03.09.2010

L’école casse-t-elle nos enfants?

C’est le livre choc de la rentrée. "On achève bien nos écoliers" (Grasset), risque de faire du bruit dans les salles de profs et les réunions de parents. Pour le journaliste anglais Peter Gumbel, notre système d’éducation, élitiste et passéiste, n’est qu’une machine à broyer les élèves et à produire, en masse, de l’échec scolaire. Extraits.

De piètres résultats  

« Entre toutes les nécessités du temps, entre tous les problèmes, j’en choisirai un auquel je consacrerai tout ce que j’ai d’âme, de cœur, de puissance physique et morale, c’est le problème de l’éducation du peuple », disait Jules Ferry, grand réformateur de l’éducation. Ses mots continuent de résonner aujourd’hui, 130 ans plus tard. […]

Comme il est étonnant alors, de constater à quel point la réalité des écoles françaises aujourd’hui est éloignée de ces nobles idéaux. Bien sûr, la vie n’a pas toujours l’élan positif qui traverse les Choristes ou Le Cercle des poètes disparus. Toujours est-il que le système actuel d’éducation non seulement ne correspond pas à son image idéale, mais n’atteint pas non plus le même niveau de résultats que dans une grande partie de l’Europe et du monde développé.

Comment est-il possible que 15% des élèves entrant en classe de sixième ne sachent pas correctement lire et écrire ? Que 130 000 jeunes quittent l’école chaque année sans diplôme ni qualification. Que, dans un pays obsédé par la notion d’égalité, les jeunes dont les parents sont travailleurs indépendants, cadres, enseignants ou issus des professions intermédiaires, aient deux fois plus de chance d’accéder à l’enseignement supérieur que les enfants d’ouvriers et d’employés ? Que, malgré toutes les discussions sur la nécessité d’excellence et l’accent mis sur la formation des élites, la moyenne des jeunes Français n’obtienne que des scores médiocres lors de tests comparatifs internationaux. […] Prenez l’étude PISA 2003 qui se focalise sur les mathématiques. La France, pays de matheux, compte seulement 3,5% d’élèves qui atteignent le niveau 6, le plus haut niveau, autrement dit celui des excellents élèves. En Finlande, en Suisse, aux Pays-Bas et en Nouvelle-Zélande, ce pourcentage et deux fois plus élevé.

 

Championne du stress

Dans les enquêtes internationales, les enfants français sont dans l’ensemble plus anxieux et intimidés dans une salle de classe et davantage angoissés par le peur de l’échec. Ils manquent de confiance en eux, même lorsqu’ils connaissent leurs leçons, et éprouvent le sentiment que leurs professeurs ne les aident pas.

Les élèves français préfèrent aussi ne pas répondre que de prendre le risque de faire une erreur. […] Je trouve le taux de non-réponse fort intéressant. Car la France est le seul pays où le « hors sujet » soit perçu comme un péché capital, un acte d’extrême nullité automatiquement sanctionné –et même sévèrement- par des générations de profs. Ceci est grotesque. La rigueur et la discipline intellectuelles sont bien sûr importantes, mais l’imagination et l’expérience également. La réticence des jeunes Français ne serait-ce qu’à tenter de répondre à une question est symptomatique d’un système où les enfants ont été conditionnés à « la fermer » plutôt qu’à exprimer ce qu’ils pensent, par peur de se tromper. Ce système promeut l’effacement de soi, le conformisme et l’obéissance aveugle au détriment du sens de l’initiative et de la curiosité intellectuelle. 

Commentaire de Philippe Meirieu, professeur en sciences de l’Education

« L’éducation en France a toujours insisté sur le développement de la raison –donc la mise sous le boisseau de la subjectivité-  en visant une sorte d’idéal unique de culture. Nous en gardons les traces.  L’école continue d’imposer sa norme. Nos manières de contrôler et d’évaluer découragent la créativité, l’engagement personnel de l’élève. D’où cette relative passivité que déplore Peter Gumbel. Si les élèves ne posent guère de questions en cours, c’est qu’ils ne se sentent pas vraiment concernés par ce qu’on leur dit. Ou bien ils craignent d’être stigmatisés par leurs camarades, peur qu’on se moque d’eux s’ils tâtonnent ou, simplement, s’ils sortent du rang. Le professeur a du mal à faire de sa classe un espace hors-menaces où l’on peut se tromper sans risque. »

 

Des méthodes rétrogrades

A partir des années 50,dans toute l’Europe,  le nombre de jeunes qui poursuivaient leurs études jusqu’à la fin du second cycle a commencé à croître.

L’augmentation massive du nombre d’élèves […] ne crée pas seulement un problème matériel concernant les salles de classes et les professeurs ; cela requiert aussi un changement dans les mentalités et les méthodes d’enseignement. L’éducation n’étant plus réservée à une élite restreinte, les anciens critères de sélection doivent donc être révisés. En classe également, de nouvelles techniques sont désormais requises afin d’aider une population beaucoup plus large et plus hétérogène à atteindre un niveau acceptable. […]De nombreux pays ont revu leurs méthodes d'enseignement dans la perspective de porter une bien plus large proportion de jeunes à un niveau d'études élevé. [...]

Mais la France, elle, n’a pas fait sa révolution culturelle […] p 49 nombre d’enseignants réutilisent les mêmes méthodes que celles qu’ils ont connues enfants. C’est-à-dire une approche frontale, où l’enseignant est à la tête de la classe, transmettant les connaissances aux enfants qui les reçoivent et les mémorisent de manière passive. Même pour ceux qui refusent de telles méthodes, qui réorganisent la salle de classe et font de leur mieux pour encourager et motiver les enfants, les tests et les notes tiennent une place si prépondérante que leur marge de manœuvre est fortement limitée. Il semble inévitable que les enfants soient classés, rivalisant, ainsi,  les uns avec les autres ».

Commentaire de Patrick Gonthier, secrétaire général de l’UNSA Education, deuxième organisation syndicale enseignante.

« Peter Gumbel met le doigt là où ça blesse. Il ouvre la boîte noire de la salle de classe. Nos collègues enseignants peuvent prendre ça pour une agression. Pourtant, ils ne sont pas en cause. C’est toute l’école française qui est rétive aux changements. Elle reste profondément élitiste, vouée au classement et à la sélection des meilleurs. Pour que ça change, et que d’autres méthodes d’enseignement soient introduites dans les classes, il faudrait qu’il y ait un consensus fort, un accord partagé par tous, les professeurs, les parents, les politiques, pour remettre en cause cet élitisme et mettre en œuvre la réussite pour tous à l’école. Nous en sommes loin. »

 

Trop de redoublements  

Au collège John Adams de Santa Monica, en Californie, presque aucun jeune ne redouble de classe, aussi mauvais que soient ses résultats scolaires. Ce collège public est à moins de 2 km de la plage et certains des 950 élèves vivent juste à côté, dans des maisons valant 1 million de dollars ou plus. Ils se rendent à l’école dans de grosses berlines allemandes. Mais une partie importante d’entre eux vit dans des HLM, plus au sud ou à l’est. Ce sont pour beaucoup des immigrants mexicains de la première ou de la deuxième génération. Ils arrivent, eux, dans des bus jaunes gérés par la municipalité. Martha Shaw, la directrice de John Adams, affirme que cette diversité est son plus gros défi. Tout comme le milieu socio-économique, le niveau d’éducation de ces jeunes varie radicalement. Certains visent déjà Harvard ; d’autres ont des difficultés à lire à l’âge de 12 ans.

Durant les cinq années où elle a été la principale de John Adams, Martha Shaw n’a fait redoubler que deux enfants, et à chaque fois, « cela fut une horrible décision » à prendre, explique-t-elle. « Cela ne marche vraiment pas à cet âge-là. Ils sont tellement en colère qu’ils échouent partout l’année suivante. […] »

Comme la plupart des écoles américaines, John Adams se démène pour récompenser la réussite des élèves et motiver chacun d’entre eux. Elle honore les succès de tous types […].

En France, à l’inverse, 57% des élèves redoublent au cours de leur scolarité, en dépit des nombreuses études qui montrent que cela n’est pas utile.

Commentaire de Claude Rebaud, président d’Education et Devenir.

« De 1998 à 2007, j’ai été proviseur à la cité scolaire d’Andrézieux-Bouthéon, près de St Etienne, qui accueille 1800 élèves. 25% d’entre eux redoublaient à la fin de la seconde. J’ai décidé de faire baisser ce taux, alors j’ai d’abord fait campagne auprès des enseignants. Puis j’ai choisi avec soin les professeurs principaux, leur avis étant déterminant pour le passage ou non dans la classe supérieure. Nous avons adopté une charte du conseil de classe, pour qu’on y parle de l’élève, sans le juger. Cela incitait à réfléchir autrement à ses difficultés, à essayer de lui trouver des solutions mieux ajustées. Les enseignants n’étaient pas seuls responsables du taux élevé de redoublement, souvent, les parents eux-mêmes le demandaient pour que leur enfant puisse passer en première S l’année suivante. On leur a montré, statistiques à l’appui, que la filière S n’est pas le sésame pour l’enseignement supérieur. Mieux vaut avoir réussi en série technologique que galéré en série scientifique. Le taux de redoublement a fini par tomber à 13% ».   

 

Les ravages de la notation

Si le redoublement est une maladie, le système français de notation, lui, peut tuer. C’est une véritable plaie qui exerce des effets nuisibles sur le moral, la confiance en soi et les performances des élèves. […]

En effet, le trait principal du système français ressemble à une distribution de type Gaussien. Les notes sont censées former une très jolie courbe en cloche, avec une majorité d’élèves groupés au centre. Certains approchent du haut de la courbe mais plus leur nombre diminue plus les notes augmentent. Par ailleurs, on trouve des élèves dispersés en bas ou près du bas de la courbe. La seule question est de savoir où est le point limite, mais une fois que cela est décidé –voilà : les élèves sont classés entre les bons, les moyens et les faibles. […]

Le problème avec ce système, c’est qu’il requiert des notes faibles pour fonctionner. Ce que André Antibi, professeur à l’université Paul-Sabatier de Toulouse décrit comme une « constante macabre ». […]

La recherche sur les méthodes d’évaluation ouvre des voies radicalement opposées aux pratiques françaises.

Les chercheurs britanniques Black et William […] montrent que les remarques constructives sont plus utiles que de distribuer des notes. L’idée de comparer continuellement les élèves les uns avec les autres ne les aide pas à s’améliorer, mais au contraire renforce le sentiment d’échec parmi les moins bons, les persuadant qu’ils sont incapables d’apprendre. Les remarques doivent se concentrer sur ce que l’élève a bien fait et sur ce qu’il a besoin de travailler pour s’améliorer. En d’autres termes, l’élève est évalué par rapport à lui-même et non par rapport aux autres.

Réponse d’André Antibi, professeur de mathématiques à l’Université Paul Sabatier de Toulouse (1)

« Je ne défends pas la suppression des notes, ce ne serait pas réaliste. Mais je défends une autre notation, basée sur la confiance. 30 000 professeurs, de maths, de français, d’histoire…de l’école primaire à la terminale, l’appliquent déjà.  Ils offrent à tous la possibilité de réussir. Le principe est simple : le professeur distribue à l’avance la liste des exercices que les élèves doivent pouvoir refaire. Le jour du contrôle, il en choisit quelques uns. Pas de mauvaise surprise pour les élèves, donc. Seul un petit nombre de points est réservé (4 sur 20 par exemple) à une question qui fait appel à plus de créativité. Résultat : les élèves ont de bonnes notes, ils reprennent confiance en eux, et ils travaillent mieux ».

(1)    André Antibi, « Les notes : la fin du cauchemar », Editions Math’Adore, 2007

 

Des profs déresponsabilisés

Citant Andreas Schleicher, à la tête de la direction de l’Education de l’OCDE, Pierre Gumbel critique « le mode industriel d’enseignement du XIXe siècle » en France.

Il s’agit d’un modèle extrêmement directif dans lequel le gouvernement décide du programme dans les moindres détails, depuis le nombre exact d’heures consacrées à chaque matière jusqu’à l’ordre précis dans lequel les connaissances doivent être acquises. Quels que soient leur formation et leur professionnalisme, les enseignants sont traités comme des ouvriers d’usine dont la fonction est d’appliquer le programme tel qu’il leur a été ordonné de le faire. Ils le font souvent de manière isolée, sans aucune aide ou presque, avec une formation quasi inexistante aux méthodes vraiment employées sur le terrain.

Sans parler de la surveillance de l’inspecteur de l’éducation nationale, sorte de p 92 deux ex machina qui détermine toutes les actions, regarde par-dessus l’épaule des professeurs et fond ensuite sur eux, en intervenant quand bon lui semble.

Réponse de Daniel Robin, co-secrétaire national du SNES, principal syndicat enseignant du secondaire.

« Oui, nous avons des programmes nationaux, mais c’est une nécessité, pour maintenir des examens nationaux qui assurent l’égalité entre les élèves. Quant au manque de liberté des professeurs…le propos est très exagéré. Dans sa classe, le professeur organise la progression de son cours comme il veut. Il se sent personnellement responsable des progrès de ses élèves. Et cela ne me semble pas scandaleux qu’il soit évalué, -connaissez-vous en France une seule profession où l’on ne l’est pas ? Cela dit, on souhaiterait évidemment que les inspecteurs s’occupent davantage d’aider et de conseiller les enseignants que de les sanctionner ».  

 

L’élite française : le syndrome de Stockholm

La première scène du chef-d’œuvre de Stanley Kubrick sur la guerre du Vietnam, Full Metal Jacket, montre un groupe de nouvelles recrues du corps des Marines dont on passe le crâne à la tondeuse électrique. La scène se déroule à Parris Island, base des Marines en Caroline du Sud, où les jeunes incorporés se préparent à la guerre. Pendant les quarante minutes qui suivent, l’action porte sur celui dont le métier est de briser ces hommes, le brutal sergent Hartman, interprété par R. Lee Ermey. Celui-ci ne parle pas, il hurle. Il insulte les recrues, les traite de bons à rien et les ridiculise en les qualifiant de « tapettes ». Au moindre signe de rébellion, il les frappe. Il crie « Vous n’êtes pas ici pour vous amuser, bande de larves ! Vous allez me détester parce que je suis sévère, mais plus vous me haïrez, plus vous progresserez ».

Il n’y a pas grand-chose de commun entre Parris Island en 1967 et Les Editeurs, café huppé du sixième arrondissement de Paris où je suis assis en compagnie de trois étudiantes en Master à Sciences Po, par une chaude soirée de juin 2009. Je les ai invitées à prendre un verre, car elles ont étudié au sein des meilleures Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles. […]

Pendant que nous sirotons notre Perrier, les jeunes femmes commencent à raconter leur expérience. Au premier abord, elles semblent enthousiastes. Ca a été dur, mais ça en valait la peine, insistent-elles, les yeux étincelants à l’évocation de leurs souvenirs. Mais alors que, continuant à discuter, elles commencent à analyser plus profondément par quoi elles sont passées, j’ai soudain un flash –et quelques-unes de ces scènes de Full Metal Jacket que j’ai évoquées plus haut jaillissent dans ma tête. […]

Le fonctionnement de la prépa s’est avéré encore plus austère et éprouvant que je l’avais imaginé. On prend un groupe de jeunes gens particulièrement brillants, on les enferme ensemble à l’écart du monde pendant deux ou trois ans et on les pousse au bout de leurs limites. Si vous survivez, vous en sortez  renforcé et vous vous identifiez avec les systèmes en dépit des épreuves subies. Si l’on était cynique, on pourrait décrire ce processus comme une forme du syndrome de Stockholm, au cours duquel les otages en viennent à s’identifier à leurs ravisseurs.

[…] Dans les pays anglo-saxons, les facultés intellectuelles sont importantes, mais ne sont pas tout. La personnalité, la coopération, les centres d’intérêt et les expériences personnelles qui contribuent à former le caractère sont tout aussi importants. Alors que les étudiants français les plus brillants sont coupés du monde, beaucoup de leurs contemporains britanniques ou américains partent découvrir le monde en prenant une année sabbatique à l’étranger, entre le lycée et l’Université. Cela leur permet de gagner en maturité dans d’autres domaines que la connaissance purement intellectuelle –et de prendre du bon temps.

 

La quête du Graal

A travers le monde, de nombreux pays ont envisagé de combiner une culture scolaire moins rébarbative que celle qui existe en France avec une rigueur intellectuelle plus importante qu’aux Etats-Unis. L’idée de trouver le juste équilibre entre l’excellence académique et le développement personnel des élèves, est devenu le Saint-Graal de la pédagogie mondiale. […]

 Il y a un pays en Europe qui a fondamentalement transformé son système éducatif, à l’origine assez proche de celui de la France d’aujourd’hui. Il a utilisé des méthodes intelligentes se concentrant sur le bien-être individuel des élèves, en mettant l’accent sur le professionnalisme des enseignants, fortement encouragé, et en changeant radicalement la relation entre les écoles et les responsables des politiques éducatives. Les résultats sont spectaculaires : il est devenu la star du test PISA, le chouchou de l’éducation mondiale, le modèle que tout le monde veut comprendre. Ce pays, c’est la Finlande.

 

Le bonheur à l’école ?

L’une des questions les plus importantes est de savoir si les écoles ne devraient pas accorder moins d’importance aux performances académiques et laisser plus de place à d’autres éléments comme l’épanouissement individuel, le développement de la créativité ou le renforcement de la confiance en soi. Ceci risque de provoquer chez les traditionalistes français une crise d’apoplexie, mais dans de nombreux autres pays, les réussites non académiques représentent des objectifs éducatifs légitimes.

[…] l’une des grandes découvertes de la psychologie moderne est que le bonheur est un ingrédient clef d’un apprentissage réussi. Si vous appréciez ce que vous apprenez, cela vous stimule, et déclenche un cercle vertueux. […]

En 2008, Nicolas Sarkozy a demandé à Joseph Stiglitz, le prix Nobel d’Economie, de proposer de nouvelles statistiques qui prendraient en compte le bien-être, plutôt que seulement les chiffres usuels de production et de consommation.[…]

Il est temps pour le Président de commander un nouveau rapport, cette fois-ci sur la manière d’introduire le bonheur dans les écoles françaises. 

Ecole

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La CGT et la CFDT veulent faire aussi bien le 7 -09 que le 24-06

Cependant, le secrétaire général de la CGT a indiqué : "Je suis pragmatique et conscient des difficultés de calendrier", puisque les salariés reprennent pour beaucoup le travail cette semaine.

  AFP AFP

La journée de grèves et manifestations à laquelle appellent les syndicats mardi prochain contre la réforme des retraites "se présente bien" et obligera le gouvernement à faire des annonces, a estimé le secrétaire général de la CFDT François Chérèque dans Le Monde daté de jeudi 2 septembre.

"Le rendez-vous du 7 septembre se présente bien. Les préavis déposés dans les transports, l'administration et les services publics sont très nombreux", a jugé dans une interview François Chérèque.

"Nous voulons faire au moins aussi bien que le 24 juin avec ses quelque deux millions de manifestants et une bonne mobilisation du privé, sachant que la rentrée n'est guère propice à ce genre de rendez-vous", a-t-il ajouté.

S'il est difficile de préjuger de la réaction gouvernementale, le secrétaire général estime qu'"il faudra bien qu'il fasse des annonces et prenne des décisions le 7 au soir ou le 8 au matin avant la réunion de l'intersyndicale".

 Vers des concessions de l'exécutif ?

Tout en disant "partager le scepticisme" de la CGT quant à la possibilité de concession importante de la part de l'exécutif, François Chérèque n'exclut pas de reprendre le contact direct interrompu depuis le 14 juillet.

Il cite quatre propositions très concrètes de modification du projet qui "seraient des signes d'ouverture nous permettant de reprendre le dialogue".

D'abord, le maintien à 65 ans de l'âge de départ en retraite à taux plein (le report à 67 ans "ne passe absolument pas dans l'opinion", selon lui).

Ensuite, la garantie de la même durée de cotisation pour tous, pour éviter que les gens entrés tôt dans la vie active (carrières longues) aient l'obligation de cotiser 44 ans.

Enfin, "s'agissant des polypensionnés, nous attendons une mesure claire pour ceux qui ont passé moins de quinze ans dans la fonction publique, aujourd'hui les plus pénalisés" et sur la pénibilité, le régime proposé est "trop restrictif" et doit évoluer.

"La meilleure (hypothèse) serait que le gouvernement accepte de rediscuter globalement de son projet et des contre-propositions, ce qu'il n'a jamais fait", ajoute le leader CFDT.

"Nous avons deux objectifs : faire en sorte que le gouvernement accepte de réformer sa réforme ou, à tout le moins, faire modifier tout ce que l'on pourra faire modifier", dit-il.

  "Pragmatique et conscient des difficultés"

De son côté, le secrétaire général de la CGT Bernard Thibault a également tablé mardi à Lyon sur une mobilisation contre la réforme des retraites le 7 septembre "au moins comparable" à celle du 24 juin. "Je suis pragmatique et conscient des difficultés de calendrier", puisque les salariés reprennent pour beaucoup le travail cette semaine, a indiqué Bernard Thibault devant la presse à l'issue de son meeting de rentrée à Lyon, refusant d'entrer dans le jeu des pronostics.

Toutefois, "il faut qu'on parvienne à faire quelque chose de comparable" au 24 juin, a-t-il ajouté avant d'insister sur l'unité syndicale qui préside à cette mobilisation, contrairement à celle du mois de juin, où Force ouvrière ne participait pas officiellement aux cortèges.

"Deux millions, ça n'est pas rien", a-t-il poursuivi, regrettant qu'on ait "tendance à banaliser" l'ampleur des manifestations.

Au cours d'un discours musclé délivré devant 500 militants, selon les organisateurs, le responsable de la première centrale syndicale française a martelé son attachement au droit au départ à la retraite à 60 ans, que les salariés "ne considèrent pas comme un symbole désuet".

 La contribution de "tous les revenus"

Récusant un projet de loi qui ne viserait qu'à "faire des économies" sur les pensions, il a demandé un débat sur "les nouveaux financements indispensables pour une population de retraités qui va augmenter de 50% d'ici 2025".

Il a notamment évoqué la contribution de "tous les revenus, comme l'intéressement, la participation, les stock-options" qui pourraient rapporter "10 milliards d'euros", ainsi que "les 32 milliards d'exonérations de cotisations sociales" accordées aux employeurs.

En outre, "le gouvernement a fait l'impasse sur la question de l'emploi, qui a un lien étroit avec celle des retraites", a estimé Bernard Thibault. "Avant de travailler plus il faudrait déjà travailler tous", a-t-il lancé, en allusion aux difficultés d'accès à l'emploi des jeunes et des plus de 50 ans.

"Nouvelle phase de la bataille qui commence maintenant", "nous allons relever le défi" pour combattre "un recul social sans précédent" : revendicatif et régulièrement interrompu par les applaudissements des militants, Bernard Thibault a également ironisé sur un éditorial du Figaro ou sur la grève de l'équipe de France de football lors du mondial en Afrique du sud.

Cette manifestation "ne sera pas un baroud d'honneur", a-t-il insisté et l'intersyndicale se réunira "dès le 8" afin d'étudier les suites à donner au mouvement.

 Appel socialiste

Par ailleurs, le PS a également appelé les Français à participer "massivement" aux manifestations du 7 septembre "pour défendre une autre réforme des retraites, plus juste, plus efficace et plus durable" et annoncé que sa première secrétaire Martine Aubry défilera à Paris.

"Alors que l'examen des mesures gouvernementales commence à l'Assemblée nationale, cette journée de mobilisation sera un message fort et clair pour faire reculer le gouvernement", affirme le bureau national du PS dans un communiqué.

"Il est encore possible de faire reculer le gouvernement (...) le Parti socialiste, qui a proposé une autre réforme des retraites placée sous le signe de la justice et de l'efficacité, sera aux côtés des organisations syndicales et des citoyens mobilisés le 7 septembre", poursuit le texte, précisant que sa délégation dans la manifestation parisienne sera conduite par Martine Aubry.

"Dans les manifestations, comme à l'Assemblée nationale, les socialistes seront en première ligne pour la défense des retraites : les 4 et 5 septembre, ils organiseront partout en France une opération 'tous sur le pont' pour appeler à participer aux manifestations et porter leur projet auprès des Français", ajoute le PS

02.09.2010

En direct du SMUR

 Aujourd’hui dans L'essai du jour : «J'étais mort», de Grégoire Korganow, Le Clou dans le fer, 25 euros…

En avril dernier, vous vous en souvenez peut-être, le discours de Martine Aubry sur « la société du soin » fit sensation. Il aura fallu ce coup d’envoi, pour que la presse s’empare du sujet. La réflexion sur les « nouvelles vulnérabilités » sortait enfin du bois, et il n’était plus possible d’en ignorer l’importance. Après la précarité, qui n’est pas simplement un sujet d’étude, le soin, devenait la pierre de touche d’une réflexion sociale à bout de souffle. Ce vaste débat n’est pourtant pas une idée neuve. 

Le « soin » pour être révélateur d’un monde de plus en plus porté par des inégalités rendues invisibles est une réalité de tous les jours. Les médecins urgentistes qui apportent comme on dit les premiers soins nous mettent en contact avec la fragilité de la vie. Ils nous dévoilent l’arrière-cour dans laquelle ils opèrent. Le photographe Grégoire Korganow dont on peut voir les clichés à Perpignan nous en fournit la preuve. Le soin, il connaît. Il est lui-même un rescapé. Il fut sauvé, suite à un accident de moto, par un service mobile d’urgence et de réanimation, plus communément appelé SMUR. Il a donc voulu payer sa dette et s’est fondu pendant un an dans les équipes du SMUR de Gonesse. 

Son livre s’appelle « J’étais mort ». Et comme le souligne le chef de service du lieu, ce n’est pas un livre de voyeur. Tout au contraire. Pour le réaliser, il a pris son temps. Il a photographié l’indicible, la misère, le désarroi, le cocasse, et il s’est fait écrivain pour accompagner ses images. Il a mis des visages sur ses mains et ses voix qui l’ont sorti du coma. Le résultat est étonnant. S’il n’était pas un photographe reporter, on le prendrait pour un portraitiste. S’il n’était pas un vrai photographe, on le prendrait pour un prosateur. Les scènes qu’ils fixent avec son objectif et racontent avec ses mots sont comme des trouées de lumière au milieu de nuages sombres. Elles ouvrent sur la misère et le néant de la condition humaine. Or une ouverture n’est pas une simple scène prise sur le vif. Pour être juste, une photographie doit à la fois se retirer du visible et se laisser voir. Soulager, parler, intervenir, tenter l’impossible, et conjurer le pire, cela peut se laisser voir. L’intensité des regards, la précision des gestes, le rendu de l’atmosphère, cela peut se laisser capter. Mais comme le visible est cousu à l’invisible, il faut que ce double mouvement se perçoive. C’est ce qui se passe avec les photos de Grégoire Korganow. Les médecins, les infirmiers, les pompiers, sont à pied d’œuvre, ils fixent le malade, et ce qu’ils ne voient pas forcément dans l’action, nous le devinons à leur place. Qu’est-ce que nous devinions ? Une scène primitive cachée que l’on pourrait appeler la construction sociale du soin. Car dans le malheur, dans l’intimité d’une maison, au bas d’une cage d’escalier, à la vue des corps déformés, il est des vies, dans leur plasticité, qui se révèlent à nous plus fragiles que d’autres. C’est d’ailleurs pour ces raisons que le photographe nous rapporte les dialogues qui se tiennent entre les médecins, les patients, et les membres de la famille. Comme le dit Nono, un médecin, qui tente de soulager une femme dont le mari vient de se suicider : on n’est jamais prêt, on croit l’être mais ce n’est pas vrai. Ce qui est vrai, par contre, c’est qu’il faut peu de temps dans l’action pour comprendre une vie. Une attaque cérébrale, des questions à la famille, des renseignements sur le travail de la victime, cela suffit en quelques heures à faire surgir l’envers du décor. 

 
Mais comme personne ne prend la pose, et que le soin impose sa construction, il a fallu un an à Grégoire Korganow, pour fixer ces moments. Pour un homme qui était mort, une année, c’est le minimum vital…

[TCHAT] Benoît Hamon : "Dans socialiste, il y a social"

Pour le porte-parole du PS, invité de Nouvelobs.com, la "priorité est de répondre aux demandes sociales très concrètes du peuple français".

Benoît Hamon (AFP) Benoît Hamon (AFP)

Mercredi 1er septembre, Benoît Hamon, porte-parole du Parti socialiste était l'invité d'un tchat sur Nouvelobs.com.

Moins d'une semaine avant la grande manifestation contre la réforme des retraites, des internautes s'interrogent sur la solidité de l'unité avec les autres partis."Toute la gauche aujourd'hui se rassemble pour combattre la remise en cause de l'âge légal de départ à la retraite. Cependant nous divergeons sur les moyens de financer l'avenir du système par répartition." répond le porte-parole du PS.

"La gauche a fait de la France un pays d'assistés" accuse un internaute. "Jamais les inégalités n'ont été aussi forte, jamais la minorité des plus riches n'a bénéficié d'autant de privilèges!", s'insurge Benoît Hamon. Un autre correspondant demande s'il ne faut que le PS change de nom. "Dans socialiste, il y a social. Faire société me semble tellement manquer au projet politique du gouvernement actuel qui oppose systématiquement les Français les uns aux autres".

 

La gauche décomplexée 

Et l'unité au sein même du PS affichée le week-end dernier à l'université d'été de la Rochelle, "n'est-ce pas contradictoire avec la tenue fin septembre de l'université de votre mouvement [Un monde d'avance, la gauche décomplexée, NDLR]? interroge un autre internaute. "Notre contribution sera intellectuelle et programmatique" répond Benoît Hamon.  "Notre sensibilité n'a pas de candidat aux primaires, elle contribue au débat de la gauche par les convictions qu'elle formule, pas par ses ambitions."

Les querelles internes sont bien sûr évoquées. "Le PS pense-t-il réellement au peuple, ou va-t-il continuer sa guerre des egos qui fait le jeu de Sarkozy ?" demande un internaute. "Le Parti socialiste, quand il s'oppose à la remise en cause de la retraite à 60 ans, quand il milite pour qu'il y ait plus d'adultes à l'école, au collège et au lycée, pour un bouclier logement qui limite à 25% du revenu les dépenses de logement, pour le retour de la police de proximité, pour une meilleure prise en charge des dépenses de santé, pour une organisation plus égalitaire de l'offre de soin, ou pour la revalorisation du travail et l'augmentation des salaires, affirme que sa priorité est de répondre aux demandes sociales très concrètes du peuple français", répond Benoît Hamon.

 

Les banquiers au pas 

Autre sujet largement abordé par les internautes : la situation économique. "La crise qui devait remettre le politique devant l'économique et le financier accouche en réalité d'une situation exactement inverse. Ce sont les agences de notations, hier aveugles et laxistes vis-à-vis des subprimes, qui notent avec sévérité la dette souveraine des États et poussent à la mise en œuvre de politiques d'austérité partout en Europe", dénonce le porte-parole du PS.

"Etes-vous prêt à mettre les banquiers au pas ?" demande un internaute. "Nous voulons la création d'une surtaxe de 15% à l'impôt sur les bénéfices des sociétés payée par les banques pour abonder le fonds de réserve des retraites (ainsi que) la mise à contribution des stock-options et autres bonus pour financer les retraites. Nous proposons aussi la création d'un pôle financier public pour soutenir l'économie réelle."

 

La menace du déclassement

Et puisque l'on ne parle pas candidat mais idées, quelle sera "le thème fondateur de la prochaine campagne présidentielle du PS ?" demande un militant. "Le progrès. La société française se divise en deux catégories : ceux qui espèrent et ceux qui n'espèrent plus. La deuxième catégorie ne cesse de croître. Elle rassemble ceux pour qui la marche du progrès s'est interrompue. On vit moins bien que ses parents. On occupe un emploi inférieur à celui que l'on occupait avant un licenciement.(…). Ca, c'est la vie de millions de Français. Le déclassement ou la menace du déclassement sont une réalité sociale qui gangrène la France. La république semble ne plus tenir sa promesse d'égalité. Nous voulons reprendre le chemin du progrès."

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Compte-rendu: Faut-il avoir peur des banlieues ?

La salle qui accueillait l’atelier « Faut-il avoir peur des banlieues ? » peinait à contenir l’ensemble des militants, venus en nombre participer à un échange d’une actualité brûlante.

 La peur qu’inspire la banlieue n’est pas nouvelle. Voilà plus de 30 ans que la question des « quartiers » revient à intervalles réguliers, au gré d’une actualité souvent tragique.

Un rituel que qualifie C. Avenel, sociologue spécialiste de la question des banlieues, de « carnaval pathétique des quartiers pauvres » : attention médiatique, réponse immédiate des pouvoirs publics, généralement suivie d’un appel à la citoyenneté et de l’annonce d’un énième « plan Marshall » - avant que ne retombe l’émotion pour ne plus laisser place qu’à l’indifférence générale.

 La période récente affiche cependant plusieurs singularités. Le creusement des inégalités, à l’origine de ces cycles de violence, semble ne jamais cesser de s’accroître. La reproduction des inégalités sociales se fait plus forte. On constate, dans la durée, une inscription spatiale plus marquée encore des inégalités. Aujourd’hui, ce sont ainsi près de 45% des jeunes de moins de 18 ans qui vivent en dessous du seuil de pauvreté. Le recul de l’Etat, et l’abandon de ces quartiers en termes de services publics, dénoncé par M-A. Jamet, Maire de Val-de-Reuil, n’a fait que renforcer cette tendance.

La stigmatisation des populations issues de ces quartiers se fait elle-même plus dure. Plusieurs intervenants ont ainsi dénoncé les raisonnements en rapport avec une « image » plutôt qu’avec une véritable « expérience » des banlieues. Les exemples de discrimination sur la base de la seule adresse ne manquent pas.

Des facteurs qui expliquent le durcissement des violences physiques subies par les habitants (premières victimes des violences urbaines), à laquelle les autorités opposent aujourd’hui une réponse répressive, quasi militaire, trahi par le langage martial utilisé lors de récentes opérations de lutte contre la criminalité en banlieue. Le filet pénal, enfin, s’est élargi, ses mailles se sont resserrées.

 Pour quels résultats ? La politique de la ville renvoie à une approche « professionnalisée » de l’exclusion – plutôt que de lutter contre elle, on l’accompagne par un développement des métiers de travailleur social. Pour M. Bouthi, les récents évènements de la Villeneuve, à Grenoble, marquent ainsi la mort des politiques de la ville – ce que ne veut admettre S. Rebière-Pouyade, qui dénonce le déclin des instruments de lutte contre l’exclusion plutôt que leur dévoiement.

 Pourtant, l’horizon n’est pas aussi sombre qu’il y paraît. Tous se sont accordés pour insister sur la profusion d’initiatives positives prenant leur essor directement dans les banlieues. La question même posée par l’atelier, faisant état de banlieueS au pluriel plutôt qu’au singulier, témoignait de la multiplicité des visages de ces quartiers, de leurs complexités mais aussi de leurs  richesses.

Marianne Louis, Secrétaire Nationale à la politique de la ville, saluant l’engouement des participants, a donné rendez-vous à tous à la prochaine Convention sur l’égalité réelle et au Forum « Ville du XXIe siècle » afin d'approfondir le débat.

Déchéance

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Rentrée, ce qui change, ce qui coince

Réformes du lycée et de la formation des maîtres, sanctions, journée partagée, sans oublier le sort des frites à la cantine... Revue des nouveautés.

52 réactions

C.B.

Luc Chatel ce mardi.

Luc Chatel ce mardi. (© AFP Bertrand Guay)

A l'heure des derniers ravitaillements en cahiers à spirales gros carreaux, le climat n'est pas des plus détendus en cette rentrée. Rien d'inhabituel pour un début septembre, mais tout de même, on «accumule tous les problèmes», tempête le Snes-FSU, le principal syndicat enseignant des collèges et lycées. Une rentrée «sombre et pesante», «chaotique» renchérissent les autres (SE-Unsa, Fidl). Même les inspecteurs (SI-EN Unsa) y vont de leur «coup de semonce».

Signe de la contestation qui couve, une grève est prévue dès la deuxième semaine de classe, les lundi 6 (les collèges et lycées) et mardi 7 septembre, greffée sur celle des retraites. Et même dès la rentrée à Paris à l'appel de Sud Education. «Notre école a moins besoin de grand soir que de petits matins quotidiens», a rétorqué aux fâcheux le ministre Luc Chatel lors de sa conférence de presse de rentrée ce mardi. D'ailleurs, «citez-moi une rentrée où les syndicats ne parlent pas de difficultés!»

Celles de cette année s'appellent d'abord et encore suppressions de postes. 16.000 pour cette année, autant qu'en 2011. Pendant ce temps, les classes gonflent, ne manquent pas de rappeler les syndicats, avec 39.000 élèves de plus cette année dans le second degré.

Deuxième gros sujet de tension, la très contestée «masterisation», autrement dit la réforme de la formation des enseignants. Pour la première promo de recrues nouvelle mouture, l'effet est radical: propulsion sans transition dans le grand bain. Recrutés au niveau bac+4 contre bac+3 auparavant (et bac+5 en 2011), les 15.472 nouveaux jeunes profs stagiaires sur le pont dans deux jours passent directement des amphis à un poste à quasi temps plein en collège ou lycée. C'est-à-dire sans aucune pratique du terrain ou presque. De quoi donner des sueurs froides aux petits nouveaux. Une catastrophe annoncée, à entendre les syndicats. Une année «transitoire», le temps que la réforme prenne pleinement effet l'année prochaine, tempère le ministre.

Certes, les stagiaires sont censés être suivis par enseignants «tuteurs» du même établissement, mais les candidats ne se bousculent pas malgré une prime de 2000 euros. Certes, des temps de formation sont prévus (en stages pendant l’année, ou une demi-journée ou une journée dans la semaine), mais «ils sont deux fois moins importants» qu’avant la réforme, déplore le Snes-FSU, qui voit d'abord dans cette réforme une manière de supprimer mécaniquement des postes à bon compte. Lot de consolation: les futurs professeurs des écoles gagnent 157 euros par mois de plus, les agrégés 259 euros.

Un peu moins controversé est l'autre chantier mis en œuvre en cette rentrée, la réforme du lycée. L’idée est de toucher un peu à tout en seconde pour mieux faire son choix ensuite. Au tronc commun s'ajoutent donc trois heures «d’enseignements d’exploration», plus six heures d’options possibles, et deux d’accompagnement personnalisé, dégagées en rognant sur quatre disciplines (français, histoire-géographie, physique-chimie, sciences et vie et de la terre) (détail de ce qui change ici). Pour ces deux heures assurées par les enseignants, chaque lycée se débrouille comme il veut et comme il peut.

Les programmes ont été revus dans toutes les disciplines, à commencer par les sciences économiques et sociales (SES), ce qui vaut d'ailleurs un petit cafouillage de rentrée sur les manuels, les éditeurs ayant été pris de court. Nouveauté aussi, l'histoire des arts fait son entrée au brevet des collèges.

2010 a droit à son nouveau sigle, «Clair». Comme Collège et lycée pour l'ambition, l'innovation et la réussite, dispositif né des états généraux sur les violences scolaires. Soit 105 collèges et lycées «plus autonomes», où les chefs d'établissement peuvent notamment recruter leurs équipes. Pour renforcer l'égalité des chances, onze nouveaux internats d'excellence seront créés pour les élèves bosseurs mais défavorisés.

Côté sécurité, tour de vis général et sanctions à tous les étages. Il faut «remettre la règle au cœur de l'école», a répété Luc Chatel ce mardi. L'heure est à la «riposte graduée», comprendre l'utilisation de «toute l'échelle des sanctions» – sauf les expulsions de huit jours, jugées contreproductives – et des «mesures d'utilité collective».

En cas d'absentéisme répété, les parents pourront dire adieu aux allocations familiales. Et les élèves les plus durs, ceux dont les collèges ne savent plus que faire, seront envoyés dans les nouveaux «établissements de réinsertion scolaire» (ERS).

Les équipes mobiles de sécurité (EMS), moitié policiers moitié personnel de l'éducation, mises en place il y a un an, sont doublées dans les académies les plus tendues.

Tolérance zéro enfin pour les «violences verbales». Et les élèves devront se lever à l'entrée en classe du prof, c'est le ministre qui le dit.

Au rayon expérimentation, certaines classes de 124 collèges et lycées vont expérimenter la journée partagée: cours le matin, sport (ou activités artistiques) l'après-midi. C'était l'une de pistes retenues par le ministre dans le cadre du débat sur les rythmes scolaires. Une conférence nationale doit d'ailleurs plancher durant l'année sur cette question récurrente de l'organisation du temps des élèves. Rendue de la copie mi-mai.

Et comme l'école, c'est aussi la cantine, signalons que le menu 2010 aura interdiction de comprendre des frites plus d'une fois par semaine. Même portion congrue pour le poisson pané, les pâtes noyées dans le fromage ou la mousse au chocolat.

01.09.2010

Université d'été 2010 de l'UMP : Eviter à tout prix de sombrer en 2012 !

Prise entre des résultats économiques plus que moyens et un chômage endémique, des affaires judiciaires qui n'en finissent pas et le sécuritaire comme seul viatique, l'UMP va faire sa journée d'université d'été avec pour seul but : ne pas sombrer en 2012 !

Université d'été 2010 de l'UMP : Eviter à tout prix de sombrer en 2012 !

L'UMP qui ces derniers temps, fort de sa majorité dans les assemblées, avait tendance à se croire à l'abri de toute surprise vient de se réveiller avec la gueule de bois ! En effet, en ce qui concerne leur popularité et leur survie au pouvoir, les études et sondages se suivent et se ressemblent en ce qui concerne leur champion

62% des français ne souhaitent pas que Nicolas Sarkozy se représente en 2012

Et surtout, cauchemar : " Selon un sondage TNS-Sofres Logica pour Le Nouvel Observateur, Nicolas Sarkozy serait battu au second tour de la présidentielle 2012 par Dominique Strauss-Kahn (59% contre 41%) mais également nettement battu par Martine Aubry (53-47) ... / ... " - Source France Soir

Dopés par l'université d'été du PS, les ténors de la majorité présidentielle sont montés au créneau pour hurler à l'antisarkozysme primaire sans pour autant être capable d'avancer le moindre argument susceptible de mobiliser les foules !

Le plus gros problème reste néanmois que le Président n'a plus "la main verte" en termes d'élections. Or, la peur de la perte de leur mandat, affole les élus de droite au point de se recroqueviller, autour des outrances, proposées quasi quotidiennement, par le collectif de la "droite populaire" !

C'est dans ce contexte que l'UMP va aborder sa journée d'université d'été qu'elle a voulu éloignée du contexte festif de Seignosse : Celui qui voulait "changer le moonnde " !

Première nouveauté : L'Université d'été est en banlieue parisienne !

En banlieue, mais un peu select, quand même, puisqu'il s'agit de Port-Marly dans les Yvelines. Le cadre : " les Pyramides , qui se décrit comme : " une oasis de bien-être, de lumière et d’espace, de vitalité et de convivialité". Ce qui fait quand même dire au politologue Pascal Perrineau, invité des journées d’été, "Avec ce choix, le parti présidentiel mise sur la symbolique de la banlieue parisienne" - Source Bakchich

Malgré cet exil, une bonne nouvelle pour Nadine Morano, la reine du "dance floor", la boîte de nuit, est assez correcte !

De quoi va t-on y parler ?

N'en déplaise à ceux qui vivent la réalité de 2010 et vont subir l'année 2011 : " Essentiellement du projet pour 2012 dont Nathalie Kosciusko-Morizet et Laurent Wauquiez, sont les rapporteurs "

Ces deux "spécialistes" se sont confiés au Figaro et nous expliquent leurs pistes actuelles en, faisant l'impasse de façon amusante sur 3 années qui n'ont pas vraiment séduit les français !

Extraits

"Le Figaro ... / ... Ce premier séminaire devait travailler sur les valeurs de la droite. Pourquoi l'avoir étendu aux valeurs des Français?

L. W. : Tout simplement parce que nous devons partir des attentes des Français ! Notre débat a permis d'en isoler au moins deux. La première, c'est le très grand besoin de justice et d'équité. Les Français sont prêts à faire des efforts, mais ils veulent que les efforts soient équitablement répartis ... / ... "

Une surprise serait-elle à attendre du côté du bouclier fiscal, de la remise en cause de la TVA à 5,5% (manque à gagner pour l'Etat de 3 milliards d'euros par an) ou de la niche Copé (manque à gagner pour l'Etat évalué à 22 milliards d'euros depuis trois ans) - Source L'Expansion parfaitement injustifiés en cas de crise économique et de finances publiques en berne !

Bien sur que non puisqu'on nous ressort : la valeur travail !

N. K.-M. : Une autre demande est sensible et récurrente: l'exigence de vérité. ... / ... La valeur travail, par exemple. Elle reste durablement au cœur de nos convictions et de notre action depuis 2007 .. / ... "

Le Figaro : Un slogan comme le «travailler plus pour gagner plus» de 2007 doit-il être reformulé?

L. W. : Nous n'y renoncerons pas pour faire plaisir aux adeptes du politiquement correct de gauche. Le point essentiel dans la période que nous traversons est d'associer travail et justice en luttant contre l'assistanat, en permettant à ceux qui veulent s'en sortir par le travail de pouvoir le faire, en assurant une juste rémunération des efforts ... /... "

Travail et justice, lutte contre l'assistanat, juste rémunération des efforts ?

Message transmis à ceux qui ont découvert le bonheur de la précarité dans l'emploi : " Huit embauches sur dix se font en contrats courts qui représentent désormais 9% de l’emploi salarié total " - Source Le Figaro

Et aux 3 963 800 inscrits à Pôle emploi, fin juillet 2010 (4 208 300 en France y compris Dom), toutes catégories confondues, ainsi que les chômeurs en fin de droit dont monsieur Wauquiez a la responsabilité !

Mais ce qui devrait être le plus important lors de cette journée, c'est : L'affrontement entre les deux frères ennemis : Xavier Bertrand et Jean-François Copé !

En effet : " Dans un entretien au « Parisien », publié aujourd'hui, le chef de file des députés UMP reproche au secrétaire général du parti, avec lequel il entretient des relations tendues, de n'avoir pas « organisé d'université d'été digne de ce nom » après celle du PS. « Le parti aujourd'hui ne parvient pas à créer (une) dynamique », assène-t-il, lui opposant la « dynamique » de son club, Génération France ... / ... " - Source Les Echos

Et vous là dedans, direz-vous ?

Et bien, il faudra vous contenter de la déchéance de la nationalité et du démantèlements des camps de Roms … et de travailler plus longtemps afin de percevoir votre retraite !

Roms: la France calmera-t-elle la grogne de la Commission européenne ?

La Commission européenne a lancé une enquête juridique pour savoir, si oui ou non, les expulsions de Roms menées par le gouvernement s'effectuent, comme il le clame, en conformité avec le droit européen. Le début d'un processus complexe et souvent long.

Un militant d'une association est maîtrisé par un CRS, le 06 juillet 2010 lors de l'évacuation du campement de Roms du Hanul, à Saint-Denis. (AFP) Un militant d'une association est maîtrisé par un CRS, le 06 juillet 2010 lors de l'évacuation du campement de Roms du Hanul, à Saint-Denis. (AFP)

Mardi 31 août, une courte réunion a eu lieu entre le ministre de l'Immigration, Eric Besson, le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes Pierre Lellouche et des membres de la Commission européenne. A l'ordre du jour, la question des expulsions de Roms en France depuis le début du mois d'août. Pourquoi cette réunion organisée en quelques jours ? Certainement pour calmer les mécontentements de la Commission européenne car le 25 août, la commissaire européenne à la Justice, aux Droits fondamentaux et à la Citoyenneté, Viviane Reding, s'est fendue d'une déclaration officielle sur ces reconduites.

A l'issu de cette rencontre, Eric Besson a fait état d'un dialogue "franc, approfondi et constructif" avec la Commission européenne. Tout en saluant le "formidable acquis" que représente, selon lui, le droit à la libre circulation en Europe des 500 millions de citoyens européens, Eric Besson a souligné que ce droit "n'est pas inconditionnel". "Cette liberté ne peut servir de prétexte à des activités illicites, en particulier le trafic d'êtres humains", a-t-il dit.

Un peu plus tôt, le porte-parole de Mme Reding, Matthew Newman avait au contraire souligné que "les Roms ont les mêmes droits que tous les citoyens européens et que l'intégration c'est partout en Europe" et pas seulement dans son pays d'origine.

Viviane Reding qui n'a pas fait de commentaires à l'issue de la réunion avec les responsables français devrait s'exprimer sur ce sujet mardi devant les députés européens réunis à Strasbourg.

 

Une enquête juridique

En effet, après les critiques de l'opposition, de l'Eglise et de l'ONU sur la politique menée par le gouvernement Fillon, c'est cette fois-ci l'Union européenne qui a émis des griefs sur le sort réservé à "la plus grande minorité ethnique dans l'Union européenne" au sein de l'Hexagone. Viviane Reding a donc lancé une enquête juridique visant à savoir si les reconduites sont bien en accord avec les textes européens, notamment de la directive 2004/38/CE du parlement européen et de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Les conclusions de cette enquête doivent être présentées devant la commission le 1er septembre. Celle-ci intervient alors que le gouvernement affirme dans tous les médias que ces reconduites se font "en conformité avec le droit de l'Union européenne".

La Commission européenne semble en tout cas considérer que la question doit être absolument posée, car si le président de la Commission européenne, Jose Manuel Baroso, n'a pas fait de déclaration particulière sur le sujet et ne sera pas présent à la réunion de ce mardi, selon Olivier Bailly, le porte-parole de la Commission européenne. La déclaration faite le 25 août par Madame Reding a été faite en accord avec le président Baroso et tous les membres de la Commission, précise-t-il, et le président a lui-même approuvé le texte. Interrogé sur la réunion du 6 septembre qui pourrait avoir lieu entre Nicolas Sarkozy et Jose Manuel Baroso, Olivier Bailly ajoute que "pour l'instant, il n'est pas prévu que la réunion du 6 septembre, si elle a lieu, porte sur l'expulsion des Roms de France, ce n'est pas l'agenda, mais cela peut évoluer en fonction de l'actualité et des résultats de l'analyse juridique. A l'heure actuelle, officiellement, le thème de cette possible réunion est l'économie".

 

Des amendes possibles

Mais alors quelles conséquences pour la France peut avoir cette enquête juridique de la Commission ? Quelles mesures peuvent être prises contre la France si celle-ci s'avère fautive ?

L'enquête juridique lancée se doit d'éclairer la situation. Cependant, c'est un processus qui peut être très long et qui comprend de nombreuses étapes. La Commission européenne dispose de deux premières phases traitées directement avec l'Etat membre avant de pouvoir saisir la Cour de justice européenne : tout d'abord, elle adresse une mise en demeure à l'Etat membre puis un avis motivé, c'est seulement ensuite que la Cour peut-être saisie. Ainsi, si la Commission décide d'introduire un recours en manquement, la Cour va examiner l'affaire et entendre les deux parties (l'Etat concerné et la Commission) par écrit puis lors d'une audience de plaidoirie.

Il existe alors deux possibilités : soit l'Etat membre a manqué à ses obligations et il doit alors se conformer à l'arrêt de manquement de la Cour le plus tôt possible, soit la demande de la Commission est rejetée. C'est ensuite à la Commission européenne de vérifier que l'Etat se conforme bien à l'arrêt en question. Dans le cas contraire, une seconde procédure se met en place, qui comprend deux nouvelles étapes d'abord devant la Commission européenne puis par une nouvelle saisie de la Cour justice qui peut alors décider d'un second arrêt qui comprend la condamnation de l'Etat membre à une amende. Si la Cour de justice traite plus de 100 affaires par an qui l'amènent à prendre un premier arrêt, la condamnation d'un Etat membre à une amende reste rare : dix affaires jusqu'à aujourd'hui, dont trois concernaient la France, quatre la Grèce, une l'Espagne et deux le Portugal.

Ces différentes étapes et les retours devant la Commission expliquent un temps judiciaire qui peut être très long dans ce type d'affaire. Pour que la Cour de justice prononce le premier arrêt cela peut prendre de 16 à 18 mois. Pour le second arrêt, il faut parfois attendre plusieurs années. Cela dépend essentiellement de la Commission européenne. A titre d'exemple, le premier arrêt de la Cour concernant l'affaire C177/04 qui concernait la France a été pris en 2002, le second en 2006.

C'est ensuite à la Commission européenne de veiller au paiement des amendes par l'Etat membre visé par deux arrêts.

 

Le "long" séjour est tenu à des conditions particulières

Interrogé sur ce point, le ministère de l'Immigration affirme ne pas avoir de réaction particulière au lancement de cette enquête juridique. Ce dernier affirme une nouvelle fois à Nouvelobs.com que toutes les reconduites ont été faites en conformité avec le droit français et le droit européen. Selon le ministère de l'Immigration, tous les "Bulgares" et les "Roumains" -dixit le ministère qui se refuse à employer le mot Rom- qui ont été reconduits dans leur pays se trouvaient en situation irrégulière sur le territoire français. Toujours selon le ministère, invoquant la directive 2004/38/CE, la libre circulation des ressortissants communautaires s'applique aux Roumains et aux Bulgares en tant que citoyens de l'Union européenne (depuis 2007) et permet donc à chacun d'entre eux de circuler. Mais concernant le séjour, il ne permet que de courts séjours munis d'une pièce d'identité. Le "long" séjour est tenu à des conditions particulières afin de ne pas devenir une "charge" pour l'Etat accueillant (directive). "C'est là que les Bulgares et les Roumains sont en situation irrégulière", précise le ministère.

Comme Eric Besson l'a rappelé le 30 août, 979 ressortissants roumains et bulgares ont été reconduits entre le 28 juillet le 17 août, dont 151 "de manière contrainte" et 828 "de manière volontaire".

Mais deux questions se posent : quelle différence entre reconduites volontaires et forcées ? Est-ce que chaque personne reconduite a bénéficié comme le veut la loi d'une analyse précise et individuelle de son cas ?

 

Des retours vraiment volontaires ?

Sur ce point, ministère et associations de défense des migrants ont des avis bien différents. Claudia Charles, chargée d'études au Gisti explique "qu'il ne s'agit pas de retours volontaires puisque s'ils refusent le départ volontaire qui comprend une aide financière (300 euros par adulte plus 100 euros par enfant), ils sont expulsés de façon forcée", procédé que reconnait d'ailleurs le ministère de l'Immigration. Les reconduits semblent donc avoir un choix bien limité. De son côté, le ministère affirme que l'importante part de retours volontaires montre qu'il s'agit pour la plupart de personnes se trouvant en grande précarité que le gouvernement aide à rentrer chez eux.

Sur le deuxième point, le ministère de l'Immigration affirme que la procédure de reconduite est extrêmement encadrée et se passe sous le contrôle de deux juges et qu'"il est certain que chaque dossier a été examiné avec précision". Les services du ministère de l'Immigration précise: "à partir du moment où les gens sont volontaires pour la reconduite, le temps administratif peut être un temps court" mais "ce n'est jamais du jour au lendemain". De la même façon, le temps juridique lié à la procédure de reconduite forcée est encadré par des textes : les juges doivent être saisis dans un temps court.

Au Gisti, on explique cependant qu'avec "850 décisions en moins d'un mois, soit l'administration est extrêmement efficace soit le ministère n'a pas pu analyser de façon détaillée chaque cas sur la situation personnelle et individuelle". "La seconde option semble plus vraisemblable et c'est pourtant la base pour prendre une décision vis à vis des étrangers notamment des communautaires", commente Claudia Charles.

  

Un phénomène qui n'est pas nouveau

Un point sur lequel s'accordent association et gouvernement est que le phénomène n'est pas nouveau, bien que ces reconduites se soient accélérées depuis le début du mois d'août avec la multiplication des évacuations de camps de Roms, qui se place notamment dans le cadre de la communication politique du gouvernement sur sa politique sécuritaire.

Du côté du ministère de l'Immigration, on précise que "l'avion qui a décollé le 23 août était en fait le 25ème depuis le début de l'année, ce qui amène les chiffres des reconduites à environ 8.000 depuis janvier 2010. Et environ 10.000 reconduites en 2009". Au Gisti, on confirme que "la violence, la pression exercée sur les Roms n'est pas nouvelle". L'association annonce qu'elle a adressé une lettre à Viviane Redding expliquant que ce n'est pas une politique récente mais que l'Union européenne ne s'inquiète de celle-ci que depuis la polémique née en août. Une plainte a été déposée auprès de la Commission européenne, qui est la seule à pouvoir saisir la Cour de justice européenne, le 31 juillet 2008, sur l'illégalité des mesures de reconduites de Roms prises en France.

" C'est une campagne de communication pour faire la promotion de la lutte contre l'insécurité, mais c'est complètement illogique car des retours en France sont possibles dès le lendemain de leur arrivée dans leur pays d'origine", explique Claudia Charles.

 

Stigmatisation ?

Ainsi, près de 10.000 Roumains et Bulgares sont reconduits chaque année de France. Mais qu'en est-il des autres communautaires arrêtés par les autorités en situation irrégulière sur le sol français ? Sont-ils également expulsés de France ? 

La réponse est oui mais les chiffres sont sans commune mesure. Toujours en 2009, seulement 566 communautaires majeurs en situation irrégulière, selon les chiffres du ministère de l'Immigration, autres que roumains et bulgares ont été reconduits. Pour 90% d'entre eux, il s'agit de retours forcés, des chiffres globalement constants. Ainsi, on compte 88 Néerlandais (dont un seul retour volontaire), 78 Polonais (13 retours volontaires), 63 Espagnols (pas de retours volontaires), 55 Lituaniens, 47 Italiens. Concernant des pays comme l'Irlande, il ne s'agit que d'un seul retour en 2009.

Le ministère de l'Immigration affirme que ces chiffres ne peuvent être comparés avec les reconduites de Roumains et de Bulgares : "Les ressortissants étrangers, notamment européen, en grande précarité (ceux susceptibles d'être reconduits) se tournent en grande majorité eux même vers leur consulat, par tradition. C'est ce dernier qui organise leur retour dans le pays d'origine". Selon le ministère donc, les chiffres sont incomparables car les Bulgares et les Roumains n'ont pas la tradition de se tourner vers leur Consulat pour organiser leur retour dans leur pays d'origine lorsqu'ils se trouvent en situation irrégulière ou en difficulté, "peut-être notamment en raison de tradition de mobilité de ces populations". Pourtant, il faut rappeler qu'il existe bien un consulat roumain et bulgare en France.

Les traditions différentes sont-elles vraiment la seule raison à ces différences de chiffres dans les reconduites ?

De son côté, Claudia Charles au Gisti affirme qu'elle n'a pas connaissance d'obligation de quitter le territoire pour d'autres communautaires. En revanche, elle connaît des exemples d'autres communautaires se trouvant en situation irrégulière signifiée par les préfectures mais qui n'ont pas été visés par une obligation de quitter le territoire français.

 

Des critiques venues de Roumanie

Dernier point, le ministère de l'Immigration insiste sur le fait que des critiques sont faites au gouvernement français alors que les gouvernements bulgares et roumains ne désapprouvent pas cette même politique de reconduites des Roms. Il précise que des accords d'entre-aide doivent être mis en place prochainement. Pourtant, dimanche 29 août, le ministre roumain de l'Intérieur, Vasile Blaga, a souligné qu'"aucun des Roms rapatriés de France vers la Roumanie la semaine dernière n'était fiché par la police française ou roumaine."

S'il reconnaît "qu'à partir du moment où un citoyen roumain se trouve en situation irrégulière en France, il doit être expulsé", Vasile Blaga a annoncé que la Roumanie se "défendrait" si des abus se produisaient. "La France paye pour ces retours volontaires. (...). Est-ce une bonne politique, une mauvaise politique? C'est un terrain sur lequel je ne veux pas m'exprimer", a ajouté M. Blaga.

De son côté, le ministre roumain des Affaires étrangères Teodor Baconschi a estimé lundi 30 août que "les rapatriements de Roms depuis la France avec une somme d'argent ne sont "pas une solution", en appelant au dialogue bilatéral et européen pour l'intégration de cette minorité.

"Ces rapatriements volontaires en échange d'une somme d'argent que reçoivent nos concitoyens Roms pour accepter de revenir en Roumanie, ce n'est pas une solution", a déclaré le chef de la diplomatie roumaine lors d'une interview à la télévision nationale roumaine TVR.

Le ministre a insisté sur le besoin "de fonds, de volonté politique, de dialogue bilatéral et européen et en même temps de programmes concrets" pour améliorer la situation des Roms.

"Nous comptons sur la coopération honnête de Paris. Il faut des logements, améliorer l'accès à l'éducation, au système sanitaire. Cela ne pourra pas se faire en 48 heures. C'est un problème multiséculaire et transnational", a estimé Teodor Baconschi.

De leur côté, des ONG roumaines de défense des Roms ont appelé au boycott des produits français à compter du 6 septembre

L'Etat a refusé de vendre l'hippodrome de Compiègne en 2003

Le Canard Enchainé publie une lettre dans laquelle l'ex-ministre de l'Agriculture Hervé Gaymard refuse la vente du domaine de 58 hectares, estimant qu'elle "n'est pas possible" du point de vue légal.

Vue aérienne de l'hippodrome de Compiègne  (AFP) Vue aérienne de l'hippodrome de Compiègne (AFP)

La vente du domaine de 58 hectares comprenant l'hippodrome de Compiègne, dont les conditions de vente ont suscité une polémique, avait été refusée en 2003 par un précédent gouvernement, selon une lettre publiée dans le Canard Enchaîné à paraître aujourd'hui.

L'hebdomadaire avait accusé en juillet Eric Woerth d'avoir bradé pour 2,5 millions d'euros une parcelle de la forêt de Compiègne (Oise) comportant un golf et l'hippodrome, lorsqu'il était ministre du Budget. Eric Woerth avait alors vivement contesté l'interprétation du Canard enchaîné.

Le journal satirique publie désormais une lettre de l'ex-ministre de l'Agriculture Hervé Gaymard, refusant la vente sollicitée par la société locataire du lieu.

 

Une vente illégale

Dans ce courrier daté du 13 août 2003 et adressé à l'ex-président de la Société des courses de Compiègne, Armand de Coulange, Hervé Gaymard refuse de vendre le domaine, estimant qu'elle "n'est pas possible" du point de vue légal.

La SCC "souhaiterait devenir propriétaire du terrain d'une superficie d'environ 58 hectares, qu'elle occupe en forêt domaniale de Compiègne", écrit alors Hervé Gaymard.

"Compte tenu de la législation concernant les forêts domaniales, je vous informe qu'une cession par vente n'est pas possible. En revanche, un échange serait envisageable si la Société des courses de Compiègne offrait un terrain forestier de la même importance et d'une valeur suffisante", ajoute-t-il.

"Or la Société des courses de Compiègne ne dispose pas actuellement d'une tel patrimoine foncier. C'est pourquoi une telle opération ne peut être réalisée, sauf bien sûr, à trouver une offre équivalente au regard de ce type de transaction", ajoute le ministre de l'époque.

Selon le journal satirique, la lettre a été authentifiée par Hervé Gaymard.

Eric Woerth, actuel ministre du Travail et ancien trésorier du parti présidentiel UMP, est depuis plusieurs semaines au coeur de la tourmente de l'affaire Bettencourt. Il est sous la menace d'une procédure devant la Cour de justice de la République, juridiction d'exception qui juge les crimes et délits commis par les membres du gouvernement "dans l'exercice de leurs fonctions".

Kouchner en guerre?

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Le coût de la rentrée des classes, polémique de saison

Quel est le coût de la rentrée des classes ? Les élèves n'ont pas encore retrouvé le chemin de l'école, mais cette question a déjà donné lieu à une distribution de bons et de mauvais points, sur fond de polémique.

La publication de l'indice de la gomme et du crayon revient chaque année à la même époque. Un marronnier journalistique, mais aussi un précieux moment de communication pour les acteurs concernés. Cette fois, le premier communiqué a été publié lundi 16 août par l'Union des familles en Europe (UFE), à la veille de la sortie du baromètre annuel élaboré par une autre association, Familles de France. Et une semaine avant celui de la Confédération syndicale des familles. L'enjeu pour l'UFE : dénoncer l'outil de mesure avant même de connaître les résultats de l'enquête 2010.

Pour appuyer ses dires, l'UFE estime que les "annonces optimistes" faites en 2008 et en 2009, assurant que le coût de la rentrée des classes était en baisse, ont été "infirmées" par les données de l'Insee. Et de citer des exemples. Ainsi, Familles de France avait relevé en 2009 des baisses de 23,3 % des prix de la papeterie et de 4,7 % de ceux des autres fournitures, quand l'Insee détectait pour sa part des hausses respectives de 1,87 % et de 2,39 %. La Confédération syndicale des familles avait chiffré, elle, la baisse cumulée à 11,19 %. L'UFE a donc réclamé, lundi, une enquête "indépendante", sous le contrôle de l'Insee, pour déterminer l'évolution du prix du panier de l'écolier.

Mardi, Familles de France publiait son enquête après avoir demandé à ses adhérents bénévoles de scruter, début juillet, les étiquettes de 46 produits. Résultat : après deux années de fortes baisses, le coût de la rentrée est reparti à la hausse en 2010, avec une progression de 0,63 % sur un an, à 175,33 euros, pour un enfant entrant en sixième. Une hausse due aux prix des vêtements de sport (+ 3,89 %), quand ceux de la papeterie seraient toujours en baisse, à - 6,13 %.

Mais l'association a, à son tour, décerné ses mauvais points. Dans son collimateur : "Les essentiels de la rentrée", une gamme de produits dont la liste a été établie en concertation avec les enseignes de distribution et le ministère de l'éducation nationale et dont les prix ne doivent pas augmenter d'une année sur l'autre. Une initiative lancée en 2007.

Familles de France épingle quelques grandes enseignes comme Auchan ou Carrefour. Selon elle, le label "les essentiels" a bien été apposé sur une quarantaine de produits - du cahier à l'intercalaire, en passant par le compas ou la gomme - vendus à des prix défiant toute concurrence : dans ces hypermarchés, la baisse atteint même près de 50 %. Mais ces prix cassés se feraient au détriment de la qualité. De plus, Familles de France déplore que nombre de magasins ne mettent pas assez en évidence ce label dans leurs rayons.

La réaction ne s'est pas fait attendre. "Les produits vendus dans les enseignes répondent tous aux normes de qualité", a répliqué la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD), qui "n'admet donc pas les allégations de Familles de France selon lesquelles des produits de mauvaise qualité seraient proposés à nos clients". Luc Chatel, ministre de l'éducation nationale, s'est, lui, félicité des résultats de l'étude de Familles de France, constatant une "stabilisation des prix de la rentrée scolaire, poste-clé des dépenses familiales".

Alors, hausse ou stabilisation du coût de la rentrée des classes ? Seule certitude, le montant de l'allocation de rentrée scolaire versée à partir de jeudi reste inchangé par rapport à 2009. Soit de 280 à 306 euros selon l'âge de l'enfant. Seul le plafond de revenus - à ne pas dépasser pour obtenir l'allocation - a été relevé de 2,3 %, passant à 33 536 euros pour une famille avec trois enfants.

31.08.2010

Quand Sarkozy radote devant les ambassadeurs.

Mercredi, Nicolas Sarkozy s'adressait aux ambassadeurs, lors de la 18ème Conférence du genre depuis 1993. Cet exercice de rentrée est toujours savoureux depuis que Nicolas Sarkozy est président. A chaque discours, le volontarisme affiché dans les mots est apparu de plus en plus éloigné de la réalité.

L'image était mal éclairée, le son caverneux, et le discours coupé en plusieurs segments par un monteur de l'Elysée, comme pour masquer combien il était fastidieux. Sarkozy lisait prudemment son texte, la tête baissée, s'essuyant le front à répétition, et se permettant rarement, presque jamais, d'élan spontané comme il aimait le faire auparavant.

Quand Sarkozy radote devant les ambassadeurs.


Sarko radote depuis 2007...
Fin août 2007, Sarkozy sortait de son premier été de président, vacances luxueuses aux Etats-Unis invité par un copain fortuné, Ray-Ban sur le nez, Cécilia qui commence à bouder. Un journaliste suisse le compare déjà à un Sylvester Stallone lyophilisé. Après avoir fustigé son adversaire Ségolène Royal sur le sujet, Sarkozy explique enfin qu'il est inacceptable que l'Iran se dote de l'arme nucléaire. Mais il vient de signer un accord nucléaire avec son nouvel ami le colonel Kadhafi. Pour sa première conférence aux ambassadeurs, il critique l'intervention américaine en Irak (après avoir dit le contraire pendant la campagne), et annonce qu'il ne bloquera pas les négociations d'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne. Il a un mot pour l'Afrique, un mois après un fameux discours néocolonialiste à Dakar.

Fin août 2008, quelques jours avant la disparition de la banque d'affaires Lehman Brothers, Nicolas Sarkozy n'avait rien vu, rien prévu. Pourtant, depuis des semaines, les nouvelles du front américain étaient inquiétantes. Mais Sarkozy avait la tête ailleurs : il « présidait » l'Union européenne pour 6 mois, depuis le 1er juillet précédent. Il venait d'être confronté à l'invasion de la Géorgie par la Russie. Il tentait de faire croire qu'il avait sauvé le petit Etat, pourtant provocateur. Un peu avant son discours aux ambassadeurs, la Russie annonçait qu'elle reconnaissait l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie, deux anciennes provinces géorgiennes. Sarkozy, désavoué par son ami Medvedev, condamne, mais n'y peut pas grand chose. A l'époque déjà, il devait se rendre à l'enterrement de soldats français tués au combat en Afghanistan. 2008-2019, rien n'a changé.

Fin août 2009, la crise est là, les ambitions sont loin. Sarkozy a endossé depuis des mois un costume de régulateur, qu'il exhibe devant ses ambassadeurs. Surtout, il donne des leçons de moralité et de responsabilité tous azimuts. A ses homologues du G20, il pose déjà des ultimatums, reprenant à son compte et sans le dire, les propositions anglaises d'étalement des bonus sur trois ans. L'Iran, déjà, est sa tête de Turc. Il joue au taurillon alors qu'une Française, Clothilde Reiss, paye déjà l'affront français, coincée à Téhéran après un procès inique.

Pour cette rentrée 2010, l'exercice n'était pas aisé. Impossible de crier encore une fois à la régulation internationale. La France est à la traîne du Royaume Uni et de l'Allemagne, plus actives en matière de taxation des traders ou des banques, voire de croissance. Un otage français a été assassiné voici 5 semaines, et la polémique sur l'échec diplomatique français ne s'est pas éteinte. Lundi dernier, Al Qaida a libéré deux otages espagnols qu'elle détenait au Maghreb depuis des mois. Dans un message diffusé le même jour, l'organisation terroriste explique qu'elle a voulu, avec cette libération, donné une leçon à la France. Le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, qui remplace depuis le premier jour le ministre officiel des Affaires Etrangères Bernard Kouchner, n'a pas apprécié: « Je réaffirme que jamais, nous n'avons eu la possibilité d'entrer en contact avec Al-Qaïda pour la libération de Michel Germaneau. »

Contre les « commentateurs »
Face à ses ambassadeurs, Sarkozy a débuté avec la lutte contre le terrorisme: « Al Qaida et ceux qui s'en réclament ont accru leur emprise dans un arc qui va du Pakistan au Mali. » Sur l'Afghanistan, le président français savait déjà qu'il aurait à se rendre, deux jours plus tard, à l'enterrement de deux soldats français, tués en début de semaine. Il maintient la position française, avec des accents bushistes, et, surtout, ses premiers tacles contre journalistes et analyses : « la mode du moment, et dieu sait qu'il y a des modes, la mode du moment chez les commentateurs est au catastrophisme. Chaque jour on nous annonce le retour des talibans, comme si les jeux étaient faits, et comme si nous avions abandonné le peuple afghan. » Samedi, les Talibans, justement, ont attaqué deux bases américaines. Quelle est la mission française ? Défendre les Afghans contre les Talibans, former les forces de sécurité locales et apporter une aide à la population civile. Il ne fallait attendre aucun commentaire sur l'échec occidental, depuis 2002. Simplement, « le prix humain est lourd. » Mais, complète-t-il, « je demande à chacun d'entre vous d'imaginer ce qu'il en serait du prix humain si nous n'étions pas là. » Pour conclure, « la France restera donc engagée en Afghanistan avec ses alliés aussi longtemps que nécessaire et aussi longtemps que le souhaitera le peuple afghan. » Le peuple afghan ? Sarkozy faisait allusion au président Karzaï, élu après de gigantesques fraudes voici un an. Sarkozy embraye sur le nécessaire soutien du Pakistan, confronté à « des défis socio-économiques immenses » et à des inondations dramatiques. Pas un mot, cette fois, sur la timidité française dans l'aide internationale.

Schizophrène avec l'Iran
Sujet suivant, l'Iran. Sarkozy défend une position totalement schizophrène : contre l'armement nucléaire du pays, mais favorable à la prochaine mise en service d'une centrale avec l'aide des Russes. Sarkozy commence par évoquer la répression et, notamment, le cas de Sakineh : « Madame Mohammadi, la France considère qu'elle en a la responsabilité » s'exclame Sarkozy. Que veut-il dire ? Rien. C'était juste une déclaration en l'air. Sarko continue d'accuser l'Iran qui, dit-il, « continue d'alimenter la violence dans région. »

« Qu'on m'comprenne bien, la France est favorable au développement dans le strict respect des normes internationales de l'électricité nucléaire. » Il recommence. Pompier pyromane, il reste prêt, comme toujours, à équiper les dictatures du monde en technologie nucléaire pour peu qu'elles signent un papier reconnaissant la légitimité des contrôles d'une agence internationale... « L'Iran a le droit au nucléaire civil. » Et, aussi incroyable que cela puisse paraître, Sarkozy se félicite ensuite de la prochaine mise en service de la centrale de Boucher, alimentée par du combustible russe. On croit rêver... ou cauchemarder... « C'est pourquoi la France salue le démarrage de la centrale de Boucher. (...) le problème n'est pas là, le problème est ailleurs. Il y aura bientôt un an au sommet de Pitsburgh, avec Barack Obama et Gordon Brown, nous avions révélé l'existence du site clandestin que l'Iran construisait pour ses activités proliférantes.  » Notez l'exercice sémantique... Sarkozy se félicite des sanctions adoptées depuis, notamment par l'Union européenne. En juillet dernier, l'UE a effectivement décidé d'interdire tout nouvel investissement, assistance technique ou transferts de technologies, notamment pour le raffinage et la liquéfaction de gaz. En revanche, la centrale de Boucher, elle, ne pose aucun problème... Allez comprendre...

Mal à l'aise sur l'Europe...
Sur l'Europe, Sarkozy semblait mal à l'aise. Nous avons déjà évoqué son exercice d'équilibriste: il s'est félicité des ambitions franco-allemandes de gouvernance économique commune en Europe préconisées en juin dernier. Or, à l'époque, Sarkozy avait du en fait se ranger à la position allemande : des sanctions contre les Etats en situation budgétaire difficile, mais pas de renforcement du rôle de l'eurogroup.

Nicolas Sarkozy a terminé son intervention par un sujet qui lui tient à coeur, la future organisation, par la France, des rencontres du G20 en novembre prochain, puis du G8, en janvier 2011. Il espère à nouveau faire mousser son volontarisme en matière de régulation financière. Pourtant, la France reste étrangement à la traîne face au Royaume Uni et l'Allemagne.« Jusqu'à présent nous avons connu des G20 de temps de crise. Et au fond, c'était assez simple, on n'avait pas le choix, il fallait prendre des risques et agir. Et le G20 a accompli un travail considérable sur lequel je ne reviendrai pas. »
Effectivement, mieux vaut ne pas y revenir. A en croire Sarkozy l'an passé, le G20 devait supprimer les paradis fiscaux, coordonner les politiques de relance, et réformer la finance mondiale pour éviter les bulles et attaques spéculatives. Au final, rien de tout cela n'est arrivé, à l'exception de communiqués lénifiants. Les paradis fiscaux sont toujours là, ils ont simplement changé de nom. Chaque pays a suivi sa voie de relance. Et l'euro a failli disparaître au printemps dernier sous le coup des spéculations de traders contre les finances grecques.

G8: la parole contre les actes
Pour « son » G8, Sarkozy se voit déjà maître du monde. Il espère que la réforme du système monétaire international sera possible. « Naturellement, la France ne plaide pas pour revenir à un système de taux de change fixe », lâche-t-il en souriant. Naturellement... « Mais la France plaide pour qu'on mette en place des instruments qui évite l'excessive volatilité des monnaies » martèle-t-il les yeux rivés sur son texte. Pourquoi n'a-t-il pas commencé, à l'instar de l'Allemagne, à décourager les ventes à découvert ou à taxer ses banques pour assurer leur risque prudentiel ? Quelles sont les grandes idées du Monarque ? Il cite un exemple, organiser un « séminaire des meilleurs spécialistes mondiaux des affaires monétaires qui pourrait peut-être se tenir en Chine »... Ah ! Cette manie des commissions .... Plus tard, 

Sarkozy découvre les marchés

Sarkozy dénonce les fluctuations des cours des denrées alimentaires ou de l'énergie... « Rappelez vous les émeutes de la faim ! Je vous rappelle que c'était en 2008. Et entre 2008 et 2010, personne n'a rien fait ! » Incroyable, n'est-ce-pas ? « Qui osera dire ... qui osera dire que ce sujet est trop difficile et qu'il vaut mieux ne rien faire ? » Qui osera croire que Sarkozy pourra changer quelque chose à l'affaire ? Qui osera croire ? « J'connais... En France, j'ai parfaitement identifié ceux qui pensent qu'il vaut mieux ne rien faire. M'enfin... on va pas faire la même chose dans le monde ! » s'exclame-t-il, avec un haussement d'épaules... « La France va proposer à ses partenaires du G20 - car, quitte à assumer la présidence autant que ça serve à quelquechose - d'ouvrir ce dossier avec pragmatisme et avec ambition. »

Et paf ! Une bonne dose de langue de bois...  « Il me semble que trois sujets pourraient être étudier, d'abord je veux poser la question du fonctionnement même des marchés des dérivés des matières premières... Je sais que ce sont des mots à ne pas prononcer ... Mais pourquoi devrions nous réguler les marchés des dérivés dans le seul domaine financier ? » Sans rire ni gêne, il avance, trébuchant sur ses mots, que «la France est parvenue à convaincre le monde qu'il fallait réguler les marchés dérivées dans le domaine financier. » Il conclut: « étendre la régulation aux matières premières est possibile, est souhaitable, est indispensable. » Capable de toutes les audaces verbales, Sarkozy prétend que personne ne connaît comment fonctionne ce marché, que « personne ne connaît ses intervenants », « personne ne comprend comment il fonctionne », donc, pourquoi serait-ce difficile de le réguler ? A l'entendre, on se demande si un cours accéléré d'économie de marché ne lui serait pas nécessaire avant de débuter cette présidence française...Les marchés dérivés souffrent effectivement d'opacité, notamment sur le niveau d'engagements et de spéculation, déconnecté comme ailleurs, sur les productions de l'économie réelle, mais on a peine à comprendre comment Sarkozy pourrait prétendre résoudre l'affaire.


Sarkozy souhaiterait ainsi qu'on explore plusieurs pistes, comme la transparence des marchés; les politiques de stockage; ou la création d'outils d'assurance pour se couvrir de la volatilité...

Ah, la gouvernance mondiale...
Dernier sujet, la gouvernance mondiale. Incapable de la mettre en place au niveau européen, Sarkozy n'est pas gêné pour s'afficher volontariste au niveau mondial. Le laïus qui suivit ressembla en effet étrangement à d'autres déclarations sarkozyennes... sur l'Eurogroup. Il y a deux mois, avant de se faire tacler par Angela Merkel, Sarkozy proposait que les Etats membres de la zone euro institutionnalise leurs réunions avec la création d'un secrétariat permanent et une présidence. Le voici qui propose exactement la même chose pour le G20. La Chine et les Etats-Unis apprécieront.   

On ne sait pas qui ce charabia présidentiel devait impressionner. Sans doute Nicolas Sarkozy espérait-il faire croire que son volontarisme allait déplacer des montagnes dans quelques mois.

Il est bien seul à le croire.

Folie sécuritaire : Jusqu'où l'UMP est-elle capable d'aller ?

Inquiet de la réaction de son électorat catholique sur les expulsions de roms, Nicolas Sarkozy a fait mine de calmer le jeu à droite. Pourtant, les membres UMP du collectif Droite Populaire n'en ont cure et continuent leur surenchère ... sans rappel à l'ordre !

Folie sécuritaire : Jusqu'où l'UMP est-elle capable d'aller ?

L'UMP est à un tournant de son histoire. En effet, il ne sera plus possible pour les prochaines présidentielles et législatives de "vendre" aux électeurs : Le pouvoir d'achat, le travailler plus pour gagner plus, une démocratioe exemplaire, et autres grosses ficelles de 2007 ! Le discours de Grenoble a dévoilé ce que le candidat Sarkozy essayerait de "vendre" en 2012 : La sécurité, la sécurité, la sécurité !

On y travaille d'ailleurs à l'UMP puisque celle-ci : " ... / ... lancera, dès cet automne une série de conventions thématiques, sous la houlette de Nathalie Kosciusko-Morizet et de Laurent Wauquiez, pour enrichir le programme de son candidat dans un an et demi ... / ... séminaire centré sur les "valeurs des Français ... / ... " - Source L'Express

Si à la direction de l'UMP on en est encore à chercher les "Valeurs des français", au sein du Collectif Droite Populaire, on a tranché au profit de mesures exclusivement ciblées sur les "étrangers", seules, selon eux, susceptibles d'éviter une déroute électorale !

Si sans surprise : " Le député UMP Thierry Mariani  (celui de l’amendement sur les tests ADN en septembre 2007) déposera "des amendements" au futur projet de loi sur l'immigration, dont il est le rapporteur, permettant la déchéance de nationalité de certains auteurs de crime. ... /... "je soutiendrai des amendements permettant d'en revenir à une disposition qui existait dans la loi jusqu'en 1998 : la déchéance de la nationalité française pour les auteurs de crimes, français depuis moins de dix ans et dont la condamnation est égale ou supérieure à cinq ans de prison ferme ... / ... " - Source Le Point 

Il faut signaler le nouveau cheval de bataille des "croisés" du Collectif Droite Populaire : La suppression de l'AME (aide médicale d'état ) aux sans papier !

Les porteurs de ce "projet" se nomment Thierry Mariani et Philippe Meunier, (député UMP du Rhône et membre fondateur, du collectif Droite populaire)

Que disent-il ?

Philippe Meunier, le 29/07/2010 - " Chaque année depuis que je suis député, j’interviens pour parler de l’aide médicale d’État. Nous soignons gratuitement des gens entrés illégalement en France alors que l’on demande aux Français de se serrer la ceinture. Que l’on soigne les maladies infectieuses, je suis d’accord mais que l’on équipe des clandestins de lunettes, d’appareils auditifs ou dentaires, je trouve cela choquant ... / ... " - Source Lyon Capitale

Il est bon de signaler que : " L'AME prend en charge les frais à l'identique, mais dans la limite de la sécurité sociale" - Source GISTI. Ce qui en termes d'optique ou dentaire est assez insignifiant, comme le savent les français qui n'ont pas de complémentaire santé !

Mais c'est encore trop pour notre député qui récidivait le 5/08/2010 " ... / ... Ce qu’il faut, c’est oser briser certains tabous. L’AME (aide médicale d’État) ne doit plus être la Sécu des clandestins ; seuls ceux atteints de maladies contagieuses, faisant courir des risques aux Français, devront pouvoir en bénéficier ... / ... " - Source Valeurs Actuelles

En clair, tant qu'ils ne sont pas contagieux ...

Ce qu'oublie de signaler le député c'est que : " ... / ... La droite a déjà durci les conditions d’accès à l’AME en 2005. Les étrangers doivent désormais prouver qu’ils sont présents sur le territoire national depuis trois mois pour obtenir une prise en charge "

Mais, Thierry Mariani interrogé par le JDD, veut aller toujours plus loin. Quels sont ses arguments ?

" Les dépenses de l’AME ont augmenté quatre fois plus vite que les dépenses du régime général ou de la CMU, ce n’est pas normal. Les Français ou les étrangers en situation régulière se voient appliquer un forfait hospitalier, pas les clandestins! Les fraudes à l’AME sont nombreuses car il n’y a pas de contrôles. Comme il n’y a pas de fichier centralisé, un étranger peut déposer simultanément quatre demandes. Je pense qu’il faut que le Parlement se saisisse de cette question rapidement."

Au delà du fait que, l'AME n'est pas aussi facile que cela à obtenir, comme le démontre le GISTI, sur sa page "Aide médicale d'état ", qu'en pense t-on au ministère de la santé ?

" C’est une affaire de santé publique, explique un fonctionnaire du ministère concerné, les étrangers hésitent déjà à se faire soigner. En voulant traquer des fraudes marginales, on risque de mettre en danger notre système sanitaire." Dans ses différents rapports, Médecins du monde considère que près de 80% des sans-papiers négligent leur santé. Et, comme le fait remarquer le JDD : "Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, n’avait pas fait de ce dossier une priorité ... / ... "- Source JDD

"seuls ceux atteints de maladies contagieuses, faisant courir des risques aux Français, devront pouvoir en bénéficier " il fallait oser ! Mais à l'UMP lorsqu'on évoque le mot "tabou" plus rien ne nous étonne.

Il faut dire qu'en termes de levée de "tabous", Philippe Meunier s'y entend, puisque c'est lui qui avait choisi d'illustrer ses cartes de voeux par le portrait d'une jeune fille ... sauvagement assassinée !


C'est lui aussi qui vient de se distinguer en répondant aux excessifs propos, de l'archevêque de Toulouse, Mgr Robert Le Gall, qui a dressé : " devant des milliers de fidèles à Lourdes un parallèle entre les expulsions de Roms aujourd'hui et le sort fait aux Juifs en France durant la Seconde guerre mondiale"

Par un non moins excessif : " Comparer ainsi, l'expulsion des "Roms" n'ayant aucun revenu, aux rafles de la deuxième Guerre Mondiale, alors qu'ils bénéficient, pour leur retour en avion climatisé dans leur pays d'origine, d'une aide de 300 euros par famille et de 100 euros par enfant après avoir été soignés des mois durant avec l'argent des Français, est une insulte à la mémoire de tous les déportés en wagons plombés exterminés dans les camps nazis." - Source blog de Philippe Meunier

Il y a donc à parier, que la prochaine étape, serait de les faire voyager ces "privilégiés" dans un avion sans climatisation, en leur donnant comme seul aide un coup de pied au cul et après leur avoir fait payer leur frais de santé. La suivante pourrait être d'affréter des cars (non climatisés bien entendu) et enfin, pour finir, de les faire rentrer ... à pied ?

Et dire que nous ne sommes qu'en août 2010 !

Benoît Hamon: «Fillon ne dit pas autre chose que Marine Le Pen» .

Le porte-parole du Parti socialiste, Benoît Hamon, a réagi aux propos tenus par Fillon sur France inter hier. 

 

Quand on parle insécurité à François Fillon, que répond-il désormais ? Il répond immigration. Je cite la phrase du Premier ministre: «Nous sommes dans une société d’autant plus violente qu’il y a dans cette société un brassage d’hommes et de femmes qui ont des origines culturelles différentes, qui n’ont pas les mêmes repères, qui n’ont pas les mêmes traditions».

 
Il y a encore quelques semaines, Marine Le Pen faisait la comparaison entre la carte de l’insécurité et celle de l’immigration en France. Avec des mots choisis, François Fillon ne dit rien d’autre que Marine Le Pen. Il fait le lien entre immigration et insécurité. Il montre du doigt des hommes et des femmes de cultures différentes, et dans le même souffle il rappelle combien il est attentif aux conseils du Pape sur la nécessité de respecter chacun quel qu’il soit, quelle que soit son origine.
 
C’est cette hypocrisie qui est aujourd’hui insupportable. Cette attitude de la part du gouvernement qui consiste à nommer les choses, à parler d’insécurité, sans résoudre les problèmes concrets. Pourquoi ? Parce qu’objectivement, politiquement, électoralement ce gouvernement a besoin de l’insécurité pour exister et espérer en tirer les dividendes électoraux pour 2012.
 
Ce gouvernement parle d’insécurité, la nomme, parce qu’il en a besoin politiquement. Aujourd’hui, que le Premier ministre de la France fasse lui-même le lien entre violence de la société française et brassage de culture différente est exactement , avec des mots choisis et une barrière plus hypocrite, la même chose que Marine le Pen, quand elle associe insécurité et carte de l’immigration.
 
Ce gouvernement se plonge dans un déni de réalité, d’autant plus inquiétant qu’il est le seul interlocuteur auquel on peut encore s’adresser, des lors qu’on pose les problèmes, qu’il s’agisse des forces d’opposition démocratiques ou des forces du mouvement social qui ont besoin d’un interlocuteur pour évoquer l’avenir du modèle social français.

Fin des vacances... :(

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Des contrats de logement étudiant abusifs

Alors qu'un rapport de la DGCCRF indique qu'un contrat sur dix contient des "clauses abusives", le secrétaire d'Etat à la consommation a annoncé "une vague de contrôle renforcés".

Photo d'archives  (c) Reuters Photo d'archives (c) Reuters

Le secrétaire d'Etat à la Consommation, Herve Novelli, juge "insupportables" les "clauses abusives" dans des contrats de location de logements pour les étudiants que les services de la Répression des fraudes ont contrôlés en 2009, dans un entretien au Parisien/Aujourd'hui en France de lundi 30 août.

"Parmi les contrats des 233 entreprises contrôlées par la DGCCRF, un sur dix contient des clauses abusives, c'est insupportable", déclare Hervé Novelli selon lequel "certains bailleurs abusent de l'inexpérience des étudiants et de la pénurie de logements".

 "Contrôles renforcés"

Il annonce avoir "lancé pour la rentrée une vague de contrôles renforcés", n'excluant pas "de réfléchir à des sanctions administratives".

Le rapport de la DGCCRF, intitulé "constatations de l'enquête meublé étudiant" et dont rend compte Le Parisien, a contrôlé au second semestre 2009 les contrats et offres commerciales de 1.200 agences dans 19 villes universitaires.

Selon le quotidien, les services de la Répression des fraudes ont relevé des "pratiques déloyales" et des "clauses abusives" dans les contrats : publicité mensongère, tromperie sur les caractéristiques du logement, limitation de la responsabilité du bailleur, interdiction d'héberger des amis ou d'avoir un animal familier, résiliation du bail sans préavis, conservation du dépôt de garantie en cas de résiliation...

"Nous n'avons pas trouvé un seul contrat ne comportant pas au moins une anomalie", affirme au Parisien un spécialiste de l'immobilier à la DGCCRF.

30.08.2010

173ème semaine de Sarkofrance : un président déséquilibré, agacé, et mauvais joueur

Il s'est rasé, a remis son costume de rigueur et ses chaussures de ville. Après 20 jours de vacances et de communiqués célébrant les victoires sportives de certains athlètes français, Nicolas Sarkozy est revenu secoué par une cascade de critiques. Début août, il pensait avoir dégagé l'horizon, et déminé les polémiques sur les conflits d'intérêt et abus de privilèges qui minaient son équipe. Mais sa bombe insécuritaire du 30 juillet dernier à Grenoble a surtout divisé son camp, et terni l'image de la France à l'étranger. Les « affaires » qu'il croyait oubliées, ont refait surface; l'agenda social et économique reste chaud et, à l'étranger, la France indigne autant qu'elle inquiète.

173ème semaine de Sarkofrance : un président déséquilibré, agacé, et mauvais joueur.


Chatel, à la peine
La rentrée scolaire s'annonçait mal. Mardi, Luc Chatel devait justifier le retard à l'impression des manuels de seconde. Le gouvernement a changé les programmes au printemps dernier dans la précipitation. Les professeurs n'ont pas reçu les nouveaux ouvrages. Des matières ont disparu du programme obligatoire, comme l’histoire-géographie en Terminale scientifique, ou les sciences économiques. Au collège, un collectif s'est également constitué pour protester contre la dégradation de l'enseignement de l'histoire. Même Max Gallo s'inquiète d'un « zapping » dans l'enseignement.

Lundi, le syndicat UNEF révèle que le coût de la vie étudiante augmentera de 4,3% en cette rentrée, dont 3,3% pour les dépenses obligatoires. L'inflation des loyers, de la restauration universitaire, des droits d'inscription dans certaines universités sont pointés du doigt. Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement Supérieur, se tait et se terre. On rappelle également l'un des funestes plans gouvernementaux pour trouver quelques économies dans les niches « sociales » identifiées par François Baroin en juillet dernier : les familles ne pourraient plus cumuler l'avantage fiscal de la demi-part supplémentaire et le versement d'aides au logement aux étudiants (APL ou ASL) pour leurs rejetons étudiants. Il faudra choisir. Baroin espérait économiser 80 millions d'euros par an. 650 000 étudiants sont concernés.

Jeudi, apeuré par la protestation, Nicolas Sarkozy cède : le cumul demeurera possible. Autre dispositif, le Revenu de Solidarité Active spécial jeunes prend effet mercredi 1er septembre, ... près d'un an après son annonce, le 19 septembre 2009 ! Martin Hirsch, quand il était au gouvernement, s'en était félicité. En fait, loin d'apporter un solution de revenu aux 6 millions de moins de 25 ans, cette extension ne concerne que les jeunes pouvant justifier de deux années d'emploi à temps complet dans les trois dernières années ! Il y a un an, Sarkozy promettait 250 millions d'euros pour 160 000 jeunes chaque année. Cette semaine, Marc-Philippe Daubresse, le quinquagénaire secrétaire d'Etat à la Jeunesse a refusé « de fixer au doigt mouillé des objectifs qui ne sont pas atteignables ». En fait, l'effort sera modeste. Le gouvernement a budgété 20 millions d'euros pour quatre mois, soit moins de 15 000 bénéficiaires d'ici décembre... De qui se moque-t-on ?

Jeudi encore, Luc Chatel y est allé de son petit couplet sécuritaire, dans les colonnes du Figaro : « à l'école, toute infraction doit être sanctionnée. » Sans blague ? L'ex-DRH de l'Oréal propose l'établissement d'une charte de civilité, le développement des sanctions alternatives à l'exclusion (comme les travaux d'utilité collective), ou la suppression des exclusions temporaires de plus de 8 jours. Il insiste : « une sanction, pour être efficace, doit être compréhensible et éducative. » Dans ses propos, le ministre de l'Education reste infiniment plus mesuré que ses collègues Besson ou Hortefeux. Ces deux-là continuent de se livrer à une course à l'échalote plutôt inattendue.

Le Rom, bouc-émissaire de secours.
Cet été, les deux ministres se sont distingués dans la polémique alliant insécurité et immigration. Brice Hortefeux s'est montré partout, le plus souvent possible, marchant allègrement sur les plates-bandes de son collègue de l'identité nationale. Ce dernier a senti que son propre ministère était en passe de lui échapper. Par médias interposés, Besson et Hortefeux se livrent une « guéguerre » de position. Ils se disputent en fait le futur poste de super-ministre de la Tranquillité Publique (Sécurité, immigration, etc) que Nicolas Sarkozy envisagerait de créer à l'occasion du remaniement gouvernemental d'octobre.

Cette semaine, Eric Besson s'est cru sauvé. Un opportun sondage révèle que 48% des personnes interrogées sont favorables aux expulsions de Roms, contre 42% qui se déclarent opposées. Au Figaro, on respire. Mercredi, le ministre de l'identité nationale pouvait jouer à l'entente cordiale avec deux ministres roumains dépêchés à Paris pour le rencontrer, avec Brice Hortefeux, son collègue de l'intérieur, et Pierre Lellouche, le secrétaire d'Etat à l'Europe. Jeudi, 300 Roms sont à nouveau embarqués dans des avions direction la Roumanie.

Vendredi, les différents amendements à la législation sur la déchéance de nationalité concoctés sont révélés par Libération et le Figaro. Trois ministres, trois projets pour la future loi sur l'immigration qui sera déposée au Parlement le 27 septembre prochain. La cacophonie est à son comble. Sans surprise, Brice Hortefeux est le plus outrancier. Il propose d'inventer un «délit de polygamie de fait, escroquerie, abus de faiblesse», une salade juridique qui mélange deux délits existants, la fraude aux prestations sociales et l'abus de faiblesse, à son fameux concept de polygamie de fait qu'il ne veut surtout pas confondre avec l'adultère. Eric Besson, lui, exprimait des doutes sur ces extensions de la déchéance de nationalité à d'autres cas que ceux du discours de Grenoble, comme la polygamie ou l'excision avancés par Hortefeux. Il suggère de déchoir de la nationalité « celui qui a été condamné à 8 (...) en France ou à l'étranger pour un acte qualifié de crime par la loi française et commis en particulier contre une personne dépositaire de l'autorité publique. » Quant à Michèle Alliot-Marie, elle se contente d'une version plus juridique, étendant la déchéance à certains meurtres (de magistrat, juré, avocat, officier public ou ministériel, gendarme, etc).

Le piège sécuritaire s'est, semble-t-il, refermé sur le camp sarkozyen. Certains ténors de l'UMP ont toujours bien du mal à digérer la polémique sécuritaire, surtout depuis qu'ils constatent qu'elle n'a servi à rien. Après Juppé, Raffarin, voici Balladur qui exprime ses doutes. A l'étranger, les inquiétudes sont loin d'être calmées. Vendredi, le comité pour l'élimination de la discrimination raciale de l'ONU (CERD) a appelé la France à « éviter » les expulsions collectives de Roms, soulignant le « discours politiques de nature discriminatoire » dans le pays. Le CERD a lancé une procédure. Pierre Lellouche répond dans la journée que ces critiques sont caricaturales et excessives. Il y a trois semaines, cet hommes déclarait que « La France n'a pas vocation à accueillir les 2,5 millions de Roms roumains, ou les 9 millions de Roms européens. » . Qui est excessif et caricatural ?

Bernard Kouchner, l'absent ministre des Affaires Etrangères, est sorti de son silence, vendredi, devant les ambassadeurs du pays, pour une déclaration ambigüe : « Nous n'acceptons pas la caricature, nous n'acceptons pas les amalgames. » Mais, à l'issue de son discours, Kouchner a esquivé toute question. Autre absente de l'été, Fadela Amara a craqué, acculée par les journalistes lors d'une visite d'un lycée : « ça me fait mal au coeur » a-t-elle déclaré à propos des expulsions. Même François Fillon s'est permis d'organiser mardi une réunion imprévue sur le sujet, à l'issue de laquelle il a déclaré que « la lutte contre l'immigration irrégulière ne doit pas être instrumentalisée de part et d'autre ». Et paf !

Sarkozy enrage. Son premier ministre, toujours trop populaire, l'agace.

Jeudi, le réseau Romeurope, un collectif d'une trentaine d'associations de soutien et de défense des Roms en France et en Europe de l'Est, publiait son rapport annuel. Il souligna l'absurdité de la politique d'expulsions : la France dénombre 10 à 15 000 Roms chaque année sur son territoire, et elle en expulse environ le même nombre (8 000 depuis janvier) : chercher l'erreur ! Ces gens du voyage expulsés reviennent...

« Nous ne cèderons pas »
Mercredi, Nicolas Sarkozy retrouvait l'ensemble de ses ministres. Même Eric Woerth. Ce dernier avait été décommandé à la dernière minute de la réunion de Brégançon. Cette éviction était inattendue, car la réforme des retraites est au coeur du plan de rigueur à l'ordre du jour de la rencontre. Le malheureux ministre a eu droit à un point d'étape, organisé jeudi dans la précipitation, assorti d'un communiqué laconique. Il paraît que Sarkozy ne voulait pas s'afficher publiquement aux côtés de son toujours fidèle ex-trésorier. A l'Elysée, on commencerait à s'inquiéter de la désinvolture avec laquelle le ministre a géré ses relations avec le monde économique. Les révélations s'accumulent sur le rôle d'Eric de Sérigny, son conseiller bénévole, Roland Branquart, un ancien conseiller en communication, en attendant celles sur Sébastien Proto, le jeune dircab du ministre très (trop) actif dans la libéralisation des marchés en ligne. Elles inquiètent.

En début de semaine, il se murmurait qu'Eric Woerth devrait à nouveau être auditionné, cette fois-ci par le procureur Courroye lui-même. Ce dernier a fait démentir. Il a en revanche fait à nouveau interrogé Claire Thibout, l'ex-comptable de Mme Bettencourt, et Patrice de Maistre.

On comprend pourquoi Sarkozy n'a mis en place la fameuse commission de réflexion sur les conflits d'intérêt qu'il avait promis e pour la fin juillet lors de son entretien télévisuel le 12 juillet dernier...

Comble de malchance, les enquêteurs du procureur Courroye ont trouvé le dossier de Légion d'Honneur de Patrice de Maistre, le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt : il apparaît que c'est Laurent Solly, à l'époque au cabinet du ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, qui, le premier, a fait la demande de décoration. Une vraie curiosité car un homme d'affaires n'a habituellement rien à faire sur le contingent de légions d'un ministre de la sécurité publique. Mieux, la demande a été faite... en mars 2007.

Le parti présidentiel s'agace aussi d'avoir à faire preuve de solidarité tardive avec Jacques Chirac, à l'occasion de son procès pour emploi fictif à la Mairie de Paris avant 1995. Il y a trois semaines, quand le deal Sarko-Chirac-Delanoë fut révélé, les ténors de l'UMP (Bertrand, Paillé, etc) niaient en bloc. Luc Chatel renvoyait vers le parti présidentiel. Et voici que l'affaire est enfin confirmée : la Mairie de Paris recevra 2,2 millions d'euros, pour l'essentiel de la part de l'UMP, en échange du retrait de sa plainte au sujet des emplois fictifs entre 1992 et 1995. La transaction sera même présentée au Conseil de Paris à la fin du mois.

L'ancien président a bien fait répondre, par avocat interposé, qu'il n'avait commis aucune infraction. Il ne souhaitait qu'un « remboursement » des sommes contestées à la Mairie: « Le président Jacques Chirac a toujours contesté avoir commis quelque infraction pénale que ce soit et maintient que les emplois litigieux étaient légitimes et utiles à la Ville de Paris et aux Parisiens (...) Dans le souci d'apaiser une source de polémique préjudiciable à Paris et à ses habitants, quelles que soient leurs opinions politiques, il a souhaité qu'il soit mis fin au litige civil et que la Ville de Paris soit remboursée purement et simplement des montants litigieux qu'elle a manifesté l'intention de recouvrer judiciairement ». Tant de dévouement désintéressé fait sourire. Voudrait-il également rembourser ses frais de bouche, un temps épinglés ?

Mercredi, donc, Sarkozy avait de quoi être surpris et agacé par ce mauvais bruit médiatique. Toujours sans gêne, l'homme responsable des grands amalgames insécuritaires de l'été, mêlant braquage, émeutes, immigration, polygamie, excision, insécurité et nationalité, a demandé à ses ministres de ne pas céder à la « polémique systématique » et à la « confrontation stérile ». Il faudrait « redoubler de courage ».

Visiblement, Sarkozy ne comprend pas, ne comprend rien, ne comprend plus.

La France isolée
Mercredi, Sarkozy recevait également les ambassadeurs français, pour leur délivrer la bonne parole diplomatique de la France: à l'écouter, les médias sont responsables de tout, y compris des guerres passées, ou de la déstabilisation des marchés financiers ou de l'euro. Mais son cap se veut clair. Il espère beaucoup de la prochaine organisation du G8 par la France début 2011. En Europe, il rappelle les « propositions ambitieuses » de gouvernance économique commune qu'il défendra avec Angela Merkel dans les mois à venir : quel déni de réalité ! En juin dernier, Sarkozy avait dû ravaler ses grandes idées d'institutionnaliser l'eurogroup, et accepter la proposition allemande de sanctionner les Etats défaillants par la privation de leurs droits de vote au sein du Conseil européen. Une capitulation en bonne et due forme qu'il feint aujourd'hui d'ignorer !

Le timing est mauvais. La France, à l'étranger, a perdu son image. On dépeint la Sarkofrance comme une héritière du régime de Vichy. Mais on raille également ses piètres performances économiques et ses déficits publics : Baroin est allé à Berlin, mardi, faire quelques génuflexions devant son collègue allemand. Sarkozy avait appelé, en juillet dernier, à une grande convergence fiscale franco-allemande. Une façon de donner des gages de sérieux à Angela Merkel et la communauté financière. La croissance française s'est affichée à un petit 0,6% au second trimestre, quand le Royaume Uni était à 1,2% et l'Allemagne à 2,2%. Sur la fiscalité, la France est la remorque de l'Allemagne. Le problème convergence fiscale entre la France et l'Allemagne n'est pas là où l'on croit : le gouvernement allemand prévoit de taxer durement l'énergie nucléaire, et, surtout, met en place la fameuse taxe bancaire destinée à couvrir le risque prudentiel des établissements de crédit. En France, Christine Lagarde a prévenu : elle attendra le débat de l'automne sur la loi de Finances 2011.

En comparaison, la France fait pâle figure. Son plan de rigueur reste flou, mal assumé, voire contradictoire. On se rappelle les 23 milliards d'euros d'allègements fiscaux gâchés depuis 2007 par le gouvernement Sarkozy : la défiscalisation des heures supplémentaires (inutile et dangereuse), celle des intérêts d'emprunt immobiliers (inefficace et prochainement enterrée), l'exonération supplémentaire des droits de succession ou l'abaissement du bouclier fiscal (injustes et incompréhensibles), ou la réduction de TVA sur la restauration.

Vendredi, Sarkozy est allé, pour la sixième fois depuis janvier, soigner le monde agricole. Il a rendu visite à quelques brebis, dans les Alpes-Haute-de-Provence, près du fief de son fidèle Christian Estrosi. On lui avait dressé une grande tente, placé des caméras, et invité une centaine d'agriculteurs. Il dû gouter quelques produits locaux, avec la réticence qu'on lui connaît. Il a répété, quasiment mot pour mot, les mêmes constats et messages de soutien que lors de ses précédentes visites. Sarkozy radote, mais ne le réalise pas. Il a promis que les 460 millions d'euros d'aides agricoles ne seraient pas affectés par les mesures de rigueur.

Critiquant une nouvelle fois les attaques du moment, il a lâché : « Les Français ne se reconnaissent nullement dans cette agitation. La France est un pays d'équilibre et de bon sens, pas de démesure et d'excès. »

Sarkozy qui en appelle au bon sens et à la mesure... Quelle audace !

Ami sarkozyste, où es-tu ?

Le premier syndicat de police dénonce la baisse des effectifs

Selon M. Hortefeux, "il y a "aujourd'hui plus de policiers et de gendarmes que lorsque la gauche était au pouvoir" et avance le chiffre de "145 100 policiers contre 143 258 policiers en 2001".
AFP/ERIC CABANIS
Selon M. Hortefeux, "il y a "aujourd'hui plus de policiers et de gendarmes que lorsque la gauche était au pouvoir" et avance le chiffre de "145 100 policiers contre 143 258 policiers en 2001".

 

Le secrétaire général d'Unité police SGP-FO, premier syndicat de gardiens de la paix, a de nouveau dénoncé dimanche la baisse des effectifs dans la police affirmant que le "mécontentement gronde" dans ses rangs.

Dans un entretien au Parisien/Aujourd'hui en France, Nicolas Comte, estime qu'avec la Révision générale des politiques publiques (RGPP), "qui revient à ne pas remplacer un départ sur deux à la retraite dans la fonction publique, nos effectifs théoriques seront de 100 384 policiers (gardiens de la paix) en 2012", soit 4 000 de moins qu'en 2010. Selon un syndicaliste cité par le quotidien, "près de 10 104 poste auront ainsi été supprimés entre 2004 et 2012 au sein de la police".

"Cela pose un véritable problème de présence sur le terrain", fait valoir M. Comte. "On nous demande de faire au moins autant, si ce n'est plus avec moins", dit-il. "Alors que le discours politique sur la sécurité revient au premier plan, les moyens mis à notre disposition sont à l'opposé", ajoute-t-il. "Le mécontentement gronde" dans la police, affirme M. Comte, qui évoque également une "réduction des budgets de fonctionnement" et un "désengagement de la police nationale au profit de la police municipale voire de sociétés de sécurité privée".

Ce n'est pas la première fois que ce syndicat dénonce les "diminutions d'effectifs" et il avait officiellement demandé, en juin, la "suspension" de la RGPP dans la police.

Le Parti socialiste a accusé il y une semaine le ministre de l'intérieur, Brice Hortefeux, de "mensonges", à propos des effectifs policiers. M. Hortefeux avait déclaré au Monde qu'il y a "aujourd'hui plus de policiers et de gendarmes que lorsque la gauche était au pouvoir", en avançant le chiffre de "145 100 policiers contre 143 258 policiers en 2001".

Lire aussi :

"Hortefeux jongle avec les chiffres sur la sécurité", décryptage du blog "Les Décodeurs" sur les effectifs dans la police et les gendarmes

Affaire Woerth-Bettencourt : le procureur général "envisage de saisir la Cour de justice"

Le procureur général près la Cour de cassation Jean-Louis Nadal "envisage de saisir la cour de justice de la République" à propos des infractions présumées de prise illégale d'intérêt et de favoritisme du ministre du travail Eric Woerth dans l'affaire Bettencourt, selon le Journal du dimanche de dimanche.

Selon l'hebdomadaire, un courrier du 11 août de l'ex-ministre de l'environnement et avocate Corinne Lepage (Cap21) est "à l'origine de ce nouveau front judiciaire". "J'estime, au regard de la Constitution, que le procureur Nadal a le droit d'actionner la Cour de justice. Je lui ai demandé de le faire, quitte d'ailleurs à ce qu'à l'arrivée, elle lave M. Woerth de tout soupçon", a expliqué la députée européenne à l'hebdomadaire.

Le JDD affirme que M. Nadal a réclamé "la communication de tous les éléments du dossier pénal susceptibles de concerner une éventuelle prise illégale d'intérêt ou un délit de favoritisme" au procureur général de Versailles, supérieur hiérarchique du procureur Philippe Courroye à Nanterre, où est traité le tentaculaire dossier Bettencourt.

Le procureur général aurait également réclamé "une copie du rapport de l'inspection générale des finances" à l'actuel ministre du budget François Baroin. Selon ce rapport, M. Woerth ne serait pas intervenu dans le dossier Bettencourt lorsqu'il était ministre du budget. L'entourage de M. Nadal indique, toujours dans le JDD, attendre d'avoir évalué "la pertinence des documents" avant de voir "s'il y a lieu de saisir la commissions des requêtes".

Interrogée sur la base qui permettrait au procureur général de saisir la Cour de justice, Mme Lepage a dit avoir "visé les deux infractions supposées reprochées à M. Woerth" lorsqu'il était ministre du budget : "son intervention éventuelle en matière fiscale pour un contribuable employeur de son épouse et aussi la vente des terrains de l'Oise".

L. BETTENCOURT

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Discours de clôture d'Aubry : "En 2012 nous serons prêts"

Martine Aubry AFP Martine Aubry AFP

Dimanche 29 août

13h10 Réactions au discours de clôture de Martine Aubry : Laurent Fabius a salué "un discours très carré, offensif et rassembleur". Selon Bertrand Delanoë, "Martine Aubry a fait des propositions mais on n'a pas encore fini. Il y a encore du travail".

 

11h05 Discours de clôture. Accueillie triomphalement à la tribune, Martine Aubry, la première secrétaire du PS, a débuté son discours de clôture de l'Université d'été en saluant elle aussi l'unité : "Nous sommes unis et nous n'aurions jamais du être autrement". "Un automne très sombre va s'ouvrir pour les Français", a-t-elle ensuite lancé. Avant de poursuivre : "Oui nous avons des réponses, nous l'avons montré sur les retraites". "Nous ne sommes pas seulement des commentateurs, demain nous proposerons, nous dirons qu'une autre France est possible".

Martine Aubry a ensuite accentué l'offensive contre Nicolas Sarkozy : "Aujourd'hui, deux Français sur trois sont contre lui, c'est pas une présidence, c'est une épreuve", "il nous promettait la rupture c'est plutôt la cassure". Taclant tour à tour le grenelle de l'environnement, les chiffres de l'économie... elle a dénoncé : "Nous avons pas eu la meilleure politique pour nous sortir de la crise".

Sur la sécurité, Martine Aubry a qualifié le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy "d'implacable réquisitoire contre sa propre politique".
La première secrétaire a rappelé que les "gens du voyage sont français" et "les roms européens", dénonçant des charters "indignes et infondés". "Le tribunal de Lille a refusé quatre reconduites à la frontière, considérant qu'occuper un terrain illégalement ne constituait pas de trouble à l'ordre de public". "Chaque fois qu'on porte atteinte à un groupe d'hommes c'est à l'ensemble des hommes qu'on porte atteinte", a-t-elle poursuivi, rappelant qu'"à l'extérieur le reste du monde est sidéré, l'image de la France est écornée".

Sur la question sécuritaire, Martine Aubry a mis l'accent sur la prévention et la dissuasion, "l'éducateur doit avoir sa chance avant le procureur", a-t-elle déclaré, se prononçant notamment pour une loi sur le trafic des armes à feu et un retour à la police de proximité. "Nous montrerons qu'en matière de sécurité, la crédibilité a changé de camp", a-t-elle lancé. "Sarkozy a choisi le pugilat, nous voulons des résultats".

S'adressant aux candidats aux primaires socialistes, elle a mis en garde : "J'invite chacun à respecter l'échéance des primaires". Avant de conclure : "Avant 2012, nous avons des grands rendez-vous. La droite va être débordée par nos propositions". Et "en 2012 nous serons prêts". "Nous ne vous décevrons pas".

L'intégralité du discours de Martine Aubry est à lire ici.

 

11h00 Emmanuel Maurel, secrétaire national aux Universités, s'est félicité, lors de la séance de clôture, "d'ateliers bondés, de débats qui durent tard le soir". Il a également salué la "soif d'unité palpable, tangible" des militants, ajoutant "petit bémol, pas de phrases assassines cette année, les solférinologues sont déçus", alors "continuons de les décevoir".

 

Samedi 28 août

 Et une interview exclusive de Benoît Hamon > à lire ici

 17h45 Paroles de militants : "Je crois qu'on a eu plaisir à se retrouver, le champ de réflexion s'est élargi" commente Michel Dachuna, militant de Brive.

"On sent bien que les primaires se mettent en place doucement, que les militants acceptent doucement l'idée qu'il faudra partager le vote avec d'autres" poursuit-il.

Quant à l'union affichée par les ténors du Parti, "c'est ce que nous attendons tous, ce que nous espérons aussi" complète Agnès Gorse, également militante à Brive, ajoutant au passage que le film "Un Village en campagne" d'Yves Jeuland, projeté ce midi, était "un petit bijou".

 

16h00 Numéro 2 des Verts, Jean-Vincent Placé a appelé à des discussions entre les deux formations au premier trimestre 2011. Il espère ainsi mettre au point "un préaccord politique qui pourrait aboutir plus tard à un accord gouvernemental" a-t-il expliqué au Nouvelobs.com, et ce "quelque soit le candidat du PS".


15h30 Interrogé sur la capacité du PS à proposer une alternative, François Hollande a répondu : "nous devons être sérieux, faire preuve d'efficacité et de mesure". "Proposer un autre chemin est possible" a-t-il déclaré. Sur la question des retraites, il a affirmé : "il faudra faire des efforts, on ne pourra pas avoir les mêmes règles pour toujours", avant d'ajouter : "nous sommes rassemblés pour demander une réforme juste, efficace et durable".

A propos des risques de divisions lors des primaires à l'automne 2011, Arnaud Montebourg a répondu au Nouvelobs.com : "C'est très codifié, si vous signez pour être candidat, vous vous engagez à rallier le vainqueur".

Quant au calendrier des primaires, il a confirmé la position de Martine Aubry : "ça ne bouge pas, ça ne bouge pas !"

13h45 Sur le calendrier des primaires, la première secrétaire a rappelé devant la presse que "les militants ont décidé d'un calendrier, les dirigeants ont décidé d'un calendrier. Moi, je suis le garant de ce que nous décidons collectivement. Nous l'appliquons".

13h30 Les syndicats et le Parti socialiste se sont affichés unis au cours d'une table ronde animée par Claude Bartolone, sur la question sociale. CGT, CFDT, FO et UNSA ont appelé à manifester le 7 septembre, prônant pour une autre réforme des retraites. Eric Aubin, secrétaire confédéral CGT a précisé "qu'il faudrait être là aussi le 8 pour poursuivre l'action".

Après s'être félicité de l'ambiance de travail et de rassemblement du PS, Vincent Peillon a déclaré qu'il fallait "affirmer dans l'ensemble des secteurs, la justice sociale" soulignant que les questions économiques et fiscales étaient aussi des questions sociales. Une justice sociale qui sera "un des grands débats de la présidentielle" selon le secrétaire confédéral de Force Ouvrière.

"Les syndicats, les associations, le parlement sont bafoués, la démocratie est étouffée" a-t-il lancé, clôturant cet atelier sous les applaudissements.

 

11h45 Dans un atelier intitulé "Comment faire société", Fabienne Brugère, professeur de philosophie à l'université de Bordeaux a développé l'idée chère de Martine Aubry d'une société du "care". "C'est une réponse à un besoin de justice sociale" a-t-elle déclaré. Il s'agit par là de "restaurer la capacité d'agir des populations stigmatisées" et ce "non pas par de l'assistanat mais par un meilleur principe de redistribution" a-t-elle poursuivit.

S'appuyant sur la question des Roms, elle a souligné que la France n'avait pas utilisé les fonds européens dédiés. La philosophe a également appelé à la création d'un nouvel état social, "l'Etat prend soin de moi alors je prends soin des autres". Elle prône dans ce réinvestissement de l'Etat une meilleure coordination avec la société civile, notamment les associations. Enfin elle a appelé à un changement de modèle social avec "une intégration des pratiques citoyennes" et à placer la notion d'égalité au cœur du projet politique.

 

10h30 Arnaud Montebourg animait ce matin un atelier intitulé "Primaires mode d'emploi", en compagnie des organisateurs de la primaire américaine au Parti Démocrate.

Tom Mc Mahon, a expliqué que le processus avait débuté bien en amont, au moment où la cote des démocrates était au plus bas, en 2005, "cette stratégie était assez controversée" auprès de la veille garde du parti. "L'idée a été d'intégrer les gens dans le processus du parti" a-t-il expliqué, "afin de comprendre qui sont les électeurs, pour qui et pourquoi ils votent".

Matt Browne, membre d'un think tank progressiste de Washington a ensuite expliqué que des primaires longues permettaient de renforcer "le parti et le candidat" et qu'il fallait impérativement créer l'union des vaincus derrière le candidat. Et Arnaud Montebourg d'ajouter : "En France on craint toujours les divisions, provoquant les sourires dans la salle".

Enfin l'utilisation des réseaux sociaux a permis aux Etats Unis de bien fédérer. Revenant sur cette idée, Arnaud Montebourg s'y est repris à trois fois pour prononcer correctement "Facebook", jouant à franciser le nom du réseau social.

 


Vendredi 27 août
> Le compte rendu de la première journée à lire ici

18h30
La première secrétaire du Parti Socialiste Martine Aubry s'est exprimée en fin d'après midi devant les jeunes socialistes du MJS. Au cours de cette rencontre, les jeunes lui ont posé des questions notamment sur le logement et l'emploi. Elle a estimé que le gouvernement aurait dû, en cette période de crise, "remettre en place les emplois jeunes".

Concernant les stages, elle s'est prononcée pour une loi interdisant les stages non-rémunérés après la fin des études. Enfin elle est revenue sur la société du "care", "une société de solidarité", affirmant que "quand on est socialiste on a pas seulement envie d'avoir des chèques mais aussi de vivre mieux".

Plus anecdotique, Martine Aubry a fait un petit clin d'oeil au discours de Ségolène Royal, "La rentrée sociale s'avère chaude, parce que 'ca suffit' comme disait tout à l'heure Ségolène". Alors qu'une jeune socialiste lui demandait "ce qu'elle pensait le matin devant la glace", l'actuelle première secrétaire du PS a rappelé que "sa seule préoccupation c'est que nous soyons crédibles, c'est pas le temps des candidatures".

 

17h00 Manuel Valls multiplie les déclarations à la presse, répétant son désir d'être candidat et appelant à des "primaires qui doivent être fraternelles mais claires". "Restons sereins" a-t-il ajouté. Il a également dénoncé "un pouvoir qui viole les principes de la République". Et estimé que le PS était "de plus en plus crédible" sur la sécurité. 

 

15h15 La présidente de la Région Poitou Charentes Ségolène Royal et la première secrétaire du PS Martine Aubry sont arrivées ensemble pour ouvrir l'Université d'été. Ségolène Royal a d'ailleurs adressé ses premiers mots à son ancienne rivale "je te salue chaleureusement Martine et toute l'équipe qui t'entoure", a-t-elle déclaré.

Dans son discours, la présidente de Poitou-charentes a mis en avant son bilan à la tête de la région, rappelant qu'elle y a été réélu avec 61% des suffrages puis citant les sauvetages d'entreprises tel qu'Heuliez par la région Poitou-Charentes. "Pourquoi ce qui a été possible ne le serait pas au niveau de l'Etat ?" s'interroge-t-elle.

Ségolène Royal a mis l'accent également sur la sécurité, "la sécurité commence par l'école, la famille, ou encore le tutorat", au lieu de "mettre en prison leurs parents, une idée stupide". "La sécurité n'est pas de droite c'est une valeur universelle"a-t-elle déclarée.

Elle a en outre fustigé l'attitude de Nicolas Sarkozy, martelant plusieurs fois "Ca suffit" repris de plus belle par les militants. "Nous lui disons à Nicolas Sarkozy que les visites ça suffit, que les discours ça suffit, on veut des actes !". "L'heure n'est pas au choix du candidat ou de la candidate" a affirmé l'ancienne candidate socialiste à l'élection présidentielle, appelant au rassemblement du parti. "Rien ne doit nous séparer, c'est unis que nous gagnerons !" a-t-elle conclut sous les applaudissements.

 Paroles de militants : Annie et Yvette ont trouvé ce discours "extraordinaire et plein de vérité", "Elle n'était pas agressive !". "C'est un modèle quand on voit ce qu'elle a accompli dans la région ça ne peut qu'être bien au niveau national". "Ségolénistes dans l'âme", elles sont toutes les deux prêtes à la suivre pour une nouvelle campagne...

 

12h40 Jean-Louis Bianco, proche de Ségolène Royal, qui sort un livre le 2 septembre prochain intitulé "Si j'étais président", chez Albin Michel, répond à nouvelobs.com sur l'esplanade, devant l'espace Encan où se déroule l'université d'été. Alors que le mot d'ordre est à l'union, les primaires ne sont jamais très loin. "Je n'exclus pas d'être candidat aux primaires", affirme-t-il. Un livre dont le titre semble davantage destiné à faire réagir le PS, "ce n'est pas un livre contre le PS, ou contre Martine, ni un abandon de Ségolène". "Par ce titre je dis ce qu'il faudrait faire ou ce que l'on pourrait faire", explique-il. "Le parti a fait du bon travail mais les Français pour l'instant ne sont pas persuadés que nous pourrons faire mieux que la droite". "Il faudra dire la vérité, en 2012 la situation sera dure".

Le député socialiste des Alpes de Haute-Provence énumère quelques une de ses propositions "Il faut dire nettement les choses, le changement ne doit pas seulement se faire par le haut, il faut plus de démocratie, plus de décentralisation, plus de pouvoir aux régions..." Pour le reste il préfère ne pas tout dévoiler.

29.08.2010

Martine Aubry propose son plan sur la sécurité

"Nous montrerons" que dans ce domaine "la crédibilité a changé de camp", a lancé la première secrétaire du PS dans son discours de clôture de l'Université d'été du PS.

Martine Aubry (AFP) Martine Aubry (AFP)

La première secrétaire du PS Martine Aubry a proposé, dimanche 29 août, l'élaboration d'un plan sur la sécurité face "à l'échec complet" de la politique menée par le gouvernement, promettant que dans ce domaine les socialistes seront "efficaces".

Dans un discours-programme dont l'objectif est de proposer aux Français "une autre France", la première secrétaire du PS a fait valoir que les socialistes étaient "l'opposition qui entend être demain la majorité", en clôturant l'Université d'été du parti à La Rochelle.

 "La crédibilité a changé de camp"

"Efficaces, nous le serons aussi contre l'insécurité. Oui une autre France est aussi une France plus sûre", a-t-elle promis.

Alors qu'elle s'était montrée relativement discrète cet été face à l'offensive du gouvernement de Nicolas Sarkozy sur la sécurité, la maire de Lille a lancé : "nous montrerons" que dans ce domaine "la crédibilité a changé de camp".

"Le président de la République a choisi la polémique. Nous choisissons la politique. Le gouvernement souffle sur les braises, nous voulons les éteindre", a-t-elle dit, ajoutant : "M. Sarkozy a choisi le pugilat. Nous voulons les résultats".

"Le bilan est mauvais, parce que la politique menée est mauvaise", a assuré la première secrétaire, visant "la réduction des effectifs", le manque de moyens de la justice, la "politique du chiffre".

 

Un plan pour le 2 octobre

Martine Aubry a proposé un plan pour rétablir la sécurité, qui sera annoncé le 2 octobre, fondé sur la "prévention", la "dissuasion", la "sanction", car "pour avoir des résultats, il faut une autre politique".

"Des réponses existent, mais aucune n'est miraculeuse. Toutes doivent être conjuguées sur la durée", a-t-elle dit.

La maire de Lille a évoqué plusieurs mesures que le PS mettrait en oeuvre en cas de victoire à la présidentielle, comme les travaux d'intérêt général, des programmes de prévention de la délinquance, une loi sur le trafic des armes à feu.

Elle a estimé qu'il fallait "repenser les mesures d'éloignement ou de placement dans des centres d'éducation ouverts ou fermés", en observant qu'en Allemagne, il avait été instauré une "peine de formation obligatoire en milieu fermé et de suivi post-carcéral pour les jeunes délinquants récidivistes de 10 à 17 ans".

Promettant le rétablissement de la police de quartier, des moyens humains et technologiques pour la police, des moyens pour la justice, Mme Aubry a insisté sur la nécessité que "tout acte de délinquance ou d'incivilité donne lieu à une sanction proportionnée et juste".

L'arrêt maladie, marqueur sous-exploité de la santé des salariés

Les personnes qui ont fréquemment des arrêts de travail pour des raisons psychiatriques - comme la dépression - ont un risque de mortalité prématurée plus élevé. Telle est l'une des conclusions d'une étude de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), publiée mardi 24 août dans la revue American Journal of Epidemiology.

Si ce constat n'est guère étonnant, "l'intérêt est de confirmer que les arrêts maladie sont des indicateurs, alors que l'on parle fréquemment d'arrêts maladie abusifs", constate Maria Melchior, chargée de recherche à l'Inserm, qui a mené cette étude sur une cohorte de 20 000 personnes, appelée Gazel, constituée d'employés des entreprises Gaz de France (GDF) et Electricité de France (EDF). La cohorte Gazel a été constituée en 1989 avec 15 011 hommes et 5 614 femmes âgés de 35 à 50 ans.

Les chercheurs se sont intéressés aux personnes qui ont été arrêtées pour des raisons psychiatriques plus de 7 jours consécutifs entre le 1er janvier 1990 et le 31 décembre 1992, soit une période de trois ans, ce qui représente 6,5 % des personnes.

Ces arrêts pouvaient recouvrir plusieurs pathologies : la dépression (59 %), mais aussi d'autres types de névroses, les troubles anxieux et psychosomatiques (36 %) et les problèmes liés à l'alcool (5 %), précise l'Inserm. Pour la première fois dans une étude aussi large, indique Mme Melchior, trois causes de mortalité ont été suivies par les chercheurs : cancer, maladies cardio-vasculaires et causes externes (dont suicides) entre le 1er janvier 1993 et le 31 décembre 2008.

Les chercheurs ont ainsi pu observer que les personnes absentes pour raisons psychiatriques ont une mortalité plus importante que celles qui n'ont pas eu d'arrêt maladie : six fois plus de suicides, 60 % de décès par cancer du fumeur (oesophage, bouche, poumons...) et 80 % de décès par maladies cardiovasculaires supplémentaires.

S'agissant du cancer, l'étude mentionne que la mortalité prématurée est parfois liée au mauvais diagnostic lors de l'apparition des premiers symptômes (fatigue, perte de poids...) faussement interprétés par les médecins comme symptômes psychiatriques. Ces écarts s'expliquent également en partie par la situation maritale - les personnes en arrêt pour raisons psychiatriques vivent souvent seules - et par des comportements de santé néfastes, comme une consommation excessive de tabac et d'alcool. Comportements qui ont des effets négatifs sur l'incidence de cancer. "Des efforts devraient donc porter sur cette population s'agissant du tabac et de l'alcool ", insiste un chercheur.

Cependant, même en modérant ces données, les taux de mortalité des personnes qui ont eu des arrêts maladie pour raisons psychiatriques restent cinq fois plus élevés pour le suicide. Certes, "nous ne pouvons conclure que l'arrêt maladie pour raisons psychiatriques est la cause du décès par suicide, mais ces données montrent que l'arrêt maladie peut être un marqueur important et fiable de l'état de santé des patients", insiste Maria Melchior.

"Les arrêts maladie enregistrés dans les bases de données médico-administratives pourraient permettre de suivre l'état de santé de personnes en activité professionnelle", poursuit-elle. Des actions de prévention, notamment prises en charge par les structures de médecine du travail, devraient être mises en place, ce qui n'est pas vraiment le cas aujourd'hui. Un suivi de santé, permettant une prise en charge du risque de suicide, pourrait ainsi être proposé aux personnes ayant de fréquents arrêts de travail pour raisons psychiatriques, selon Maria Melchior. Or ces problèmes sont aujourd'hui encore peu pris en compte, tant par les entreprises que par le grand public.

Les auteurs de l'étude insistent sur "l'intérêt de proposer un suivi de santé particulier aux personnes arrêtées fréquemment pour raisons psychiatriques, ce qui pourrait permettre une prise en charge spécifique du risque de suicide". Un élément de poids quand on sait que la France est l'un des pays de l'OCDE qui connaît le taux de suicides le plus élevé, notamment dans la tranche d'âge des 35-54 ans.

Autre élément fourni par l'enquête : la plupart des sujets ayant des difficultés de santé mentale ne s'absentent pas du travail. Ce qui fait dire à Maria Melchior : "On peut donc penser que celles qui sont en arrêt maladie ont en fait les troubles les plus sévères."