07.03.2010

Industrie : les calculs mesquins du Président

25% de croissance en cinq ans ! C’est l’objectif que Nicolas Sarkozy s’est fixé pour la croissance de l’industrie Française. Malheureusement, comme pour ses déclarations sur le chômage, contredites un mois après, la réalité risque d’être bien différente de ses promesses…
n fait, cela fera quatre ans cette année que Nicolas Sarkozy parle de politique industrielle. Il convoque fréquemment les grands patrons du secteur pour les sermonner. Mais au final, ses déclarations sont très souvent en décalage avec la réalité. Les dirigeants d’Arcelor-Mittal vont finalement faire ce qu’ils voulaient du site de Gandrange, comme Total avec la raffinerie de Dunkerque, et Renault ne produit déjà plus que 25% de sa production sur le sol national…


Un discours toujours volontariste, mais les faits sont têtus

Bref, il est difficile de ne pas accueillir sans scepticisme les déclarations du président de la République sur l’industrie. Certes, le moment choisi pour l’annonce est habile. La production industrielle a baissé de plus de 10% en 2009, donc l’Elysée considère sans doute qu’un simple retour à la normal permettra d’assurer 40% du chemin qu’il annonce vouloir parcourir. Et il vaut mieux car une croissance annuelle de la production industrielle de plus de 4% est un objectif ambitieux.
Pour être honnête, le président de la République a posé une très bonne question, à savoir le financement de notre système de sécurité sociale, qui en pesant sur le travail, favorise les importations et défavorise les exportations, notamment industrielles. Mais les autres propositions sont soit trop légères (budget) soit trop hypothétiques. La volonté de bâtir une politique industrielle européenne est totalement contradictoire avec l’ultralibéral traité de Lisbonne, voulu par un certain… Nicolas Sarkozy.

La TVA sociale oubliée

Un seul d’entre eux est évoqué (la question du financement de la Sécurité Sociale) mais de manière si sibylline et tardive que l’on peut douter des actes futurs du président. Dommage, la TVA sociale était une des meilleures idées du candidat Sarkozy. Malheureusement, cette proposition de réforme a été tuée entre les deux tours des élections législatives du fait de l’habileté de Laurent Fabius. Le président de la République n’a pas eu le courage de relancer le débat depuis.
Mais surtout, Nicolas Sarkozy semble avoir oublié ses dénonciations du niveau de l’euro, qui est pourtant une des causes majeures de la désindustrialisation de la France et de l’Europe. En effet, les économistes estiment qu’à parité de pouvoir d’achat, la monnaie unique européenne devrait coter entre 1,05 et 1,1 dollar. Cela veut donc dire qu’elle est encore surévaluée de 25% et que par conséquent, tout ce qui est produit en Europe coûte mécaniquement 25% plus cher qu’ailleurs, à salaire égal…

Enfin, s’il pointe les dangers du commerce déloyal depuis longtemps, il ne fait rien de concret pour encadrer un minimum les pratiques commerciales. Pourtant, comme le souligne une étude de la Direction Général du Trésor reprise par Marianne 2, 63% des destructions d’emploi dans l’industrie Française sont dues à la mondialisation.  Mais sur ce sujet, malgré le nombre grandissant d’économistes défendant un protectionnisme régional (Allais, Todd, El Karoui, Sapir, Gréau, Lordon…) rien n’avance.
Comme d’habitude Nicolas Sarkozy a fait un beau discours. Malheureusement, depuis trois ans, les Français ont fini par comprendre qu’il y a un fossé entre ce que le président dit et ce qu’il fait. Pire, ici, ses propositions sont déjà très légères

"La situation de l'emploi en France n'est pas meilleure que celle de la Grèce"

Bruno Palier, chercheur au centre d'études européennes de Sciences Po, est spécialiste des systèmes sociaux européens. Selon lui, le principal problème de l'économie des pays d'Europe du Sud est que l'Etat n'y favorise pas assez l'emploi. Et la France fait face au même défi.

Les situations budgétaires difficiles de la Grèce, du Portugal et de l'Espagne qui ont conduit ces pays à prendre des mesures de rigueur sont-elles dues à des dépenses sociales trop importantes ?

Bruno Palier : Je ne pense pas que les systèmes sociaux soient responsables de la situation dans laquelle ces pays se trouvent aujourd'hui. Le niveau de leurs dépenses sociales est en effet bien souvent inférieur à celui des autres pays européens. Leur principal problème est qu'il n'y a pas assez de personnes qui travaillent. Le taux d'emploi des femmes et des seniors y est trop faible.

Ce problème est d'ailleurs exactement le même pour la France. Il montre un manque de capacité des autorités à créer des activités pour créer des emplois. Et comme il n'y a pas assez d'activité économique, il n'y a pas assez d'entrées d'impôts pour financer les dépenses publiques.

Mais on accuse souvent les systèmes sociaux d'Europe du Sud de favoriser les plus âgés, au détriment de l'innovation et de l'activité...

Bruno Palier : Il est vrai que l'Espagne ou l'Italie consacrent 60 % de leurs dépenses sociales pour les retraites, contre 45 % en France.  Ces pays dépensent par conséquent beaucoup moins pour les politiques d'emploi ou familiales. En outre, la situation est encore aggravée par la démographie de ces pays qui doivent faire face à une très faible fécondité.

Mais si la France a un taux de fécondité élevée, elle doit trouver le moyen de donner des emplois à ses jeunes. Dans ce sens, le modèle français est plus proche de celui de l'Europe du Sud que de celui de la Suède. La situation de la France n'est donc pas meilleure que celle de la Grèce. Les prochains mois risquent de le prouver.

Le principal problème reste le même dans toute l'Europe du Sud, France comprise : il faut donner du travail pour financer les dépenses sociales. Ces pays sont dans l'incapacité de développer une stratégie technologique fondée sur le high-tech et les services pour développer l'avenir. Nos modèles sociaux indemnisent plus qu'ils ne préparent l'avenir. On le voit bien quand Nicolas Sarkozy s'engage à sauver des industries du XXe siècle qui ne créent plus d'emplois, comme l'automobile.

Les manifestations en Grèce et au Portugal montrent que les peuples ne sont pas prêts à accepter de sacrifier leurs acquis sociaux.

Bruno Palier : Je ne suis pas sûr que les Français soient beaucoup plus prêts à accepter de réformer leur système social, comme semble l'annoncer le début du débat sur l'avenir des retraites. Je suis assez étonné de la façon dont on juge les pays d'Europe du Sud depuis le début de la crise qu'ils rencontrent, alors que nous sommes très proches de leur situation.

LA PROPOSITION DU JOUR : UNE MAISON DES ÎLES DE FRANCE

Le contexte

L’Île-de-France accueille le plus grand nombre de français issus des départements et territoires d’Outre-mer. Notre région est d’ailleurs fréquemment présentée comme « le Cinquième DOM ». Malheureusement, peu d’infrastructures d’accueil existent pour prendre en compte les besoins spécifiques des ultramarins, mettre en valeur les atouts de l’Outre-mer sur le continent et favoriser une meilleure connaissance mutuelle entre nos régions et nos concitoyens.

Le bilan de la droite

La droite mène, en direction de l'Outre-mer, la même politique de division et de mise en concurrence des populations qu’au niveau national. Les récents propos de Marie-Luce Penchard, soutenue par l’ensemble du gouvernement et par le président de la République, illustre parfaitement ce manque d’intérêt pour la reconnaissance des spécificités ultramarines.

Notre proposition

Nous souhaitons créer une Maison des Îles de France qui s’adresse à tous les Franciliens et qui concernent tous les territoires d’Outre-mer. Ouverte à tous, cette Maison sera d’abord un lieu de mémoire de l’histoire de la colonisation, de la traite, de l’esclavage et finalement de l’abolition. Elle accueillera des expositions, un centre de recherche et un centre de documentation dédiés à cette mémoire. Mais elle sera également un centre culturel vivant qui recevra, par exemple, des artistes d’outre-mer. Cette Maison pourrait en outre héberger des projets associatifs en mettant des locaux à disposition des associations et en leur offrant les services d'un centre d’information et d’orientation pour les demandeurs d’emploi, que ce soit pour demeurer en Île-de-France ou pour faciliter les conditions de leur « retour ». Enfin, la Maison des Îles de France serait un lieu de convivialité pour tous les publics désireux de se retrouver pour un dîner, des réunions, des conférences, des concerts, etc

 

Xynthia

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« Médecine du travail : le Medef est dans le mur »

Gabriel Paillereau, licencié pour avoir dénoncé les dérives des services de santé au travail, pointe l'immobilisme du gouvernement.

La peinture d'un médecin (Jared Rodriguez/Truthout.org/Flickr)

C'est un cri d'alarme poussé par un ancien responsable patronal de la médecine du travail. Licencié à l'automne dernier après avoir dénoncé les abus de certains services, Gabriel Paillereau, ex-délégué général du Cisme (Centre interservices de santé et de médecine du travail en entreprise), pointe l'immobilisme du gouvernement, soupçonné de vouloir privatiser un système en déshérence. Une enquête conjointe de France Inter et Rue89.

« La réforme ? Tout faire pour que rien ne change »

Deux ans après notre première enquête sur la médecine du travail, qui expliquait comment l'argent de la santé des salariés finançait les comités locaux du patronat, la réforme promise par le gouvernement patine. Les cinq confédérations syndicales ont refusé de signer le texte proposé par le Medef. Pire : certains services de santé au travail servent toujours de « caisse noire » aux Medef territoriaux, dont ils paient les permanents et les structures.

Ce scandale, Gabriel Paillereau le connaît bien. Il fut de 1994 à 2009 le délégué général du Cisme, l'organisme qui représente et défend les intérêts de 300 services inter-entreprises.

Licencié le 18 septembre 2009 pour « cause réelle et sérieuse », il s'exprime pour la première fois afin de dénoncer l'immobilisme du gouvernement et de l'organisation patronale qui a échoué à convaincre les syndicats de réformer un système à bout de souffle :

« Ce qui me frappe, c'est de tout faire pour que rien ne change. En réalité, la réforme proposée par Xavier Darcos n'est que la poursuite de ce qui existait déjà. […] Le gouvernement n'a pas pris la mesure du problème. Pourtant, il y a eu des tas de rapports ces dernières années… » (Voir la vidéo)

 


 

La lettre de trop qui provoque son licenciement

Combien de services de santé au travail sont touchés par ces dérives ? Difficile à dire. Parmi les cas que nous avions soulevés en 2008, certains n'ont pas forcément clarifié leur fonctionnement. En particulier sur les questions de gouvernance et de transparence. Gabriel Paillereau les évalue à 10% du total des services.

En tout cas, son franc-parler va lui coûter cher. Tout part d'une lettre qu'il adresse le 18 mai 2009 à Jean-René Buisson, l'homme du patronat dans la négociation qui s'est engagée avec les partenaires sociaux. Dans ce courrier, Gabriel Paillereau fustige les « problèmes » de certains services, dont ceux d'Amboise et de Toulouse :

« Le premier a effectivement sombré tout récemment à la suite d'une affaire d'abus de biens sociaux impliquant l'ancien président, qui a conduit à sa liquidation judiciaire ; le second pourrait se retrouver lui aussi au premier plan de l'actualité dans les prochains jours ou les prochaines semaines. »

 

A Toulouse, Gabriel Paillereau sait de quoi il parle : son épouse dirige l'AMST, 185 000 salariés suivis. Elle a été licenciée en janvier 2009 (motif : « insuffisances professionnelles ») pour s'être opposée à la politique du nouveau président, Henry Mathon.

En guise de réponse à sa lettre, le délégué général du Cisme est lui aussi licencié. Les hommes forts du Medef estiment qu'il a « mis en accusation » les représentants toulousains. Les deux licenciements font l'objet d'une procédure aux prud'hommes.

Dans sa lettre à Jean-René Buisson, Gabriel Paillereau fait plusieurs allusions au cas toulousain :

« Comment imaginer que les organisations patronales conservent le moindre crédit si, par leur silence, elles couvrent les actions délétères de certains de leurs représentants au niveau local ? » (Voir la vidéo)

 


 

Toulouse, le laboratoire social du patronat

Dans cette crise toulousaine, les anomalies sont nombreuses :

  • un montage qui distingue le service de santé au travail (AMST) et une association « patrimoniale » (AST) qui possède des bâtiments loués par le service, à raison de 400 000 euros par an, or l'AST est aux mains des responsables patronaux locaux, avec un joli pactole de 2 millions d'euros ;
  • une gouvernance aux mains de 14 employeurs (sur 9 000 entreprises adhérentes) qui se renouvellent uniquement par cooptation ;
  • un fonds de réserve qui s'élève à 4 millions d'euros placés en Sicav de trésorerie ;
  • enfin, un agrément de l'Etat, qui fait défaut depuis 1997… fragilisant le fondement juridique des décisions prises par les médecins du travail, le service ayant depuis avril 2009 un agrément conditionnel qui n'est plus valable aujourd'hui.

Or, sans cet agrément, rappelle le docteur Bernard Inchauspé, représentant CFE-CGC à l'AMST, les décisions d'aptitude sont virtuellement nulles. (Ecouter le son)

 

Pour Gabriel Paillereau, le cas de Toulouse sert de laboratoire social aux éléments les plus radicaux du patronat. (Voir la vidéo)


 

Chose rare chez les médecins du travail : une majorité d'entre eux s'opposent à la fusion prévue avec un autre service (CMTA). Ils ont même fait grève pour manifester leur mécontentement. Ils dénoncent la vision « productiviste » du président de l'AMST, Henry Mathon. Pour Bernard Inchauspé, l'enjeu est aussi d'éviter de nouveaux scandales, type amiante :

 

Les réponses d'Henry MathonPrésident de l'AMST depuis juillet 2008, Henry Mathon réfute point par point les accusations dont il fait l'objet : (Télécharger ses réponses)

« La santé au travail en France est confrontée à une réalité économique et démographique simple : il y a de moins en moins de médecins du travail et de plus en plus de salariés à suivre ; ce qui “ rend la situation actuelle intenable ” selon les propres mots de Monsieur Xavier Darcos, ministre du Travail, prononcés le 4 décembre 2009 dans le cadre d'une réunion du comité d'orientation sur les conditions de travail.

De nouveaux textes règlementaires sont annoncés avant la fin du 1er semestre 2010. En attendant, les services de santé au travail doivent faire face et ce, pour certains, depuis plusieurs années.

C'est dans cette seule circonstance de pénurie en médecins du travail que le mot “ productivité ” a été employé. »

 

Derrière cette « expérience » toulousaine, Gabriel Paillereau décèle aussi les ambitions de certains acteurs issus du monde de l'assurance (Henry Mathon est aussi dirigeant d'une mutuelle).

Il l'avait d'ailleurs souligné dans la lettre qui a déclenché son licenciement, en soulignant les projets d'un certain… Guillaume Sarkozy, numéro 2 du groupe Médéric-Malakoff.

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