débat, c'est rechercher l'écriture d'une formalisation instantanée de la description de ce qu'est l'identité française. Or, elle a été dans l'histoire complètement évolutive. Et après tout, si on décide que c'est à la date du 3 août 1789 que s'arrête la fabrication de la France, moi je cesse d'être citoyen.

N'est-ce pas aussi la question de l'immigration qui est sous-entendue dans le débat sur l'identité française ?


- La France est depuis le milieu du XIXe une terre de dépression démographique. Il y a avait vers 1935-36 déjà 4,5 millions d'étrangers en France. Et la presse de l'époque montre que certaines couches de la population traitaient les immigrés - Italiens, Polonais, Belges…- comme des chiens. La presse d'aujourd'hui n'ose pas, s'agissant des Arabes ou des Noirs, reprendre le vocabulaire, les insultes et les présupposés que colportait la France entre les deux guerres. Tous ces hommes sont devenus citoyens français. La France est faite comme ça! Se poser le problème de l'immigration, c'est se poser la question de la date à laquelle s'arrête la bienvenue que nous avons souhaité à tous ceux qui sont devenus Français en venant d'ailleurs, et qui sont aujourd'hui un bon tiers, sinon la moitié, de notre population totale. Alors à partir de quand on crache dessus ?

Exalter la France est une chose. Je me sens Français comme pas possible. Je suis éperdument fier d'être par hasard né dans ce pays. Mais je n'ai pas envie que la chance que cela représente soit fermée à d'autres, au nom d'un sectarisme qui n'est pas dans notre histoire. Et je crains beaucoup que le fait d'ouvrir le débat ne se traduise, comme souvent en France, par une volonté de formaliser, de décrire et de mettre dans des textes, ce qui va figer. C'est idiot… C'est idiot parce que je n'ose pas caresser l'espoir que dans ce débat sur l'immigration, la victoire aille à cette définition : la France est la seule identité nationale au monde qui soit en définition évolutive et constamment en train d'agglomérer de nouvelles sensibilités et de nouvelles représentations linguistiques ou de couleurs de peau.

C'est votre définition ?


- Oui. Absolument. En 1789, les Français secouent le joug de la monarchie absolue. Les trois ordres se réunissent, ils écrivent la déclaration des Droits de l'homme et du citoyen, et il ne leur vient pas à l'idée de n'écrire que pour eux. Ils écrivent pour le monde entier. Les deux premiers mots sont "Les hommes", sans distinction géographique, linguistique ou raciale. "Les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune."
C'est un trait culturel. Et toute idée que le cadeau de la France au monde qu'est ce texte puisse être terni, par le fait qu'on donnerait plus d'importante à certains hommes qui sont rassemblés dans l'hexagone sur certains autres, c'est un attentat à la grandeur de la France.

Le débat sur l'identité nationale de la France est-il relancé à des buts électoralistes ?


- La perspective électoraliste ne peut pas être dissociée, c'est vrai. Mais dès lors qu'on ouvre le débat, la perspective électoraliste disparait. Il y a le sujet, et il y a ce qu'on va en faire. On pourrait concevoir ce débat comme un simple enrichissement culturel pour chacun, comme un inventaire des faits fondateurs. Si c'était pour reparler de Bouvines, je trouverais cela très bien. On pourrait rigoler ensemble bu baptême de Clovis.
Ma crainte, c'est qu'on mette des frontières là où il n'en faut pas. C'est que parler de l'identité nationale nous convainque qu'il y a une substance de plus, quelque chose de qualitativement différent, entre ceux qui sont Français et ceux qui ne le seraient pas mais habiteraient quand même notre territoire. C'est ça le risque. Car l'enjeu, c'est une insertion décente de tous ces gens, comme nous l'avons toujours fait.