12.03.2010

«Jean-Paul, au fond, c’est l’anti-Sarkozy»

C’est Nicolas Sarkozy qu’ils veulent défier. Le vent des bons sondages dans le dos, les socialistes réunis, jeudi soir, pour leur meeting de fin de campagne, au Cirque d’hiver (Paris) – passé en 24 heures du vert d’Europe Ecologie au rose -, ont égratigné directement la politique du président de la République. Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, son adjointe et tête de liste (PS), Anne Hidalgo, le président de la région Ile-de-France, Jean-Paul Huchon, et Martine Aubry se sont succédé pour jouer les régions «remparts» et «boucliers» contre la droite qui «divise, discrimine» - accuse Delanoë - et les sortants et leur bilan contre une flopée de ministres envoyés au front électoral. «La droite a proposé des listes aux couleurs du gouvernement, nous avons proposé des listes aux couleurs de l’Ile-de-France», s’enorgueillit Huchon.

Dans le Cirque d’hiver bondé, on mesure l’euphorie des militants - plus de 1800 - à l’agitation, aux balcons, des grands drapeaux rouges et blancs et des pancartes «La gauche avec Huchon». Les têtes de liste franciliennes font une entrée de rock star, avant de s’asseoir sagement sur deux rangs en fond de scène. A chaque orateur, standing ovation et re-frétillement des drapeaux. Neuf mois après la raclée des européennes, les socialistes profitent.

(Crédit:Jacky Naegelen/Reuters)

Comme Huchon qui raconte, comme un vieux souvenir, un démarrage de campagne plutôt incertain: «Il y a encore quelques mois, la droite avait fait d’une victoire en Ile-de-France une priorité, certains pensaient ravir la région comme un trophée.» Pris pour cible par Nicolas Sarkozy, le président de région ironise sur tant de considération, aussi de la part du patron de l’UMP, Xavier Bertrand: «C’est me faire beaucoup d’honneur que de parler du bilan d’un malheureux président de région.»

«Local de campagne de Pécresse à l’Elysée»

Il raille cette «débauche de moyens gouvernementaux» à la reconquête de la région qu’il dirige depuis 1998. Le quatuor féminin de ministres, censé le ringardiser, est à la peine? Voilà que Sarkozy «se comporte en directeur de campagne de Mme Pécresse», balance Huchon, qui dépeint sa rivale en doublure-lumière du Président missionnée pour vendre le Grand Paris, «porté à bout de bras par Nicolas Sarkozy». «Le local de campagne de Valérie Pécresse, Sarkozy l’a mis à l’Elysée», renchérit Martine Aubry. Allusion à la réunion tenue, la semaine dernière, avec le président de la République, la chef de file de l’UMP en Ile-de-France et ses têtes de liste, pour faire taire les divisions.

La dirigeante socialiste vante le profil de son champion francilien: «Jean-Paul, au fond, c’est l’anti-Sarkozy.» Lancée dans un discours fleuve, elle éreinte l’action du chef de l’Etat, ironisant sur ses volte-face, ses coups de sang, ses déplacements sous escorte. Tout y passe des «cadeaux aux plus favorisés» à «l’ignoble débat sur l’identité nationale» ou à sa venue, samedi, au Salon de l’agriculture: «Je vous rassure, il n’a pas eu besoin d’être accompagné de CRS, les agriculteurs étaient déjà rentrés!»

Face à une droite en quête d’un nouveau souffle, la campagne régionale n’a pas pour autant été un parcours de santé. Polémiques, dérapages, chicanes sur Twitter, bricolage d’antécédents judiciaires, etc. «Pourquoi une telle violence de l’UMP à l’égard des socialistes?», s’interroge Bertrand Delanoë, «on nous traite de "délinquant multirécidiviste", de Français pas assez "corps traditionnel"». Symbole de cette campagne au-dessous de la ceinture: la tête de liste du Val-d’Oise, Ali Soumaré. «On a voulu le briser, comme symbole de la jeunesse», accuse Huchon. «Nous, on est fiers de t’avoir avec nous», lui lance Aubry.

«Et la neige, c’est les 35 heures?»

Celle-ci moque un parti sarkozyste qui ressort ses basiques: insécurité et 35 heures. «Qu’est-ce qui est responsable de tout ce qui va mal dans ce pays? Les 35 heures! Faut pas avoir peur du grotesque. Et la neige à Perpignan, et l’équipe de France de foot? C’est les 35 heures aussi?»

Mais dans les dernières heures de campagne, les socialistes s’autorisent à savourer leur avance. «La victoire est à portée de main», s’emballe Huchon, qu’Aubry salue en «ancien et nouveau président de la région». Dans le risque d’une faible participation, chacun veut remobiliser en nationalisant les enjeux. «Ceux qui veulent envoyer un signal fort au gouvernement, on les comprend, on ne va pas les décourager», euphémise Anne Hidalgo. «Si vous vous abstenez, Sarkozy, lui ne s'abstiendra pas», prévient Aubry.

La première secrétaire se fixe l’objectif d’un «score extrêmement élevé» dès le premier tour, dimanche: «pour entraîner derrière nous le rassemblement de la gauche». Reste à convaincre Europe Ecologie qui, la veille dans la même salle, a mis en garde contre toute «tentation hégémonique» et refusé de jouer «les idiots utiles» du PS. Huchon, lui, veut croire à «des retrouvailles naturelles et [à] une unité qui ne sera pas de façade.»

Les UMPosteurs en campagne

Pour éviter un gadin aux Régionales, l'UMP se raccroche à ce qu'elle peut et dénonce le bilan de la gauche dans les Régions. Oubliant les responsabilités du gouvernement en place. Une hypocrisie dénoncée par la blogueuse Lait d'Beu.



Cour d’école ? C’est à peu près le niveau. D’ailleurs à 20 Minutes, l’on ne s’y trompe pas et un article commence par cette phrase archi-connue des querelles enfantines : «C’est celui qui dit qui est !»… Tout à fait le niveau !

Désengagement de l'Etat

Le gros “Q.I” de l’UM/Posture – vous savez celui qui fit un « rodéo » à 140 km/h la nuit sur la route entre Pornic et Nantes et « même pas puni » ! – de nous ressortir l’antienne éculée de l’augmentation des impôts des Régions… «A part exploser la fiscalité locale qu’ont-ils fait ?»… il suffit de lire sur les avis d’imposition - taxe d’habitation ou foncière - la part microscopique qui va à la Région pour en mesurer le ridicule. Idem pour le Département.

Je rappellerais sans cesse que l’augmentation de la fiscalité locale est le résultat du désengagement de l’Etat qui transfère aux collectivités territoriales les missions qu’il assumait sans compenser financièrement les charges financières qui en résultent.

La situation sera encore pire avec la disparition de la taxe professionnelle ! Résultat : nous paierons toujours plus d’impôts locaux cependant que les multi-milliardaires du COUAC-40 non seulement ne paieront pas d’impôts sur le revenu par le double jeu du «bouclier fiscal» et des «niches fiscales» mais se verront reverser une part substantielle des impôts auxquels ils auront échappé ! Illustrant à merveille l’aphorisme de Montaigne : «Le profit de l’un est dommage de l’autre»…

Je devrais ajouter le détour par les «paradis fiscaux»… une enquête des plus sérieuses venant de démontrer récemment que proportionnellement les PME sont plus taxées au titre de l’impôt sur les sociétés que les grandes entreprises du COUAC-40 précisément parce que celles-ci profitent des avantages fiscaux des places off-shore.

Donneurs de leçons

Quand je vois Xavier Bertrand, je ne peux m’empêcher de penser à quelque Raminagrobis, «vivant comme un dévot ermite (…) faisant la chattemite. Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras, arbitre expert sur tous les cas (…) Grippeminaud, le bon apôtre, jetant des deux côtés la griffe en même temps, mit les plaideurs d’accord en croquant l’un et l’autre»…

D’après ce que je lis ce matin, toujours sur 20 Minutes – leur newsletter, bien nommée « La Matinale » tombe en premier sur ma boîte de lève-très-tôt vers 5 heures – je vois qu’Hervé Novelli – tête de liste de la Région Centre, ex facho de chez facho, quand bien même chercherait-il à occulter et faire occulter ce passé dans les médias - ne craint « nullement » d’ajouter du ridicule au ridicule en adressant un «triple zéro» à la gauche…

Sa critique se résume facilement dans une phraséologie toute droit sortie de derrière les fagots de l’extrême droite – l’exécutif « socialo-communiste-écolo » semble lui suffire comme argument puisque sauf à dire qu’il mérite un triple zéro nous ne saurons pas plus des griefs qu’il avance… C’est dire le niveau !

J’adore la droite : quand elle veut tirer partie de sa politique – ou de sa place dans l’opposition - au niveau national, elle ne craint pas de «politiser» les élections locales. D’ailleurs, Nicolas Sarkozy était tellement sûr de son fait après la débâcle des socialistes aux européennes le 9 juin 2009 que d’emblée, qu’il a donné un caractère national au scrutin régional…

Las ! Au fur et à mesure que nous avancions vers le scrutin, c’est la débâcle de l’UMP qui se profilait. J’entends hier soir sur France Info que désormais Sarko minimise l’ampleur d’une défaite, disant que cela n’empêcherait pas le gouvernement de poursuivre les réformes… Comme si nous pouvions en douter ! Sarko est un bulldozer fou que rien ne peut arrêter.

Démolition sociale

Or donc, Novelli invite les électeurs à «ne pas se tromper d’élections» et souhaite recentrer l’enjeu du scrutin à l’échelle régionale, «La question aujourd’hui n’est pas de sanctionner la politique du président de la République et de son gouvernement»… C’est quand même bien cela que les électeurs s’apprêtent à faire !

Or, il tenait ces propos à Nogent-le-Rotrou, charmante petite ville du nord de l’Eure-et-Loir à la limite de la Beauce et du Perche, à l’occasion d’une réunion publique sur la désertification médicale dans cette ville que je connais pour avoir séjourné dans un petit village à une quinzaine de kilomètres. La seule chose qui y prospère ce sont les grandes et moyennes surfaces implantées à sa périphérie qui s’y livrent une guerre acharnée…

La désertification médicale est le résultat de la politique désastreuse des gouvernements successifs depuis 1995, avec notamment la fermeture des hôpitaux ruraux. Pas assez rentables ! Par ailleurs, je signalai il y a peu que Nogent-le-Rotrou avait aussi perdu son tribunal d’instance, l’Eure-et-Loir étant par ailleurs rattachée à Versailles depuis l’inepte réforme de la carte judiciaire voulue par Rachida Dati – et bien entendu avec l’aval de Nicolas Sarkozy… que dis-je, l’aval ! selon ses instructions…

Comment ne voudriez-vous pas que les électeurs de Nogent-le-Rotrou comme en bien d’autres lieux ne sanctionnassent point la politique de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement ?

Merci aux UM/Posteurs de cesser de nous prendre pour des cons ! Vous payez cash le résultat de cette politique de « chantiers de la démolition sociale ». Et ne vous plaignez pas… C’est encore bien peu cher payé.

Sarkozy, le porte-guigne

Nous devrions vous faire une gentille reconduite, non seulement avec les plumes et le goudron mais encore plus avec les piques et les fourches de 1789. Le peuple détestait « l’Autrichienne » Marie-Antoinette. De l’ancien empire austro-hongrois de jadis, il ne reste que « le Hongrois » qui devient aussi unanimement détesté.

Le plus rigolo étant sans nul doute que plus Nicolas Sarkozy s’immisce dans la campagne pour soutenir tel ou tel candidat ou les «recadrer» comme Valérie Pecresse et les têtes de liste de l’Île de France, plus il plombe la campagne de l’UMP.

Réjouissant de voir réduite comme peau de chagrin et même pire ! l’influence du Troll de l’Elysée qui faisait la pluie et le beau temps dans les médias… Il redevient la « lose », le porte-guigne qu’il fût en son temps au RPR. Curieux alchimiste qui transforme en vil plomb l’or de tout ce qu’il touche. Il est archi-responsable du climat franchement délétère de cette campagne… Il voulait du «gros rouge qui tache» bien dégueulassement populiste pour tenter de conquérir les derniers bastions de l’électorat populaire du FN. Nous avons bu la coupe jusqu’à la lie.

L’affaire Ali Soumaré en a sans doute été l’exemple le plus tonitruant. Quand j’ai lu tout à l’heure «triple zéro» j’ai vu l’occasion de placer ce qui démangeait mes petits doigts depuis longtemps : dans le Val d’Oise nous avons un «triple Axel»… Poniatowski. Le saut était plus que périlleux alors qu’il ne semble au demeurant guère mieux doué que Brian Joubert à Toronto : se prenant les pieds dans le piège qu’il avait voulu tendre à notre ami Ali, il s’est lamentablement cassé la gueule ! :)


LA PROPOSITION DU JOUR : DES TRANSPORTS EN HORAIRE DECALES

Le contexte

Prendre son poste au moment où la majorité des salariés quitte le sien, commencer ou finir sa journée de travail aux premières heures du jour, n’est désormais plus une situation marginale. 30 % de la population active européenne est aujourd’hui concernée par ces horaires de travail décalés. Outre les réminiscences de l’industrie lourde avec des équipes se relayant nuit et jour sur le modèle des 3X8, la désindustrialisation ne fait pas diminuer le nombre de salariés qui doivent commencer leurs journées avant 8 heures ou les finir après 19 heures. Nettoyage de locaux, services hospitaliers, plateformes aéroportuaires, chargement de fret et de marchandises sont autant de situations où la nécessité de se rendre sur son lieu de travail à des heures très matinales s’impose.

Le bilan de la droite

Travailler plus pour gagner plus… L’antienne de la dernière campagne présidentielle a montré ses limites. Les heures supplémentaires imposées aux salariés, la dérégulation des conditions de travail, en particulier des conditions horaires, n’ont été accompagnées d’aucune contrepartie salariale convaincante. Par ailleurs, le gouvernement a fait peser sur les collectivités locales, sans leur en accorder les moyens, la résolution des problèmes liés à cette modification de l’organisation du travail : modes de garde d’enfants, santé au travail, infrastructures de transport, etc.

Notre proposition

La circulation des bus du réseau Noctilien est une réussite appréciée de tous qui répond à des besoins particuliers, soit exceptionnels pour des personnes qui n'ont pas de véhicule (jeunes en particulier), soit au contraire tout à fait habituels pour des salariés travaillant avec des horaires décalés. C'est alors la seule alternative à la voiture. Cette offre sera renforcée, en particulier aux premières heures du jour, avant l'ouverture des réseaux lourds de RER, trains et métros en direction des bassins d'emplois où les horaires décalés s'imposent (aéroports, Rungis, etc.).

 

Un député PS saisit la Halde après les propos de Longuet sur Malek Boutih

Le député PS du Gers Philippe Martin a annoncé jeudi avoir saisi la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde) à la suite des déclarations du patron des sénateurs UMP, Gérard Longuet, sur le futur président de cet organisme. «J'ai exercé mon droit de parlementaire, on verra si la Halde estime que ces propos (de Gérard Longuet) sont discriminatoires», a déclaré Philippe Martin à l'AFP, après avoir adressé par internet sa demande de saisine.

«Je souhaite saisir la Halde à propos de la déclaration faite par Gérard Longuet, sénateur de la Meuse, le 10 mars 2010 sur France-Info selon laquelle Malek Malek Boutih n'était pas "le bon personnage" pour présider la Halde et qu'il vaudrait mieux nommer à ce poste une personnalité issue du "corps français traditionnel"», déclare Philippe Martin dans sa demande à la Halde, dénonçant une «discrimination».

Chatel

10-03-10-chatel.jpghttp://www.leplacide.com/

Le super plan Chatel: remplacer les profs par n'importe qui

Décidément, il est trop fort ce Luc Chatel. Pour régler le problème des profs absents, il propose de les remplacer par des retraités, des étudiants, des mères de famille. Et pourquoi pas des éleveurs de lévriers? Jean-Paul Brighelli revient sur cette réforme contre laquelle les enseignants manifesteront vendredi prochain.



Luc Chatel s’est exprimé hier mardi 9 mars (1) sur la douloureuse question du remplacement des enseignants absents.

En même temps, le ministre reconnaît que nous ne sommes pas plus absents que les autres catégories socio-professionnelles. Contrairement à ce qu’affirme la PEEP, qui lance en même temps sa croisade annuelle de démagogie appliquée, il n’y a pas d’absentéisme enseignant — j’en profite pour expliquer aux apprentis en langue française qu’absence n’est pas absentéisme : l’absence est un fait, l’absentéisme une décision. On est absent dans l’enseignement parce qu’on est malade — ça arrive —, parce qu’on est en sortie scolaire (j’ai déjà dit dans la Fabrique du crétin ce que je pensais de l’abus des sorties pédagogiques — mais peut-être faudrait-il changer de pédagogie), ou parce qu’on est en stage — c’est chronique : on envoie les profs faire une foultitude de stages à droite et à gauche, pour assimiler rapidement de nouveaux programmes, pour apprendre à faire du yoga avec Sébastien Clerc, pour former les formateurs et les futurs formatés, pour écouter les conférences pédagogiques d’inspecteurs pédagogiques régionaux qui n’ont pas forcément quelque chose à dire mais qui doivent bien légitimer leur fonction, et j’en passe.

Que propose le ministre aux abois ? Délocaliser les TZR (Titulaires sur Zones de Remplacement, je le signale à ceux qui, comme ce journaliste qui m’a appelé hier, ignorent les appellations contrôlées de la cuisine interne du ministère), qui pourront désormais prendre le TGV pour aller effectuer des remplacements dans des provinces éloignées ; suggérer aux « jeunes retraités » de rempiler ; et recruter des Licenciés en Fac — ou, variante, des « mères de famille » (2).

Monsieur le Ministre, vous devriez le savoir : à force de fonctionner à flux tendus, à force de supprimer des postes de titulaires, des TZR, il n’y en a plus, ils sont tous déjà en poste annuel instable.

Monsieur le Ministre, vous pourriez le savoir : des étudiants recrutés (par petites annonces souvent) pour remplacer des profs, cela se fait depuis vilaine lurette. Inutile de s’interroger sur le niveau effectif desdits étudiants : il est insuffisant. Je sais bien que la Licence est officiellement « Licence d’enseignement ». Je me rappelle ce que m’avait dit un conseiller de Darcos — « si les facs délivrent des diplômes d’enseignement à des étudiants incompétents, elles n’ont qu’à assumer » : la Licence était jusqu’à cette année la condition nécessaire pour passer les concours de recrutement, mais le simple fait de préparer un concours permet souvent de monter son propre niveau, et de façon notable souvent. Mais jeter des étudiants en pâture à des élèves qui n’en demandaient pas tant, est-ce bien raisonnable ? Confier des enfants à des étudiants, est-ce bien intelligent ?

Monsieur le Ministre, un homme qui comme vous s’efforce de faire des économies de bouts de chandelles ne va pas embaucher des « jeunes retraités » — cela coûte très cher, un retraité, parce que ça se paye sur son dernier taux horaire — au sommet de son grade, en général.

La réforme du lycée, en supprimant des heures de-ci de-là (3), a fait de son mieux — mais cette solution est exsangue avant même d’avoir servi. Peut-être pourrions-nous envisager la solution américaine : un élu de l’Utah, qui est en cessation de paiements, suggère de supprimer le 12th grade, comme ils disent là-bas — c’est-à-dire la Terminale (4). En voilà une idée qu’elle est bonne !

Et l’arrivée sur des postes pleins de néo-titulaires dès septembre prochain, dans le cadre du « nouveau CAPES » (mais qui lâcheront leurs classes pendant quelques semaines — il faudra les remplacer — avec qui ?) ne va pas arranger les remontées acides des organisations de parents…

Vendredi, la plupart des organisations syndicales non-scélérates (5) appellent à manifester contre les lubies ministérielles : comment leur donner tort ? Nous en sommes à deux doigts d’un démantèlement global de l’Education Nationale, qui n’aura plus rien de national, et qui n’enseignera plus grand-chose.

Ah, j’allais oublier : les enseignants sont absents parce qu'ils font grève ! Mais Monsieur le Ministre, renoncez à des initiatives malheureuses, ouvrez de vraies discussions, envisagez sérieusement une refonte du système, à commencer par une révision générale des pédagogies, et tout le monde sera enchanté de faire cours — nous sommes là pour ça !

Aucun cataplasme sur jambe de bois ne remplacera une formation rigoureuse (pas une mastérisation à la va-vite, mais un enseignement repensé de la Maternelle à l’Université dans un objectif d’ambition efficiente). Aucun expédient désespéré, aucun remède héroïque, comme on disait autrefois, ne peut se substituer à un recrutement pensé sur plusieurs années. Aucune heure de soutien ou d’accompagnement éducatif ne remplacera les heures supprimées dans nombre de matières. Cela coûte cher ? Allons, Monsieur le Ministre, il est bien des manières de faire des économies sans trancher dans la viande ! Pensez un instant au nombre infini d’administratifs haut placés, de toutes farines et de toutes incompétences, que vos services rémunèrent grassement, et depuis des années !
1)    leparisien.fr... L’info a été reprise dans le Monde  :
(2)    On ne le sait pas assez : avoir trois enfants donne depuis des années la possibilité d’enseigner dans le Primaire — si ! La compétence est dans les ovaires — ça, ça va faire plaisir à Eric Zemmour !
(3)    http://pascettereformdeslycees.org
(4)    http://washington.blogs.liberation.fr/great_america...
(5)   Et je regrette que Luc Cedelle, dans le Monde, obnubilé par la défense tous azimuts des pédagogistes et de ceux qui les soutiennent, en arrive à applaudir la réforme Chatel, et à critiquer, in fine, le SNES et le SNALC qui s’y opposent, contrairement au SGEN et au SE-UNSA qui ont décidé d’aller à la soupe : http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/03/09/lycee-pa...

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