23.08.2010
La rhétorique frontiste de Brice Hortefeux, un calcul médiatique

On pouvait croire, jusqu'alors, que les propos divers et variés lâchés par Brice Hortefeux -dont certains lui ont valu les foudres de la justice- relevaient de l'incontinence verbale.
On se disait : bon, ce type est très droitier, son style d'« humour » flirte avec le bon vieux racisme franchouillard, mais finalement son problème c'est qu'avant de parler il oublie trop souvent de tourner sept fois sa langue dans sa bouche et, surtout, de vérifier qu'il n'y a pas de micro ou de caméra dans les parages.
Ses dérapages semblaient relever de l'incongruité, de la flatulence incontrôlée qu'on tentait bien vite, avec plus ou moins de succès, de nuancer. Une sorte de pétomane involontaire sur le plan médiatique, rien d'autre qu'un « ami de trente ans » parfois un peu embarrassant. A tout le moins le porteur d'un discours souvent parasitaire, donc inutile en termes de communication politique.
Porte-parole du « vrai peuple », comme Le Pen
Avec l'interview qu'il vient de donner au Monde, on sait désormais que sa parole est un atout majeur dans la démarche relancée cet été, visant à couper l'herbe sous le pied de l'entreprise Le Pen père et fille. Contre le Front national, tout contre. Il déclare :
« Je vous invite à ne pas confondre le petit milieu politico-médiatique parisien et la réalité de la société française. […] Vous êtes aveuglés par le sentiment dominant des soi-disant bien-pensants qui, en se gargarisant de leur pensée, renoncent à agir. […] Que certaines voix de la gauche milliardaire aient du mal à le comprendre ne me trouble pas du tout, bien au contraire. »
Ce schéma de pensée -le « vrai peuple » d'un côté, une coterie minoritaire mais dont la parole domine les médias, de l'autre- est au cœur de la rhétorique du Front national.
Le slogan « Le Pen, le peuple » n'est pas qu'une allitération anecdotique : ces gens sont intimement persuadés d'être les porte-parole du « vrai peuple », voire d'être le « vrai peuple » à eux tous seuls (tout comme, naguère, le parti de Lénine prétendait être « l'avant-garde de la classe ouvrière » et, de fil en aiguille, la classe ouvrière elle-même).
En reprenant à son compte, en la durcissant, l'idée d'une « majorité silencieuse » brandie par la droite après 1981, Brice Hortefeux fait sa part du travail dans l'OPA hostile (dans la mesure où la cible n'a pas donné son accord, quoi qu'elle s'en réjouisse officiellement -normal, ça fait monter sa cotation) opérée par l'appareil sarkozyste sur la « boîte à idées » des Le Pen : l'exaltation d'une « identité », l'association délibérée de l'immigration et de la délinquance, la pénalisation de l'irrévérence envers les symboles nationaux -« Marseillaise », drapeau- étaient déjà choses acquises.
Un « timing » pas innocent idéologiquement
Manquait une pièce au puzzle national-populiste : l'anathème contre une classe « politico-médiatique » jugée déconnectée du « peuple » (on dira, pour se démarquer un chouïa, « réalité de la société française »). Lacune comblée, donc.
Non que ce type de discours n'ait jamais été proféré auparavant par quiconque au sein de la droite parlementaire. Il y a que le « timing » de l'interview au Monde n'est pas indifférent, et que ce discours clôt ( ? ) une récente séquence médiatique estivale, de Sarkozy à Ciotti, en passant par Estrosi. Et cette pièce du puzzle qu'apporte le ministre de l'Intérieur n'est pas triviale, du point de vue idéologique.
En effet, l'auto-désignation comme porte-parole du « vrai » peuple contre une « élite déconnectée » a pour corollaire le dénigrement a priori du discours de l'adversaire, toute critique ne pouvant émaner que d'une partie délégitimée de la population. En définitive, un pas majeur vers une rhétorique totalitaire. Symboliquement, il n'y a jamais loin de la « vérité de l'Eglise » au bûcher de Montségur.
On pourra, bien sûr, souligner le culot pyramidal d'un membre du gouvernement fustigeant le « politico-médiatique » quand on pense au trio Bouygues-Dassault-Lagardère. Ou brocardant une « gauche milliardaire » alors que les effluves nauséabonds de l'affaire Woerth sont loin d'être dissipés. Bref, rappeler au ministre le fameux proverbe évoquant la paille, la poutre et l'œil du voisin.
On pourra tout autant -et là encore très justement- pronostiquer un effet-boomerang dévastateur sur le plan électoral, vis-à-vis du FN.
Mais on ne pourra plus considérer Brice Hortefeux comme une erreur de casting du point de vue médiatique. Il est au contraire, en cette fin d'été, une pièce essentielle d'un « plan de com » décidé en haut lieu. L'ami Brice n'est pas un gros lourdingue inutile, nous voilà rassurés.
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13.08.2010
Nationalité : donner c'est donner, reprendre c'est voler
C'est sans doute à Bernard-Henri Lévy (argh… étranglements et convulsions chez les ultra-gentils pour lesquels BHL est en quelque sorte, même si l'on ne sait pas exactement en quoi, un « penseur sarkozyste ») que l'on doit la condamnation la plus pertinente de la dernière lubie présidentielle : la déchéance de la nationalité des délinquants « d'origine étrangère ».
C'est que le philosophe à liquette blanche, à l'inverse de la plupart des commentateurs (légitimement) révulsés par une telle proposition, n'est pas tombé, pour s'en indigner, dans la référence godwinesque aux « heures les plus sombres de notre Histoire » de rigueur dans le camp du Bien, dès que le Président ouvre la bouche.
Tiens, même Michel Rocard, que l'on a connu plus circonspect, n'a pu s'empêcher d'assurer « qu'on n'avait pas vu ça depuis Vichy », voire « depuis les Nazis ». Pour ne rien dire de ma propre réaction spontanée de fils de déchus effectifs pendant la dernière guerre…
Car on le sait désormais, la déchéance de la nationalité, loin d'être un ovni juridique à usage réservé aux périodes « nauséabondes » (l'autre grand best-seller terminologique de la critique du sarkozysme) fait bel et bien partie de l'arsenal répressif contemporain, la loi Guigou de 1998 s'étant contentée de l'aménager plutôt que de la supprimer purement et simplement. Mieux, on y a même recours à l'occasion.
BHL : « Les Français à l'essai et les Français pour toujours »
Oh, non pas qu'il s'agisse de donner dans « l'angélisme » (cliché lexical de droite, symétrique des poncifs cités plus haut) et d'absoudre qui que ce soit de quoi que ce soit, mais tout simplement de rappeler qu'il n'existe pas de « Français d'origine étrangère », de Français partiels dont la francité pourrait être remise en question pour telle ou telle raison -fut-elle aussi grave que le meurtre d'un policier en bas-âge.
Dans sa tribune « Les trois erreurs de Nicolas Sarkozy » publiée dans Le Monde, BHL rappelle :
« On peut discuter […] des conditions qui permettent d'accéder à l'être-Français ; on peut les multiplier, les affiner, les durcir, les solennise : mais que l'on laisse s'insinuer l'ombre de l'idée qu'il y aurait deux classes de Français selon qu'ils sont nés Français ou qu'ils le sont seulement devenus, que l'on se laisse aller à imaginer un ordre des choses où il y aurait les Français à l'essai et les Français pour toujours, les Français en sursis et les Français sans débat, les Français qui restent Français même s'ils commettent des actes de délinquance et ceux qui cessent de l'être parce qu'ils ne l'étaient, au fond, qu'à demi […] n'est tout simplement pas concevable. »
Car cette idée, manifestement piochée du côté du FN, que les délinquants seraient d'essence étrangère et qu'en s'en débarrassant, on se débarrasserait de la délinquance per se, est tellement absurde, tellement démentie par les faits et des siècles d'études criminelles, qu'il faut s'appeler Frédéric Lefebvre pour s'en emparer sans rougir de honte.
Les délinquants français -qu'ils soient nés tels ou devenus tels- méritent d'être sanctionnés avec toute la sévérité de la loi pour les actes qu'ils commettent, ni plus ni moins.
Nicolas Sarkozy, qui n'est pas un raciste mais un opportuniste cynique, ferait bien de s'en souvenir lorsqu'il réfléchit aux moyens de siphonner les voix d'extrême droite dans la perspective de la prochaine présidentielle : ça pourrait ne pas marcher
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12.08.2010
Comment l'Insee mesure le moral des ménages français ?

Un Français qui ne consomme pas n'aurait-il pas le moral ? A en croire les sondages réalisés chaque mois par l'Insee auprès des ménages, le moral est surtout lié à des préoccupations économiques.
Entendez par « moral des Français », l'état de leur porte-monnaie. Depuis 1987, l'Insee réalise une « Enquête mensuelle de conjoncture auprès des ménages ». (Téléchargez le document)
Des instituts de sondage publient des enquêtes du même ordre, comme « Le Moral économique des Français » mesuré par TNS Sofres.
Cinq indicateurs et onze questions
A l'Insee, le sondage porte davantage sur le ressenti de la situation financière que sur des données économiques brutes. Cinq indicateurs sont pris en compte :
- « situation financière personnelle - évolution passée »,
- « situation financière personnelle - perspectives d'évolution »,
- « opportunité d'acheter »,
- « niveau de vie en France - évolution passée »,
- « niveau de vie en France - perspectives d'évolution ».
Afin de mieux déterminer ces indicateurs, le questionnaire comporte onze questions de ce genre :
« A votre avis, au cours des douze derniers mois, le niveau de vie en France, dans l'ensemble s'est nettement amélioré / s'est un peu amélioré / est resté stationnaire / s'est un peu dégradé / s'est nettement dégradé ? »
Des résultats parfois étonnants
L'enquête est réalisée pendant les trois premières semaines de chaque mois, sauf au mois d'août du fait de la difficulté de contacter un échantillon représentatif de la population.
Les résultats de juillet et septembre permettent de combler le vide de cette période estivale. Et comme le précise notre riverain Schizojeje, des « ajustements saisonniers » sont réalisés pour pallier les effets cycliques (vacances, Noël…).
En 2004, le questionnaire et le panel représentatif ont été modifiés dans le cadre d'une harmonisation européenne. Désormais, les résultats des pays membres sont rassemblés et publiés par la Commission européenne afin de comparer les données.
Dans la dernière enquête, celle du mois de juillet, la Commission relève ainsi que le moral des Allemands progresse alors que les Espagnols semblent broyer du noir.
Les résultats de ces études peuvent parfois étonner : entre 2002 et 2007, si le moral des Français chutait, leur consommation continuait de croître. Les deux critères ne sont donc pas directement liés.
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09.08.2010
Sondage Ifop/Le Figaro sur la sécurité : la méthode en question
Ce sondage controversé est-il « populiste » ? Technologie, choix des questions : enquête sur les conditions de sa réalisation.
On a rarement d'aussi grosses surprises le matin du 6 août : les diverses mesures sécuritaires proposées par Nicolas Sarkozy et l'UMP réaliseraient un « carton plein » chez les Français, même de gauche. C'est Le Figaro qui estime que le Président « cartonne », en commentant le sondage qu'il a commandé à l'institut Ifop.
Ce sondage a tellement « cartonné » dans les médias qu'il en a éclipsé un autre, réalisé en même temps par CSA et paru le même matin dans L'Humanité. Il comprend deux questions comparables, qui suscitent pourtant des réponses différentes.
Aidé par plusieurs spécialistes du secteur, Rue89 a voulu en savoir plus sur ce plébiscite estival, sur sa méthode et sur les questions posées.
Fait-on des sondages en plein été ?
L'étude réalisée par l'Ifop ponctue une séquence politique sécuritaire particulièrement nourrie par les responsables de la majorité. Cette stratégie, « les Français » consultés par l'institut de Laurence Parisot et le quotidien de Serge Dassault viennent la valider massivement : entre 55% et 89% d'opinions favorables aux sept propositions sécuritaires évoquées.
Mais ces 1 003 Français interrogés en août, en pleine trêve des plagistes, sont-ils vraiment représentatifs de leurs 65 millions de compatriotes ? Dans La République des Pyrénées, l'éditorialiste Jean-Michel Helvig relève « qu'un institut déroge à un usage de la profession qui veut que l'on ne réalise pas d'enquêtes d'opinion pendant les vacances en raison des difficultés d'échantillonage ».
En consultant les sites des principaux instituts de sondages politiques en France (Ifop, CSA, BVA, LH2, Ipsos, TNS-Sofres, OpinionWay), on réalise que seuls deux d'entre eux ont publié des études politiques ces derniers jours : Ifop, donc, et CSA (on y reviendra plus bas).
Frédéric Micheau, directeur adjoint du département opinion de l'Ifop, confirme un commandement « traditionnel » du sondeur :
« Tu ne sonderas pas du 14 juillet au 15 août. Mais la société a évolué, et il est aujourd'hui moins difficile de toucher les gens, notamment grâce à l'Internet mobile. Ces derniers jours, l'actualité a continué d'être forte. »
Les sondés de l'été sont une « population atypique »
La trêve des plagistes aurait vécu, donc. Joint pendant ses vacances, le directeur du département politique et opinion de CSA, Jean-Daniel Lévy, confirme :
« C'était plus compliqué il y a quelques années, avec le phénomène des juilletistes et des aoûtiens, qui présentaient des profils trop différents. Mais aujourd'hui, avec les RTT et les portables, ce n'est plus le cas. »
Le Dr Panel, blogueur spécialiste des sondages sur Rue89, considère au contraire que « seuls restent ceux qui ne peuvent pas partir en vacances. Il s'agit donc d'une population atypique ».
Pour le sociologue Richard Brousse, un des animateurs de l'Observatoire des sondages, « les gens restent difficilement joignables quand ils sont en vacances ». Le site Owni relève une contradiction entre l'Ifop et le Credoc sur le nombre de Français ne partant pas en vacances : 60% pour l'institut contre 30% pour le centre de recherche.
Les sondages par Internet sont-ils fiables ?
Le sondage Ifop pour Le Figaro est un Cawi. Késako ? Computer-assisted web interviewing, un système créé dans les années 90 pour les sondages commerciaux (la manne financière des instituts de sondage), et qui gagne peu à peu les sondages politiques.
Quand on lui demande les raisons de ce choix, Frédéric Micheau répond en préambule « qu'il n'y a pas de mode de recueil [de l'opinion, ndlr] idéal ». Il avance ensuite des raisons financières, avec une économie de 30% par rapport à un sondage téléphonique, ce qu'apprécie une presse en crise.
Mais alors pourquoi L'Humanité, journal si affaibli que des groupes comme TF1 ou Lagardère sont entrés dans son capital, a-t-il commandé un sondage par téléphone à CSA ?
Pour un concurrent de l'Ifop, « le téléphone est plus fiable »
Réponse du dirigeant de cet institut, Jean-Daniel Lévy, qui « refuse de commenter l'étude de l'Ifop » et ne se prononce que sur la sienne :
« Le téléphone nous paraît plus fiable qu'Internet pour les sondages à caractère politique, parce qu'Internet ne permet pas de représenter correctement des catégories comme les personnes âgées et les catégories populaires de la population. »
CSA réalise des Cawi en matière politique, mais ils restent pour l'instant confidentiels. « Nous les publierons quand nous serons sûrs de toucher correctement ces catégories », ajoute Jean-Daniel Lévy.
Pour inciter les internautes à répondre, CSA leur offre des cadeaux divers (livres, bons d'achat, week-ends…). Ce n'est pas le cas de l'Ifop, assure Frédéric Micheau.
Autre différence entre les deux instituts : CSA interroge des « panélistes » recrutés à l'avance et consultés en fonction de leur appétence à répondre à des sondages politiques par Internet, là où l'Ifop achète des listings d'adresses e-mail. Frédéric Micheau raconte :
« Nous envoyons environ 10 000 e-mails, sans indiquer le sujet du sondage. Si les gens cliquent sur le lien, ils passent ensuite des filtres sur leur sexe, leur âge, leur région. Puis ils répondent au questionnaire. Environ 1 sur 8 à 10 répondants est sélectionné pour le sondage. »
Il n'y a aucun moyen de vérifier que les gens disent vrai
Car les gens doivent ensuite entrer dans les quotas. Une fois qu'un quota (par exemple, homme de 35 à 49 ans vivant dans une commune de 2 000 à 20 000 habitants) est rempli, les autres personnes répondant aux mêmes critères sont refusées. Tant pis si elles pensent différemment. Les gens disent aussi de quel parti ils se sentent les plus proches. Il n'existe aucun moyen de vérifier que l'homme a vraiment 42 ans et vit dans une commune de cette taille.
Ensuite, pour parvenir à une représentativité de l'opinion des Français dans leur ensemble, les données sont projetées par rapport aux résultats du dernier scrutin national, à savoir la présidentielle de 2007.
Pour le sociologue Richard Brousse, cette méthode introduit plusieurs biais : les personnes n'ayant pas Internet ne sont pas consultées et, surtout, elle « constitue des échantillons spontanés ». En clair, « les échantillons sont constitués a posteriori, en fonction du nombre de répondants. Ces deux biais introduisent un problème de représentativité. »
Dr Panel estime que les gens qui répondent à ces questionnaires peuvent être « des internautes “surfréquentants” ». « Beaucoup de gens vont accepter de répondre parce que le sujet les intéresse », ajoute Richard Brousse.
Les questions sont-elles biaisées ?
Dans L'Humanité-CSA et Le Figaro-Ifop, deux questions portent sur le même sujet : les Roms et l'atteinte à la vie de représentants de l'ordre par des personnes d'origine étrangère.
Pour la seconde, Le Figaro parvient à 70% d'opinions « favorables » au retrait de la nationalité de ces dernières, et 50% chez les sympathisants de gauche. Dans L'Humanité, 57% de l'ensemble « des Français » trouvent que c'est « nécessaire », 37% de gauche et, séparément, 51% d'extrême gauche.
Même phénomène pour le démantèlement des camps de Roms : 79% « des Français » y sont « favorables » dans Le Figaro, et 60% à gauche. Dans L'Humanité, 62% « des Français » jugent cette mesure « nécessaire », 43% à l'extrême gauche et 45% à gauche.
« La réponse est dans la question ! »
Pourquoi ? D'une part, les questions sont libellées très différemment. Elles sont beaucoup plus longues et précises dans L'Humanité, qui ne s'est intéressé qu'à ces deux questions et à plusieurs de leurs implications.
D'autre part, les questions de l'Ifop/Le Figaro sont « biaisées », selon nos deux experts. Ainsi, sur les Roms, « êtes-vous très favorable, plutôt favorable, plutôt opposé ou très opposé [au] démantèlement des camps illégaux des Roms ? »
« La réponse est dans la question ! », remarque Richard Brousse. « Comme les camps sont illégaux, on pourrait être étonné que 100% des sondés n'aient pas répondu favorablement. »
Frédéric Micheau répond que « si on n'avait pas précisé qu'ils sont illégaux, on aurait introduit un biais ». On lui demande pourquoi la question n'était pas, par exemple, de savoir si les gens sont favorables au respect de la loi qui oblige certaines communes à aménager des terrains d'accueil pour les Roms :
« C'est vrai, on aurait pu la poser. Mais on est obligé de faire des choix, et tous les choix sont mutilants [sic]. »
Proposées par l'institut, les questions font ensuite l'objet d'une discussion avec son client, le journal.
Autre curiosité, l'absence de possibilité de ne pas se prononcer. Le fameux « NSP ». Réponse de l'Ifop :
« Par téléphone, nous avons en moyenne 5% de NSP. Sur Internet ou dans les sondages par papier, ce taux est trois ou quatre fois supérieur, car c'est un “item-refuge” [un élément-refuge, ndlr] pour le sondé. Ça équivaut donc à recueillir des opinions faussées, et ce serait une faute professionnelle. »
« Les sondés par Internet sont des gens impliqués »
Jean-Daniel Lévy, de CSA, constate exactement le contraire :
« Il y a un peu moins de NSP que par téléphone, parce que les sondés par Internet sont des gens impliqués, qui portent un regard plus acéré sur la politique. »
Mais les méthodes des deux instituts (e-mails ou panel) sont différentes.
Dr Panel estime que ce sondage est « populiste » :
« A cause de la manière dont les questions sont rédigées, c'est la gravité des problèmes qui est plébiscitée, pas la pertinence des solutions proposées. Evidemment que je suis contre l'excision et l'assassinat de policiers ou de gendarmes, c'est horrible ! »
La méthode pèche, donc. « Mais rien ne prouve que les gens sondés par l'Ifop aient des opinions différentes des autres Français », conclut Dr Panel
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04.08.2010
Qui sont les derniers déchus de la nationalité française ?
Un imam signalé par les RG, cinq membres présumés d'Al Qaeda… Retour sur les derniers cas de déchéance de nationalité.

Le ministre de l'Immigration, Eric Besson, a annoncé mardi que deux amendements au projet de loi sur l'immigration seront déposés fin septembre, afin de faciliter la déchéance de la nationalité française. Qui, jusqu'ici, s'est vu retirer la nationalité française ?
Le dernier cas reconnu par le Conseil d'Etat est celui d'un imam d'origine algérienne : Ilyes Hacène. Arrivé en France en 1999, il obtient la nationalité française en 2005. Cet imam officie dans le Val-de-Marne.
Un an plus tard, un rapport des Renseignements généraux mentionne des « propos jugés susceptibles d'attenter à la sécurité nationale ». Ce potentiel recteur de la mosquée de Créteil, alors en construction, se voit aussitôt retirer sa nouvelle nationalité. Le Conseil d'État confirme cette décision deux ans plus tard, en février 2008.
Pourtant, en septembre de la même année, trois magistrats d'une commission d'expulsion estiment infondées les conclusions des Renseignements généraux. Leur avis n'est que consultatif, mais Michèle Alliot-Marie, à l'époque ministre de l'Intérieur, décide de ne pas donner suite à la procédure d'expulsion pour, dit-elle, lui laisser « une seconde chance ».
Le Franco-algérien Djamel Beghal, déchu pour terrorisme
Avant le cas Ilyes Hacène, il y a celui d'un groupe terroriste. Accusé d'appartenir à la nébuleuse Al-Qaeda, ce groupe est arrêté en 2001 et accusé de préparer un attentat contre l'ambassade des Etats-Unis à Paris. Six hommes sont mis en cause, tous Français. Mais cinq d'entre eux sont naturalisés. La nationalité française leur est retirée.
L'un d'entre eux, Djamel Beghal, conteste cette décision devant le Conseil d'État. Il soutient qu'il n'a plus la nationalité algérienne et que cette mesure l'éloignera de sa famille française. La juridiction lui rétorque qu'il n'a jamais été déchu de sa nationalité algérienne. Le fait d'être né et enregistré en Algérie lui suffit à la conserver.
Le Conseil d'Etat ajoute que ce décret n'est pas une mesure d'éloignement du territoire. Pourtant, trois des membres déchus sont expulsés vers l'Algérie.
La déchéance puis la menace d'expulsion pour Kamel Daoudi
Pour Kamel Daoudi, également membre du groupe, l'affaire ne se termine pas là. Arrivé en France à l'âge de 5 ans avec ses parents et son frère, il obtient la nationalité française le 14 janvier 2001, un an avant d'écoper de six ans de prison et d'une interdiction définitive de rester sur le territoire français. Par décret du 27 mai 2002, il est déchu de sa nouvelle nationalité.
Avant la fin de sa peine en France, il saisit la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH), déclarant qu'en Algérie, il risque la torture. La CEDH demande aux autorités françaises de suspendre l'expulsion le temps de la procédure judiciaire.
A sa sortie de prison, il est donc assigné à résidence, dans la Creuse. Le 3 décembre 2009, l'arrêt de la juridiction européenne tombe : l'expulsion de Kamel Daoudi serait contraire à l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'Homme. La CEDH souligne :
« Le caractère absolu de la prohibition de la torture ou des peines ou traitements inhumains et dégradants prévue par l'article 3 de la Convention, quels que soient les agissements de la personne concernée, aussi indésirables et dangereux soient-ils. »
Seuls les Français naturalisés et binationaux concernés
Quant au dernier membre du groupe, également ressortissant français, il conserve sa nationalité, faute d'en avoir une seconde. Car depuis la loi Guigou de 1998, l'article 25 du code civil empêche le retrait de la nationalité à un individu n'en possédant qu'une seule :
« L'individu qui a acquis la qualité de Français peut, par décret pris après avis conforme du Conseil d'Etat, être déchu de la nationalité française, sauf si la déchéance a pour résultat de le rendre apatride. »
Cette mesure, conforme au droit international, ne vise donc que les Français naturalisés et ayant au moins deux nationalités.
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31.07.2010
Hôpitaux : « Les Français veulent la proximité plus que la qualité »

Paimpol, Rethel, Die, Lannemezan et autres peuvent souffler : le ministère de la Santé a reporté la fermeture des 54 blocs opératoires réalisant moins de 1 500 actes par an.
Pour Claude Le Pen, professeur à l'université Paris-Dauphine et président du Collège des économistes de la santé, ces fermetures doivent se faire, et c'est le poids de la vision locale qui a poussé le gouvernement à reculer.
Une concertation sera menée avec les élus locaux après la période de vacances scolaires puis la fermeture, prévue par la loi HPST (Hôpitaux, patients, santé et territoires), sera formalisée par un décret, annonce le ministère de la Santé. Celui-ci maintient qu'en dessous de 1 500 opérations par an, « la sécurité des soins n'est pas assurée » dans un bloc.
Pensez-vous qu'il faille maintenir la fermeture de ces services de chirurgie ?
Toutes les études le disent, la sécurité du geste passe par le nombre d'opérations. Moins il y a d'actes et plus il y a d'accidents. L'Etat tergiverse, prend son temps, mais ces fermetures se feront parce qu'elles sont nécessaires. C'est normal qu'elles aient un côté bureaucratique et parisien et soient mal comprises sur le terrain.
Pourquoi les élus locaux s'opposent-ils à ces fermetures ?
Officiellement, la qualité des soins, tout le monde y est attaché. Sauf que paradoxalement, tout le monde veut avoir son service de chirurgie à proximité, parce que l'hôpital est souvent le premier employeur de la ville, qu'il est un pôle d'animation socio-économique.
Cette tension entre la qualité des soins d'une part et la présence des services publics de l'autre n'est pas perçue comme telle. Mais en regardant de près, on constate que les Français sont plus attachés à la proximité qu'à la qualité des soins. C'est une ambiguïté nationale.
Quelle charge symbolique y a-t-il sur ces services de chirurgie ?
Ce sont des petites villes qui craignent du coup de perdre leur hôpital s'il n'a plus de service de chirurgie. Mais ce n'est pas pour autant que les gens fréquentent ces services de chirurgie. On a vu le cas pour l'hôpital de Saint-Affrique dans l'Aveyron : il y a eu une forte mobilisation contre sa fermeture… mais beaucoup allaient se faire soigner à Montpellier !
Les chirurgiens se sont-ils aussi mobilisés contre ces fermetures ?
On ne les a pas entendus mais ils ont probablement influencé la décision discrètement, parce que ça les embêtait de bouger. Dans les restructurations hospitalières (à Trousseau par exemple), on bute souvent sur des questions de personnes.
Les médecins ont leurs habitudes et n'aiment pas être bousculés. Ceux qui opèrent dans les petites structures ne sont pas les plus cotés des chirurgiens, mais ils vont souffler même s'ils savent que la sûreté n'est pas meilleure. Ils peuvent être d'accord sur les normes (le seuil de 1 500 opérations par an) et pour autant ne pas vouloir se les appliquer.
Un compromis vous semble-t-il possible sur cette question ?
Il y a une tension entre la vision statistique de la qualité des soins et la vision locale et sociale. Le gouvernement s'est déjà mis les médecins à dos avec la réforme de l'hôpital et la gestion de la pandémie de grippe A. C'est logique qu'il veuille calmer le jeu, même si les soignants n'ont pas été si revendicatifs sur ce dossier.
A l'approche des élections sénatoriales, un élu qui pourra se vanter d'avoir sauvé l'hôpital de son territoire aura plus de chance d'être réélu.
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13.07.2010
Soutien de médias anglophones à Mediapart et aux sites web
Critiqué en France pour son traitement du dossier Bettencourt-Woerth, notamment par l'UMP, Mediapart a reçu le soutien de la profession, à travers deux organisations, le Geste et le Spiil.
Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, plusieurs médias prestigieux ont rendu hommage à son travail d'enquête et, plus généralement, à l'émergence de sites capables de faire face aux pressions des pouvoirs et de concurrencer la presse traditionnelle.
« Dans les dîners, on en parle comme d'un Watergate français »
Le New York Times n'hésite pas à se référer au Watergate, en évoquant des dîners où on imagine que les convives ne sont pas membres de l'UMP :
« Dans les dîners, on en parle comme d'un Watergate français, mais avec au moins une grande différence : les futurs Woodward and Bernstein [du nom des journalistes ayant révélé le scandale du Watergate, ndlr] derrière le plus grand scandale frappant la présidence de Nicolas Sarkozy travaillent sur le Web et non dans un journal. […]
Les proches de M. Sarkozy ont lancé des invectives sur Mediapart. Xavier Bertrand, le leader de son parti de droite, l'UMP, a accusé le site de “méthodes fascistes” la semaine dernière à la radio.
Mais Mediapart a frappé les esprits avec son article, révélant sa capacité à définir l'agenda médiatique en France. Pendant plusieurs semaines, sa couverture de l'affaire a fourni la matière des unes des journaux les jours suivants. Lui et d'autres sites web d'information et d'investigation ont ainsi pu se développer en France, alors que la presse imprimée s'enfonce dans la crise. »
« Les sites Web se concentrent sur le reportage en profondeur »
Constat similaire du Financial Times, qui pousse un peu plus loin la critique de la presse traditionnelle :
« Le succès de Mediapart contraste avec les malheurs des journaux français, qui se battent contre des coûts élevés, un lectorat et des revenus publicitaires déclinants.
Paradoxalement, les journaux ont été lents à passer en ligne, ouvrant une niche pour des sites web qui se concentrent sur le reportage en profondeur. »
Selon le journal économique, la couverture de Mediapart souligne également « les limites de l'influence du Président sur les médias », même si « la principale chaîne de télévision et deux journaux quotidiens sont la propriété d'amis ou d'alliés politiques », allusion à TF1, au Figaro et aux Echos.
Sarkozy « isole les journalistes qui lui déplaisent »
Une dépêche de l'agence Reuters précise que ces liens ont permis au président de la République de contrôler une partie de l'information délivrée par les médias :
« Les amitiés proches de Sarkozy avec les propriétaires de médias traditionnels et son contrôle de la télévision publique et de stations de radio lui ont souvent permis de façonner la couverture de l'information et d'isoler des journalistes qui lui déplaisent. »
Une ingérence contre laquelle les sites d'information jouent un rôle salutaire :
« Certains sites web, comme Mediapart, Rue89 et Bakchich.info, sont moins sujets à une telle influence et attirent des lecteurs en publiant des scoops avec un ton plus incisif. »
18:15 Publié dans lu sur Rue89 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : socialiste, hamon, ps, 2012, sarkozy, changer
05.07.2010
Les 30 millions de Bettencourt ou la faillite du bouclier fiscal
A son corps défendant, Liliane Bettencourt est en train de devenir le révélateur de bien des maux actuels, au gré du déluge de révélations qui la concernent, elle et sa fabuleuse fortune. Ainsi, les 30 millions d'euros qu'elle a reçus en 2008 au titre du « bouclier fiscal » font réagir, non pas que ce paiement du Trésor public ne soit pas légal, mais pour ce qu'il révèle de l'arnaque de ce même bouclier.
Face à l'ampleur de ce remboursement de l'Etat révélé par Mediapart, et qui a été effectué au titre du bouclier fiscal instauré par la majorité UMP dès l'élection de Nicolas Sarkozy en 2007, Dominique Paillé, le très dévoué porte-parole du parti majoritaire, est monté au créneau avec un argument dont il ne mesurait sans doute pas l'ironie absurde.
Il a réaffirmé sur France culture vendredi matin que le bouclier fiscal avait été instauré pour que les gros contribuables, ceux qui se voient rembourser les montants dès qu'ils dépassent les 50% de prélèvements, restent en France et ne partent pas à l'étranger.
« Evidemment, ce chiffre est important, mais je vous demande simplement de réfléchir. Il est probable, il est possible en tous cas, que si cette disposition n'avait pas été mise en œuvre, Mme Bettencourt aurait pu quitter le territoire national.
Mme Bettencourt, première fortune de France et probablement première fortune d'Europe, reste sur le territoire national et c'est tant mieux, car elle y fait des investissements et des dépenses. »
Le problème pour l'argumentation de Dominique Paillé, c'est que Mme Bettencourt -par ailleurs gros soutien financier de l'UMP- a empoché l'argent du Trésor public en 2008, et a continué à pratiquer ce qui ressemble fort à de l'évasion fiscale à haute dose en Suisse, à Singapour ou aux Seychelles, comme l'ont montré les enregistrements du maître d'hôtel, ainsi que la décision en forme d'aveu de l'héritière de L'Oréal de rapatrier en France ses comptes illicites à l'étranger, en particulier en Suisse.
C'est donc toute la logique du bouclier de Nicolas Sarkozy qui s'effondre avec le comportement de l'une des plus grandes fortunes de France, qui profite sur les deux tableaux, aux dépens du Trésor public et donc de tous les citoyens/contribuables. Et elle n'est pas seule.
Le rétropédalage de Pierre Lellouche sur le bouclier fiscal
En mai, un membre du gouvernement, Pierre Lellouche, secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, avait lâché sur un plateau de télévision un propos édifiant, se prononçant pour l'abandon du bouclier fiscal avec cet argument choc :
« Sur les 600 millions que ça nous coûte et qui sont versés aux plus hauts revenus, jusqu'à preuve du contraire, je ne vois pas que ceux qui sont partis en Belgique ou ailleurs sont revenus. »
Quelques heures après cette sortie en forme d'aveu dans l'émission d'Yves Calvi C dans l'air, et sans doute après quelques remontrances de Matignon ou de l'Elysée, Pierre Lellouche appelait les journalistes pour rectifier son propos qui avait été « mal compris ».
Mais l'affaire Bettencourt remet sur le tapis ce bouclier fiscal qui ne passe décidément pas, et qui restera le symbole d'une injustice que la crise et les mesures d'austérité drastiques qui s'annoncent rendent carrément insupportable.
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04.07.2010
Remaniement en octobre : qui part, qui reste, qui piaffe ?
Rapportée cette semaine par Le Canard enchaîné, cette petite phrase de Nicolas Sarkozy annonce une bonne ambiance estivale au sein du gouvernement. « L'ablation » -comprendre le remaniement gouvernemental- est annoncée pour cette rentrée. Rue89 sort sa boule de cristal.
Qui ne voudrait passer à la roulette du dentiste de l'Elysée ? Le dernier sondage TNS Sofres du Figaro magazine a achevé de plomber le moral des ministres, car les deux têtes de l'exécutif plongent dans l'abîme de l'impopularité :
- 71% (+4) des sondés ne font pas confiance à Nicolas Sarkozy,
- 61% (+4) des sondés ne font pas confiance à François Fillon.
Afin d'y voir plus clair, dans la perspective du remaniement gouvernemental annoncé pour octobre, passons en revue les forces en présence. Et d'abord, les sortants.
Ceux qui sont condamnés par les affaires
Par temps de crise, évitons les excès. Cet adage est devenu le nouveau mot d'ordre de la présidence de la République. La page bling-bling est définitivement tournée, place à l'ensemble robe de bure/spartiates. Les premières victimes seront bien sûr les plus symboliques :
- Christian Blanc, le secrétaire d'Etat au Développement de la région capitale, qui a commandé pour 12 000 euros de cigares -les Partagas D4 sont chers- aux frais de la République et finalement remboursé 4 000 euros, est condamné ;
- Rama Yade, rattrapée par son coup d'éclat luthérien sur le coût -589 euros- des chambres d'hôtel de l'équipe de France, et dont le secrétariat d'Etat aux Sport a dérapé en notes de frais ;
- Alain Joyandet, secrétaire d'Etat à la Coopération et à la Francophonie, est devenu un cumulard des affaires : outre un permis de construire illégal sur la côte d'Azur, il lui est reproché un usage intempestif des avions de l'ETEC.
Les affaires de logement de fonction -un thème sensible dans l'opinion- pourraient aussi faire chuter une kyrielle de ministres :
- celui de l'Industrie, Christian Estrosi, est au premier rang avec son double appartement de fonction ;
- la secrétaire d'Etat chargée de la Politique de la ville, Fadela Amara, vient juste derrière pour avoir mis son appartement de fonction à disposition de sa famille.
Ceux qui sont en balance
Dans la boule de cristal de Rue89, ce sont les plus nombreux. Nicolas Sarkozy l'a affirmé devant les députés UMP, le remaniement d'automne sera large et profond. Objectif : préparer les législatives et la présidentielle de 2012, dans les meilleures conditions.
D'après les confidences de certains participants, personne n'est vraiment à l'abri du coup de balai. A commencer par les proches qui n'ont pas démontré leur brio :
- Brice Hortefeux, l'ami de 30 ans, dont les états de service au ministère de l'Intérieur sont mitigés ;
- Eric Besson qui, au ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale, a provoqué un glissement de terrain idéologique avec le fiasco des débats sur l'identité nationale ;
- Bernard Kouchner, le désormais inexistant ministre des Affaires étrangères, fatigué de se voir constamment doublé par les hommes de l'Elysée ;
- Jean-Louis Borloo, dont les mesures du Grenelle de l'environnement ont été balayées par la « realpolitik » du gouvernement.
Mais ces deux derniers départs, s'ils se confirmaient, auraient aussi l'inconvénient de sonner la fin de l'ouverture… à moins que cela ne soit l'effet recherché. En période de crise, rien de tel que de rassembler son camp en resserrant le gouvernement à droite.
Sans oublier tous ceux dont vous ne connaissez ni le nom, ni l'action, et qui devraient être sacrifiés sur l'autel de l'efficacité gouvernementale, comme l'a réclamé la Cour des comptes.
Ceux qui resteront
A priori, les piliers sarkozystes ne sont pas menacés, notamment ceux qui œuvrent dans les ministères régaliens :
- La ministre de l'Economie, Christine Lagarde, s'est imposée à travers la gestion de la crise économique, devenant un gage de sérieux de l'équipe gouvernementale ;
- le ministre de la Défense, Hervé Morin, sera plus utile dedans que dehors où il pourrait afficher des ambitions présidentielles au nom du Nouveau centre ;
- Luc Chatel, à l'Education nationale, a réussi à maîtriser les débats épineux qui agitent les profs ;
- Michèle Alliot-Marie, au ministère de la Justice, doit terminer la réforme de la procédure pénale, tout en ralliant les milieux judiciaires particulièrement malmenés en début de quinquennat.
Ceux qui piaffent pour en faire partie
C'est sans doute la liste la plus longue, sachant que le nouveau gouvernement compterait un nombre restreint de portefeuilles.
Dans les premières loges, on retrouve tous ceux qui, à droite, ont été sevrés de maroquins ces trois dernières années :
- Jean-François Copé, le président du groupe UMP à l'Assemblée, qui se prépare assidument pour la présidentielle 2017 ;
- son rival direct, Xavier Bertrand, cantonné au parti présidentiel en étant confronté à la désaffection des militants de base de l'UMP ;
- le sénateur Gérard Longuet, blanchi par la justice dans les affaires du Parti républicain (PR), et qui devait déjà faire parti du dernier remaniement ;
- Philippe Douste-Blazy, dont l'éclipse onusienne dure un peu trop longtemps à son goût ;
- le député UMP Hervé Mariton qui, tout en jouant la critique interne, a refusé d'adhérer formellement au nouveau mouvement de Dominique de Villepin.
L'exercice est délicat, car Nicolas Sarkozy doit à la fois donner des gages à son propre camp, tout en ménageant ses alliés, pour mieux museler ses rivaux. Ainsi, Alain Juppé pourrait aussi faire partie de la liste des poids lourds de droite qui intégreraient ce nouveau gouvernement.
18:15 Publié dans lu sur Rue89 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : socialiste, hamon, ps, 2012, sarkozy, changer
03.07.2010
Remaniement en octobre : qui part, qui reste, qui piaffe ?
Rapportée cette semaine par Le Canard enchaîné, cette petite phrase de Nicolas Sarkozy annonce une bonne ambiance estivale au sein du gouvernement. « L'ablation » -comprendre le remaniement gouvernemental- est annoncée pour cette rentrée. Rue89 sort sa boule de cristal.
Qui ne voudrait passer à la roulette du dentiste de l'Elysée ? Le dernier sondage TNS Sofres du Figaro magazine a achevé de plomber le moral des ministres, car les deux têtes de l'exécutif plongent dans l'abîme de l'impopularité :
- 71% (+4) des sondés ne font pas confiance à Nicolas Sarkozy,
- 61% (+4) des sondés ne font pas confiance à François Fillon.
Afin d'y voir plus clair, dans la perspective du remaniement gouvernemental annoncé pour octobre, passons en revue les forces en présence. Et d'abord, les sortants.
Ceux qui sont condamnés par les affaires
Par temps de crise, évitons les excès. Cet adage est devenu le nouveau mot d'ordre de la présidence de la République. La page bling-bling est définitivement tournée, place à l'ensemble robe de bure/spartiates. Les premières victimes seront bien sûr les plus symboliques :
- Christian Blanc, le secrétaire d'Etat au Développement de la région capitale, qui a commandé pour 12 000 euros de cigares -les Partagas D4 sont chers- aux frais de la République et finalement remboursé 4 000 euros, est condamné ;
- Rama Yade, rattrapée par son coup d'éclat luthérien sur le coût -589 euros- des chambres d'hôtel de l'équipe de France, et dont le secrétariat d'Etat aux Sport a dérapé en notes de frais ;
- Alain Joyandet, secrétaire d'Etat à la Coopération et à la Francophonie, est devenu un cumulard des affaires : outre un permis de construire illégal sur la côte d'Azur, il lui est reproché un usage intempestif des avions de l'ETEC.
Les affaires de logement de fonction -un thème sensible dans l'opinion- pourraient aussi faire chuter une kyrielle de ministres :
- celui de l'Industrie, Christian Estrosi, est au premier rang avec son double appartement de fonction ;
- la secrétaire d'Etat chargée de la Politique de la ville, Fadela Amara, vient juste derrière pour avoir mis son appartement de fonction à disposition de sa famille.
Ceux qui sont en balance
Dans la boule de cristal de Rue89, ce sont les plus nombreux. Nicolas Sarkozy l'a affirmé devant les députés UMP, le remaniement d'automne sera large et profond. Objectif : préparer les législatives et la présidentielle de 2012, dans les meilleures conditions.
D'après les confidences de certains participants, personne n'est vraiment à l'abri du coup de balai. A commencer par les proches qui n'ont pas démontré leur brio :
- Brice Hortefeux, l'ami de 30 ans, dont les états de service au ministère de l'Intérieur sont mitigés ;
- Eric Besson qui, au ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale, a provoqué un glissement de terrain idéologique avec le fiasco des débats sur l'identité nationale ;
- Bernard Kouchner, le désormais inexistant ministre des Affaires étrangères, fatigué de se voir constamment doublé par les hommes de l'Elysée ;
- Jean-Louis Borloo, dont les mesures du Grenelle de l'environnement ont été balayées par la « realpolitik » du gouvernement.
Mais ces deux derniers départs, s'ils se confirmaient, auraient aussi l'inconvénient de sonner la fin de l'ouverture… à moins que cela ne soit l'effet recherché. En période de crise, rien de tel que de rassembler son camp en resserrant le gouvernement à droite.
Sans oublier tous ceux dont vous ne connaissez ni le nom, ni l'action, et qui devraient être sacrifiés sur l'autel de l'efficacité gouvernementale, comme l'a réclamé la Cour des comptes.
Ceux qui resteront
A priori, les piliers sarkozystes ne sont pas menacés, notamment ceux qui œuvrent dans les ministères régaliens :
- La ministre de l'Economie, Christine Lagarde, s'est imposée à travers la gestion de la crise économique, devenant un gage de sérieux de l'équipe gouvernementale ;
- le ministre de la Défense, Hervé Morin, sera plus utile dedans que dehors où il pourrait afficher des ambitions présidentielles au nom du Nouveau centre ;
- Luc Chatel, à l'Education nationale, a réussi à maîtriser les débats épineux qui agitent les profs ;
- Michèle Alliot-Marie, au ministère de la Justice, doit terminer la réforme de la procédure pénale, tout en ralliant les milieux judiciaires particulièrement malmenés en début de quinquennat.
Ceux qui piaffent pour en faire partie
C'est sans doute la liste la plus longue, sachant que le nouveau gouvernement compterait un nombre restreint de portefeuilles.
Dans les premières loges, on retrouve tous ceux qui, à droite, ont été sevrés de maroquins ces trois dernières années :
- Jean-François Copé, le président du groupe UMP à l'Assemblée, qui se prépare assidument pour la présidentielle 2017 ;
- son rival direct, Xavier Bertrand, cantonné au parti présidentiel en étant confronté à la désaffection des militants de base de l'UMP ;
- le sénateur Gérard Longuet, blanchi par la justice dans les affaires du Parti républicain (PR), et qui devait déjà faire parti du dernier remaniement ;
- Philippe Douste-Blazy, dont l'éclipse onusienne dure un peu trop longtemps à son goût ;
- le député UMP Hervé Mariton qui, tout en jouant la critique interne, a refusé d'adhérer formellement au nouveau mouvement de Dominique de Villepin.
L'exercice est délicat, car Nicolas Sarkozy doit à la fois donner des gages à son propre camp, tout en ménageant ses alliés, pour mieux museler ses rivaux. Ainsi, Alain Juppé pourrait aussi faire partie de la liste des poids lourds de droite qui intégreraient ce nouveau gouvernement.
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