29.10.2009
Banque: comment Dexia et les autres ont intoxiqué les collectivités locales
Pendant plusieurs années, Dexia, « le partenaire des collectivités locales », a proposé des prêts à taux bonifié pour économiser les intérêts à la veille des élections. Aujourd'hui, les bombes des produits toxiques cachées dans ces paquets cadeaux explosent, de Saint-Etienne à Bobigny.
A chaque fois, l'offre avait été présentée de la même manière : la banque proposait de ne pas payer d'intérêts jusqu'aux élections (cantonales, municipales ou autres) puis de rembourser à taux variable, évitant aux élus d'augmenter les impôts en période de campagne. Une offre d'autant plus alléchante qu'elle était formulée par une banque amie, Dexia, ancien établissement public, surnommé « le partenaire des collectivités locales ». Ce que les maires et conseillers généraux ne savaient pas, c'est que les taux variables en question étaient adossés à des valeurs extrêmement instables (taux de changes croisés, matières premières...), les fameux « produits toxiques » dont la crise financière a révélé les dangers. Et pourquoi ne le savaient-ils pas? Parce que Dexia ne le leur avait pas dit !
Que fait l'Etat, actionnaire principal de Dexia ? Rien !
Avec 97% de sa dette appuyée sur des produits toxiques, le conseil général de Seine-Saint-Denis a été le premier à briser l'omerta : Claude Bartolone a mis en demeure Dexia de lui proposer des solutions, sous peine de la poursuivre pour « défaut de conseil à un client non initié ». Avec l'aide d'un cabinet spécialisé, son équipe a épluché trois ans d'échanges de mails, de fax, de courriers à la recherche d'une trace de mise en garde contre la dangerosité de ces produits... Bilan : rien, pas une ligne sur les risques encourus. La précédente majorité avait accepté de voir des prêts à 4 ou 6% réduits à moins de 2% pendant les trois ans précédant les cantonales. Or, à compter de 2008, les prêts basculaient sur un taux variable dépendant des variations entre le taux de change euro/dollar et euro/yen. « Sur une dette de 800 millions d'euros, les dégâts des produits toxiques avoisinent les 20%, soit 160 millions d'euros », estime-t-on au cabinet de Claude Bartolone.
Face à cette catastrophe, les collectivités locales ont engagé des négociations et se sont tournées vers Christine Lagarde : « le président de l'association des maires des grandes villes a écrit fin 2008 à la ministre de l'Economie pour lui demander de faire pression sur Dexia, l'Etat étant actionnaire majoritaire de la banque », se souvient Jean-Claude Bertrand, adjoint aux finances de Saint Etienne. Depuis ? Rien ! Certains maires l'ont relancée par courrier. Même chose pour le ministre des Collectivités locales, Brice Hortefeux. Sans plus de succès.
A Saint-Etienne, 70% des 380 millions d'euros de dette ont été frappés par l'explosion des produits toxiques, avec quelques pépites : « Dexia nous a accordé un swap de la Deutsche Bank sous jacent à un prêt pour 20 millions d'euros, basé sur la parité entre livre et franc suisse, détaille Jean-Claude Bernard. Avec l'effondrement de la livre sterling, nous nous retrouvons avec 24% de taux d'intérêts sur 13 ans, et encore, nous avions plafonné, sans quoi il aurait du être de plus de 35% ! Les intérêts de ces 20 millions pourraient coûter 72 millions d'euros à la ville ! »
Dexia n'assume pas les « ventes forcées »
« La méthode s'assimile à la vente forcée, poursuit l'adjoint aux finances de Saint Etienne : ils vous accordent un prêt de 30 millions mais pour 15 millions à un taux fixe bonifié, vous êtes obligés de prendre les 15 autres millions en produits structurés. » La municipalité a décidé de poursuivre la Deutsche Bank pour annuler le swap mais se retrouve en attendant contrainte de tailler dans les dépenses : la ville a réduit son train de vie de 2% (soit 7 millions d'économisés) sur les coûts de fonctionnement, réduisant l'achat de fournitures et ne remplaçant pas certains départs en retraite, histoire de sauver les investissements nécessaires, notamment la réfection d'écoles et de bâtiments publics délaissés.
En public, le porte parole de Dexia balaie les critiques de Claude Bartolone et les accusations des autres responsables d'exécutifs territoriaux : « nous avons permis aux collectivités locales de faire d'importantes économies »: 500 millions sur 2001-2008, ose-t-il chiffrer. Dans les coulisses, la banque propose des solutions douteuses : dans une collectivité locale, elle offre le rachat de quelques centaines de millions de dette à un taux de plus de 6% ! Avec la Banque centrale européenne qui prête à moins de 1%, on voit d'où Dexia tire ses bénéfices. A Saint Etienne, autre méthode : « ils proposent de sécuriser la dette jusqu'à la fin de la mandature, 2014 », soit exactement la même offre faite à la précédente majorité... sans aucune garantie sur la suite des remboursements ! La mairie a refusé.
Petits maires et grosses banques négocient dans l'ombre...
Mais le plus gros reste encore tapi dans l'ombre : de nombreuses municipalités ont également contracté des prêts toxiques mais espèrent bénéficier des négociations des « gros poissons politiques », Martine Aubry à la communauté d'agglomération de Lille ou Gérard Colomb à Lyon pour solder, sans scandale, leurs erreurs passées. « J'ai demandé à faire modifier le prêt que m'avait fait Dexia, confie le maire d'une ville moyenne. Ce n'était pas trop dangereux, moins de 10 millions d'euros, mais ils ont refusé alors je vais essayer de m'y prendre autrement. »
Une stratégie partagée par les banques, Calyon, la Société générale ou encore BNP ayant également fait tourner la machine à emprunts toxiques : selon une source proche du cabinet de Claude Bartolone, des patrons de grandes banques l'appellent désormais directement pour négocier et éviter ainsi d'arriver en première page des journaux, alors que « jusqu'ici, le Conseil général n'avait eu à traiter qu'avec les responsables des produits financiers. » Y aurait-il quelques millions d'emprunt toxique que les collectivités locales n'auraient pas déniché ?
08:15 Publié dans vu dans Marianne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : socialiste, hamon, ps, reconquetes, sarkozy






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