04.11.2008

Thibault veut mobiliser les salariés

Le secrétaire général de la CGT Bernard Thibault a jugé nécessaire, sur France 5, "des manifestations de rue très rapidement et de manière coordonnée" entre les syndicats.  "Il y a de fortes chances que les salariés soient les victimes principales de cette période", a-t-il insisté.

Il a affirmé avoir "une liste d'entreprises susceptibles de fermer, de mettre sur la paille des milliers de salariés, alors que leur trésorerie ne le justifie pas"."M. Sarkozy a dit qu'il serait intraitable avec les entreprises qui profiteraient de la crise, j'attends des mesures politiques qui montrent que le gouvernement sera intraitable", a poursuivi M. Thibault.

"Il faut refuser les licenciements lorsqu'ils ne sont absolument pas justifiés par la situation économique des entreprises", a déclaré Bernard Thibault. Une réunion entre les organisations syndicales est prévue la semaine prochaine.

 

"Je vais demander au président de la République, à une échelle internationale, parce que ceux qui sont responsables de ces mouvements (de licenciement) sont principalement des groupes internationaux, (...) de permettre aux salariés d'user d'un droit de veto, avec une expertise économique de la situation de ces entreprises, avant les licenciements", a-t-il ajouté. Le président de la République reçoit lundi à l'Élysée l'ensemble des organisations syndicales avant le sommet du G20 du 15 novembre.

Le climat social de cette semaine s'annonce relativement tendu. A Air France, le vote vendredi soir par les députés d'une disposition permettant de retarder le départ en retraite des pilotes de 60 à 65 ans a amené le principal syndicat SNPL France-Alpa à lancer un mot d'ordre de grève pour la période du 14 au 17 novembre. "Dans le contexte économique de crise, cette mesure déclenchera des conséquences dramatiques en matière d'emploi des pilotes de ligne", estime le syndicat.

 

Un mouvement des agents de conduite doit également avoir lieu à la SNCF, à l'appel de la CGT et SUD. Il débutera mercredi à 20 heures et s'achèvera vendredi matin à 8 heures. En cause : une modification de la réglementation sur le temps de travail et les temps de repos des conducteurs du secteur du fret.

Economie

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Cacophonie à droite sur la réforme de La Poste

Le gouvernement veut-il abandonner l'ouverture du capital de La Poste ? Invité du Grand Rendez-Vous Europe1/Le Parisien-Aujourd'hui en France, Henri Guaino, conseiller spécial du président de la République a indiqué, dimanche 2 novembre, qu'"il n'est plus question pour l'instant, dans la situation dans laquelle nous nous trouvons, d'ouvrir le capital de La Poste". Mais, quelques heures plus tard, devant les réaction suscitées par ses propos, il a précisé sur France Info que "rien n'est changé, le projet est à l'étude, il n'y a rien de nouveau".

Le projet de changement de statut de la Banque postale, qui a provoqué de vives protestations chez les syndicats, pourrait pâtir de la crise financière. Le président de la République a déjà fait savoir qu'il ne se sentait pas contraint par le projet présenté par le président de La Poste, Jean-Paul Bailly, fondé sur une transformation de l'entreprise publique en Société anonyme en 2010 et une ouverture du capital, à hauteur de 30 % environ, un an plus tard.

 

L'UMP NE VEUT PAS "SURINTERPRÉTER" LES PROPOS DE GUAINO

Le porte-parole du gouvernement avait réagi aux propos de M. Guaino en assurant que l'ouverture du capital de la Poste n'était "pas d'actualité". " Il n'en demeure pas moins que La Poste a besoin d'argent pour financer son développement et pour se préparer à l'ouverture de la concurrence, à l'ouverture des marchés en 2011", a-t-il immédiatement ajouté. Un bémol partagé par le porte-parole de l'UMP, le député Frédéric Lefebvre. "Il ne faut pas surinterpréter", les propos de Henri Guaino, a-t-il assuré.  "Certains ont imaginé qu'il voulait dire qu'il fallait abandonner la réforme, alors qu'en fait, la réforme, elle, est cruciale pour La Poste", a dit M. Lefebvre. "Il faudra regarder quelles seront les conditions du marché à ce moment, agir avec pragmatisme et le faire dans l'intérêt de l'entreprise. En même temps, ça ne doit pas nous éloigner de la réforme qui est d'autant plus indispensable", a-t-il dit.

Les syndicats, satisfaits après les premiers propos d'Herni Guaino, ont vite déchanté. "Le gouvernement annonce la suspension, mais il ne renonce pas au projet", a déclaré Colette Duynslaeger (CGT). "On voit dans cette annonce un encouragement à multiplier les initiatives d'actions pour assurer l'avenir du service public postal et celui des postiers", assure-t-elle.   Sud-PTT, deuxième syndicat, a trouvé cette annonce "très insatisfaisante", et a exigé "l'abandon pur et simple du projet". "La mobilisation doit continuer", a précisé Régis Blanchot, son porte-parole. "C'est un gel mais je pense que le gouvernement a compris que le projet qui avait été présenté était quelque chose qui n'était pas socialement et politiquement tenable", veut croire Jacques Lemercier (FO). 

Nicolas Sarkozy a mis en place une commission composée notamment d'élus et de représentants syndicaux à propos du changement de statut de La Poste. Dès jeudi, trois syndicats ont suspendu leur participation à cette Commission, dénonçant une campagne de communication qui présente comme "inéluctable" le changement de statut de l'entreprise publique.

La CGT a recueilli plus de 292 000 signatures de postiers et d'usagers de la Poste pour sa pétition "Touche pas à ma Poste" lancée dans l'été contre le changement de statut de l'entreprise publique, qu'elle compte remettre mardi à l'Elysée. Par ailleurs, cinq fédérations (CGT, CFDT, CFTC, FO et SUD-PTT) appellent les postiers à une journée nationale d'action le 22 novembre.

03.11.2008

Benoît Hamon veut incarner "le vrai vote utile"

A précisément une semaine du vote, Benoît Hamon encourage les militants à réinstaller le PS "au cœur de la gauche, au cœur des classes populaires et des classes moyennes".

Benoît Hamon, candidat à la succession de François Hollande, a appelé les militants socialistes "au vrai vote utile" pour le congrès de Reims à la mi-novembre, celui pour la motion "Un monde d'avance" qui remettra le PS "au cœur de la gauche".
"Je vous appelle, j'appelle les socialiste au vote utile, au vrai vote utile", celui qui peut conduire le PS à "revenir au cœur de la gauche, au cœur des classes populaires et des classes moyennes", a déclaré le député européen au cours d'une réunion publique devant plus de 500 militants dans le quartier Montparnasse à Paris.
A une semaine précisément du vote des militants sur les motions pour le 75e congrès du parti, Benoît Hamon, 41 ans, a assuré que "quelque chose se passe" à l'intérieur du parti. "Il est maintenant temps d'essayer la différence", a affirmé le député européen, dont la motion est défendue aussi par toute la gauche du parti (Henri Emmanuelli, Jean-Luc Mélenchon, Marie-Noëlle Lienemann) et Pierre Larrouturou, auxquels il a rendu hommage pour leur soutien.

Arme anti-Sarkozy

Crédité de 15 à 20% des voix des militants jeudi prochain, Benoît Hamon a regretté que son parti, "quelque part, donne trop le sentiment d'être une gauche rassasiée, repue". "Cette gauche indifférente au sort des hommes et des femmes de ce pays, si préoccupée par son nombril (...), c'est avec cette gauche rassasiée que nous avons le devoir de rompre à l'occasion de ce congrès", a-t-il lancé sous les vivats d'un public enthousiaste.
Selon lui, "si nous n'avons pas gagné en 2002 et 2007, c'est parce que nous avons manqué au peuple".
Il a défendu "le rassemblement de toute la gauche". Faisant observer qu'il est parfois présenté comme l'arme anti-Besancenot du PS, l'eurodéputé a lancé: "si je dois être une arme, c'est une arme anti-Sarkozy. Nous serons confrontés à trop de violence demain dans la société française pour que nous puissions nous passer d'un seul militant de gauche quand viendra le moment de la résistance".
"Qu'on ne me demande pas d'éteindre le feu Besancenot, ce qui m'intéresse, c'est d'éteindre le feu Sarkozy!", a ajouté Benoît Hamon.

"Un vrai chef"

Il a tenu délibérément le discours d'un homme qui s'appelle à gouverner le PS, appelant "à la gravité et la solennité" car "il est loin d'être acquis que de la crise naisse un progrès, il n'y a pas d'automaticité".
"Nous allons au-devant d'une grande catastrophe sociale. Et il n'y a pas de grande crise sociale sans crise politique", d'où la lourde responsabilité du PS, a jugé Benoît Hamon.
Il s'en est pris à "ceux et celles (au PS) qui enracinent l'idée qu'on peut être de gauche et sarko-compatible". "Ceux-là nous ont fait du mal. Ils n'auront aucune place dans la nouvelle direction du PS" que Benoît Hamon espère constituer autour de lui.
Le leader socialiste a estimé qu'"une bataille est d'ores et déjà gagnée" car les autres responsables PS "sont tous venus sur notre ligne politique, à un moment ou à un autre" dans la préparation du congrès, la crise financière ayant fait des thèses des forces de la gauche du parti "les plus crédibles".
Sans les nommer, il a adressé des piques à Bertrand Delanoë, ironisant sur la nécessité pour le PS "d'avoir un vrai chef", à Ségolène Royal pour avoir songé à François Bayrou comme Premier ministre en cas de victoire en 2007, et à Martine Aubry à qui il a reproché un accord avec le MoDem aux dernières municipales.

Expulsions : la trêve hivernale commence

Du 1er novembre au 16 mars, les mesures d'expulsion contre les impayés de locataires en difficulté sont interdites.

A compter de samedi 1er novembre et jusqu'au 16 mars prochain, la trêve d'hiver empêche les propriétaires de logements de recourir à toute mesure d'expulsion des locataires, même si ceux-ci ne sont pas à jour de leur loyer ou si leur bail est expiré. En 2007, les préfets ont autorisé 28.021 expulsions appuyées par la force publique. Les expulsions ont donc accusé une hausse de 5,58% par rapport à l'année précédente. Sur la même année, 43.227 demandes d'expulsion de logement ont été adressées aux préfectures. Elles ont augmenté de 5,99% par rapport à 2006 (40.782). Les préfets ont donc été favorables à 64,82% des demandes d'expulsion, contre 65,07% en 2006.
Selon l'association DAL (Droit au Logement), "au vu des informations émanant des comités de base et des associations affiliées à la fédération DAL, l'année 2008 devrait être pire encore, d'autant que les loyers ont continué à augmenter, et que les revenus des ménages modestes ont baissé".

L'âge de la retraite pourrait être repoussé à 70 ans

La gauche et les syndicats s'élèvent contre le vote de l'Assemblée qui permet de repousser l'âge de la retraite à 65 ans dans le transport aérien et 70 ans dans d'autres secteurs, sur la base du volontariat.

Un vote nocturne à l'Assemblée nationale entérinant la possibilité que la retraite soit repoussée à 65 ans dans le transport aérien et 70 ans dans d'autres secteurs suscitait samedi 1er novembre les protestations de la gauche et des syndicats.

"Pseudo-volontariat" pour justifier un "scandale"

Les Verts et le PCF dénoncent un allongement insidieux de la durée légale du travail et en soulignent les risques pour la sécurité posés dans le transport aérien.
Le gouvernement insiste de son côté sur le fait que la possibilité de partir à 60 ans si les 41 ans de cotisation sont réunis, demeure. Il ne s'agit à ses yeux que de permettre à ceux qui le souhaitent de travailler plus longtemps et de supprimer les mises à la retraite d'office à 65 ans.
Ces nouvelles dispositions, ainsi qu'une extension de la possibilité de cumuler un emploi et une retraite, ont été votées par les députés de la majorité peu avant minuit, la veille du week-end de la Toussaint, dans le cadre du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS).
Ce projet doit encore faire l'objet d'un vote solennel le 4 novembre, puis passer devant le Sénat mi-novembre. Les dispositions prendraient effet en 2010. Dans le système actuel, les employeurs sont contraints à une mise à la retraite d'office à 65 ans maximum pour ceux qui refusent de partir.
"L'âge de la retraite est insidieusement repoussé à 70 ans. Gageons que dans quelque temps, cette limite deviendra l'âge officiel de départ en retraite", a estimé dans un communiqué Martine Billard, députée des Verts.
"L'équipe de Nicolas Sarkozy repousse insidieusement l'âge de la retraite à 70 ans. Comme pour le travail du dimanche, le pseudo-volontariat est avancé pour justifier ce scandale", a estimé de son côté le Parti communiste.
Le PCF estime que les futurs retraités dont les revenus sont faibles n'auront guère le choix. Il remarque que les députés n'ont pas fait de différence suivant la pénibilité des métiers. Le PS, principal parti d'opposition, n'avait pas encore réagi samedi en milieu de journée.

Grèves à Air France


Les pilotes de ligne gardent le droit de partir en retraite à 60 ans, mais ils pourront aller jusqu'à 65 ans s'ils le veulent, avec la condition qu'un seul des deux pilotes d'un vol de ligne pourra avoir plus de 60 ans, ont décidé les députés.
Le SNPL, principal syndicat de pilotes, a lancé un mot d'ordre de grève pour la période au 14 au 17 novembre.
Les hôtesses et stewards, qui partent actuellement en retraite à 55 ans, pourront aussi aller jusqu'à 65 s'ils le veulent, ont dit les députés. Mais surtout, l'allongement de la durée de travail devient pour eux quasi-automatique de 55 ans à 60 ans s'il peut leur être proposé un reclassement au sol.
Huit syndicats d'hôtesses et de stewards d'Air France -la CFDT-PNC, la CFTC, FO, le SNPNC, SUD aérien, l'UGICT-CGT, l'UNAC et l'UNSA) ont repoussé samedi à la période du 5 au 8 décembre une grève annoncée initialement du 4 au 8 novembre, a-t-on appris auprès de Martial Barbara, de SUD aérien. L'objectif est de "mettre la pression sur les sénateurs", a-t-il expliqué.
Les syndicats soulignent par ailleurs les problèmes de pénibilité et de sécurité que poserait selon eux le maintien en activité de personnels navigants âgés.
Le ministre du Travail, Xavier Bertrand, a défendu la réforme sur France Info samedi. "Il faut aujourd'hui considérer que nos sociétés évoluent, on vit de plus en plus longtemps, il faut aussi que nos règles évoluent", a-t-il dit.
Il a pris pour exemple l'entraîneur de football Guy Roux, empêché un temps de poursuivre sa carrière en raison de la limite d'âge, avant de pouvoir poursuivre brièvement au début de la saison 2007-08. Il avait temporairement pris les commandes du RC Lens, avant de jeter l'éponge au bout de quelques semaines.
Le ministre a aussi cité le cas du professeur Luc Montagnier, parti selon lui aux Etats-Unis car atteint par la limite d'âge. Prix Nobel 2008 de médecine, Luc Montagnier, 76 ans, a certes participé à la création de sociétés aux Etats-Unis mais aussi en France. Il est professeur émérite à l'Institut Pasteur et directeur de recherches honoraire au CNRS.

Obama

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Les Français face à la crise : inquiets, amers

ne douzaine de Français ont accepté de répondre à quelques questions sur la crise économique, ce qu'ils en comprennent, ou pas, et l'impact qu'elle a déjà, ou pas, sur leur quotidien. Première conclusion de ce vrai-faux sondage : qu'ils soient jeunes ou âgés, à l'aise financièrement ou dans la difficulté, ces interlocuteurs font preuve de sang-froid face à la tempête boursière. Pour l'heure, leur comportement ne se ressent pas, ou peu, des effets de la crise. En revanche, beaucoup d'entre eux rappellent qu'ils n'ont pas attendu ces dernières semaines pour "faire plus attention" à leur budget. Où l'on reparle souvent du passage à l'euro...

ALISSA KLISZOWSKI, 27 ANS, ASSISTANTE RÉALISATRICE

 

Alissa Kliszowski a l'impression d'être redevenue une étudiante. Cette assistante réalisatrice ne sait pas si cette baisse de son pouvoir d'achat est liée à la crise. Mais le sentiment anxiogène qu'elle produit contribue à lui faire faire des sacrifices : "Depuis quelques mois, j'ai moins d'argent. Je m'interdis d'acheter des DVD et des CD, d'aller au resto, de sortir, je fais attention à toutes mes dépenses... comme quand je ne gagnais pas ma vie !" Elle n'a pas d'emprunt, mais elle sait que si elle devait en demander un à la banque, "soit elle ne me l'accorderait pas, soit elle me prêterait une somme insuffisante".

Pour cette intermittente du spectacle, les banquiers et les traders "savaient ce qu'ils faisaient". "Ce qui se passe, c'est le revers de la médaille, ils ont épuisé leur système. Ils sont allés trop loin, notamment avec tous ces revenus indécents." Et pour trouver des solutions, elle veut que "pour une fois, droite et gauche se réunissent et arrêtent leurs critiques stériles les uns envers les autres".

Et puis, même si la crise n'a pas encore d'impact sur l'industrie du cinéma, elle craint des conséquences à long terme. "Aujourd'hui, il n'y a pas de différence avec la situation de l'an dernier. Mais je crains qu'au final l'offre de films produits en France ne se tarisse, faute d'investisseurs, que l'on ne fasse que des grosses productions et que les petits films disparaissent."

 

LÉON GUESNON, 70 ANS, RETRAITÉ

 

Heureusement, il a son potager. Ses carottes, ses betteraves rouges. Tous ses légumes pour l'hiver. "Et même un stock de 100 kg de pommes." A Potigny (Calvados), Léon Guesnon passe autant de temps à jardiner qu'à suivre l'actualité. "Et beaucoup de Français dans le pétrin devraient faire comme moi !" Cet ancien mineur ne "pense pas être touché". Il n'a "que des petits placements" : un Livret A, une assurance-vie, un plan d'épargne populaire. Des endroits où il se dit que ses "billes sont garanties". Quant à sa maison mitoyenne, achetée en 1981, elle est "remboursée depuis longtemps".

Il consulte tous les jours sur Internet les résultats de la Bourse et les cours du pétrole. "Et là, c'est en dents de scie, il y a des envolées, des plongées... Dans quel monde on est, vers quel monde on va ?" En 2007, il avait voté pour Nicolas Sarkozy. Mais depuis "son" paquet fiscal, "ce n'est plus mon président".

Avec la crise, le président de la République, pour lui, se comporte "comme un gamin". Veut "donner des leçons à tout le monde". Brasse "du vent". M. Guesnon n'a plus confiance. Pour lui, il faudrait "mettre un grand coup de torchon dans tout ça". L'important, ce sont les PME. C'est là, "à leur disposition", que "l'argent devrait être". Parce qu'elles sont le "poumon de la France".

 

DANIEL TEMPLON, 63 ANS, GALERISTE

 

Sa clientèle a ses habitudes en Bourse. Alors, la crise financière, Daniel Templon en a presque instantanément ressenti les effets dans sa galerie à Paris. C'était mi-septembre. "Le 15 exactement", jour de la faillite de la banque Lehman Brothers. "La première quinzaine avait été exceptionnelle, on avait vendu plus que tous les mois de septembre précédents." Et puis "d'un coup", sans aucun signe avant-coureur, "le ralentissement s'est fait sentir".

Le marché des oeuvres autour de "20 000 et 30 000 euros" serait sauf. Mais la baisse serait aiguë sur les oeuvres "autour de 100 000 euros". Les plus chères donc. Analyse de M. Templon : "Le désir d'acquérir est toujours là mais la décision d'achat est remise à plus tard." Pour preuve, cette brève discussion avec un client brésilien croisé à la Foire internationale d'art contemporain (FIAC) : "Il était très intéressé par une oeuvre, mais il m'a dit "il faut que j'interroge ma banque pour savoir si j'ai perdu 10, 20 ou 30 %"."

Moins d'extras, plus de sobriété, prévoit-il seulement pour les prochains mois. "Comme beaucoup, on va maintenir les effectifs, mais il va falloir réduire notre train de vie." Economies sur les catalogues, la publicité. Les cris d'orfraie appelant "à la fin du capitalisme" ? Il en sourit. "Du baratin." "Il y a eu des excès et ces excès n'ont pas été contrôlés par ceux qui en avaient la charge." Il croit à une nouvelle régulation. Et "dans cinq ans, ça sera reparti comme avant".

 

GÉRALDINE EXERTIER, 29 ANS, ENSEIGNANTE

 

La crise, Géraldine Exertier veut y penser le moins possible. Elle travaille en Suisse, comme enseignante, son époux est employé chez un fabricant de cuisines, côté français. "On n'écoute presque plus les informations parce que ça nous démoralise", explique-t-elle. Son conjoint travaille dans un secteur exposé à la crise du bâtiment, mais elle relativise : "Il y en a déjà eu des crises. Et ça nous paraît loin."

Le couple a aussi un prêt à taux variable. Un prêt souscrit auprès d'une banque suisse pour acheter leur logement, près de Cruseilles (Haute-Savoie), à trente minutes de Genève. Depuis cinq ans, le taux a augmenté de 3 %, mais "ça reste beaucoup moins élevé qu'en France".

Pour son ménage, la crise aurait presque des avantages. Avec la hausse du franc suisse, le couple a gagné "environ 200 francs suisses de pouvoir d'achat".

02.11.2008

L'émission gouvernementale à laquelle vous avez échappé...

Le programme s'annonçait génial. Du jamais vu. Une émission pédagogique de communication gouvernementale pour ancrer des messages dans les têtes des gens. Malheureusement, vous ne le verrez jamais. Trop dommage :) !

La France entière salivait déjà, frémissait à la seule idée de s'assoupir devant un programme court, gouvernemental certes, mais avant tout pédagogique, censé lui expliquer la politique ambitieuse que nous concocte, chaque jour, notre dévoué grand leader Nicolas Sarkozy.
Thierry Saussez, le nouveau responsable du service d'information du gouvernement, à l'origine de cette riche idée, y croyait fermement, motivé par le seul souci « d'ancrer des messages » et de s'extraire de la « bouilloire médiatique ». Il avait lâché l'idée, l'air de rien, au cours d'une interview sur la chaîne Public Sénat. Saussez devait être l'arme anti-couacs du gouvernement Pour l'instant, c'est raté !

Selon Le Point,
Claude Guéant a sursauté en apprenant la nouvelle. Il y avait de quoi : rappeler Peyreffite à la rescousse pour un président qui prône la rupture. Sacrée trouvaille. Seul un créatif de première bourre, de la stature d'un Séguéla, pouvait nous sortir un tel lapin de son chapeau.

Même Lefebvre trouve l'idée nulle
Le Point précise que Franck Louvrier, le patron de la communication de l'Élysée, a été chargé de « houspiller Saussez, lequel, du coup, a entamé un rétropédalage en règle ». Matignon aurait également très peu apprécié l'initiative de Saussez et Albanel est montée au créneau pour enterrer la proposition.

Enfin, last but not least, le coup de grâce a été porté par Frédéric Lefebvre lui-même. Toujours présent quand il s'agit de torpiller le service public de l‘audiovisuel, Lefebvre, peut-être pris de court de voir qu'un concurrent potentiel venait chasser sur ses terres, a qualifié sur Canal Plus cette idée de « mauvaise » estimant qu'il y avait « suffisamment de lieux de débats à la télévision, que ce soit sur le service public ou sur les chaînes d'information, pour que le gouvernement puisse parfaitement expliquer sa politique ».

Un hommage dont France-Télévisions aurait sans doute aimé pouvoir se passer.
En attendant, nous voilà, Français que nous sommes, fort marris de ne pouvoir assister à cette expérience d'ancrage de messages gouvernementaux grandeur nature. Pour sûr que nos cerveaux lui auraient été tout disponibles. Une prochaine fois, peut-être.

Le gouvernement veille (un peu trop) sur les blogueurs

Le Service d'Information du gouvernement a lancé un appel d'offres auprès de sociétés privées afin d'assurer la veille du traitement de l'actualité gouvernementale sur les médias en ligne. A la grande inquiétude de certains blogueurs.

L'information a déjà été relevée par plusieurs blogueurs. Selon un appel d'offre publié au Journal Officiel, le Service d'Information du Gouvernement propose entre 20 000 et 130 000 euros pour la fourniture d'une veille quantitative et qualitative sur le traitement de l'actualité gouvernementale par les médias en ligne (sites d'informations et blogs de journalistes). La veille devrait porter sur 15 thèmes définis dans un corpus d'une cinquantaine de sites.
Le SIG souhaite recevoir un rapport hebdomadaire de tout ce qui se dit et s'écrit au sujet du gouvernement sur les sites en question. A priori, rien de mal à ça, les services de communication publique ou privée sont toujours adossés à un service de veille d'information.

L'an passé c'est la société Watch, le département de veille conseil de TBWA Corporate consacré aux phénomènes d'opinion qui avait remporté l'appel d'offres sur l'action gouvernementale dans les médias en ligne. La veille ne concernait déjà qu'une cinquantaine de sites médias alors que la veille des blogs était, elle, assurée en interne par le SIG.

Big brother contre les blogueurs
Cette année, c'est l'ensemble de la veille sur les médias on-line qui sera assurée par des sociétés privées. L'information a suscité quelques débats dans la blogosphère. D'aucuns décèlent une tentation gouvernementale de surveiller les blogueurs. Alain Joannes du blog Journalistiques y voit déjà la malveillance du pouvoir: « (…) considérée isolément, chaque amélioration du suivi de la production journalistique par les organes spécialisés du pouvoir politique semble bénigne. Mais entre le conseil sollicité en 2006 et les améliorations successives de 2008, il y a une énorme différence: en 2006, le SIG cherchait à améliorer la communication gouvernementale; en 2008, il s'agit au mieux d'une veille sur la réputation de la marque « Gouvernement » au pire d'une surveillance de plus en plus serrée des journalistes ».

La démonstration n'est guère convaincante. En quoi un travail d'observation régulier d'outils d'information en accès public comme les blogs relèverait-il de la surveillance, voire d'un travail de renseignement ?

Alain Joannes se fait plus pertinent lorsqu'il écrit que « Nicolas Sarkozy n'a aucun souci à se faire du côté de la presse traditionnelle. Cet euphémisme désigne les relations personnelles que le chef de l'Etat entretient avec les patrons des groupes privés et, bientôt, avec celui du service public, qu'il nommera lui-même en toute indépendance. Mais il a du souci à se faire avec des publications en ligne qu'il ne contrôle pas - Mediapart, rue89, Backchich, voire Le Post - et qui, à l'instar du Canard enchaîné, sortent des affaires déplaisantes, que la presse traditionnelle est parfois obligée de reprendre ».

Une cellule opérationnelle de communication
Les priorités du Service d'Information du Gouvernement définies par son nouveau directeur, le publicitaire Thierry Saussez, un proche de Nicolas Sarkozy, vont dans ce sens.
Plus qu'un système de surveillance, le SIG entend développer les capteurs, outils d'étude de l'opinion et de communication sur Internet. Des moyens adaptés à la démarche plus opérationnelle que veut lui donner l'Elysée pour en faire une véritable plate-forme stratégique de communication. Une évolution qui marque la prise de conscience qu'au plus haut niveau de l'Etat le quatrième pouvoir se décline désormais aussi en «.fr».

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