08.02.2010

Roland Cayrol : "Il y a un pilote, Sarkozy, clairement identifié. Mais a-t-il un cap ?"

Fondateur de l'institut CSA, directeur du Centre d'études et d'analyses (Cetan), Roland Cayrol est directeur de recherche associé au Centre de recherches politiques de Sciences Po. Il commente les résultats du baromètre TNS-Sofres/Logica - réalisé du 29 janvier au 1er février auprès de 1 000 personnes -, publiés samedi 6 février dans Le Figaro Magazine. La cote de confiance du président y atteint 31 %, soit son plus bas niveau depuis mai 2007.

La cote de confiance de Nicolas Sarkozy est au plus bas. Ce désaveu est-il conjoncturel ou structurel ?

On ne saura que plus tard si ce résultat était ou non annonciateur de catastrophes électorales. Ce qui est sûr, c'est qu'il pose problème. Quand on veut réformer un pays, ce n'est pas forcément excellent de n'avoir le soutien actif que de son propre coeur de cible politique, l'électorat UMP, ainsi que des inactifs et des retraités. Pour changer un pays, le mettre en mouvement, il convient que les catégories les plus actives soutiennent l'action gouvernementale.

Quelle est la principale raison de cette perte de confiance ?

Lors des présidences de François Mitterrand puis de Jacques Chirac, les Français se demandaient s'il y avait un pilote dans l'avion. Ce trouble n'existe plus. Il y a un pilote, qui est clairement identifié. Mais les questions deviennent bien plus angoissantes : le pilote sait-il où il va ? A-t-il un cap ?

Le président s'est pourtant efforcé, le 25 janvier à la télévision, de faire la pédagogie des réformes...

Il y a un malentendu. Je ne sais pas si le président ne comprend pas l'attente de l'opinion ou s'il a décidé de ne pas la satisfaire pour le moment. Mais il s'est contenté d'expliquer chacune des réformes, sans faire de lien entre elles. Son idée est peut-être que la cohérence se dégagera d'elle-même, au fur et à mesure que l'on verra quels sont les outils qui fonctionnent.

De quel fusible dispose un hyperprésident ?

Il ne veut pas de fusible. Ce mode de gestion, qu'il a choisi, l'oblige à être sans arrêt en première ligne et à s'en tirer tout seul. Avec un premier ministre qui engrange tranquillement en popularité tout ce qu'il perd lui-même.

Quelles sont ses possibilités de rebond ?

Il faut que Nicolas Sarkozy s'habitue à gouverner avec une minorité de l'opinion. Cela va probablement durer. Le seul avantage qu'il a est que, si on demande aux gens si l'opposition ferait mieux à sa place, la réponse est clairement non.

Les régionales traduiront-elles encore une forme de cohabitation ?

Les Français, qui avaient apprécié la cohabitation au sommet, recherchent cette complémentarité nation-territoires, qui instaure une sorte de contre-pouvoir dans les institutions de proximité. C'est pour cette raison que l'expression de "bouclier social" utilisée par la gauche dans la campagne des régionales marche assez bien dans l'opinion.

Comment les Français expriment-ils leur mécontentement ?

On observe une protestation tristounette, un climat d'attente résignée. Il n'y a pas de croyance dans les acteurs de l'extrême gauche ou de l'extrême droite. Tout indique que l'on n'est pas dans une période de mobilisation sociale.

L'opinion a déjà intériorisé la nécessité de réformes qui ne lui font pas plaisir. Ainsi celle des retraites semble-t-elle faire l'objet d'une sorte de consensus social mou : on sait bien que nos acquis vont être rognés un peu plus, et que cela va être encore plus dur pour les générations suivantes. D'où ce climat de morosité, cette ambiance très grise.

L'impopularité du président favorise-t-elle l'opposition ou l'abstention ?

Les deux. La nature politique a horreur du vide. Il se produit mécaniquement un retour du Parti socialiste, facilité par le fait que les disputes au sommet paraissent s'être calmées. Mais la tentation de l'abstention revient elle aussi de manière très forte. Notamment dans les catégories les plus jeunes et les plus populaires.

Quel impact cela peut-il avoir sur la poursuite des réformes ?

On ne change en profondeur la société qu'avec son consentement nettement majoritaire. Et non lorsqu'on est en permanence en butte à l'hostilité, ou simplement aux doutes, de deux tiers des Français. Un pouvoir qui ne dit pas où il va et qui ne fournit pas les résultats escomptés n'est pas bien placé pour engager le dialogue indispensable.

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.