03.02.2010

Mal-logement : "Nous avons connu les hôtels bon marché, les marchands de sommeil..."

Témoignages d'internautes du Monde.fr mal logés ou ayant connu une situation de mal-logement.

  • Expulsés de notre HLM, par Eliane D.

En mars, nous avons été expulsés de notre d'un HLM pour dettes de loyers d'environ 2 000 euros. Les premières nuits furent réglées par la mairie, en changeant d'hôtels en hôtels. Nous avions très peu d'affaires, des biens de première nécessité, comme des savonnettes, pour rester digne, et bien sûr de la nourriture essentiellement du pain du paté. Au bout de dix nuitées, la mairie nous informe que c'est terminé, sans pour autant vous proposer un relogement, alors que nous avions, à tort, signé le contrat loi Borloo qui stipule un relogement. Nous avons connu les hôtels bon marché, les marchands de sommeil, y laissant un peu de notre dignité. Nous payions plus de 1 000 euros de loyer par mois, le salaire de ma fille, auxiliaire de vie dans une maison de retraite, ne suffisait pas

Nous nous sommes sentis jugés par les autres, et même par les services sociaux. Ma fille aînée m'a prise chez elle, j'ai dû quitter mon pays car elle est mariée à un étranger. Quant à ma fille et son ami, une mairie leur a enfin proposé au bout de 2 ans de galère un hébergement assuré par une association.

  • Je squatte chez des amis, par Jean-Michel L.

Le mal-logement, tel que vous le nommez n'est pas qu'un problème d'habitat vétuste ou d'entassement de plusieurs personnes dans des surfaces ridiculement petites. Personnellement, je n'ai plus de toit depuis bientôt 10 mois. Alors, je "squatte" comme on dit. Je me débrouille avec des amis qui ont la gentillesse de m'héberger quand ils le peuvent, parfois en le cachant à leurs proches, à leurs amis. Sinon, reste toujours ma voiture. Le plus difficile lorsque l'on est "hébergé" réside dans cette intrusion dans la vie privée des autres alors que la notre n'existe pratiquement plus. Cela ressemble étrangement à une situation de "double-contrainte" où quoi que l'on fasse, on a tort.

Le rapport à l'autre explose parce que l'on se sent mal dans sa peau, parce que l'on ne se sent pas à sa place. Et tout devient complexe, surtout au niveau des "échanges", car on se ferme chaque jour un peu plus. Alors lorsqu'on cherche du travail ou un logement, on porte sur soi une espèce d'odeur de poisse qui fait que rien ne nous sourit parce que dans ces situations-là, il est difficile de se sourire à soi-même. J'ai un toit provisoire sur la tête et je témoigne : la semaine prochaine retour dans ma voiture.
J'ai 41 ans heureusement sans enfant, sans emploi, sans logement alors que diplômé universitaire, ayant travailler et tentant de terminer un doctorat en SIC. C'est comme ça.

  • Trop riche pour être aidée, trop pauvre pour tout payer ! par Adèle G.

Licenciée un mois après la fin de mon congé maternité (délai légal), après avoir passé 4 ans à un poste de responsable dans un grand groupe, je me suis retrouvée au chômage, mère célibataire, et endettée jusqu'au cou (conséquence directe de mon licenciement).  En attente d'un jugement aux prud'hommes, pas avant de nombreux mois, je vais devoir me séparer de mon logement (locatif privé), mes charges fixes mensuelles étant supérieures à mes allocations chômage et CAF. Les aides étant calculées sur les revenus antérieurs de 2 ans, on m'a répondu bien sûr que je gagnais trop d'argent !

Il m'a toujours été très difficile de trouver un logement (toujours le problème du garant), mais là je dois carrément aller habiter chez quelqu'un : trop riche pour être aidée, trop pauvre pour tout payer ! La classe moyenne, je connais, j'ai grandi dedans, mais je vois une nette dégradation des conditions de vie entre la génération de mes parents et la mienne.  Autrefois nous nous sentions déjà un peu pris au piège d'une classe "bâtarde", ni vraiment riches, ni vraiment pauvres, nous vivions correctement mais payions beaucoup d'impôts; aujourd'hui je me sens tirée vers le bas, je ne me plains pas de payer trop d'impôts, mère célibataire au chômage j'en suis exemptée, mais je me demande comment je vais vivre dans quelques mois, devant choisir entre rembourser des crédits ou payer un loyer.

  • Pas logé, par Thierry C.

Un jour, j'ai croisé un SDF qui me demandait quelque argent pour manger. Après avois exprimé mon énervement, je me suis surpris à lui dire : "vous savez moi je travaille, mais je n'ai pas non plus de logement, même si je ne suis pas à la rue".  Sa réponse m'a sidéré : "moi aussi je travaille".  Aujourd'hui travailler ne protège plus de la pauvreté. Pire, on passe parfois des années à chercher un toit. Travailler pour vivre ? A tout celà sans doute, il ne faut rien dire. Il parait que c'est "normal".

  • Etre mal logé joue sur les résultats scolaires, par Hélène K.

Pendant dix ans, mes parents ont renouvelé leur demande de logement dans une petite ville de banlieue communiste d'île-de-France. Nous étions tous scolarisés et dormions à cinq dans une chambre. La proviseur de mon lycée n'a eu de cesse de me décourager de poursuivre des études, considérant que je devais gagner ma vie rapidement compte tenu de la situation de mal-logement que nous subissions.

Aujourd'hui la situation a évolué, mais, je reste très vigilante. Avoir un toit en France est un véritable problème dans les centres urbains, près des transports, près des bonnes écoles, c'est aussi un facteur d'injustice sociale. C'est un problème que les pouvoirs publics refusent de prendre au sérieux. En effet, permettre la défiscalisation pour des programmes de logement dans des villes où il n'y a pas de travail, ce n'est pas de l'aménagement du territoire, c'est de l'incitation financière. Permettre la defiscalisation sur des programmes immobiliers dont les prix sont surestimé, c'est permettre à certains de se constituer une épargne mais pas aux plus modestes de payer leur logement.

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Commentaires

Heureusement que vous êtes là pour défendre les salariés.

Ecrit par : Farid | 04.02.2010

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