10.03.2010

Sarkozy le « PPP » (prince pompier pyromane)

Mardi matin, deux nouvelles claironnées à la radio. La première : le ministre de l'Education Luc Chatel « s'attaque à l'absentéisme » à l'école. La seconde, Nicolas Sarkozy « autorise le retour » d'une jeune Marocaine expulsée dans des conditions indignes. Dans l'un et l'autre cas, les deux responsables sont présentés comme des hommes d'action.

Luc Chatel propose ainsi d'aller chercher des remplaçants parmi les étudiants ou les jeunes retraités. Pourquoi pas chez les militaires, pendant qu'on y est ? Mais qui s'interroge sur le problème de départ : le fait qu'il n'y a plus assez de remplaçants disponibles dans l'éducation nationale ? N'est-ce pas le résultat d'une politique de suppressions de postes, encouragée par le gouvernement actuel ?

Dans le second cas, que s'est il passé ? Dans le Loiret, une lycéenne, Najlae Lhimer, frappée par son frère, va porter plainte à la gendarmerie. N'ayant pas de titre de séjour, elle est arrêtée et expulsée au Maroc, selon les directives émises par Nicolas Sarkozy et son zélé ministère de l'Immigration et de l'identité nationale.

Le fait du prince

Au château, le prince, découvrant l'affaire, s'offusque et décide d'intervenir. Il choisit de lever le pouce le 8 mars, une journée symbolique, après avoir reçu un collectif de femmes.

Son dévoué ministre chargé des expulsions, Eric Besson vante ce « geste humanitaire » : la France est « fidèle à sa tradition républicaine d'accueil ».

On ne peut évidemment que se réjouir de la nouvelle, avec Najlae Lhimer et bien d'autres femmes sans-papiers soumises à des problèmes similaires.

Mais la joie du retour ne doit pas faire oublier la situation de départ. Si la jeune fille, menacée de mariage forcé dans son pays, a d'abord été renvoyée au Maroc, sans qu'aucun fonctionnaire ne réagisse, c'est avant tout le fruit d'une politique : celle de l'expulsion « au chiffre ». Le pompier pyromane n'a pas besoin de lauriers

09.03.2010

Mobilisation tous azimuts pour sauver l'hôpital Trousseau

La mobilisation « Pour un nouvel hôpital Trousseau » a quelque chose d'impressionnant : déjà plus de 7 600 soutiens sur Facebook, et une manifestation publique hier qui a réunie médecins, politiques et surtout des patients ou anciens patients, mobilisés pour la défense de l'hôpital parisien dédié aux soins de l'enfant.

Situé dans le XIIe arrondissement, l'hôpital s'est saisi de l'actualité des régionales pour tenter d'empêcher son démantèlement programmé par la direction de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) : celle-ci a prévu le départ des « surspécialités médicales et chirurgicales » pour les deux grands autres hôpitaux pédiatriques parisiens, Necker ou Debré.

Pour l'AP-HP, « l'excellence tient aux équipes, pas aux locaux »

A l'AP-HP, on trouve exagérée l'émotion suscitée par ce projet, et on rappelle qu'il ne s'agit en aucun cas de fermeture mais d'une « réorganisation » contenue dans le grand chantier des pôles hospitaliers. Un porte-parole souligne :

« Attention à la désinformation : Trousseau restera un hôpital de proximité, mais il ne peut pas y avoir de centre de référence et de centre universitaire dans les 37 sites de l'AP. L'excellence tient aux équipes, pas aux locaux. Et Necker et Debré ne sont pas à plus de 8 km de Trousseau. »

 

De son côté, le collectif des pédiatres est allé jusqu'à imaginer un projet alternatif de regroupement des bâtiments, qui coûterait 110 millions d'euros. Il trouve « incohérent » de maintenir à Trousseau une maternité de niveau 3 toute neuve tout en faisant disparaître les spécialités médico-chirurgicales.

Son porte-parole, le docteur Daniel Annequin, rappelle que l'enquête de satisfaction des usagers place l'hôpital en tête des trois établissements parisiens. (Voir le graphique)

saphora

Une enquête qui date de 2006, et « se penche surtout sur ce que les patients ont pensé de l'accueil plus que de la performance médicale », tempère l'AP-HP.

Hôpital pavillonnaire, ancien, Trousseau est « connu internationalement », rappelle Daniel Annequin, pour certains services (comme la chirurgie maxillo-faciale, l'ORL, l'hémato-oncologie, la néphrologie, la pneumologie) et reconnu comme centre de référence sur la migraine de l'enfant.

Certains témoignages recueillis sur le site donnent un aperçu de l'attachement très fort de parents dont les enfants ont été hospitalisés là-bas.

Un parent : « Un niveau de professionnalisme incroyable »

Dans le cas d'une maladie rare :

« Je suis médecin et maman d'une petite Juliette âgée de dix-huit mois, née avec un syndrome de Pierre Robin isolé méconnu jusqu'à la naissance. (…) La prise en charge a été optimale avec enfin des gens qui possédaient l'expérience, la connaissance du syndrome et surtout des solutions adaptées. »

 

Dans le cas d'une leucémie :

« Lorsque le diagnostic d'une leucémie aiguë fut posé pour notre petite fille de 5 ans, c'est le ciel qui nous tombait sur la tête. »

 

Ce parent témoigne d'un « niveau de professionnalisme incroyable dans la précision du diagnostic et la mise en place d'un traitement complexe, adaptée et prolongé », et d'un « dévouement de tous les instants »

« Quand après trois ans de traitement, alors que la petite fille vit une sorte de renaissance, que les séquelles d'un traitement aussi lourd disparaissent peu à peu, on apprend qu'on veut fermer Armand-Trousseau, on est abasourdi ! »

 

Aux cotés des médecins, des personnalités qui ont été soignées telles que Benabar ou Jamel Debbouze dans cet hôpital se mobilisent. Un défilé partira de l'hôpital ce lundi à 16 heures.

Parmi les politiques qui ont dit leur opposition au projet de démantèlement :  Jean-Paul Huchon pour le PS

07.03.2010

« Médecine du travail : le Medef est dans le mur »

Gabriel Paillereau, licencié pour avoir dénoncé les dérives des services de santé au travail, pointe l'immobilisme du gouvernement.

La peinture d'un médecin (Jared Rodriguez/Truthout.org/Flickr)

C'est un cri d'alarme poussé par un ancien responsable patronal de la médecine du travail. Licencié à l'automne dernier après avoir dénoncé les abus de certains services, Gabriel Paillereau, ex-délégué général du Cisme (Centre interservices de santé et de médecine du travail en entreprise), pointe l'immobilisme du gouvernement, soupçonné de vouloir privatiser un système en déshérence. Une enquête conjointe de France Inter et Rue89.

« La réforme ? Tout faire pour que rien ne change »

Deux ans après notre première enquête sur la médecine du travail, qui expliquait comment l'argent de la santé des salariés finançait les comités locaux du patronat, la réforme promise par le gouvernement patine. Les cinq confédérations syndicales ont refusé de signer le texte proposé par le Medef. Pire : certains services de santé au travail servent toujours de « caisse noire » aux Medef territoriaux, dont ils paient les permanents et les structures.

Ce scandale, Gabriel Paillereau le connaît bien. Il fut de 1994 à 2009 le délégué général du Cisme, l'organisme qui représente et défend les intérêts de 300 services inter-entreprises.

Licencié le 18 septembre 2009 pour « cause réelle et sérieuse », il s'exprime pour la première fois afin de dénoncer l'immobilisme du gouvernement et de l'organisation patronale qui a échoué à convaincre les syndicats de réformer un système à bout de souffle :

« Ce qui me frappe, c'est de tout faire pour que rien ne change. En réalité, la réforme proposée par Xavier Darcos n'est que la poursuite de ce qui existait déjà. […] Le gouvernement n'a pas pris la mesure du problème. Pourtant, il y a eu des tas de rapports ces dernières années… » (Voir la vidéo)

 


 

La lettre de trop qui provoque son licenciement

Combien de services de santé au travail sont touchés par ces dérives ? Difficile à dire. Parmi les cas que nous avions soulevés en 2008, certains n'ont pas forcément clarifié leur fonctionnement. En particulier sur les questions de gouvernance et de transparence. Gabriel Paillereau les évalue à 10% du total des services.

En tout cas, son franc-parler va lui coûter cher. Tout part d'une lettre qu'il adresse le 18 mai 2009 à Jean-René Buisson, l'homme du patronat dans la négociation qui s'est engagée avec les partenaires sociaux. Dans ce courrier, Gabriel Paillereau fustige les « problèmes » de certains services, dont ceux d'Amboise et de Toulouse :

« Le premier a effectivement sombré tout récemment à la suite d'une affaire d'abus de biens sociaux impliquant l'ancien président, qui a conduit à sa liquidation judiciaire ; le second pourrait se retrouver lui aussi au premier plan de l'actualité dans les prochains jours ou les prochaines semaines. »

 

A Toulouse, Gabriel Paillereau sait de quoi il parle : son épouse dirige l'AMST, 185 000 salariés suivis. Elle a été licenciée en janvier 2009 (motif : « insuffisances professionnelles ») pour s'être opposée à la politique du nouveau président, Henry Mathon.

En guise de réponse à sa lettre, le délégué général du Cisme est lui aussi licencié. Les hommes forts du Medef estiment qu'il a « mis en accusation » les représentants toulousains. Les deux licenciements font l'objet d'une procédure aux prud'hommes.

Dans sa lettre à Jean-René Buisson, Gabriel Paillereau fait plusieurs allusions au cas toulousain :

« Comment imaginer que les organisations patronales conservent le moindre crédit si, par leur silence, elles couvrent les actions délétères de certains de leurs représentants au niveau local ? » (Voir la vidéo)

 


 

Toulouse, le laboratoire social du patronat

Dans cette crise toulousaine, les anomalies sont nombreuses :

  • un montage qui distingue le service de santé au travail (AMST) et une association « patrimoniale » (AST) qui possède des bâtiments loués par le service, à raison de 400 000 euros par an, or l'AST est aux mains des responsables patronaux locaux, avec un joli pactole de 2 millions d'euros ;
  • une gouvernance aux mains de 14 employeurs (sur 9 000 entreprises adhérentes) qui se renouvellent uniquement par cooptation ;
  • un fonds de réserve qui s'élève à 4 millions d'euros placés en Sicav de trésorerie ;
  • enfin, un agrément de l'Etat, qui fait défaut depuis 1997… fragilisant le fondement juridique des décisions prises par les médecins du travail, le service ayant depuis avril 2009 un agrément conditionnel qui n'est plus valable aujourd'hui.

Or, sans cet agrément, rappelle le docteur Bernard Inchauspé, représentant CFE-CGC à l'AMST, les décisions d'aptitude sont virtuellement nulles. (Ecouter le son)

 

Pour Gabriel Paillereau, le cas de Toulouse sert de laboratoire social aux éléments les plus radicaux du patronat. (Voir la vidéo)


 

Chose rare chez les médecins du travail : une majorité d'entre eux s'opposent à la fusion prévue avec un autre service (CMTA). Ils ont même fait grève pour manifester leur mécontentement. Ils dénoncent la vision « productiviste » du président de l'AMST, Henry Mathon. Pour Bernard Inchauspé, l'enjeu est aussi d'éviter de nouveaux scandales, type amiante :

 

Les réponses d'Henry MathonPrésident de l'AMST depuis juillet 2008, Henry Mathon réfute point par point les accusations dont il fait l'objet : (Télécharger ses réponses)

« La santé au travail en France est confrontée à une réalité économique et démographique simple : il y a de moins en moins de médecins du travail et de plus en plus de salariés à suivre ; ce qui “ rend la situation actuelle intenable ” selon les propres mots de Monsieur Xavier Darcos, ministre du Travail, prononcés le 4 décembre 2009 dans le cadre d'une réunion du comité d'orientation sur les conditions de travail.

De nouveaux textes règlementaires sont annoncés avant la fin du 1er semestre 2010. En attendant, les services de santé au travail doivent faire face et ce, pour certains, depuis plusieurs années.

C'est dans cette seule circonstance de pénurie en médecins du travail que le mot “ productivité ” a été employé. »

 

Derrière cette « expérience » toulousaine, Gabriel Paillereau décèle aussi les ambitions de certains acteurs issus du monde de l'assurance (Henry Mathon est aussi dirigeant d'une mutuelle).

Il l'avait d'ailleurs souligné dans la lettre qui a déclenché son licenciement, en soulignant les projets d'un certain… Guillaume Sarkozy, numéro 2 du groupe Médéric-Malakoff.

04.03.2010

Les incohérences de France 3 autour d'un reportage sur Novelli

La position de France 3 est difficile à comprendre : la chaîne intervient personnellement auprès du député socialiste Jean-Patrick Gille pour qu'il retire de sa page Facebook un reportage évoquant le passé d'extrême droite d'Hervé Novelli, mais elle ne fait rien pour en supprimer le contenu directement à la source : Dailymotion.

Le document incriminé ? Un reportage que France 3 Centre avait réalisé et diffusé en mars 2009. (Voir la vidéo)


 

C'est le journal Libération qui sortait l'info mercredi matin. Réalisé par Xavier Naizet, le reportage avait déjà fait parler de lui à l'époque. En creusant dans le passé de l'actuel secrétaire d'Etat au Commerce, le journaliste y soulignait son appartenance passée au Front national ainsi qu'au Parti des forces nouvelles.

Pour le CSA, le document pose problème. Selon le Conseil supérieur de l'audiovisuel, le traitement des personnes de Serge Lepeltier et d'Hervé Novelli y est disproportionné et porte préjudice au secrétaire d'Etat.

Vidéo supprimée pour « éviter des embarras au rédacteur en chef »

Jean-Patrick Gille a directement enlevé la vidéo de sa page Facebook :

« Le rédacteur en chef local de France 3 Centre m'a téléphoné et semblait vraiment embêté. L'ordre venait d'en haut et je n'ai pas voulu lui causer d'embarras.

Surtout que le reportage lui avait déjà causé quelques soucis au moment de sa diffusion. Si je me souviens bien, un des journalistes qui y intervient [Guillaume Delacroix, ndlr] n'est parfois pas loin de la diffamation.

Je n'ai pas voulu en rajouter une couche. »

 

Directives parisiennes

C'est le service médiation de France Télévisions qui est à l'origine de l'affaire. Marie-Laure Augry, médiatrice, explique :

« Un téléspectateur nous a contactés pour nous informer de l'existence de cette vidéo sur le Facebook de monsieur Gille. On en a pris note et on en a parlé [au service de] l'information de proximité.

Mais si ce téléspectateur ne nous avait rien fait remarquer, on n'aurait jamais rien fait. »

 

La nouvelle arrive donc sur le bureau d'Olivier Loubet, à la direction de l'information de proximité. Ce qui s'est passé ensuite, difficile à dire. Monsieur Loubet étant absent ce mercredi, il n'a pu répondre à nos questions.

Quels problèmes de droits d'auteurs ?

Cette vidéo dérange, on l'aura bien compris. Pourquoi ? Parce qu'elle porte atteinte aux droits d'auteur ? En tout cas, comme l'explique Isabelle Derome du service juridique de France Télévisions, on ne leur a rien dit de cet abus :

« Je fais partie des personnes qu'on contacte en cas d'atteinte aux droits d'auteur sur Internet pour France Télévisions, même si je ne suis pas la seule car d'autres services peuvent aussi s'en occuper.

En général, quand on constate un abus sur la Toile, on en avertit directement les sites comme Youtube et Dailymotion afin qu'ils suppriment les vidéos qui nous appartiennent.

Mais en ce qui concerne ce reportage, je n'ai été au courant de rien. Je viens de me renseigner et tout le dossier a été traité par Olivier Loubet. »

 

Chez France Télévisions interactive, où sont gérés les contenus et les sites Internet, on n'a pas non plus été averti de l'abus. D'ailleurs, Marie-Laure Augry légitime l'intervention auprès de Jean-Patrick Gille d'une nouvelle manière :

« C'est surtout parce que le reportage a fait l'objet d'une mise en demeure de la part du CSA qu'on lui demandé de la supprimer. »

 

Et pourquoi ne pas s'adresser directement à Dailymotion pour qu'il l'élimine de sa base de données ?

« Ça, je ne sais pas si ça a été fait. Il faudra le demander à Olivier Loubet. »

Avant Xynthia, Sarkozy voulait « construire en zone inondable »

La polémique, qu'il avait initiée après le passage meurtrier de la tempête Xynthia en France, lui revient comme un boomerang. Lundi, depuis L'Aiguillon-sur-Mer (Vendée), Nicolas Sarkozy avait fait savoir qu'il avait demandé une mission d'inspection « pour comprendre ce qui s'est passé ».

Ajoutant :

« Il faut qu'on s'interroge pour savoir comment en France, au XXIe siècle, des familles peuvent être surprises dans leur sommeil, mourir noyées dans leur maison. […] On ne peut pas transiger avec la sécurité. De mon point de vue, la sécurité est prioritaire. »

 

Le président de la République n'a cependant pas toujours tenu ce discours. Le 29 avril dernier, lors de l'inauguration de l'exposition sur le Grand Paris, le chef de l'Etat affichait une priorité autre :

« Quel est le problème ? C'est la réglementation. Il faut libérer l'offre. Pour le coup, il faut déréglementer. […] Il faut rendre constructible les zones inondables, mais par des bâtiments adaptés à l'environnement et au risque. […] Allez, pour être plus clair, parce que j'ai conscience de ne pas l'être assez, il faut changer notre façon de concevoir les choses, sortir du respect passif d'une réglementation de plus en plus pesante.

Il ne s'agit nullement de laisser le champ libre au marché, mais il faut que la ville vive, respire, évolue, se développe en respectant des règles fortes, compréhensibles, efficaces, écologiques. […] J'ai demandé que soit conduite cette réflexion approfondie sur ce changement de philosophie de notre droit de l'urbanisme. » (Voir la vidéo à 26'20'')

 


 

« L'assouplissement des règles établies, vanté par Nicolas Sarkozy […] a d'étranges résonances aujourd'hui », fustige ce mercredi le NPA dans un communiqué :

« Bien évidemment, le Grand Paris n'est pas la côte atlantique, récemment dévastée par la tempête et qui a causé tant de malheurs et de victimes. Mais ce sont des propos qui peuvent justifier ce qui s'est fait ailleurs, dans un certain nombre de communes. Et à ce titre, ils sont condamnables. »

 

Sarkozy souhaitait aussi « assouplir la Loi Littoral »

Le parti anticapitaliste n'est pas la seule formation politique à dénoncer le double langage du président de la République. La tête de liste d'Europe Ecologie en Ile-de-France, Cécile Duflot, mardi au micro de France Info, pointe des déclarations plus anciennes du chef de l'Etat mais tout aussi contradictoires :

« La mise en cause de la loi littoral, c'est le candidat Sarkozy lui-même qui avait commencé. Il avait dit en avril 2007 : il faut assouplir la loi littoral pour que les communes puissent se développer normalement. » (Voir la vidéo à 0'50'')

 


 

Des propos retrouvés par le NouvelObs.com. Interrogé sur la loi littoral de 1986, dans l'hebdomadaire Le Marin paru le 13 avril 2007, le candidat Sarkozy déclarait que le texte méritait « d'être mise à jour sans pour autant que l'économie générale du dispositif soit bouleversée » :

« Je crois qu'il faut à la fois la renforcer pour mieux lutter contre les cas de détournement qui ont été constatés, et l'assouplir pour ne pas entraver le développement normal des communes, tout en conservant l'objectif général de protection de l'environnement. »

05.02.2010

« La garde à vue ? Une politique du chiffre. » Parole de flic

Délits routiers « oubliés » dans les statistiques, paperasse envahissante, politique du résultat : des policiers analysent la récente polémique autour des chiffres de la garde à vue.

« Le nombre de gardes à vue augmente d'année en année. Tout cela se justifie principalement par une politique du chiffre, par une culture du résultat », explique Pierre Marco, commandant de police affilié à l'Unsa, avant de reprendre :

« Le problème, c'est que la garde à vue, c'est un bon moyen pour juger de l'activité d'un service de police. Le chiffre, on peut le faire en mettant des contraventions, en faisant des contrôles d'étrangers en situation irrégulière, et bien sûr en mettant en garde à vue. »

 

Depuis 2002 et l'apparition de la politique du résultat, le nombre de gardes à vue a augmenté de 67 %. L'an passé, Patrick Klugman, vice-président de SOS Racisme, conseiller de Paris et avocat, citait, dans Le Livre noir de la garde à vue, le chiffre d'1% de la population placée en garde à vue en 2008. Aujourd'hui, un jeune adulte sur deux risque, au moins une fois dans sa vie, de faire l'objet d'une retenue dans un local de police ou de gendarmerie.

Un petit oubli de 300.000 gardes à vue

Principale cause de cette explosion, les délits routiers. C'est un livre de Matthieu Aron qui a mis le feu aux poudres la semaine dernière révélant l'oubli de 300.000 gardes à vue.

Réponse politique immédiate : dès le jour de la sortie du livre, Gérard Gachet, porte-parole du ministère de l'Intérieur, vient apporter ses corrections.

Selon lui, le chiffre des gardes à vue serait en effet de 800.000, et non de 600.000 comme l'annonçaient les chiffres officiels publiés le 14 janvier dernier.

« Il y a deux comptabilités distinctes », estime Gachet : l'outil statistique ne tiendrait pas compte de 200.000 gardes à vue pour des délits routiers, ni de celles pratiqués outre-mer. Reste que sur le terrain, au-delà des finesses de comptabilité, on est tenu de faire avec ces gardes à vue supplémentaires.

Patrick Ribeiro, du syndicat Synergie, deuxième syndicat de policiers en France explique :

« Les 200.000 gardes à vue pour des délits routiers, c'est essentiellement des conduites en état d'ivresse - avant ça n'existait pas.

Mais petit à petit, les magistrats ont décidé que le dégrisement était une zone de non-droit - sans avocat, sans médecin -alors qu'en général le dégrisement c'est juste un endroit où on vous laisse dormir quand vous êtes bourré-, pour parler vulgairement.

Certains magistrats ont décidé d'encadrer cette période, en lui donnant tous les droits de la garde à vue. Car paradoxalement, la garde à vue est le seul espace créateur de droit ».

 

Un espace créateur de droits, et de devoirs aussi. L'augmentation des gardes à vue a créé un surplus de travail considérable chez les officiers de police judiciaire.

« La garde à vue, c'est une cascade de travail »

Pascal Nizan, responsable du syndicat Alliance 75 à Paris note :

« L'augmentation du chiffre passe par l'augmentation des gardes à vue, mais c'est à chaque fois une énorme contrainte pour l'officier de police judiciaire. La garde à vue, c'est une cascade de travail qui fait que tout est engorgé : ça va très vite, et l'officier de police judiciaire se retrouve vite dans l'impasse »

 

Patrick Ribeiro :

« Ce qu'il faudrait, c'est une procédure allégée qui permette de pouvoir entendre des gens pendant cinq ou six heures sans les mettre en garde à vue, presque sans paperasse. Le problème, ce n'est pas les droits, c'est la multiplication des demandes : demande de médecin, demande d'avocat, ça prend plusieurs pages à chaque fois.

Et si l'on n'arrive pas à joindre l'avocat, on doit l'écrire, écrire aussi qu'on a essayé d'en joindre un autre. C'est très long, très fastidieux, très compliqué. »

 

Cette demande de simplification de la procédure de garde à vue de la part des officiers de police judiciaire intervient au moment même où, en pleine discussion sur les réformes de la procédure pénale, la France se retrouve une nouvelle fois dans le collimateur de la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), pour ne pas autoriser la présence d'un avocat notamment lors des interrogatoires de police.

Une question qu'aura à démêler le rapport Léger, attendu au printemps, qui pourrait renforcer la présence de l'avocat dans certains cas tout en allégeant et simplifiant la procédure de garde à vue dans d'autres.

« La garde à vue nécessaire pour les vraies histoires de criminalité »

Les officiers de police actuellement consultés dans le cadre du rapport tiennent à rester vigilants, comme le précise Patrick Ribeiro.

« Il ne faut pas mélanger les genres. Là où la garde à vue est nécessaire, c'est pour les vraies histoires de criminalité. C'est impératif. Il faut alléger certaines procédures, mais si on doit arriver à ce que les vrais méchants soient gardés à vue, avec des droits renforcés, pourquoi pas.

Ce sont ces gardes à vue auxquelles il faut accorder la place : celles qui se font pour proxénétisme, pour viol en réunion, braquage, trafic de stupéfiants, etc. Dans ces cas précis, il ne faut pas que les gens puissent communiquer avec l'extérieur, jusqu'à ce que l'étau se resserre et qu'on finisse par amener les preuves devant la justice. »

 

Dimanche 31 janvier, Michèle Alliot-Marie, garde des Sceaux, a estimé dans une interview sur Europe 1 qu'il y avait « trop » de gardes à vue, estimant que cette mesure était souvent « utilisée pour des raisons qui n'ont pas grand-chose à voir avec la finalité de la garde à vue ».

Brice Hortefeux, ministre de l'Intérieur, a, de son côté, commandé une enquête auprès d'Alain Bauer, président de l'Observatoire national de la délinquance, lui demandant de fournir une analyse très précise des « gardes à vue » intervenant à la suite de délits routiers.

28.01.2010

Le chômage disparaît du programme d'éco de seconde

Le chômage disparaîtra du programme d'économie de seconde à la rentrée 2010. L'initiation aux sciences économiques et sociales, une matière optionnelle, consacrait jusque-là un chapitre entier à « l'emploi, question de société ».

Téléchargez le documentIl balayait notamment les notions de chômage, précarité, discrimination, contrats de travail, etc. C'est un éditeur de manuels scolaires qui a fait fuiter la disparition de ce chapitre auprès d'enseignants en sciences-éco.

Vendredi, des éditeurs étaient en effet conviés au ministère de l'Education pour un briefing sur les nouveaux programmes.

Ces nouveaux programmes sont le fruit du travail d'un groupe d'experts qui comprend :

  • les économistes Christian de Boissieu et Philippe Martin
  • le sociologue François Dubet
  • un représentant de l'inspection générale
  • un inspecteur pédagogique régional
  • Sylvain David, que vous avez déjà découvert sur Rue89 à l'occasion d'articles sur l'enseignement de l'économie. Prof de SES dans le secondaire, il préside l'Association des professeurs de sciences économiques et sociales (APSES), en conflit avec le gouvernement depuis deux ans sur le contenu des programmes.

« Trois réunions en tout et pour tout, qui duraient entre 1h30 et 3h »

Sylvain David a détaillé à Rue89 le fonctionnement du groupe d'experts :

« Trois réunions en tout et pour tout, qui duraient entre une heure trente et trois heures, et qui ont eu lieu entre le 18 décembre et le 12 janvier. Et c'est tout. »

 

Au terme de la première réunion, il a cru réussir à maintenir le chômage dans le corpus. Raté : Sylvain David affirme que le cabinet a fait pencher la balance en faveur de sa suppression -« officiellement parce que c'était trop lourd », glisse Sylvain David qui semble y voir plutôt un biais idéologique.

Bien sûr, la notion sera probablement abordée plus tard au lycée. Sauf que l'option SES est justement destinée à un public plus large, qui inclue les élèves qui choisiront d'autres voies, littéraire ou scientifique.

Alors que le ministère devrait répondre ce mercredi aux questions de Rue89, des blogueurs, économistes et enseignants pour la plupart, commentent cette disparition. Ainsi, Arnaud Parienty, sur le site d'Alternatives économiques, qui conclut ainsi son décryptage des nouveaux programmes de la discipline :

« Pourquoi ce programme est-il marqué par ces funestes orientations ? Peu importe ; laissons à d'autres les théories du complot.

Ce qui ressort en tout cas est que ce programme ne sert pas les élèves et que leur exploration de l'économie (sans même parler des autres sciences sociales) risque de les laisser en rade et sans GPS, les incitant à en rester là.

C'est probablement cette conclusion inacceptable qui est la principale cause de la colère des enseignants. »

 

Professeur de sciences économiques et sociales, Gérard Grosse déplore aussi cette suppression sur le site de l'IDIES :

« Retirer d'un programme d'initiation (“ d'exploration ” dans le vocabulaire ministériel) les sujets qui comptent dans le débat public (le chômage, les inégalités, etc.) et les remplacer par des “ outils ” techniques est déjà symptomatique d'une certaine vision de l'enseignement en général et des sciences économiques et sociales en particulier. »

22.01.2010

Place des Vosges, Jeudi noir s'accroche à sa « Marquise »

L'immeuble squatté par Jeudi noir, place des Vosges à Paris (Julien Martin/Rue89)

Dans la « Marquise », l'hôtel particulier place des Vosges, à Paris, squatté depuis fin octobre par Jeudi noir, les 33 occupants adoptent une nouvelle stratégie. Condamnés à quitter les 10 000 m2 qu'ils occupent depuis le 31 décembre, ils sollicitent le soutien des hommes politiques dans leur lutte contre le mal-logement, à quelques mois des régionales.

Les militants du collectif, qui ont profité d'une couverture médiatique plutôt favorable, n'ont pas l'intention de déserter les lieux. Pourtant, le jugement rendu lundi par le tribunal d'instance du Ve arrondissement de Paris est clair : ils ont huit jours pour plier bagage.

Jonathan, qui habite les lieux depuis les premières heures du squat, s'indigne :

« Nous avons en plus été condamnés à payer 3 400 euros d'indemnités par mois occupé, soit environ 10 000 euros depuis la fin octobre. Dans huit jours, si nous restons, nous devrons verser des indemnités de 25 000 euros ! »

 

Ces étudiants et jeunes travailleurs, âgés de 19 à 37 ans, ont annoncé qu'il feraient appel. Ils peuvent, pour les épauler dans leur bataille, compter sur quelques hommes politiques.

Ce matin, lors de la conférence de presse organisée par le collectif dans la cour de l'hôtel particulier, Jean-Yves Mano, adjoint PS au Logement à la ville de Paris, était présent à leurs côtés :

« Le verdict est scandaleux, l'amende est injustifiée. On cherche à écraser la contestation légitime d'un mouvement de jeunes. Dans ce conflit, la ville de Paris, qui réclame son droit de saisir les immeubles qui ne sont pas habilités, essayera de servir d'intermédiaire. »

 

La « Marquise » pourrait devenir un lieu d'échange sur le mal-logement

A l'approche des élections, Jeudi noir, qui organise déjà des projections de films autour du logement, entend transformer la Marquise un lieu d'échange. C'est ce qu'a expliqué Margot Leduc, étudiante en géographie et occupante des lieux :

« Dans ce bâtiment, on invitera tous les candidats aux régionales pour qu'on puisse réfléchir ensemble à la question du mal-logement. »

 

Secondé par la fondation Abbé Pierre et l'association Droit au logement (DAL), Jeudi noir veut se servir du contexte électoral pour faire avancer ses revendications.

« Nous attendons la gauche au tournant »

Parmi les mesures à prendre selon eux, l'encadrement des loyers et une politique massive de construction de logements sociaux. En octobre, Jeudi noir avait publié « Le Petit Livre noir du logement » (éditions La découverte).

Interpeller les médias ne suffit plus. « On veut forcer l'Etat à appliquer la loi de réquisition des logements vides », affirme Jonathan. D'après ce jeune assistant réalisateur de documentaire, la plupart des politiques qui soutiennent le collectif appartiennent à la majorité actuelle :

« Nous espérons qu'elles ne resteront pas inactives sur ce sujet, y compris après le vote. Nous attendons aussi la gauche au tournant. »

 

Jean-Paul Huchon, président socialiste du conseil régional d'Ile-de-France, et candidat pour un troisième mandat, a ce matin fait parvenir une lettre de soutien au collectif.

Mais tous les partis sont invités à se joindre à Jeudi noir, indique Jonathan :

« Nous avons parmi nous des militants de tous bords : PS, NPA, Europe-écologie, MoDem, nous allons vraiment faire du lobying pour qu'une réelle prise de conscience du problème du mal-logement s'opère. »

 

Le député UMP de Versailles, Etienne Pinte, qui défend la loi de réquisition, était venu ce matin soutenir les squatters.

« C'est la juge qui en a fait une question politique »

Pour les membres du collectif et ses défenseurs, ce glissement de leur bataille vers le champ politique apparaît inévitable :

« En demandant au préfet de reloger les squatters avant de les expulser, c'est la juge elle-même qui en fait une question politique. Le préfet est directement nommé par le ministère de l'Intérieur ! »

 

Comme l'explique Jonathan, les 33 jeunes occupants n'ont donc pas l'intention d'abdiquer :

« En plus de faire appel, nous allons soumettre une proposition à la propriétaire des lieux. Nous souhaiterions signer une convention d'occupation précaire, pour un loyer mensuel de 3 400 euros. Bien sûr, cela ne mettrait pas un point final à l'instabilité de notre situation, mais au moins nous garderions un toit. »

20.01.2010

Otages de France 3 : la fronde des journalistes contre l'Elysée

Après les propos rapportés de Nicolas Sarkozy concernant les deux journalistes de France 3 enlevés en Afghanistan, ce fut dimanche au tour de Claude Guéant, conseiller du président, de les accuser d'amateurisme. En public cette fois-ci.

Interrogé dans « Le Grand Rendez-Vous » d'Europe 1, Claude Guéant a évoqué une « imprudence vraiment coupable », dénoncé les risques que courent les militaires chargés de les retrouver et souligné le coût mis en œuvre pour leur venir en aide :

« Je me souviens que quelques jours seulement après leur disparition on évaluait déjà ce coût à un million d'euros. »

 

Contacté par Rue89, Jean-François Julliard, secrétaire général de Reporters Sans Frontières (RSF) a condamné ces critiques et fait part de son inquiétude :

« Aujourd'hui, il y a un silence autour des deux journalistes. C'est normal pendant des négociations. Mais si demain, nous avons besoin d'une mobilisation populaire, les propos de Nicolas Sarkozy risquent de freiner la campagne. Ce ne sera pas reçu de la même façon. Nous avons écrit à Nicolas Sarkozy et Claude Guéant pour leur en faire part. »

 

La Société des journalistes de France 3 s'est déclarée, elle, « scandalisée » par les propos de Claude Guéant :

« Cette grave remise en cause de nos collègues, kidnappés dans l'exercice de leur métier, révèle un cynisme effrayant. Le conseiller Guéant choisit de polémiquer, alors que leur vie est actuellement en danger. »

 

Les deux journalistes ont été enlevés à 120 km au au nord-est de Kaboul, sur une route réputée dangereuse, alors qu'ils préparaient un reportage pour l'émission Pièces à Conviction.

Une pétition contre les propos de l'Elysée

Selon plusieurs témoignages, tous deux sont des reporters de terrain expérimentés et habitués des zones de conflits (Afghanistan, Bosnie…).

Plus d'une soixantaine de journalistes, dont Florence Aubenas enlevée en 2004 en Irak, ont signé un texte condamnant les propos de l'Élysée :

« Nous ne pouvons pas admettre que des responsables politiques mettent en cause la probité professionnelle de nos confrères et amis.

 

Journalistes et amis, nous n'accepterons pas que la réputation de nos confrères soit salie et diminuée alors même qu'ils sont encore aux mains de leurs ravisseurs et qu'ils n'ont pas encore livré le récit de leur enlèvement ».

 

Selon le Quai d'Orsay, les deux français sont vivants. Aucune autre précision n'a été donnée.

17.01.2010

Identité nationale : Gaudin dérape à son tour à Marseille

Eric Besson était à Marseille pour débattre de l'identité nationale. Il aura suffi que le ministre de l'Immigration s'absente quelques minutes des salons d'honneur de la préfecture des Bouches-du-Rhône pour que le débat dérape.

Le motif : une déclaration du maire de Marseille Jean-Claude Gaudin qui, évoquant les suites du match Algérie-Egypte en novembre, a parlé de « 15 000 musulmans qui ont déferlé » dans le centre-ville de Marseille.

Ces propos, le vice-président de l'UMP les aurait en fait tenu un peu plus tôt dans l'après-midi, à l'occasion d'une réunion organisée par son parti dans les salons d'honneur du stade Vélodrome et qui portait déjà sur le thème de l'identité nationale.

Le maire s'était exprimé au même titre qu'Eric Besson ou d'autres intervenants, et avait choisi de revenir sur les débordements qui avaient suivi, à Marseille, la victoire de l'Algérie face à l'Egypte à l'occasion des éliminatoires de la Coupe du monde de foot.

Un militant UMP d'origine algérienne revient sur les propos du maire de Marseille

Or, parmi les invités du débat en Préfecture, de nombreuses personnes étaient également présentes l'après-midi lorsque le maire a évoqué « la déferlante ». Des propos qui ont suffisamment choqué certains, dont un militant UMP d'origine algérienne, pour qu'ils les rapportent au second débat, en préfecture. Devant 200 personnes mais en l'absence d'Eric Besson, le ministre s'étant absenté le temps qu'aura duré l'altercation. (Voir la vidéo)


 

Le premier, militant UMP, s'est dit « blessé » et choqué par l'attitude de Jean-Claude Gaudin. :

« Je compromets peut-être mon avenir politique en vous le disant publiquement, mais vous m'avez blessé, ma famille et les 200 000 musulmans qui vivent à Marseille. J'espère vraiment que ce n'était qu'un dérapage. »

 

La seconde, enseignante en histoire-géo, « de gauche », a été plus précise sur ce que l'un et l'autre reprochaient au maire :

« J'ai été vraiment heurtée par les propos que je cite : il a dit à propos de la célébration de la victoire algérienne, “15 à 20 000 musulmans ont déferlé dans les rues de Marseille”. En tant qu'enseignante, ce langage me rappelle la période coloniale. Il s'agissait de 15 à 20 000 franco-algériens, pas de musulmans. »

 

Gaudin aurait aimé « qu'il y ait eu des drapeaux français sur la Canebière »

Jean-Claude Gaudin, passablement remonté, a tenté de se justifier. D'abord en louant la tradition d'accueil d'une « ville habituée à l'étranger » et en reprenant le déroulé de son propos :

« Lorsqu'il y a un match de foot où l'Algérie gagne et où ceux d'origine algérienne ou de confession musulmane veulent faire la fête, nous sommes très heureux qu'ils la fassent.

 

J'aurais simplement aimé que sur la Canebière, lorsqu'il y a eu 15 000 personnes, où il y a eu une multitude de drapeaux algériens, qu'il y ait eu aussi quelques drapeaux français parce que la France est généreuse ».

 

Avant de s'emporter, encore :

« Vous n'avez pas très bien compris ni assimilé ce que je dis. Depuis quinze ans que je suis maire, l'étranger est accueilli avec un E majuscule. Je fais tout pour que la ville soit unie et soudée et je n'accepte pas ce genre de propos.

Peut-être me suis-je mal exprimé, mais si je me suis mal exprimé, j'ai rétabli maintenant la vérité. Allez, terminé ! »

 

La suite du débat aura été scandée par les interventions d'invité(e)s saluant la présence non pas du ministre Eric Besson mais de Nora Preziosi, conseillère municipale UMP de Marseille, issue des quartiers nord et visiblement amie avec une grande partie de l'assemblée.

Photos : Jean-Claude Gaudin avec le ministre de l'Immigration Eric Besson à Marseille vendredi (Jean-Paul Pelissier/Reuters)

Addendum le 16/1 à 18h27. Patrick Menucci, chef du groupe socialiste à la mairie, a commenté les déclarations de Jean-Claude Gaudin :

« C'est une déclaration terrifiante, j'ai de la considération pour Jean-Claude Gaudin et je pense justement que ces propos, qui sont inqualifiables, sont le fruit du débat sur l'identité nationale.

Que le maire de Marseille, vice-président du Sénat, soit amené à dire une chose comme ça, c'est proprement stupéfiant. Ce dérapage verbal est la conséquence même du débat nauséabond que nous a imposé le ministre de l'Immigration. »

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