18.06.2007
Juppé le maudit.
Juppé le maudit. A peine remonté au sommet, une fois purgée sa condamnation à un an d'inéligibilité, le voilà de nouveau à terre. A 61 ans, il a enregistré hier soir un cuisant échec électoral qui cette fois pourrait signer la fin de sa carrière politique. En dépit d'un ballottage favorable à l'issue du premier tour, le maire de Bordeaux a été battu hier soir dans la 2e circonscription de Gironde. Sa challenger socialiste, Michèle Delaunay, a obtenu 50,93% des voix. Seul ministre défait parmi les 11 qui se présentaient aux législatives, il a aussitôt annoncé sa démission du gouvernement. A plusieurs reprises, le Premier ministre, François Fillon, avait indiqué avec l'aval de Nicolas Sarkozy que tout ministre battu ne pourrait rester en fonction. Juppé avait par la suite lui-même publiquement souscrit à cette règle. Hier soir, l'entourage du président de la République laissait entendre qu'il n'y aurait pas de repêchage pour celui que Chirac appelait «le meilleur d'entre nous».
Remaniement. Nommé numéro 2 du gouvernement, au rang de ministre d'Etat, Alain Juppé avait obtenu un superministère couvrant l'environnement, les transports, l'énergie. Il avait obtenu de Nicolas Sarkozy ce «bloc» taillé sur mesure pour incarner la priorité accordée au développement durable. Dès sa prise de fonction, Juppé avait annoncé un «Grenelle de l'environnement» pour l'automne après avoir reçu avec Sarkozy les principales ONG écologistes à l'Elysée. Aucun autre que lui à droite n'était apparu en mesure de piloter un ministère d'un tel périmètre. Lui trouver un successeur ne sera pas aisé et pourrait provoquer un remaniement beaucoup plus ample que prévu. Ce n'est pas l'avis de Noël Mamère : sa défaite «n'est pas une catastrophe écologique», a ironisé le député girondin réélu.
Après l'annonce des résultats dans les salons de la mairie de Bordeaux, les partisans d'Alain Juppé étaient trop «choqués» pour donner de la voix lorsqu'il s'est présenté face à eux. Seul un petit groupe scande le nom de Michèle Delaunay tandis qu'Alain Juppé poursuit, imperturbable, son allocution, la mine fermée. «On est dans la merde», murmure l'assistance incrédule. Catherine, mère au foyer, «ne comprend pas». Elle est « KO, groggy». «On perd beaucoup pour la région, on perd un homme d'Etat.»
Coma. Et lorsqu'Alain Juppé fait part de sa volonté de «réunir le conseil municipal», son annonce est immédiatement sujette à toutes les interprétations. Va-t-il démissionner après s'être fait réélire maire en octobre dernier ? Aucun commentaire des élus de la majorité. L'entourage de Juppé préfère banaliser le propos.
Dans la cour d'honneur, certains ne cachent pas leur satisfaction. Emmanuel et Claude, 20 ans tous les deux, veulent «changer de maire». Très vite, le candidat malheureux quitte discrètement l'hôtel de ville, la veste sur l'épaule, visage impénétrable. Le voilà de nouveau plongé dans un coma politique avancé.
23:10 Publié dans Vu dans Libé | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : parti socialiste, ps, legislatives, sarkozy, hamon, politique, 91






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