02.11.2009
Peut-on vraiment se payer le grand emprunt ?
Est-il raisonnable d'alourdir encore la barque des finances publiques, avec 30 milliards d'euros supplémentaires? Pas vraiment, selon Guillaume Duval, rédacteur en chef d'Alternatives économiques..
Les déficits publics sont déjà très importants : ils devraient atteindre l'équivalent de 8,2 % du produit intérieur brut (PIB) en 2009. La dette publique a dépassé les 1 400 milliards d'euros et se montera à 77 % du PIB à la fin de l'année. Le budget 2010 présenté par le gouvernement prévoit déjà - hors grand emprunt - un déficit de l'Etat de 116 milliards d'euros, soit quasiment la moitié des dépenses. Un niveau à peine inférieur aux 141 milliards d'euros qu'on devrait enregistrer en 2009, malgré le retour à une croissance positive. Avec la dégradation prévisible des comptes sociaux, liée notamment à la poursuite du recul de l'emploi, l'ensemble des déficits publics devrait même être encore plus important en 2010 qu'en 2009 et culminer à 8,5 % du PIB. La dette publique quant à elle devrait monter (hors grand emprunt) à 84 % du PIB.
Cette affaire d'emprunt pose d'ailleurs de sérieux problèmes en termes de démocratie. Droite et gauche réunies avaient souhaité en 2001 renforcer le rôle du Parlement en matière budgétaire en adoptant la loi organique relative aux lois de finances (Lolf). Or, le Parlement a commencé à examiner un budget qui n'est pas le vrai budget de l'Etat, puisque le volet « grand emprunt » ne sera connu que plus tard. Que l'on corrige le tir au cœur de la crise comme cela a été le cas pour le budget 2009, c'est aisément compréhensible, mais cette fois, il ne s'agit plus de répondre à une situation d'urgence. Avec le grand emprunt, le président de la République ne se montre donc guère respectueux des droits du Parlement. Pour ne rien arranger, il a confié la définition des priorités à financer grâce à cet emprunt à une commission qui ne comprend... aucun parlementaire.
Quoi qu'il en soit : est-il raisonnable dans l'état actuel des finances publiques françaises d'alourdir encore la barque avec le grand emprunt ? Après avoir flirté avec l'idée d'un emprunt de 100 milliards d'euros, on s'oriente manifestement vers des montants plus limités, autour de 30 milliards d'euros. 30 milliards, cela représente quand même 1,5 % du PIB. Autrement dit, avec le grand emprunt, les déficits publics devraient atteindre en réalité 10 % du PIB l'an prochain.
Cette affaire d'emprunt pose d'ailleurs de sérieux problèmes en termes de démocratie. Droite et gauche réunies avaient souhaité en 2001 renforcer le rôle du Parlement en matière budgétaire en adoptant la loi organique relative aux lois de finances (Lolf). Or, le Parlement a commencé à examiner un budget qui n'est pas le vrai budget de l'Etat, puisque le volet « grand emprunt » ne sera connu que plus tard. Que l'on corrige le tir au cœur de la crise comme cela a été le cas pour le budget 2009, c'est aisément compréhensible, mais cette fois, il ne s'agit plus de répondre à une situation d'urgence. Avec le grand emprunt, le président de la République ne se montre donc guère respectueux des droits du Parlement. Pour ne rien arranger, il a confié la définition des priorités à financer grâce à cet emprunt à une commission qui ne comprend... aucun parlementaire.
Quoi qu'il en soit : est-il raisonnable dans l'état actuel des finances publiques françaises d'alourdir encore la barque avec le grand emprunt ? Après avoir flirté avec l'idée d'un emprunt de 100 milliards d'euros, on s'oriente manifestement vers des montants plus limités, autour de 30 milliards d'euros. 30 milliards, cela représente quand même 1,5 % du PIB. Autrement dit, avec le grand emprunt, les déficits publics devraient atteindre en réalité 10 % du PIB l'an prochain.
Sarkozy a d'illustres prédécesseurs: Reagan, Bush…
La situation économique de la France, telle qu'on peut l'apprécier actuellement, ne paraît guère pouvoir justifier une telle fuite en avant. Que les déficits publics de l'Irlande, du Royaume-Uni ou de l'Espagne flirtent encore avec la barre des 10 % du PIB l'an prochain, on peut le comprendre, compte tenu de l'ampleur du choc qu'ils ont subi. Mais la France est plutôt un des pays d'Europe où la crise a finalement eu les effets les plus limités. Pour des raisons qui n'ont d'ailleurs que peu à voir avec l'action spécifique du gouvernement (1).
Aggraver encore les déficits de quasiment deux points de PIB en 2010 par rapport à 2009, bien que l'économie française soit sortie de la récession dès le deuxième trimestre 2009, semble un choix déraisonnable. L'accumulation inconsidérée de dette publique ne revient pas seulement à transférer aux générations futures des problèmes que nous ne parvenons pas à régler, elle constitue aussi et surtout un facteur majeur d'injustice sociale ici et maintenant.
Financer l'action publique par la dette consiste en effet à emprunter de l'argent aux plus aisés au lieu de percevoir des impôts sur leurs revenus. Et mettre ensuite à contribution tous les citoyens, y compris les plus pauvres qui acquittent de la TVA et de la contribution sociale généralisée (CSG), pour rembourser aux plus riches intérêts et capital. Une dynamique déjà mise en œuvre à grande échelle, avant Nicolas Sarkozy, par Ronald Reagan ou encore George W. Bush...
(1) Voir « Le modèle français à l'épreuve de la crise », Alternatives Economiques n° 282, juillet-août 2009
Aggraver encore les déficits de quasiment deux points de PIB en 2010 par rapport à 2009, bien que l'économie française soit sortie de la récession dès le deuxième trimestre 2009, semble un choix déraisonnable. L'accumulation inconsidérée de dette publique ne revient pas seulement à transférer aux générations futures des problèmes que nous ne parvenons pas à régler, elle constitue aussi et surtout un facteur majeur d'injustice sociale ici et maintenant.
Financer l'action publique par la dette consiste en effet à emprunter de l'argent aux plus aisés au lieu de percevoir des impôts sur leurs revenus. Et mettre ensuite à contribution tous les citoyens, y compris les plus pauvres qui acquittent de la TVA et de la contribution sociale généralisée (CSG), pour rembourser aux plus riches intérêts et capital. Une dynamique déjà mise en œuvre à grande échelle, avant Nicolas Sarkozy, par Ronald Reagan ou encore George W. Bush...
(1) Voir « Le modèle français à l'épreuve de la crise », Alternatives Economiques n° 282, juillet-août 2009
07:30 Publié dans vu dans Marianne | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : socialiste, hamon, ps, reconquetes, sarkozy






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