22.05.2009
Gestation pour autrui : les enfants fantômes de la République
Ce sont des enfants interdits. Les enfants cachés que la République feint de ne pas voir. Ils sont là pourtant. Des milliers (1). Leurs parents ont fait appel à une mère porteuse pour les avoir. Ils se sont rendus dans des pays où cette pratique est légale et encadrée. De retour en France, où la gestation pour autrui (GPA) est interdite, leur filiation n’est pas reconnue. Les enfants n’ont pas d’état civil français.
«Ici, ce sont des sans-papiers», explique une mère, française, qui a eu un enfant grâce à une gestatrice américaine. Elle était avec d’autres parents à un pique-nique champêtre, près de Montpellier, organisé un de ces week-ends de mai, par l’association Maia. Dans un gîte réservé pour l’occasion, des petits, de un à sept ans, nés grâce à une GPA, s’ébrouaient et jouaient ensemble, avec leurs frères et sœurs. Ces enfants qui, pour l’Etat français, n’existent pas. Lors de la révision des lois de bioéthique (prévue l’an prochain) les législateurs devront pourtant se pencher sur leur sort. D’autant que, jusqu’à présent, la justice leur a répondu de façon contradictoire.
Dernière décision en date : le 26 février, la cour d’appel de Paris vient de rendre un arrêt qui demande l’annulation de la transcription de l’acte de naissance américain sur les registres français d’un enfant né aux Etats-Unis, en 2001.
Minnesota. Cela revient à rayer le nom de la mère d’intention. «La vraie mère» était la mère porteuse qui a abandonné à la naissance l’enfant du couple A dans l’Etat du Minnesota, peut-on lire dans les conclusions de l’avocat général, publiées dans un numéro récent de la Gazette du Palais. C’est conforme au droit français qui considère que la mère est celle qui accouche. Mais c’est un retour en arrière, par rapport à une décision de la même juridiction, en octobre 2007 qui concernait les époux Mennesson, parents de jumelles, nées en 2000 en Californie. Une véritable brèche. Les juges avaient considéré que «la non transcription de ces actes de naissance risqu[ait] d’avoir des conséquences contraires à l’intérêt supérieur des enfants qui, au regard du droit français, se verraient priver d’actes d’état civil indiquant leur lien de filiation».
«Que l’on soit pour ou contre le recours à une mère porteuse, la question des enfants se pose. On n’est pas dans l’abstraction ou la théorie, là. Il faut agir dans leur intérêt, assure Nathalie Boudjerada, l’avocate des Mennesson. S’ils restent des enfants "non identifiés", comment vont-ils se construire ?» Dans le droit français, il n’y a plus de différence entre un enfant adultérin et un enfant légitime. «Là, on réintroduit une inégalité entre ceux qui ont une filiation parfaite et les autres»,analyse l’avocate.
Les couples hésitent tous à faire des démarches pour obtenir un statut pour leurs enfants. Régulariser ou pas ? Tout le monde se pose la question. Faut-il aller demander les papiers ? «On a peur de ce qui va nous tomber dessus, des batailles juridiques énormes, et longues […] On ne sort pas du bois», explique Laure Camborieux, de l’association Maia.
Il y a un an, le groupe de travail du Sénat (mixte UMP-PS) sur la maternité pour autrui, favorable à un encadrement du recours aux mères porteuses en France proposait aussi la régularisation de la situation légale des enfants nés par GPA.
Le conseil d’Etat dans son récent avis sur la révision des lois de bioéthique, lui, n’a pas voulu encourager la légalisation du prêt d’utérus. Mais il propose néanmoins «des solutions ponctuelles» pour pallier les difficultés pratiques des familles. «On pourrait ainsi permettre la transcription de la seule filiation paternelle, suggère le Conseil d’Etat. A défaut de permettre la reconnaissance de la filiation maternelle, la mère d’intention pourrait bénéficier, à la demande du père, d’un jugement de délégation avec partage de l’autorité parentale.»
«Arrangement». «On fait l’ablation de la mère», regrette Sylvie Mennesson, tout en reconnaissant que si au moins cela pouvait s’appliquer à ceux qui n’ont aucun document officiel (ceux qui ne se sont pas rendus dans des pays où cela est autorisé), ce serait «mieux que rien du tout».«De toute façon, tant que la prohibition est maintenue, il y aura des arrangements clandestins, des montages juridiques», pense Me Boudjerada.
«L’interdiction française n’empêche pas les parents d’aller à l’étranger, l’absence de papiers n’est pas un frein non plus», constate une bénévole de l’association Maia. Et, en attendant, les enfants poussent.
(1) On estime que 400 couples chaque année se rendent à l’étranger pour avoir recours à une gestation pour autrui.
12:26 Publié dans Vu dans Libé | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : socialiste, hamon, ps, reconquetes, sarkozy






Commentaires
Merci de parler de cette question de société difficile où l'intérêt de l'enfant est trop vite oublié au nom du maintien de postures moralisantes. Pour information, l'association CLARA a lancé le 28 mars un appel pour la régalurisation de la situation de ces enfants nés par GPA et pour la légalisation de la GPA dans un cadre altruiste. Le texte de l'appel comme la liste des 1000 premiers signataires sont consultables en ligne. La signature de cet appel peut aussi se faire en ligne.
http://claradoc.gpa.free.fr
Ecrit par : Clara | 19.06.2009
L'examen des dispositions juridiques relatives à la gestation pour autrui dans plusieurs pays européens, l'Allemagne, la Belgique, le Danemark, l'Espagne, l'Italie, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Suisse, ainsi qu'au Canada et aux États-Unis fait apparaître la circonspection des pays européens :
- comme la France, l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie et la Suisse prohibent la gestation pour autrui ;
- la Belgique et le Danemark n'interdisent pas la gestation pour autrui, mais le droit de la filiation limite cette pratique ;
- aux Pays-Bas, la gestation pour autrui, admise par le droit médical dans des conditions très strictes, n'est pas reconnue par le droit civil ;
- au Royaume-Uni, où la loi prévoit la gestation pour autrui pratiquée à titre gratuit et où le droit de la filiation a été aménagé en conséquence, les conventions de gestation pour autrui n'ont aucun caractère exécutoire.
Elle révèle également la grande disparité des règles en Amérique du Nord ovince à l'autre au Canada et d'un État à l'autre aux États-Unis.
Ecrit par : phil | 23.06.2009
Bonjour,
Je voudrais ajouter un commentaire sur ce problème que je trouve inadmissible. Un pays comme la France ne comprend même pas les souffrances de ses concitoyens !!
La France revendique être un pays riche, développé et tout ce qui s'en suit mais n'est même pas capable de légaliser cette pratique !!
Nous demandons tout simplement que ca soit fait avec rigueur et surtout avec des règles strictes, entourés par des médecins et spécialistes qualifiés.
J'entend parler sans cesse de commerce d'enfants dans les autres pays que c'est dû à ca que nous ne légalisons pas la gestation pour autrui mais relevons tout de même que c'est parce que cette loi n'est pas légalisée en France que tous ces couples payent et partent dans les autres pays !! On appel ca un cercle vicieux : à méditer !!
Vous allez me dire pourquoi ce commentaire mais moi-même ayant eu une grave maladie, je ne pourrais pas porter un enfant alors que je n'ai que 24 ans.
Avec mon fiancé, nous avons fait un dossier pour une adoption mais cela risque de prendre 4 à 5 ans. Hors, ayant congelé mon ovaire j'aurais pu avoir un enfant de mes gênes et celui de mon fiancé, mais nous ne pouvons avoir la somme de 70000 Euros c'est sûre qu'une star n'a pas la même difficulté.
C'est pour cela que je me permet de rebondir sur votre article !!
Alors Mesdames, Messieurs pensés à nous et aux couples en mal d'enfants !!
Cordialement une femme sans enfants parmis tant d'autres !
Ecrit par : Aurélie Declercq | 03.09.2009
Aurélie,
Vous parlez d'une detresse que je connais bien, puisqu'elle a été la notre pendant 3 ans. Puis a force d'examens et de traitements nos pbs étaient différents du votre), nous sommes parvenus et nous avons a ce jour 2 beaux enfants.
Le parcours a été celui du combattant, je m'en rappelle alors que cela fait maintenant 17 ans et deja nous étions confrontés au probleme : public/privé qui peut se résumer ainsi: si vous avez de l'argent, tout va trés vite, sinon...
Le sujet développé dans l'article est trés interessant et pose un réel probleme de société.
Aussi je vous souhaite beaucoup de courage ainsiqu'a votre fiancé.
Ecrit par : masculin | 04.09.2009
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