09.02.2010
Un militant de "No Border" répond à Besson
Le ministre Eric Besson vous a qualifiés de militants "violents d'extrême-gauche". Que lui répondez-vous ?
- Je lui répondrai qu'il nous connaît très mal, et qu'il ferait mieux de venir un peu plus souvent à Calais, et pas que pour des shows médiatiques. Nous sommes profondément pacifistes, les violences viennent surtout de la police : elle a défoncé la porte du hangar au bélier ! Le commandant demandait à ses hommes de rester calmes, de ne pas être violents, et il avait du mal à les maîtriser. Nous sommes restés pacifiques et n'avons en aucun cas été violents. Je ne sais donc pas pourquoi Eric Besson dit ça. Il doit probablement chercher à justifier ses comportements et sa ligne de conduite politique.
Pour Eric Besson, l'évacuation était nécessaire "pour empêcher la reconstitution d'un nouveau 'Sangatte'" que selon lui, vous vouliez "voir naître et pérenniser".
- Ce lieu n'avait pas du tout vocation à être un nouveau Sangatte. On voulait surtout faire de ce hangar un lieu de lutte et de résistance, de création et d'expression. Donner la parole aux migrants, créer des ateliers avec eux. Des ateliers langues, des ateliers de danse, des ateliers cirque, etc. Ensuite, expliquer ce qu'est la demande d'asile en France et en Angleterre. Ils manquent vraiment d'accès à l'information, et c'est ce que l'on cherche à leur apporter. Leur permettre d'avoir accès à la créativité également, car je pense que les migrants ont énormément de choses à apporter. Ils ont des compétences, des savoir-faire, une culture que l'on ne met pas du tout en avant. C'est juste une question de point de vue politique. Comment faire pour que ces populations de passage puissent vivre sans être harcelées et réprimées ? Il faudrait un large débat là-dessus.
Vous parliez du droit d'asile. Pouvez-vous développer ?
- Ce hangar avait aussi pour but d'aider les migrants à préparer leur demande d'asile, et qu'ils en aient le temps. Car ce qui se passe à Calais, c'est que les trois quarts des migrants sont arrêtés et transférés en centre de rétention. Alors, on les fait passer en procédure accélérée, et ils n'ont que très peu de temps pour monter leur dossier de demande d'asile. Notamment préparer leur récit, qui est une pièce déterminante dans la demande d'asile. Nous voulions avec ce hangar prendre une longueur d'avance en les aidant à préparer ce dossier sereinement.
La préfecture avait assuré ne pas interpeller les migrants qui évacueraient le hangar de leur propre chef. Qu'en est-il ?
- Il n'y avait aucun migrant dans le hangar lorsque la police est intervenue, il n'y avait que des activistes. On a cherché à proposer aux forces de l'ordre que deux de leurs représentants viennent le constater. Mais ils ont répondu que ça n'était plus le moment de discuter. Ils ont écarté nos deux porte-parole, sorti le bélier et défoncé la porte sans que l'on puisse négocier. Aucun migrant n'a été interpellé dans le hangar. Mais plus tard dans la soirée, il y a eu des interpellations. Comme tous les jours. A Calais, la répression, c'est tous les jours ! Et c'est aussi ca qui a motivé les migrants à venir dans ce hangar, en forçant les barrières de police. Ils savent que ça ne peut, de toute façon, pas être pire pour eux. Ils sont constamment harcelés, et n'ont plus rien à perdre.
Le ministre Eric Besson crie au mythe lorsque l'on évoque le "délit de solidarité". Dans les faits, avez-vous déjà été sujets à des condamnations pour avoir aidé des sans papiers ? Et pour l'affaire du hangar de Calais, êtes-vous passibles de sanctions ?
- En tant que militants, nous sommes sujets à des contrôles d'identité permanents. Ils peuvent aller jusqu'à dix par jour, mais nous ne sommes jamais condamnés. C'est juste de l'intimidation et du harcèlement, pour nous décourager. Aucun jugement n'a été rendu pour "délit de solidarité" pour l'instant. Mais on assume ce qu'on fait, et on est prêts à aller en prison pour ça. Lorsque la loi est injuste, on est en devoir de ne pas la respecter.
Etes-vous surveillés ?
- Oui nous sommes très surveillés, étroitement surveillés. Photos, prises de notes… Un fichier spécial pour les militants de "No Border" a même été créé à la police de Calais.
Où les migrants qui étaient présents dans le hangar ce week-end ont-ils été redirigés ?
- Ils sont repartis dans la rue, éparpillés, en cachette. Ils ont interdiction de rester en groupe, de dormir sur la voie publique ou dans les parcs, de retourner dans l'ancienne "jungle" ou ce qu'ils appellent la "nouvelle jungle". Chaque abri est systématiquement détruit, donc ils sont condamnés à l'errance, et c'est ce qu'ils ont probablement fait toute la nuit, pour trouver un coin où se reposer.
Comment coopérez-vous avec "SOS soutien ô sans papiers", et que va devenir le hangar maintenant qu'il a été évacué ?
- Le Hangar est fermé, on ne peut plus y accéder. Pour ce qui est des effets personnels qui étaient à l'intérieur, la moitié a été perquisitionnée par les forces de police, et toutes nos affaires ont été fouillées. Je ne vois pas pour quel motif.
"No Border" et "SOS soutien ô sans papiers" sont des associations qui ont vraiment les mêmes revendications en matière d'immigration : liberté d'installation, liberté de circulation, fermeture des centres de rétention [administrative] et ouverture des frontières. Afin que les conditions inhumaines dans lesquelles vivent aujourd'hui les migrants n'existent plus. Pour l'instant, on laisse un peu décanter, et on verra quelle stratégie adopter par rapport à ce hangar. Mais si ce n'est pas ce hangar, ce sera un autre lieu. Et tant que le problème existera à Calais, nous serons là. Que ce soit dans la rue avec les migrants, dans un hangar ou un autre local. Nous sommes juste des gens qui ont des convictions et qui sont prêts à aller au bout de ces convictions.
12:30 Publié dans vu dans le Nouvel Obs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : socialiste, hamon, ps, reconquetes, sarkozysocialiste, sarkozy







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