03.11.2009
Un ex de Gandrange fait un tabac
« De ce produit, nous étions fiers/De cette région, nous étions fiers/Tu t’es prostitué pour quelques billets verts/Laissant tout un peuple le coeur à l’envers »… Ce refrain d’une chanson, « Marchand d’acier », fait actuellement un tabac sur Internet. Ecrite et interprétée par un ancien salarié d’un sous-traitant de l’usine ArcelorMittal de Gandrange (Moselle), le morceau a déjà été écouté 12 000 fois en deux semaines sur le site de partage vidéo Youtube et poursuit sa carrière sur les réseaux sociaux comme Facebook.
L’auteur, Christian de Mitri, 49 ans, s’occupait de l’enlèvement de scories à l’aciérie. Il explique avoir voulu « pousser un cri de colère », après l’annonce de la délocalisation de l’activité d’ArcelorMittal.
27/10/09
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Grand emprunt: encore du vent pour tenir jusqu'en 2012?
Michel Rocard et Alain Juppé devraient boucler leur rapport d’ici le début de la semaine prochaine. Les enjeux économiques et politiques sont considérables.
La commission Juppé-Rocard, dite « 2APM » (deux anciens Premiers ministres) devrait rendre son rapport sur le grand emprunt le mardi 10 novembre. Avec déjà 10 jours de retard sur le calendrier prévu au départ par l’Elysée. Rien ne presse, d’ailleurs, si ce n’est la tension croissante au sein de la majorité (lire Marianne du 24 octobre). La remise du rapport sera en elle-même un événement, puisqu’elle ouvrira, de fait, un débat public et médiatique sur ce que sont les « dépenses d’avenir ». En gros, la réponse est facile : ce sont celles qu’on n’a pas faites dans le passé !
Plus sérieusement, la commission doit répondre à deux questions. De quoi avons-nous besoin pour assurer la compétitivité de la France ? Et ensuite : que pouvons-nous engager comme investissement compte tenu de la situation des finances publiques ?
Sur la première question, les commissaires ont croulé sous les propositions « Nous avons eu tous les lobbys, avec chacun leur produit miracle, à financer d’urgence sur fonds publics. C’est la logique du guichet : il suffit de l’entrouvrir pour provoquer l’afflux. Certains sont même venus avec des moutons à 5 pattes, des technologies dont les dossiers scientifiques étaient plus que bancals », confie un commissaire. En fait la commission ne devrait pas choisir un « nouveau plan calcul ». En clair, s’il faut relier tous les foyers français à un réseau à haut débit, elle ne choisira pas entre un réseau en fibre optique qui coûte 30 milliards, ou un réseau hertzien, quatre à cinq fois moins onéreux. Ce sera aux organismes chargés des appels à projets de choisir. La Commission devrait se contenter d’indiquer les directions vers lesquelles il faudra diriger les capitaux levés par l’emprunt : l’économie numérique, la voiture du futur…
Faut-il 400 milliards… ou 40?
Ils lanceront ainsi un débat qui passionnera à coup sûr les économistes. Si c’est l’Etat, et non le privé qui s’endette, c’est donc pour une rentabilité attendue différente de celle attendue par les marchés. Oui, mais laquelle ? Faut-il financer des projets totalement hors de portée des marchés, ou tailler un moyen terme permettant une association entre public et privé (les « PPP »), comme le souhaite l’UMP pour qui l’investissement public est encore la traduction française du Gosplan. Dès lors, comment s’assure-t-on qu’on ne garantit pas des bénéfices faciles (une rente) aux capitaux privés? Etc. Il existe quelques exemples fameux. Le « plan calcul » du général De Gaulle fut un fiasco total, le plan d’équipement nucléaire de Pompidou et Pierre Messmer une réussite formidable. L’armée de l’air américaine a créé le système GPS dans les années 70 d’abord pour guider ses missiles, et maintenant il sert aux taxis parisiens. A l’inverse, l’Union européenne a voulu faire financer le programme Galileo par le privé. On attend toujours le début du commencement. Enfin les crédits de recherche publics américains ont permis l’émergence de l’Internet, véritable rupture technologique, au sens de l’apparition de la machine à vapeur de l’électricité. Le problème, c’est que personne ne savait à l’époque que c’était ça qu’on cherchait…
Alors combien faut-il mettre sur la table pour mettre la France au niveau ? L’économiste Jacques Delpla, membre lui-même de la commission « 2APM », évalue les investissements d’avenir à environ… 400 milliards d’euros. Un chiffre à donner le vertige…
Celui de la commission devrait être dix fois moindre. Le maire de Bordeaux a donné une fourchette « entre 20 et 40 milliards »aux députés la semaine dernière. Michel Rocard fixe un maximum : « 35 milliards ». Si ce cas de figure se confirme, et si l’on considère que la « machine France » (l’Etat, les entreprises, les chercheurs…) est capable de lancer au maximum 20 milliards d’investissement d’avenir par an, on pourra en conclure que l’opération « grand emprunt » a pour résultat de permettre au gouvernement de se dégager pendant deux ans de la contrainte des finances publiques (lire ici ) pour faire quand même « quelque chose » qui ressemble au « volontarisme économique » cher au président. Tiens, deux ans, cela nous amène en …2012 !
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Réforme de La Poste : les opposants se comptent aux marches du Palais
«Pour que la votation contre la privatisation ne reste pas lettre morte. Chez nous, le centre de tri de Saint-Brieuc est menacé de disparition.» Si le postier breton est pugnace dans le combat social, il sait aussi à l'occasion jouer avec les mots.
Comme une trentaine de ses collègues nationaux, ce représentant du comité des Côtes-d'Armor contre la privatisation de La Poste a pris la parole ce lundi en début d'après-midi, rue Rotrou à Paris (Ve), devant quelque 200 manifestants. Objet de ce rassemblement, selon Régis Blanchot (Sud), membre du comité national : «Dénombrer le nombre de votants à la votation citoyenne département par département, discuter du mode de consultation et débattre des perspectives.»
Casse-croûte et verre de cidre
A une centaine de mètres, les sénateurs viennent d'entamer l'examen du projet de loi sur la réforme de La Poste, qui doit durer toute la semaine. Rue Rotrou, l'ambiance, sans être festive, est décontractée. On casse la croûte, debout sur le bitume, en buvant un verre de cidre et en écoutant les représentants départementaux qui défilent à la tribune. «Nous avons recueilli 8.500 votes, dit le délégué de l'Yonne. Et pourtant, on est parti tard. Mais nous sommes un collectif unitaire, on y retrouve tous les syndicats. Notre département est rural, c'est un des plus touchés par la suppression des bureaux de Poste.» «La droite est en difficulté, affirme, plus remontée et plus politique, cette postière du Calvados. On peut faire reculer le gouvernement!»
Tout est résumé dans cette phrase. Car si la votation citoyenne a été une réussite populaire début octobre – 2.123.717 bulletins ont été comptabilisés dans les urnes –, le comité national n'entend pas en rester là. Son prochain objectif: que plus de 4 millions de cartes postales de citoyens réclamant «le retrait du projet de changement de statut de La Poste, l'ouverture d'un débat public sur l'avenir du service public postal» et, enfin, «un référendum sur l'avenir de La Poste» soient adressées (non timbrées) à Nicolas Sarkozy à l'Elysée, 55, rue du faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris.
«L'opération a débuté samedi, témoigne Régis Blanchot. On n'a pas réellement décidé quand elle s'arrêterait. Nous allons faire régulièrement des points sur l'état des envois.» Pour la votation, seuls les bulletins physiques exprimés avaient été retenus. Cette fois, le comité national propose à la population d'adresser une carte postale au Président via le Net.
«Dynamique populaire»
Et quid de la comptabilisation, qui s'annonce beaucoup délicate que lors de la votation citoyenne, déjà fort raillée par la majorité et le gouvernement? «On sait que ce qu'on fait n'a pas de réalité juridique et que ce sera forcément contesté, déclare le syndicaliste. On s'en moque, la dynamique populaire existe bel et bien. Et c'est ça le plus important.»
A 18 heures, le comité national avait prévu une nouvelle action ce lundi, cette fois juste devant le Sénat, avec la présence de responsables politiques, tels Martine Aubry (PS) et Marie-George Buffet (PCF), du spectacle, comme Jean-Michel Ribes. Et de l'Histoire: «Raymond Aubrac, du Conseil national de la Résistance, a tenu à nous soutenir, glisse Régis Blanchot. C'est un honneur pour nous. C'est aussi la preuve que notre combat est juste.»
18:15 Publié dans Vu dans Libé | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : socialiste, hamon, ps, reconquetes, sarkozy
Les désaccords se multiplient à l'UMP
Haro des sénateurs sur la réforme de la taxe professionnelle, bisbilles autour de la réduction des avantages fiscaux pour les sportifs de haut niveau… Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'examen du projet de loi de finances 2010, qui doit être présenté au Sénat, sème la division dans la majorité.

Eric Woerth et Rama Yade.(Sipa)
La fiscalité des sportifs en débat
Autre sujet de discorde, la suppression de l'avantage fiscal dont bénéficiaient les sportifs professionnels. Le ministre du Budget a exclu lundi que le gouvernement revienne sur la suppression de l'avantage fiscal dont bénéficiaient les sportifs professionnels au titre du droit à l'image. Saluant la position "courageuse" de Roselyne Bachelot qui avait demandé la suppression de cet avantage, le ministre du Budget a critiqué sur RTL la position de la secrétaire d'Etat aux Sports Rama Yade, se demandant si elle connaissait ce sujet "autant qu'elle devrait le connaître". "Lorsqu'il y a publiquement un désaccord entre un secrétaire d'Etat et un ministre, c'est le ministre qui a raison", a-t-il tranché.
Morano contre Yade
Nadine Morano, la secrétaire d'Etat chargée de la Famille et de la Solidarité, a elle aussi taclé Rama Yade, en lui rappelant qu'en cas de désaccord au sein du gouvernement, "on se tait, ou on s'en va". "Quand on n'est pas d'accord avec la politique menée par le gouvernement, c'est simple : 'ou on ferme sa gueule, ou on démissionne', vous connaissez l'adage", a-t-elle déclaré sur Canal +, en allusion à la formule popularisée par l'ancien ministre Jean-Pierre Chevènement, président d'honneur du MRC.
Woerth contre Bertrand
Interrogé pour savoir si le gouvernement allait revenir, lors du vote au Sénat, ainsi que l'avait souhaité le secrétaire général de l'UMP Xavier Bertrand, sur la suppression de cet avantage, Eric Woerth a répondu très clairement : "Non, bien sûr que non". "Le ministère des Sports considérait que cette exonération de charges sociales n'était pas efficace, n'atteignait pas les objectifs, qui étaient (...) au départ d'accroître la compétitivité des clubs", a justifié Eric Woerth, rappelant que la Cour des Comptes réclame depuis la suppression de cette "niche" fiscale.
Copé à la rescousse de Woerth
Le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, Jean-François Copé, a exprimé son agacement vis-à-vis du chef du parti, Xavier Bertrand, refusant qu'on "prenne les députés en otages".
Après le vote à l'Assemblée jeudi d'un amendement supprimant des avantages fiscaux pour les sportifs de niveau, Jean-François Copé n'a pas admis que le patron de l'UMP, en désaccord, réclame un réexamen du texte au Sénat. "Ce que j'ai mal vécu et que je ne laisserai pas faire, c'est qu'on prenne nos députés en otage", a déclaré le patron des députés UMP, en rappelant que l'amendement avait été "voté avec une très large majorité dans un contexte d'avis favorable du gouvernement".
Il a aussi regretté le désaccord "un peu tardif" exprimé par la secrétaire d'Etat aux Sports Rama Yade tout en continuant de critiquer Xavier Bertrand, "le secrétaire général de l'UMP qui nous dit aussi qu'il est contre et qu'il espère que les sénateurs vont corriger la copie des députés".
Rivalité au sommet
"Là, il faut que tout le monde soit en ligne parce que sinon moi je ne comprends plus rien à rien", a ajouté Jean-François Copé, considéré comme le grand rival de Xavier Bertrand au sein du parti.
Le secrétaire général de l'UMP avait désapprouvé vendredi l'amendement supprimant des avantages fiscaux aux sportifs. "Je souhaite qu'au Sénat, on puisse revenir sur cet amendement et qu'au gouvernement, on fasse part de son accord pour qu'on revienne sur cet amendement", avait souligné Xavier Bertrand.
(Nouvelobs.com)
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Beson
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L'identité nationale selon Rocard : "un débat imbécile"
Alors que s'ouvre le "grand débat sur l'identité nationale", Nouvelobs.com donne la parole à Michel Rocard : "L'idée que l'identité nationale fasse doute et qu'il faille en rediscuter me stupéfie", explique l'ancien Premier ministre, car "la logique de fabrication de la France se détruit si on la ferme". Interview.
Faut-il un débat sur l'identité nationale ?
Michel Rocard : - Cela ne m'inspire pas grand-chose de bon. La France est incontestablement l'un des pays occidentaux qui a la plus forte identité nationale. Des individus comme Louis XIV, Napoléon Bonaparte et Charles de Gaulle sont fortement créateurs de références identitaires. Et puis la France a cette particularité d'être différentes de tous les autres pays d'Europe sur un point majeur. Mais cela nécessite de prendre le temps de parcourir l'histoire.
Les grands empires qui sont apparus à travers le monde - en Amérique, en Afrique, comme au Moyen-Orient ou en Asie - sont presque toujours respectueux des identités linguistiques et religieuses des territoires qu'ils absorbent. Mais nous avons en Europe une autre tradition, beaucoup plus exigeante dans l'unification des territoires. C'est celle des royaumes. Nous n'avons pas d'empire qui réussit, mais huit ou neuf communautés linguistiques et religieuses - linguistiques à titre principal- qui vont créer des nations, chacune avec leurs rois ou leurs princes. Pendant un millénaire et demi, elles devront se défendre les unes des autres et construire une identité. C'est vrai du Portugal. C'est vrai aussi de l'Espagne, même s'il y a une petite difficulté linguistique avec la Catalogne et le Pays Basque. C'est vrai aussi de l'Angleterre et de la communauté néerlandophone, qui va prendre la forme des Provinces unies, les Pays-Bas. C'est vrai de la Pologne, c'est vrai aussi de la Hongrie et de la Russie.
Il y a deux retards dans la constitution des nations: l'Italie et l'Allemagne. Mais tout de même l'Italie et l'Allemagne ont ces caractéristiques d'être des communautés linguistiques, qui se donnent un peu après les autres une structure d'Etat.
La France est un cas absolument unique. Une petite zone militarisée - Ile-de-France, Val de Loire - va produire une collectivité linguistique nationale. La langue française, c'est le Val de Loire, son lieu de naissance. Cette communauté va se militariser à outrance, parce qu'elle est petite et parce qu'elle est exposée dans une zone de plaine. En conséquence, le royaume de France va se développer en s'étendant militairement, bien au-delà de sa communauté linguistique. La naissance de la France se réalise par la conquête militaire d'au moins cinq cultures - j'appelle culture la coïncidence entre une langue et un art de prier. Je veux parler de la Bretagne, de l'Occitanie, de l'Alsace, d'une partie de la Flandre, de la Corse, et puis de notre petit bout du Pays basque. Vous avez le souvenir de la guerre des Albigeois ? Elle aurait fait entre 400 et 500.000 morts, avec les techniques militaires de l'époque - et la gentillesse de Simon de Montfort. C'est la conquête par le Nord de tout le Midi qui, au sud d'une ligne allant de Bordeaux à Grenoble, parlait Occitan.
C'est ça, la France. Le pouvoir central est construit militairement, ce n'est pas le produit d'une communauté. Tout cela est assez fabuleux et donne à la France une identité très spécifique qui est beaucoup moins marquée par le droit du sang. Très tôt, il y a un sentiment national étonnant, par l'échange de souvenir d'événements.
La victoire de Philippe Auguste à Bouvines [en 1214, NDLR] permet une sorte de fierté nationale. Il a un peu du David contre Goliath dans la bataille du petit royaume de France face à cette immensité qui était en train de se confédérer, le Saint Empire romain germanique. Et on a fait craquer l'empire.
Puis le moment de cristallisation nationale formidable, c'est la bataille de Valmy, sous la Révolution [en 1792, NDLR]. Dans les troupes commandées par Dumouriez, on évalue à moins de 20% ceux qui parlaient français.
Et ensuite arrive la IIIe République avec ses hussards noirs [les instituteurs, NDLR] qui imposent le français dans toutes les écoles.
Tout cela nous donne un art de vivre ensemble, parfois avec une assez grande indifférence au droit du sang, et donc une majoration de l'identité de choix de culture et de volonté d'un destin commun, largement façonné par la Révolution. Et tout cela est assez magnifique. On a même fait vivre cette identité à la Martinique, à la Guadeloupe, au Sénégal et à dans presque toutes nos colonies.
L'idée que tout cela fasse doute et qu'il faille en rediscuter me stupéfie. Cela fait une identité absolument merveilleuse, dont il est vrai qu'on la durcie quand on la prend comme Le Pen. Parce que Le Pen, au fond, nie la réalité de l'adhésion à cette nation de gens qui y sont depuis 150 ans. Ma mère était Savoyarde. Ce qui veut dire que moi-même, je dois d'être Français à un succès diplomatique de Napoléon III, tandis que pour Le Pen, je suis un Rital.
Cela ne me fait pas plaisir de rouvrir la conversation. Je trouve ça complètement imbécile. Il faut bien voir que cette logique de fabrication de la France se détruit si on la ferme. C'est une logique d'ouverture. La France se définit comme une sorte d'orgueil permanent. Moi je suis protestant. Cela veut dire que mes ancêtres sont considérés comme Français depuis ce jour mystérieux d'août 1789 où l'Assemblée constituante a fait citoyens français successivement les protestants, les juifs, les comédiens et les gens de couleur.
Dans l'idée d'arrêter ce mouvement de générosité, il y a quelque chose qui me choque. Parce qu'ouvrir le débat, c'est rechercher l'écriture d'une formalisation instantanée de la description de ce qu'est l'identité française. Or, elle a été dans l'histoire complètement évolutive. Et après tout, si on décide que c'est à la date du 3 août 1789 que s'arrête la fabrication de la France, moi je cesse d'être citoyen.
N'est-ce pas aussi la question de l'immigration qui est sous-entendue dans le débat sur l'identité française ?
- La France est depuis le milieu du XIXe une terre de dépression démographique. Il y a avait vers 1935-36 déjà 4,5 millions d'étrangers en France. Et la presse de l'époque montre que certaines couches de la population traitaient les immigrés - Italiens, Polonais, Belges…- comme des chiens. La presse d'aujourd'hui n'ose pas, s'agissant des Arabes ou des Noirs, reprendre le vocabulaire, les insultes et les présupposés que colportait la France entre les deux guerres. Tous ces hommes sont devenus citoyens français. La France est faite comme ça! Se poser le problème de l'immigration, c'est se poser la question de la date à laquelle s'arrête la bienvenue que nous avons souhaité à tous ceux qui sont devenus Français en venant d'ailleurs, et qui sont aujourd'hui un bon tiers, sinon la moitié, de notre population totale. Alors à partir de quand on crache dessus ?
Exalter la France est une chose. Je me sens Français comme pas possible. Je suis éperdument fier d'être par hasard né dans ce pays. Mais je n'ai pas envie que la chance que cela représente soit fermée à d'autres, au nom d'un sectarisme qui n'est pas dans notre histoire. Et je crains beaucoup que le fait d'ouvrir le débat ne se traduise, comme souvent en France, par une volonté de formaliser, de décrire et de mettre dans des textes, ce qui va figer. C'est idiot… C'est idiot parce que je n'ose pas caresser l'espoir que dans ce débat sur l'immigration, la victoire aille à cette définition : la France est la seule identité nationale au monde qui soit en définition évolutive et constamment en train d'agglomérer de nouvelles sensibilités et de nouvelles représentations linguistiques ou de couleurs de peau.
C'est votre définition ?
- Oui. Absolument. En 1789, les Français secouent le joug de la monarchie absolue. Les trois ordres se réunissent, ils écrivent la déclaration des Droits de l'homme et du citoyen, et il ne leur vient pas à l'idée de n'écrire que pour eux. Ils écrivent pour le monde entier. Les deux premiers mots sont "Les hommes", sans distinction géographique, linguistique ou raciale. "Les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune."
C'est un trait culturel. Et toute idée que le cadeau de la France au monde qu'est ce texte puisse être terni, par le fait qu'on donnerait plus d'importante à certains hommes qui sont rassemblés dans l'hexagone sur certains autres, c'est un attentat à la grandeur de la France.
Le débat sur l'identité nationale de la France est-il relancé à des buts électoralistes ?
- La perspective électoraliste ne peut pas être dissociée, c'est vrai. Mais dès lors qu'on ouvre le débat, la perspective électoraliste disparait. Il y a le sujet, et il y a ce qu'on va en faire. On pourrait concevoir ce débat comme un simple enrichissement culturel pour chacun, comme un inventaire des faits fondateurs. Si c'était pour reparler de Bouvines, je trouverais cela très bien. On pourrait rigoler ensemble bu baptême de Clovis.
Ma crainte, c'est qu'on mette des frontières là où il n'en faut pas. C'est que parler de l'identité nationale nous convainque qu'il y a une substance de plus, quelque chose de qualitativement différent, entre ceux qui sont Français et ceux qui ne le seraient pas mais habiteraient quand même notre territoire. C'est ça le risque. Car l'enjeu, c'est une insertion décente de tous ces gens, comme nous l'avons toujours fait.
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La France qu'on aime
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