30.06.2009
Zone euro: attention, risque de chute des salaires!
L'euro est une machine à baisser les salaires, selon The Economist, qui lui consacre un dossier dans son édition du 13 juin. A travers la candeur de ses analyses libérales, l'hebdomadaire anglais dévoile impudiquement ce que beaucoup d'hommes politiques murmurent: baisse des salaires et licenciements seraient les enfants chéris de la zone euro.
Un jugement contrasté sur l’euro
En parlant de « one size fits none », l’hebdomadaire anglais résume parfaitement le problème de la zone euro, qui n’est absolument pas une Zone Monétaire Optimale. Il montre bien que la politique de la BCE était trop laxiste pour les pays qu’il regroupe sous le nom PIIGS (Portugal, Italie, Irlande, Grèce et Espagne en anglais), provoquant une hausse des salaires qui menacent leur compétitivité durablement. Et pourtant, cette même politique était trop restrictive pour des pays comme l’Allemagne ou la France. Il est bien expliqué que la monnaie unique détraque les mécanismes économiques habituels. Les taux trop bas pour l’Espagne ont provoqué un afflux de financement à bon marché, accélérant l’investissement, la croissance, puis l’inflation et les déficits commerciaux. Mais l’Espagne ne pouvait ni augmenter ses taux d’intérêts ni dévaluer sa monnaie pour en tenir compte. Mais même si le gouvernement a eu la sagesse de conserver un budget en excédant, l’euro a provoqué la bulle immobilière espagnole.
L'Homme au service de l'économie
The Economist regrette alors que « les salaires se soient montrés résistants à la baisse : les travailleurs se montrant réticents à baisser leur salaire, au moins d’un point de vue nominal, ce qui rend les ajustements lents ». Il déplore également que l’abolition des protections de l’emploi rencontre des résistances démocratiques. Le plus navrant est la conclusion du dossier : « la ruée pour rejoindre la zone euro est sûrement un vote de confiance. Elle doit faire quelque chose de bien ». Voici un portrait intéressant de ce que pourrait être la zone euro : une zone qui pousse ses membres à baisser leurs salaires et favoriser les licenciements. Et attention, ce que The Economist admet sans broncher est bien ce que pensent les technocrates de Bruxelles, voire beaucoup d’hommes politiques.
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Dette : la rustine de l’emprunt
Après le Pinay 1952, le Giscard 1973, et le Balladur 1993, voici le Sarkozy 2010. La concertation pour «fixer ensemble les priorités» que devrait financer cet emprunt annoncé par le président de la République lundi dernier devant le Congrès de Versailles, a démarré hier avec un «séminaire gouvernemental» organisé par François Fillon à l’hôtel Matignon.
Arguments. Tous les ministres étaient présents, sauf celui des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, retenu en Grèce par une réunion de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe). Le Premier ministre, puis le ministre du Budget, Eric Woerth, ont rappelé la règle du jeu : cet emprunt ne doit pas servir à régler les fins de mois de l’Etat. Il doit être consacré «aux dépenses d’avenir».
Problème : la définition reste encore un peu large. L’ensemble du budget de l’Education nationale par exemple, prépare l’avenir. Aussi Fillon s’est-il employé hier à calmer l’ardeur de certains de ses ministres, notamment les plus chevronnés, qui se sont empressés d’expliquer que toute leur action ou presque entrait dans ce cadre.
Jean-Louis Borloo, ministre de l’Ecologie et du Développement durable, n’a pas eu de mal à convaincre, surtout après la poussée écologiste aux européennes, que ce qui encourageait la «croissance verte» répondait aux critères. Sa collègue chargée de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, avait aussi de bons arguments pour que «l’Université de demain» figure aussi au programme. Et la ministre de l’Economie, Christine Lagarde, y a inscrit l’amélioration de la compétitivité industrielle et les nouvelles technologies.
La tâche était plus difficile pour la garde des Sceaux, Michèle Alliot-Marie, qui dès vendredi plaidait pour que la rénovation des prisons figure parmi les «dépenses d’avenir». «Nous ne retiendrons que les dépenses d’investissement structurantes pour le développement économique d’après-crise», rappelait-on hier à Matignon.
Inconnue. La concertation se poursuivra mercredi, quand Sarkozy recevra les partenaires sociaux, et elle continuera en septembre et en octobre avec les parlementaires et les partenaires sociaux. L’emprunt lui-même sera lancé en 2010 a indiqué hier Fillon, précisant que ce n’était pas «un deuxième plan de relance». Son montant reste la grande inconnue. «Ce serait prendre les choses à l’envers que d’en fixer le montant avant d’avoir identifié ce que nous mettons dedans», expliquait-on à Matignon, où l’on refuse de confirmer ou d’infirmer le chiffre de 80 à 100 milliards d’euros évoqué la semaine dernière.
18:20 Publié dans Vu dans Libé | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : socialiste, hamon, ps, reconquetes, sarkozy
Ils font la fête à Levallois!
La chambre régionale des comptes d’Ile-de-France relève des «anomalies» dans le contrôle des frais et une hausse brutale de l'endettement dans cette ville des Hauts-de-Seine gérée par un proche de Nicolas Sarkozy.
Hausse périlleuse de la dette, explosion des dépenses dites festives, «anomalies» dans le contrôle des frais. La chambre régionale des comptes (CRC) d’Ile-de-France dresse un sévère bilan de la gestion de la ville de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), dirigée par l’UMP Patrick Balkany.
Selon ce rapport de 46 pages, daté du 6 avril 2009, consulté par l’AFP, l’endettement, «resté stable jusqu’en 2003, s’est significativement alourdi à partir de 2004». L’encours de la dette a même grimpé de 156 millions d’euros en 2000 à 236 milllions en 2006/ Soit une hausse de 51%...
Mais la Chambre régionale des comptes note aussi que la ville a émis des billets de trésorerie, pour plus de 200 millions d’euros, qui ne sont pas intégrés dans le calcul de la dette. Ce qui pose «un problème de sincérité du niveau d’endettement»...
Au chapitre des dépenses, le rapport souligne le coût des «fêtes et cérémonies», passé de 239.951 à 484.052 euros entre 2000 et 2005, voire «même à plus d’un million d’euros, en tenant compte des 525.000 euros de dépenses réalisés par l’association Levallois Communication», subventionnée par la ville.
«Accablant»
Enfin, des «anomalies» ont été relevées dans le contrôle des frais. Sur l’utilisation des véhicules municipaux notamment, «un examen rapide et non exhaustif des factures montre de nombreuses utilisations qui ne présentent pas le caractère de déplacements professionnels courants».
Le rapport, jugé «accablant» par le PS local, doit être débattu ce lundi soir en conseil municipal.
Alors que Patrick Balkany, un proche de Nicolas Sarkozy, est maire de Levallois depuis 1983, avec une interruption entre 1995-2001, Isabelle Balkany, son épouse et première adjointe, dans sa réponse à la CRC, s’étonne que l’examen ne porte que sur le dernier mandat (2001-2007).
Contestant point par point le rapport, elle estime en outre que la ville possède des «spécificités, injustement ignorées» par la Chambre régionale, comme «son dynamisme économique, sa qualité de vie et les services publics diversifiés proposés à la population (...)».
12:30 Publié dans Vu dans Libé | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : socialiste, hamon, ps, reconquetes, sarkozy
Sarkoland

09:35 Publié dans Billet d'humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : socialiste, hamon, ps, reconquetes, sarkozy
Boutin dénonce son "jetage" du gouvernement
L'ancienne ministre du Logement a durement critiqué la façon "inhumaine" dont elle affirme avoir été traitée. "Je l'ai appris au 20h de TF1 avec tout mon cabinet".

Christine Boutin (c) Sipa
"Mon jetage", a déclaré Christine Boutin sur Europe-1, "je l'ai appris à 20h sur TF1 avec tout mon cabinet". "On était là, on écoutait, on espérait", a-t-elle raconté, précisant qu'elle "pensait rester" suite à sa dernière conversation avec le Premier ministre mardi, avant le remaniement. La présidente du Parti chrétien-démocrate s'est dite "très choquée de voir que le Premier ministre n'a même pas pris le temps de (lui) passer un coup de fil" après l'annonce de son départ du gouvernement, estimant avoir été traitée avec ses collaborateurs de façon "inhumaine".
La droite sociale chrétienne
"J'espère que ce n'est pas en raison de ce que je représente", c'est-à-dire "la droite sociale chrétienne", a-t-elle déclaré, "peut-être c'est un délit de sale gueule, je ne sais pas?"
"J'ai un bilan excellent, les professionnels le remarquent", a-t-elle souligné.
Christine Boutin dit avoir été contactée au lendemain du remaniement par Claude Guéant, le secrétaire général de l'Elysée, "qui m'a fait un certain nombre de propositions qui me semblent intéressantes". Evoquant la possibilité de revenir à l'Assemblée nationale, "je n'ai pas pris ma décision encore", a-t-elle affirmé. Interrogée sur la possibilité de devenir ambassadeur de France auprès du Saint-Siège, au Vatican, elle a qualifié cette piste d'"intéressante et sérieuse".
07:39 Publié dans vu dans le Nouvel Obs | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : socialiste, hamon, ps, reconquetes, sarkozy
29.06.2009
Act Up : 20 ans et toujours la rage
Sida . Les franchises médicales, la loi hôpital ... Pour l’association, la lutte continue.
Le romancier Paul Nizan avait eu cette expression devenue légendaire : «J’avais 20 ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie.» L’association Act Up préfère, elle, hurler : «Nous sommes au regret de vous annoncer les 20 ans d’Act Up-Paris».
On a compris, 20 ans exactement, et ce n’est pas franchement une fête. C’était le 26 juin 1989, lors du défilé de la Gay Pride. Le cortège s’ébranlait tout juste. Une quinzaine de «pédés, séropos, en colère» se sont, alors, allongés sur le sol. Ils portaient tous des tee-shirts marqués d’un triangle rose, sur lesquels étaient écrit: «Silence = Mort». Reprenant une scénographie venue directement de New York et conçue par les activistes d’une association, Act Up-New York, fondée en 1987.
Act Up-Paris était né. Et l’association la plus turbulente de France allait profondément marquer le paysage de la lutte contre le sida en France. Mêlant l’image et la colère. Se servant de l’outrance pour faire bouger les lignes. Au point d’agresser parfois des responsables. Mais aussi développant une expertise dans la prise en charge des patients et de leurs traitements. Vingt ans plus tard, et après plus de 100 000 morts en France , Act Up est toujours là, menaçant à plusieurs fois de s’autodissoudre, puis repartant au combat, et aujourd’hui dans un environnement bien moins tonique, elle se débat contre les immobilismes en tous genres. «L’urgence ? Il y en a partout. L’urgence, c’est de maintenir les acquis mais aussi de se battre pour que les promesses du Nord vers les pays du Sud soient maintenues. Ce n’est pas le travail qui manque», disent, à l’unisson, Stéphane Vambre et Safia Soltani.
Cocktail. Lui a 36 ans, elle a 34 ans. Lui est gay, séropo, chargé de la collecte de fonds dans l’association. Elle, infirmière, travaille avec les toxicomanes dans des programmes de réduction de risques. Aujourd’hui, tous les deux sont les présidents d’Act Up. Un duo inédit. A un moment, elle a été son infirmière lors de son hospitalisation à l’hôpital Pompidou à Paris. «Le fait que l’on a été lié sur le plan des soins ? On ne l’a dit que le jour de l’élection, ce n’était pas une stratégie de campagne», raconte Safia. Certes … Mais Act Up a toujours été habile dans le choix de ses présidents. Bien sûr, il y a eu d’abord Didier Lestrade, son fondateur, journaliste un temps à Libération. «En devenant séropo, je suis entré progressivement dans une logique de militant, et surtout, nous confiait-il, je me suis toujours dit que ma vie ne serait plus jamais pareille.» Avec lui, comme avec tant d’autres activistes, s’est opéré un étonnant cocktail où une maladie personnelle s’est transformée en un combat collectif. Didier Lestrade criait sans discontinuer. Avec une incroyable force, il a construit Act Up, imposant ses codes, ses colères et un discours très politique où l’Etat était mis en accusation pour la faiblesse de sa réponse devant l’épidémie.
C’est lui qui a imposé la théâtralisation des actions, répétant : «Ce qu’il faut, c’est une image pour la télé». Et cela a marché. Comme cette image du préservatif sur l’obélisque de la Concorde.
«Pays de merde». Puis il y a eu Clews Vellay, personnage excentrique, folle quand il fallait et brutal quand il le fallait aussi. Sa mort a profondément touché l’association. Puis Christophe Martet et ses propos violents lors d’un Sidaction télévisé en 1996 : «La France est un pays de merde!» Mais aussi Philippe Mangeot, intellectuel brillant. Puis la première femme, qui plus est séronégative, Emmanuelle Cosse, et bien d’autres encore.
Act Up aime surprendre. Et aime toujours les coups d’éclat. «Comment casser l’indifférence ? Les gens pensent que c’est fini le sida avec les traitements, mais les effets secondaires, et tout le reste… La semaine dernière, j’étais encore hospitalisé», raconte Stéphane. Qui ajoute : «Nous, à Act Up, on reste persuadé que l’on peut mettre un terme à l’épidémie. Ici, comme ailleurs.» «La lutte, aujourd’hui, n’a jamais été aussi politique, poursuit Safia. Se battre contre la loi sur l’hôpital, les franchises, pour la non-expulsablité des malades. Et la prévention, c’est un combat politique. Où en est-on du préservatif gratuit ?» Puis elle insiste : «Avec l’histoire, nous sommes des experts de la maladie, présents dans toutes les structures où il y a des patients.»
20:45 Publié dans Vu dans Libé | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : socialiste, hamon, ps, reconquetes, sarkozy
Travailler en congé maladie: Lefebvre en remet une couche
Le porte-parole de l'UMP n'en démord pas: permettre aux salariés en arrêt maladie de travailler de chez eux, «c'est le sens de la modernité, on y reviendra».
Le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre a estimé sur LCI que le fait de permettre aux salariés en arrêt maladie ou en congé maternité de travailler de chez eux allait «dans le sens de la modernité» et que l'«on y reviendra(it)».
Fin mai, Lefebvre avait suscité un tollé en déposant un amendement qui permettait aux salariés en arrêt maladie ou en congé maternité de travailler de chez eux, lors de l'examen à l'Assemblée du texte UMP sur le prêt de main d'oeuvre entre entreprises. Il avait finalement retiré son amendement.
«Je veux que le salarié puisse avoir un nouveau droit, à partir du moment où il y a un certificat médical, que c'est donc lui qui le déclenche, de travailler s'il le souhaite», a-t-il ajouté.
«Il y a beaucoup de Français, y compris en longue maladie, qui ont besoin du travail pour guérir», a jugé Lefebvre qui s'est prévalu du soutient du député UMP Bernard Debré, chirurgien de profession.
18:25 Publié dans Vu dans Libé | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : socialiste, hamon, ps, reconquetes, sarkozy
Sans-papiers : en plein Paris, la rue pour dortoir
Je suis passé hier soir, vers minuit, boulevard du Temple, près République. Sur le grand trottoir, devant la Bourse du travail, la librairie, et le « Royal Couscous », plusieurs centaines de couvertures orange ou beiges courent jusqu'à la chaussée. Les orages les mouillent. Roulés dans ces couvertures, quelque 200 à 300 personnes.Hommes, femmes, quelques enfants : ce sont les familles expulsées de la bourse du travail par les gros bras de la CGT, après quatorze mois d'occupation de la Bourse du travail. Plus quelques citoyens qui sont venus les soutenir, en dormant avec eux sur le bitume, fondus dans cette masse couchée, encadrée de policiers. Les femmes ont été regroupées au milieu du cercle des hommes.
Entre ces corps, on aperçoit des casques blancs, qui rappellent que ces personnes sont des travailleurs. « Le matin, ils se lèvent et vont sur les chantiers ou dans les égouts, à moins trois degrés. Ils n'ont aucun problème pour trouver du travail. Mais ils ont peur dès qu'ils marchent dans la rue, il faut toujours regarder à droite, à gauche », s'énerve Omar, un Mauritanien venu les soutenir.
Au bord de la chaussée, contre un arbre, il y a un seau de chantier blanc. « C'est pour les femmes, pour leurs besoins, pendant la nuit », m'explique-t-on. Les hommes eux, « peuvent aller n'importe où ». Une installation de fortune a été prévue pour assurer un peu d'intimité autour du seau : une petite bâche que maintiennent des tasseaux de bois tenus par un méchant scotch noir.
De temps en temps, un cri fuse : « Des papiers, pas de flics ! ». Des discussions animées se forment au bord de la mer de couvertures. La CGT est accusée d'avoir « trahi », « retourné sa veste ». Même ceux qui, au sein de la centrale syndicale, désapprouvent l'expulsion musclée n'ont pas osé se montrer.
Sissoko Anzomane, porte-parole des explusés, raconte la journée en mangeant du riz dans une assiette en papier. Les délégués ont été reçus à la préfecture de police par Christian Lambert, directeur de cabinet du préfet (et ex-patron des CRS). Ils ont exigé la régularisation des expulsés qui dorment sur le trottoir. Ils ont négocié sur les critères de régularisation. Ils ont un nouveau rendez-vous aujourd'hui, vendredi, avec Jacques Quastana, le directeur de la police.
Ils espèrent une réponse du ministère dans la journée. « Si elle est défavorable, on restera ici, ce sera un rapport de force, on appelera les gens à venir nous soutenir et dormir avec nous », prévient Sissoko Anzoumane.
A quelques mètres de là sur le même trottoir, aux terrasses de la brasserie Jenny, les Parisiens profitent de la soirée d'été.
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Mickael

09:25 Publié dans Billet d'humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : socialiste, hamon, ps, reconquetes, sarkozy
Et si on commençait par des primaires du projet,
Après chaque défaite, le temps de l’incantation revient et les socialistes psalmodient “rénovation, révolution, refondation”, autant pour effacer leurs erreurs passées que pour se protéger d’un avenir qu’ils ne parviennent plus à préparer.
Nos fautes et nos insuffisances sont pourtant d’autant mieux connues qu’elles sont collectives : les divisions jusqu’à l’absurde, la confrontation permanente des ambitions, les postures individuelles qui empêchent les positions communes et, partant, le manque de travail, d’imagination et de courage pour renouveler notre vision du monde et nos propositions. Seule une terrible surdité pourrait nous empêcher d’entendre le message de ces élections européennes : nos comportements exaspèrent les Français, qui exigent de savoir de quel projet nouveau et enthousiasmant les socialistes sont porteurs. Ils nous ont intimé l’ordre de changer, et vite. Sans ce sursaut, nous ne susciterons même plus l’énervement de nos concitoyens, nous les laisserons indifférents.
Comme souvent dans les cas de dépression profonde, il n’y a pas d’explication unique. Au-delà de la crise d’identité de la social-démocratie européenne, le PS français reste confronté à une épreuve spécifique, institutionnelle : la Ve République, dont l’avatar le plus récent est l’hyperprésidentialisme de Nicolas Sarkozy. Or, face à la présidentialisation du régime, le PS a glissé vers une forme dangereuse d’alignement : nombre de ses animateurs sont trop souvent liés par un unique point commun, l’ambition présidentielle que chacun se croit fondé à nourrir. Ces présidentiables, ou qui se croient tels, concentrent leur énergie dans la recherche d’un outil qui les départagera dans leur course sans fin, tandis que les militants socialistes devraient se contenter d’attendre le nouveau champion.
En réalité, ce que révèle le débat naissant sur les primaires, ce sont nos faiblesses, et non le début de la rénovation : la paresse intellectuelle, la mauvaise imitation de ce qui se fait ailleurs, l’obsession de nous-mêmes et le goût destructeur pour les affrontements de personnes. Plutôt que d’entendre le message des Français, allons-nous une nouvelle fois nous replier sur notre vie interne, nos procédures et l’exacerbation de la compétition entre les ego ?
Au regard des grands défis de la gauche, les primaires sont finalement assez secondaires, comme l’enseigne l’expérience italienne. Dans un contexte de rassemblement, elles ont vu Romano Prodi l’emporter face à Berlusconi. A l’inverse dans un contexte de division, elles n’ont pas été la formule magique de la victoire pour Walter Veltroni. Les primaires ne sont qu’un instrument alors que le PS a besoin de retrouver une vision.
GUERRES PICROCHOLINES
Car le temps est venu pour le PS de changer. Plutôt que d’inviter les citoyens à prendre part à nos guerres picrocholines, il est primordial de construire un projet de société, radicalement nouveau, pour la France. Il est clair que le PS ne peut préparer 2012 en vase clos et doit s’ouvrir. S’il a besoin de primaires, c’est d’abord de primaires du projet, un grand projet élaboré par tous ceux qui veulent redresser la gauche. A cet égard, il est urgent de casser le mur qui nous sépare des intellectuels, des associations, des syndicats, des énergies de la société, en particulier les jeunes et les classes populaires, dont l’abstention massive est une raison clé du résultat du 7 juin.
Nous devons mettre en débat avec les citoyens les réponses à apporter aux questions essentielles, comme l’invention d’une nouvelle croissance, l’urgence environnementale, la redistribution efficace, la régulation de la mondialisation, le pouvoir dans l’entreprise, le malaise de la jeunesse et la crise de l’école, la société numérique, le nouvel horizon des droits et des libertés.
Notre projet devra, ensuite, trouver à s’incarner. Mais les socialistes doivent se méfier du culte de l’homme providentiel : le bonapartisme de l’UMP est contraire à notre identité et à nos valeurs. Les déconvenues du MoDem montrent les limites des aventures personnelles. Le premier des socialistes pour l’élection présidentielle sera aussi celui ou celle qui, le mieux, aura compris l’absolue nécessité de faire vivre un élan collectif et de lever une armée de talents face à la droite, en particulier en s’appuyant sur une nouvelle génération, à l’image de la société et capable de ferrailler contre l’UMP autant que d’irriguer le parti d’idées neuves. Il n’y a désormais qu’un chemin pour le PS, celui du travail, de l’inventivité, de l’unité et de l’ouverture radicale à la société. La claque du 7 juin ne doit pas nous assommer mais nous réveiller.
Harlem Désir
07:30 Publié dans Information Section | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : socialiste, hamon, ps, reconquetes, sarkozy






