09.01.2008
L’obscur calcul des emplois non pourvus
Il l’a encore rappelé jeudi : il y aurait en France 500 000 emplois non pourvus. Ce n’est pas la première fois que Nicolas Sarkozy relaie ce chiffre, régulièrement utilisé pour appuyer une politique de sévérité envers les chômeurs. Arithmétique, ou idéologique ?
D’où viennent ces chiffres ?
«Cinq cent mille emplois non pourvus ? Ça monte encore plus vite que le cours du pétrole !» ironise Marc Moreau, d’AC ! (Agir contre le chômage !). En 2004, François Fillon, alors ministre du Travail, avait lancé le chiffre de 300 000 offres d’emplois non satisfaites. Pour arriver à cette évaluation, l’ANPE avait mixé le nombre d’annonces d’emploi déposées à l’agence qui n’avaient pas trouvé preneur et les résultats d’une étude qualitative sur les difficultés de recrutement des employeurs. «Nous avions fait le tri entre les annonces non pourvues parce qu’elles avaient été retirées par l’employeur lui-même et celles qui n’avaient pas trouvé de candidats adéquats», explique-t-on aujourd’hui à l’Agence. Le ministère en a fait une extrapolation : puisque seules 30 à 40 % des offres d’emploi du pays passent par l’Agence, une simple règle de trois partant du résultat obtenu et on obtient le chiffre de 300 000. Un calcul pour le moins approximatif. Selon la direction de l’ANPE elle-même, les offres d’emplois non pourvues tombent à 200 000 durant l’année 2005. Or en juin de cette même année, Villepin parle cette fois de 500 000 emplois non pourvus ! C’est le même chiffre que Sarkozy a repris jeudi. Le ministère de l’Economie affirme avoir multiplié par trois (toujours parce que l’ANPE ne voit passer qu’un tiers des offres) le nombre d’annonces d’emploi réitérées par les employeurs faute de candidat, à la fin 2002 (170 000, selon le ministère). Ça date.
A quelles fins sont-ils utilisés ?
Le nombre d’offres d’emplois non pourvues est un instrument très utile pour l’ANPE : ventilé par région et par secteur (en 2006, le bâtiment, le gardiennage, le nettoyage ou l’informatique étaient les plus touchés), il permet par exemple d’orienter la formation des chômeurs. Son usage politique en revanche est délicat. 500 000 emplois, mais à quel salaire ? A quelles conditions ? Peut-on demander à un coiffeur toulousain d’accepter un poste à Charleville-Mézières ? Pris dans sa globalité, ce chiffre ne signifie donc pas grand-chose, mais permet aux gouvernements de faire passer l’idée que si vraiment les chômeurs voulaient travailler, ils le pourraient.
12:25 Publié dans Vu dans Libé | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : parti socialiste, hamon, ps, refondation, sarkozy, politique, 91







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