03.09.2010

L’école casse-t-elle nos enfants?

C’est le livre choc de la rentrée. "On achève bien nos écoliers" (Grasset), risque de faire du bruit dans les salles de profs et les réunions de parents. Pour le journaliste anglais Peter Gumbel, notre système d’éducation, élitiste et passéiste, n’est qu’une machine à broyer les élèves et à produire, en masse, de l’échec scolaire. Extraits.

De piètres résultats  

« Entre toutes les nécessités du temps, entre tous les problèmes, j’en choisirai un auquel je consacrerai tout ce que j’ai d’âme, de cœur, de puissance physique et morale, c’est le problème de l’éducation du peuple », disait Jules Ferry, grand réformateur de l’éducation. Ses mots continuent de résonner aujourd’hui, 130 ans plus tard. […]

Comme il est étonnant alors, de constater à quel point la réalité des écoles françaises aujourd’hui est éloignée de ces nobles idéaux. Bien sûr, la vie n’a pas toujours l’élan positif qui traverse les Choristes ou Le Cercle des poètes disparus. Toujours est-il que le système actuel d’éducation non seulement ne correspond pas à son image idéale, mais n’atteint pas non plus le même niveau de résultats que dans une grande partie de l’Europe et du monde développé.

Comment est-il possible que 15% des élèves entrant en classe de sixième ne sachent pas correctement lire et écrire ? Que 130 000 jeunes quittent l’école chaque année sans diplôme ni qualification. Que, dans un pays obsédé par la notion d’égalité, les jeunes dont les parents sont travailleurs indépendants, cadres, enseignants ou issus des professions intermédiaires, aient deux fois plus de chance d’accéder à l’enseignement supérieur que les enfants d’ouvriers et d’employés ? Que, malgré toutes les discussions sur la nécessité d’excellence et l’accent mis sur la formation des élites, la moyenne des jeunes Français n’obtienne que des scores médiocres lors de tests comparatifs internationaux. […] Prenez l’étude PISA 2003 qui se focalise sur les mathématiques. La France, pays de matheux, compte seulement 3,5% d’élèves qui atteignent le niveau 6, le plus haut niveau, autrement dit celui des excellents élèves. En Finlande, en Suisse, aux Pays-Bas et en Nouvelle-Zélande, ce pourcentage et deux fois plus élevé.

 

Championne du stress

Dans les enquêtes internationales, les enfants français sont dans l’ensemble plus anxieux et intimidés dans une salle de classe et davantage angoissés par le peur de l’échec. Ils manquent de confiance en eux, même lorsqu’ils connaissent leurs leçons, et éprouvent le sentiment que leurs professeurs ne les aident pas.

Les élèves français préfèrent aussi ne pas répondre que de prendre le risque de faire une erreur. […] Je trouve le taux de non-réponse fort intéressant. Car la France est le seul pays où le « hors sujet » soit perçu comme un péché capital, un acte d’extrême nullité automatiquement sanctionné –et même sévèrement- par des générations de profs. Ceci est grotesque. La rigueur et la discipline intellectuelles sont bien sûr importantes, mais l’imagination et l’expérience également. La réticence des jeunes Français ne serait-ce qu’à tenter de répondre à une question est symptomatique d’un système où les enfants ont été conditionnés à « la fermer » plutôt qu’à exprimer ce qu’ils pensent, par peur de se tromper. Ce système promeut l’effacement de soi, le conformisme et l’obéissance aveugle au détriment du sens de l’initiative et de la curiosité intellectuelle. 

Commentaire de Philippe Meirieu, professeur en sciences de l’Education

« L’éducation en France a toujours insisté sur le développement de la raison –donc la mise sous le boisseau de la subjectivité-  en visant une sorte d’idéal unique de culture. Nous en gardons les traces.  L’école continue d’imposer sa norme. Nos manières de contrôler et d’évaluer découragent la créativité, l’engagement personnel de l’élève. D’où cette relative passivité que déplore Peter Gumbel. Si les élèves ne posent guère de questions en cours, c’est qu’ils ne se sentent pas vraiment concernés par ce qu’on leur dit. Ou bien ils craignent d’être stigmatisés par leurs camarades, peur qu’on se moque d’eux s’ils tâtonnent ou, simplement, s’ils sortent du rang. Le professeur a du mal à faire de sa classe un espace hors-menaces où l’on peut se tromper sans risque. »

 

Des méthodes rétrogrades

A partir des années 50,dans toute l’Europe,  le nombre de jeunes qui poursuivaient leurs études jusqu’à la fin du second cycle a commencé à croître.

L’augmentation massive du nombre d’élèves […] ne crée pas seulement un problème matériel concernant les salles de classes et les professeurs ; cela requiert aussi un changement dans les mentalités et les méthodes d’enseignement. L’éducation n’étant plus réservée à une élite restreinte, les anciens critères de sélection doivent donc être révisés. En classe également, de nouvelles techniques sont désormais requises afin d’aider une population beaucoup plus large et plus hétérogène à atteindre un niveau acceptable. […]De nombreux pays ont revu leurs méthodes d'enseignement dans la perspective de porter une bien plus large proportion de jeunes à un niveau d'études élevé. [...]

Mais la France, elle, n’a pas fait sa révolution culturelle […] p 49 nombre d’enseignants réutilisent les mêmes méthodes que celles qu’ils ont connues enfants. C’est-à-dire une approche frontale, où l’enseignant est à la tête de la classe, transmettant les connaissances aux enfants qui les reçoivent et les mémorisent de manière passive. Même pour ceux qui refusent de telles méthodes, qui réorganisent la salle de classe et font de leur mieux pour encourager et motiver les enfants, les tests et les notes tiennent une place si prépondérante que leur marge de manœuvre est fortement limitée. Il semble inévitable que les enfants soient classés, rivalisant, ainsi,  les uns avec les autres ».

Commentaire de Patrick Gonthier, secrétaire général de l’UNSA Education, deuxième organisation syndicale enseignante.

« Peter Gumbel met le doigt là où ça blesse. Il ouvre la boîte noire de la salle de classe. Nos collègues enseignants peuvent prendre ça pour une agression. Pourtant, ils ne sont pas en cause. C’est toute l’école française qui est rétive aux changements. Elle reste profondément élitiste, vouée au classement et à la sélection des meilleurs. Pour que ça change, et que d’autres méthodes d’enseignement soient introduites dans les classes, il faudrait qu’il y ait un consensus fort, un accord partagé par tous, les professeurs, les parents, les politiques, pour remettre en cause cet élitisme et mettre en œuvre la réussite pour tous à l’école. Nous en sommes loin. »

 

Trop de redoublements  

Au collège John Adams de Santa Monica, en Californie, presque aucun jeune ne redouble de classe, aussi mauvais que soient ses résultats scolaires. Ce collège public est à moins de 2 km de la plage et certains des 950 élèves vivent juste à côté, dans des maisons valant 1 million de dollars ou plus. Ils se rendent à l’école dans de grosses berlines allemandes. Mais une partie importante d’entre eux vit dans des HLM, plus au sud ou à l’est. Ce sont pour beaucoup des immigrants mexicains de la première ou de la deuxième génération. Ils arrivent, eux, dans des bus jaunes gérés par la municipalité. Martha Shaw, la directrice de John Adams, affirme que cette diversité est son plus gros défi. Tout comme le milieu socio-économique, le niveau d’éducation de ces jeunes varie radicalement. Certains visent déjà Harvard ; d’autres ont des difficultés à lire à l’âge de 12 ans.

Durant les cinq années où elle a été la principale de John Adams, Martha Shaw n’a fait redoubler que deux enfants, et à chaque fois, « cela fut une horrible décision » à prendre, explique-t-elle. « Cela ne marche vraiment pas à cet âge-là. Ils sont tellement en colère qu’ils échouent partout l’année suivante. […] »

Comme la plupart des écoles américaines, John Adams se démène pour récompenser la réussite des élèves et motiver chacun d’entre eux. Elle honore les succès de tous types […].

En France, à l’inverse, 57% des élèves redoublent au cours de leur scolarité, en dépit des nombreuses études qui montrent que cela n’est pas utile.

Commentaire de Claude Rebaud, président d’Education et Devenir.

« De 1998 à 2007, j’ai été proviseur à la cité scolaire d’Andrézieux-Bouthéon, près de St Etienne, qui accueille 1800 élèves. 25% d’entre eux redoublaient à la fin de la seconde. J’ai décidé de faire baisser ce taux, alors j’ai d’abord fait campagne auprès des enseignants. Puis j’ai choisi avec soin les professeurs principaux, leur avis étant déterminant pour le passage ou non dans la classe supérieure. Nous avons adopté une charte du conseil de classe, pour qu’on y parle de l’élève, sans le juger. Cela incitait à réfléchir autrement à ses difficultés, à essayer de lui trouver des solutions mieux ajustées. Les enseignants n’étaient pas seuls responsables du taux élevé de redoublement, souvent, les parents eux-mêmes le demandaient pour que leur enfant puisse passer en première S l’année suivante. On leur a montré, statistiques à l’appui, que la filière S n’est pas le sésame pour l’enseignement supérieur. Mieux vaut avoir réussi en série technologique que galéré en série scientifique. Le taux de redoublement a fini par tomber à 13% ».   

 

Les ravages de la notation

Si le redoublement est une maladie, le système français de notation, lui, peut tuer. C’est une véritable plaie qui exerce des effets nuisibles sur le moral, la confiance en soi et les performances des élèves. […]

En effet, le trait principal du système français ressemble à une distribution de type Gaussien. Les notes sont censées former une très jolie courbe en cloche, avec une majorité d’élèves groupés au centre. Certains approchent du haut de la courbe mais plus leur nombre diminue plus les notes augmentent. Par ailleurs, on trouve des élèves dispersés en bas ou près du bas de la courbe. La seule question est de savoir où est le point limite, mais une fois que cela est décidé –voilà : les élèves sont classés entre les bons, les moyens et les faibles. […]

Le problème avec ce système, c’est qu’il requiert des notes faibles pour fonctionner. Ce que André Antibi, professeur à l’université Paul-Sabatier de Toulouse décrit comme une « constante macabre ». […]

La recherche sur les méthodes d’évaluation ouvre des voies radicalement opposées aux pratiques françaises.

Les chercheurs britanniques Black et William […] montrent que les remarques constructives sont plus utiles que de distribuer des notes. L’idée de comparer continuellement les élèves les uns avec les autres ne les aide pas à s’améliorer, mais au contraire renforce le sentiment d’échec parmi les moins bons, les persuadant qu’ils sont incapables d’apprendre. Les remarques doivent se concentrer sur ce que l’élève a bien fait et sur ce qu’il a besoin de travailler pour s’améliorer. En d’autres termes, l’élève est évalué par rapport à lui-même et non par rapport aux autres.

Réponse d’André Antibi, professeur de mathématiques à l’Université Paul Sabatier de Toulouse (1)

« Je ne défends pas la suppression des notes, ce ne serait pas réaliste. Mais je défends une autre notation, basée sur la confiance. 30 000 professeurs, de maths, de français, d’histoire…de l’école primaire à la terminale, l’appliquent déjà.  Ils offrent à tous la possibilité de réussir. Le principe est simple : le professeur distribue à l’avance la liste des exercices que les élèves doivent pouvoir refaire. Le jour du contrôle, il en choisit quelques uns. Pas de mauvaise surprise pour les élèves, donc. Seul un petit nombre de points est réservé (4 sur 20 par exemple) à une question qui fait appel à plus de créativité. Résultat : les élèves ont de bonnes notes, ils reprennent confiance en eux, et ils travaillent mieux ».

(1)    André Antibi, « Les notes : la fin du cauchemar », Editions Math’Adore, 2007

 

Des profs déresponsabilisés

Citant Andreas Schleicher, à la tête de la direction de l’Education de l’OCDE, Pierre Gumbel critique « le mode industriel d’enseignement du XIXe siècle » en France.

Il s’agit d’un modèle extrêmement directif dans lequel le gouvernement décide du programme dans les moindres détails, depuis le nombre exact d’heures consacrées à chaque matière jusqu’à l’ordre précis dans lequel les connaissances doivent être acquises. Quels que soient leur formation et leur professionnalisme, les enseignants sont traités comme des ouvriers d’usine dont la fonction est d’appliquer le programme tel qu’il leur a été ordonné de le faire. Ils le font souvent de manière isolée, sans aucune aide ou presque, avec une formation quasi inexistante aux méthodes vraiment employées sur le terrain.

Sans parler de la surveillance de l’inspecteur de l’éducation nationale, sorte de p 92 deux ex machina qui détermine toutes les actions, regarde par-dessus l’épaule des professeurs et fond ensuite sur eux, en intervenant quand bon lui semble.

Réponse de Daniel Robin, co-secrétaire national du SNES, principal syndicat enseignant du secondaire.

« Oui, nous avons des programmes nationaux, mais c’est une nécessité, pour maintenir des examens nationaux qui assurent l’égalité entre les élèves. Quant au manque de liberté des professeurs…le propos est très exagéré. Dans sa classe, le professeur organise la progression de son cours comme il veut. Il se sent personnellement responsable des progrès de ses élèves. Et cela ne me semble pas scandaleux qu’il soit évalué, -connaissez-vous en France une seule profession où l’on ne l’est pas ? Cela dit, on souhaiterait évidemment que les inspecteurs s’occupent davantage d’aider et de conseiller les enseignants que de les sanctionner ».  

 

L’élite française : le syndrome de Stockholm

La première scène du chef-d’œuvre de Stanley Kubrick sur la guerre du Vietnam, Full Metal Jacket, montre un groupe de nouvelles recrues du corps des Marines dont on passe le crâne à la tondeuse électrique. La scène se déroule à Parris Island, base des Marines en Caroline du Sud, où les jeunes incorporés se préparent à la guerre. Pendant les quarante minutes qui suivent, l’action porte sur celui dont le métier est de briser ces hommes, le brutal sergent Hartman, interprété par R. Lee Ermey. Celui-ci ne parle pas, il hurle. Il insulte les recrues, les traite de bons à rien et les ridiculise en les qualifiant de « tapettes ». Au moindre signe de rébellion, il les frappe. Il crie « Vous n’êtes pas ici pour vous amuser, bande de larves ! Vous allez me détester parce que je suis sévère, mais plus vous me haïrez, plus vous progresserez ».

Il n’y a pas grand-chose de commun entre Parris Island en 1967 et Les Editeurs, café huppé du sixième arrondissement de Paris où je suis assis en compagnie de trois étudiantes en Master à Sciences Po, par une chaude soirée de juin 2009. Je les ai invitées à prendre un verre, car elles ont étudié au sein des meilleures Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles. […]

Pendant que nous sirotons notre Perrier, les jeunes femmes commencent à raconter leur expérience. Au premier abord, elles semblent enthousiastes. Ca a été dur, mais ça en valait la peine, insistent-elles, les yeux étincelants à l’évocation de leurs souvenirs. Mais alors que, continuant à discuter, elles commencent à analyser plus profondément par quoi elles sont passées, j’ai soudain un flash –et quelques-unes de ces scènes de Full Metal Jacket que j’ai évoquées plus haut jaillissent dans ma tête. […]

Le fonctionnement de la prépa s’est avéré encore plus austère et éprouvant que je l’avais imaginé. On prend un groupe de jeunes gens particulièrement brillants, on les enferme ensemble à l’écart du monde pendant deux ou trois ans et on les pousse au bout de leurs limites. Si vous survivez, vous en sortez  renforcé et vous vous identifiez avec les systèmes en dépit des épreuves subies. Si l’on était cynique, on pourrait décrire ce processus comme une forme du syndrome de Stockholm, au cours duquel les otages en viennent à s’identifier à leurs ravisseurs.

[…] Dans les pays anglo-saxons, les facultés intellectuelles sont importantes, mais ne sont pas tout. La personnalité, la coopération, les centres d’intérêt et les expériences personnelles qui contribuent à former le caractère sont tout aussi importants. Alors que les étudiants français les plus brillants sont coupés du monde, beaucoup de leurs contemporains britanniques ou américains partent découvrir le monde en prenant une année sabbatique à l’étranger, entre le lycée et l’Université. Cela leur permet de gagner en maturité dans d’autres domaines que la connaissance purement intellectuelle –et de prendre du bon temps.

 

La quête du Graal

A travers le monde, de nombreux pays ont envisagé de combiner une culture scolaire moins rébarbative que celle qui existe en France avec une rigueur intellectuelle plus importante qu’aux Etats-Unis. L’idée de trouver le juste équilibre entre l’excellence académique et le développement personnel des élèves, est devenu le Saint-Graal de la pédagogie mondiale. […]

 Il y a un pays en Europe qui a fondamentalement transformé son système éducatif, à l’origine assez proche de celui de la France d’aujourd’hui. Il a utilisé des méthodes intelligentes se concentrant sur le bien-être individuel des élèves, en mettant l’accent sur le professionnalisme des enseignants, fortement encouragé, et en changeant radicalement la relation entre les écoles et les responsables des politiques éducatives. Les résultats sont spectaculaires : il est devenu la star du test PISA, le chouchou de l’éducation mondiale, le modèle que tout le monde veut comprendre. Ce pays, c’est la Finlande.

 

Le bonheur à l’école ?

L’une des questions les plus importantes est de savoir si les écoles ne devraient pas accorder moins d’importance aux performances académiques et laisser plus de place à d’autres éléments comme l’épanouissement individuel, le développement de la créativité ou le renforcement de la confiance en soi. Ceci risque de provoquer chez les traditionalistes français une crise d’apoplexie, mais dans de nombreux autres pays, les réussites non académiques représentent des objectifs éducatifs légitimes.

[…] l’une des grandes découvertes de la psychologie moderne est que le bonheur est un ingrédient clef d’un apprentissage réussi. Si vous appréciez ce que vous apprenez, cela vous stimule, et déclenche un cercle vertueux. […]

En 2008, Nicolas Sarkozy a demandé à Joseph Stiglitz, le prix Nobel d’Economie, de proposer de nouvelles statistiques qui prendraient en compte le bien-être, plutôt que seulement les chiffres usuels de production et de consommation.[…]

Il est temps pour le Président de commander un nouveau rapport, cette fois-ci sur la manière d’introduire le bonheur dans les écoles françaises. 

Ecole

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La CGT et la CFDT veulent faire aussi bien le 7 -09 que le 24-06

Cependant, le secrétaire général de la CGT a indiqué : "Je suis pragmatique et conscient des difficultés de calendrier", puisque les salariés reprennent pour beaucoup le travail cette semaine.

  AFP AFP

La journée de grèves et manifestations à laquelle appellent les syndicats mardi prochain contre la réforme des retraites "se présente bien" et obligera le gouvernement à faire des annonces, a estimé le secrétaire général de la CFDT François Chérèque dans Le Monde daté de jeudi 2 septembre.

"Le rendez-vous du 7 septembre se présente bien. Les préavis déposés dans les transports, l'administration et les services publics sont très nombreux", a jugé dans une interview François Chérèque.

"Nous voulons faire au moins aussi bien que le 24 juin avec ses quelque deux millions de manifestants et une bonne mobilisation du privé, sachant que la rentrée n'est guère propice à ce genre de rendez-vous", a-t-il ajouté.

S'il est difficile de préjuger de la réaction gouvernementale, le secrétaire général estime qu'"il faudra bien qu'il fasse des annonces et prenne des décisions le 7 au soir ou le 8 au matin avant la réunion de l'intersyndicale".

 Vers des concessions de l'exécutif ?

Tout en disant "partager le scepticisme" de la CGT quant à la possibilité de concession importante de la part de l'exécutif, François Chérèque n'exclut pas de reprendre le contact direct interrompu depuis le 14 juillet.

Il cite quatre propositions très concrètes de modification du projet qui "seraient des signes d'ouverture nous permettant de reprendre le dialogue".

D'abord, le maintien à 65 ans de l'âge de départ en retraite à taux plein (le report à 67 ans "ne passe absolument pas dans l'opinion", selon lui).

Ensuite, la garantie de la même durée de cotisation pour tous, pour éviter que les gens entrés tôt dans la vie active (carrières longues) aient l'obligation de cotiser 44 ans.

Enfin, "s'agissant des polypensionnés, nous attendons une mesure claire pour ceux qui ont passé moins de quinze ans dans la fonction publique, aujourd'hui les plus pénalisés" et sur la pénibilité, le régime proposé est "trop restrictif" et doit évoluer.

"La meilleure (hypothèse) serait que le gouvernement accepte de rediscuter globalement de son projet et des contre-propositions, ce qu'il n'a jamais fait", ajoute le leader CFDT.

"Nous avons deux objectifs : faire en sorte que le gouvernement accepte de réformer sa réforme ou, à tout le moins, faire modifier tout ce que l'on pourra faire modifier", dit-il.

  "Pragmatique et conscient des difficultés"

De son côté, le secrétaire général de la CGT Bernard Thibault a également tablé mardi à Lyon sur une mobilisation contre la réforme des retraites le 7 septembre "au moins comparable" à celle du 24 juin. "Je suis pragmatique et conscient des difficultés de calendrier", puisque les salariés reprennent pour beaucoup le travail cette semaine, a indiqué Bernard Thibault devant la presse à l'issue de son meeting de rentrée à Lyon, refusant d'entrer dans le jeu des pronostics.

Toutefois, "il faut qu'on parvienne à faire quelque chose de comparable" au 24 juin, a-t-il ajouté avant d'insister sur l'unité syndicale qui préside à cette mobilisation, contrairement à celle du mois de juin, où Force ouvrière ne participait pas officiellement aux cortèges.

"Deux millions, ça n'est pas rien", a-t-il poursuivi, regrettant qu'on ait "tendance à banaliser" l'ampleur des manifestations.

Au cours d'un discours musclé délivré devant 500 militants, selon les organisateurs, le responsable de la première centrale syndicale française a martelé son attachement au droit au départ à la retraite à 60 ans, que les salariés "ne considèrent pas comme un symbole désuet".

 La contribution de "tous les revenus"

Récusant un projet de loi qui ne viserait qu'à "faire des économies" sur les pensions, il a demandé un débat sur "les nouveaux financements indispensables pour une population de retraités qui va augmenter de 50% d'ici 2025".

Il a notamment évoqué la contribution de "tous les revenus, comme l'intéressement, la participation, les stock-options" qui pourraient rapporter "10 milliards d'euros", ainsi que "les 32 milliards d'exonérations de cotisations sociales" accordées aux employeurs.

En outre, "le gouvernement a fait l'impasse sur la question de l'emploi, qui a un lien étroit avec celle des retraites", a estimé Bernard Thibault. "Avant de travailler plus il faudrait déjà travailler tous", a-t-il lancé, en allusion aux difficultés d'accès à l'emploi des jeunes et des plus de 50 ans.

"Nouvelle phase de la bataille qui commence maintenant", "nous allons relever le défi" pour combattre "un recul social sans précédent" : revendicatif et régulièrement interrompu par les applaudissements des militants, Bernard Thibault a également ironisé sur un éditorial du Figaro ou sur la grève de l'équipe de France de football lors du mondial en Afrique du sud.

Cette manifestation "ne sera pas un baroud d'honneur", a-t-il insisté et l'intersyndicale se réunira "dès le 8" afin d'étudier les suites à donner au mouvement.

 Appel socialiste

Par ailleurs, le PS a également appelé les Français à participer "massivement" aux manifestations du 7 septembre "pour défendre une autre réforme des retraites, plus juste, plus efficace et plus durable" et annoncé que sa première secrétaire Martine Aubry défilera à Paris.

"Alors que l'examen des mesures gouvernementales commence à l'Assemblée nationale, cette journée de mobilisation sera un message fort et clair pour faire reculer le gouvernement", affirme le bureau national du PS dans un communiqué.

"Il est encore possible de faire reculer le gouvernement (...) le Parti socialiste, qui a proposé une autre réforme des retraites placée sous le signe de la justice et de l'efficacité, sera aux côtés des organisations syndicales et des citoyens mobilisés le 7 septembre", poursuit le texte, précisant que sa délégation dans la manifestation parisienne sera conduite par Martine Aubry.

"Dans les manifestations, comme à l'Assemblée nationale, les socialistes seront en première ligne pour la défense des retraites : les 4 et 5 septembre, ils organiseront partout en France une opération 'tous sur le pont' pour appeler à participer aux manifestations et porter leur projet auprès des Français", ajoute le PS

02.09.2010

En direct du SMUR

 Aujourd’hui dans L'essai du jour : «J'étais mort», de Grégoire Korganow, Le Clou dans le fer, 25 euros…

En avril dernier, vous vous en souvenez peut-être, le discours de Martine Aubry sur « la société du soin » fit sensation. Il aura fallu ce coup d’envoi, pour que la presse s’empare du sujet. La réflexion sur les « nouvelles vulnérabilités » sortait enfin du bois, et il n’était plus possible d’en ignorer l’importance. Après la précarité, qui n’est pas simplement un sujet d’étude, le soin, devenait la pierre de touche d’une réflexion sociale à bout de souffle. Ce vaste débat n’est pourtant pas une idée neuve. 

Le « soin » pour être révélateur d’un monde de plus en plus porté par des inégalités rendues invisibles est une réalité de tous les jours. Les médecins urgentistes qui apportent comme on dit les premiers soins nous mettent en contact avec la fragilité de la vie. Ils nous dévoilent l’arrière-cour dans laquelle ils opèrent. Le photographe Grégoire Korganow dont on peut voir les clichés à Perpignan nous en fournit la preuve. Le soin, il connaît. Il est lui-même un rescapé. Il fut sauvé, suite à un accident de moto, par un service mobile d’urgence et de réanimation, plus communément appelé SMUR. Il a donc voulu payer sa dette et s’est fondu pendant un an dans les équipes du SMUR de Gonesse. 

Son livre s’appelle « J’étais mort ». Et comme le souligne le chef de service du lieu, ce n’est pas un livre de voyeur. Tout au contraire. Pour le réaliser, il a pris son temps. Il a photographié l’indicible, la misère, le désarroi, le cocasse, et il s’est fait écrivain pour accompagner ses images. Il a mis des visages sur ses mains et ses voix qui l’ont sorti du coma. Le résultat est étonnant. S’il n’était pas un photographe reporter, on le prendrait pour un portraitiste. S’il n’était pas un vrai photographe, on le prendrait pour un prosateur. Les scènes qu’ils fixent avec son objectif et racontent avec ses mots sont comme des trouées de lumière au milieu de nuages sombres. Elles ouvrent sur la misère et le néant de la condition humaine. Or une ouverture n’est pas une simple scène prise sur le vif. Pour être juste, une photographie doit à la fois se retirer du visible et se laisser voir. Soulager, parler, intervenir, tenter l’impossible, et conjurer le pire, cela peut se laisser voir. L’intensité des regards, la précision des gestes, le rendu de l’atmosphère, cela peut se laisser capter. Mais comme le visible est cousu à l’invisible, il faut que ce double mouvement se perçoive. C’est ce qui se passe avec les photos de Grégoire Korganow. Les médecins, les infirmiers, les pompiers, sont à pied d’œuvre, ils fixent le malade, et ce qu’ils ne voient pas forcément dans l’action, nous le devinons à leur place. Qu’est-ce que nous devinions ? Une scène primitive cachée que l’on pourrait appeler la construction sociale du soin. Car dans le malheur, dans l’intimité d’une maison, au bas d’une cage d’escalier, à la vue des corps déformés, il est des vies, dans leur plasticité, qui se révèlent à nous plus fragiles que d’autres. C’est d’ailleurs pour ces raisons que le photographe nous rapporte les dialogues qui se tiennent entre les médecins, les patients, et les membres de la famille. Comme le dit Nono, un médecin, qui tente de soulager une femme dont le mari vient de se suicider : on n’est jamais prêt, on croit l’être mais ce n’est pas vrai. Ce qui est vrai, par contre, c’est qu’il faut peu de temps dans l’action pour comprendre une vie. Une attaque cérébrale, des questions à la famille, des renseignements sur le travail de la victime, cela suffit en quelques heures à faire surgir l’envers du décor. 

 
Mais comme personne ne prend la pose, et que le soin impose sa construction, il a fallu un an à Grégoire Korganow, pour fixer ces moments. Pour un homme qui était mort, une année, c’est le minimum vital…

[TCHAT] Benoît Hamon : "Dans socialiste, il y a social"

Pour le porte-parole du PS, invité de Nouvelobs.com, la "priorité est de répondre aux demandes sociales très concrètes du peuple français".

Benoît Hamon (AFP) Benoît Hamon (AFP)

Mercredi 1er septembre, Benoît Hamon, porte-parole du Parti socialiste était l'invité d'un tchat sur Nouvelobs.com.

Moins d'une semaine avant la grande manifestation contre la réforme des retraites, des internautes s'interrogent sur la solidité de l'unité avec les autres partis."Toute la gauche aujourd'hui se rassemble pour combattre la remise en cause de l'âge légal de départ à la retraite. Cependant nous divergeons sur les moyens de financer l'avenir du système par répartition." répond le porte-parole du PS.

"La gauche a fait de la France un pays d'assistés" accuse un internaute. "Jamais les inégalités n'ont été aussi forte, jamais la minorité des plus riches n'a bénéficié d'autant de privilèges!", s'insurge Benoît Hamon. Un autre correspondant demande s'il ne faut que le PS change de nom. "Dans socialiste, il y a social. Faire société me semble tellement manquer au projet politique du gouvernement actuel qui oppose systématiquement les Français les uns aux autres".

 

La gauche décomplexée 

Et l'unité au sein même du PS affichée le week-end dernier à l'université d'été de la Rochelle, "n'est-ce pas contradictoire avec la tenue fin septembre de l'université de votre mouvement [Un monde d'avance, la gauche décomplexée, NDLR]? interroge un autre internaute. "Notre contribution sera intellectuelle et programmatique" répond Benoît Hamon.  "Notre sensibilité n'a pas de candidat aux primaires, elle contribue au débat de la gauche par les convictions qu'elle formule, pas par ses ambitions."

Les querelles internes sont bien sûr évoquées. "Le PS pense-t-il réellement au peuple, ou va-t-il continuer sa guerre des egos qui fait le jeu de Sarkozy ?" demande un internaute. "Le Parti socialiste, quand il s'oppose à la remise en cause de la retraite à 60 ans, quand il milite pour qu'il y ait plus d'adultes à l'école, au collège et au lycée, pour un bouclier logement qui limite à 25% du revenu les dépenses de logement, pour le retour de la police de proximité, pour une meilleure prise en charge des dépenses de santé, pour une organisation plus égalitaire de l'offre de soin, ou pour la revalorisation du travail et l'augmentation des salaires, affirme que sa priorité est de répondre aux demandes sociales très concrètes du peuple français", répond Benoît Hamon.

 

Les banquiers au pas 

Autre sujet largement abordé par les internautes : la situation économique. "La crise qui devait remettre le politique devant l'économique et le financier accouche en réalité d'une situation exactement inverse. Ce sont les agences de notations, hier aveugles et laxistes vis-à-vis des subprimes, qui notent avec sévérité la dette souveraine des États et poussent à la mise en œuvre de politiques d'austérité partout en Europe", dénonce le porte-parole du PS.

"Etes-vous prêt à mettre les banquiers au pas ?" demande un internaute. "Nous voulons la création d'une surtaxe de 15% à l'impôt sur les bénéfices des sociétés payée par les banques pour abonder le fonds de réserve des retraites (ainsi que) la mise à contribution des stock-options et autres bonus pour financer les retraites. Nous proposons aussi la création d'un pôle financier public pour soutenir l'économie réelle."

 

La menace du déclassement

Et puisque l'on ne parle pas candidat mais idées, quelle sera "le thème fondateur de la prochaine campagne présidentielle du PS ?" demande un militant. "Le progrès. La société française se divise en deux catégories : ceux qui espèrent et ceux qui n'espèrent plus. La deuxième catégorie ne cesse de croître. Elle rassemble ceux pour qui la marche du progrès s'est interrompue. On vit moins bien que ses parents. On occupe un emploi inférieur à celui que l'on occupait avant un licenciement.(…). Ca, c'est la vie de millions de Français. Le déclassement ou la menace du déclassement sont une réalité sociale qui gangrène la France. La république semble ne plus tenir sa promesse d'égalité. Nous voulons reprendre le chemin du progrès."

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Compte-rendu: Faut-il avoir peur des banlieues ?

La salle qui accueillait l’atelier « Faut-il avoir peur des banlieues ? » peinait à contenir l’ensemble des militants, venus en nombre participer à un échange d’une actualité brûlante.

 La peur qu’inspire la banlieue n’est pas nouvelle. Voilà plus de 30 ans que la question des « quartiers » revient à intervalles réguliers, au gré d’une actualité souvent tragique.

Un rituel que qualifie C. Avenel, sociologue spécialiste de la question des banlieues, de « carnaval pathétique des quartiers pauvres » : attention médiatique, réponse immédiate des pouvoirs publics, généralement suivie d’un appel à la citoyenneté et de l’annonce d’un énième « plan Marshall » - avant que ne retombe l’émotion pour ne plus laisser place qu’à l’indifférence générale.

 La période récente affiche cependant plusieurs singularités. Le creusement des inégalités, à l’origine de ces cycles de violence, semble ne jamais cesser de s’accroître. La reproduction des inégalités sociales se fait plus forte. On constate, dans la durée, une inscription spatiale plus marquée encore des inégalités. Aujourd’hui, ce sont ainsi près de 45% des jeunes de moins de 18 ans qui vivent en dessous du seuil de pauvreté. Le recul de l’Etat, et l’abandon de ces quartiers en termes de services publics, dénoncé par M-A. Jamet, Maire de Val-de-Reuil, n’a fait que renforcer cette tendance.

La stigmatisation des populations issues de ces quartiers se fait elle-même plus dure. Plusieurs intervenants ont ainsi dénoncé les raisonnements en rapport avec une « image » plutôt qu’avec une véritable « expérience » des banlieues. Les exemples de discrimination sur la base de la seule adresse ne manquent pas.

Des facteurs qui expliquent le durcissement des violences physiques subies par les habitants (premières victimes des violences urbaines), à laquelle les autorités opposent aujourd’hui une réponse répressive, quasi militaire, trahi par le langage martial utilisé lors de récentes opérations de lutte contre la criminalité en banlieue. Le filet pénal, enfin, s’est élargi, ses mailles se sont resserrées.

 Pour quels résultats ? La politique de la ville renvoie à une approche « professionnalisée » de l’exclusion – plutôt que de lutter contre elle, on l’accompagne par un développement des métiers de travailleur social. Pour M. Bouthi, les récents évènements de la Villeneuve, à Grenoble, marquent ainsi la mort des politiques de la ville – ce que ne veut admettre S. Rebière-Pouyade, qui dénonce le déclin des instruments de lutte contre l’exclusion plutôt que leur dévoiement.

 Pourtant, l’horizon n’est pas aussi sombre qu’il y paraît. Tous se sont accordés pour insister sur la profusion d’initiatives positives prenant leur essor directement dans les banlieues. La question même posée par l’atelier, faisant état de banlieueS au pluriel plutôt qu’au singulier, témoignait de la multiplicité des visages de ces quartiers, de leurs complexités mais aussi de leurs  richesses.

Marianne Louis, Secrétaire Nationale à la politique de la ville, saluant l’engouement des participants, a donné rendez-vous à tous à la prochaine Convention sur l’égalité réelle et au Forum « Ville du XXIe siècle » afin d'approfondir le débat.

Déchéance

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Rentrée, ce qui change, ce qui coince

Réformes du lycée et de la formation des maîtres, sanctions, journée partagée, sans oublier le sort des frites à la cantine... Revue des nouveautés.

52 réactions

C.B.

Luc Chatel ce mardi.

Luc Chatel ce mardi. (© AFP Bertrand Guay)

A l'heure des derniers ravitaillements en cahiers à spirales gros carreaux, le climat n'est pas des plus détendus en cette rentrée. Rien d'inhabituel pour un début septembre, mais tout de même, on «accumule tous les problèmes», tempête le Snes-FSU, le principal syndicat enseignant des collèges et lycées. Une rentrée «sombre et pesante», «chaotique» renchérissent les autres (SE-Unsa, Fidl). Même les inspecteurs (SI-EN Unsa) y vont de leur «coup de semonce».

Signe de la contestation qui couve, une grève est prévue dès la deuxième semaine de classe, les lundi 6 (les collèges et lycées) et mardi 7 septembre, greffée sur celle des retraites. Et même dès la rentrée à Paris à l'appel de Sud Education. «Notre école a moins besoin de grand soir que de petits matins quotidiens», a rétorqué aux fâcheux le ministre Luc Chatel lors de sa conférence de presse de rentrée ce mardi. D'ailleurs, «citez-moi une rentrée où les syndicats ne parlent pas de difficultés!»

Celles de cette année s'appellent d'abord et encore suppressions de postes. 16.000 pour cette année, autant qu'en 2011. Pendant ce temps, les classes gonflent, ne manquent pas de rappeler les syndicats, avec 39.000 élèves de plus cette année dans le second degré.

Deuxième gros sujet de tension, la très contestée «masterisation», autrement dit la réforme de la formation des enseignants. Pour la première promo de recrues nouvelle mouture, l'effet est radical: propulsion sans transition dans le grand bain. Recrutés au niveau bac+4 contre bac+3 auparavant (et bac+5 en 2011), les 15.472 nouveaux jeunes profs stagiaires sur le pont dans deux jours passent directement des amphis à un poste à quasi temps plein en collège ou lycée. C'est-à-dire sans aucune pratique du terrain ou presque. De quoi donner des sueurs froides aux petits nouveaux. Une catastrophe annoncée, à entendre les syndicats. Une année «transitoire», le temps que la réforme prenne pleinement effet l'année prochaine, tempère le ministre.

Certes, les stagiaires sont censés être suivis par enseignants «tuteurs» du même établissement, mais les candidats ne se bousculent pas malgré une prime de 2000 euros. Certes, des temps de formation sont prévus (en stages pendant l’année, ou une demi-journée ou une journée dans la semaine), mais «ils sont deux fois moins importants» qu’avant la réforme, déplore le Snes-FSU, qui voit d'abord dans cette réforme une manière de supprimer mécaniquement des postes à bon compte. Lot de consolation: les futurs professeurs des écoles gagnent 157 euros par mois de plus, les agrégés 259 euros.

Un peu moins controversé est l'autre chantier mis en œuvre en cette rentrée, la réforme du lycée. L’idée est de toucher un peu à tout en seconde pour mieux faire son choix ensuite. Au tronc commun s'ajoutent donc trois heures «d’enseignements d’exploration», plus six heures d’options possibles, et deux d’accompagnement personnalisé, dégagées en rognant sur quatre disciplines (français, histoire-géographie, physique-chimie, sciences et vie et de la terre) (détail de ce qui change ici). Pour ces deux heures assurées par les enseignants, chaque lycée se débrouille comme il veut et comme il peut.

Les programmes ont été revus dans toutes les disciplines, à commencer par les sciences économiques et sociales (SES), ce qui vaut d'ailleurs un petit cafouillage de rentrée sur les manuels, les éditeurs ayant été pris de court. Nouveauté aussi, l'histoire des arts fait son entrée au brevet des collèges.

2010 a droit à son nouveau sigle, «Clair». Comme Collège et lycée pour l'ambition, l'innovation et la réussite, dispositif né des états généraux sur les violences scolaires. Soit 105 collèges et lycées «plus autonomes», où les chefs d'établissement peuvent notamment recruter leurs équipes. Pour renforcer l'égalité des chances, onze nouveaux internats d'excellence seront créés pour les élèves bosseurs mais défavorisés.

Côté sécurité, tour de vis général et sanctions à tous les étages. Il faut «remettre la règle au cœur de l'école», a répété Luc Chatel ce mardi. L'heure est à la «riposte graduée», comprendre l'utilisation de «toute l'échelle des sanctions» – sauf les expulsions de huit jours, jugées contreproductives – et des «mesures d'utilité collective».

En cas d'absentéisme répété, les parents pourront dire adieu aux allocations familiales. Et les élèves les plus durs, ceux dont les collèges ne savent plus que faire, seront envoyés dans les nouveaux «établissements de réinsertion scolaire» (ERS).

Les équipes mobiles de sécurité (EMS), moitié policiers moitié personnel de l'éducation, mises en place il y a un an, sont doublées dans les académies les plus tendues.

Tolérance zéro enfin pour les «violences verbales». Et les élèves devront se lever à l'entrée en classe du prof, c'est le ministre qui le dit.

Au rayon expérimentation, certaines classes de 124 collèges et lycées vont expérimenter la journée partagée: cours le matin, sport (ou activités artistiques) l'après-midi. C'était l'une de pistes retenues par le ministre dans le cadre du débat sur les rythmes scolaires. Une conférence nationale doit d'ailleurs plancher durant l'année sur cette question récurrente de l'organisation du temps des élèves. Rendue de la copie mi-mai.

Et comme l'école, c'est aussi la cantine, signalons que le menu 2010 aura interdiction de comprendre des frites plus d'une fois par semaine. Même portion congrue pour le poisson pané, les pâtes noyées dans le fromage ou la mousse au chocolat.

01.09.2010

Université d'été 2010 de l'UMP : Eviter à tout prix de sombrer en 2012 !

Prise entre des résultats économiques plus que moyens et un chômage endémique, des affaires judiciaires qui n'en finissent pas et le sécuritaire comme seul viatique, l'UMP va faire sa journée d'université d'été avec pour seul but : ne pas sombrer en 2012 !

Université d'été 2010 de l'UMP : Eviter à tout prix de sombrer en 2012 !

L'UMP qui ces derniers temps, fort de sa majorité dans les assemblées, avait tendance à se croire à l'abri de toute surprise vient de se réveiller avec la gueule de bois ! En effet, en ce qui concerne leur popularité et leur survie au pouvoir, les études et sondages se suivent et se ressemblent en ce qui concerne leur champion

62% des français ne souhaitent pas que Nicolas Sarkozy se représente en 2012

Et surtout, cauchemar : " Selon un sondage TNS-Sofres Logica pour Le Nouvel Observateur, Nicolas Sarkozy serait battu au second tour de la présidentielle 2012 par Dominique Strauss-Kahn (59% contre 41%) mais également nettement battu par Martine Aubry (53-47) ... / ... " - Source France Soir

Dopés par l'université d'été du PS, les ténors de la majorité présidentielle sont montés au créneau pour hurler à l'antisarkozysme primaire sans pour autant être capable d'avancer le moindre argument susceptible de mobiliser les foules !

Le plus gros problème reste néanmois que le Président n'a plus "la main verte" en termes d'élections. Or, la peur de la perte de leur mandat, affole les élus de droite au point de se recroqueviller, autour des outrances, proposées quasi quotidiennement, par le collectif de la "droite populaire" !

C'est dans ce contexte que l'UMP va aborder sa journée d'université d'été qu'elle a voulu éloignée du contexte festif de Seignosse : Celui qui voulait "changer le moonnde " !

Première nouveauté : L'Université d'été est en banlieue parisienne !

En banlieue, mais un peu select, quand même, puisqu'il s'agit de Port-Marly dans les Yvelines. Le cadre : " les Pyramides , qui se décrit comme : " une oasis de bien-être, de lumière et d’espace, de vitalité et de convivialité". Ce qui fait quand même dire au politologue Pascal Perrineau, invité des journées d’été, "Avec ce choix, le parti présidentiel mise sur la symbolique de la banlieue parisienne" - Source Bakchich

Malgré cet exil, une bonne nouvelle pour Nadine Morano, la reine du "dance floor", la boîte de nuit, est assez correcte !

De quoi va t-on y parler ?

N'en déplaise à ceux qui vivent la réalité de 2010 et vont subir l'année 2011 : " Essentiellement du projet pour 2012 dont Nathalie Kosciusko-Morizet et Laurent Wauquiez, sont les rapporteurs "

Ces deux "spécialistes" se sont confiés au Figaro et nous expliquent leurs pistes actuelles en, faisant l'impasse de façon amusante sur 3 années qui n'ont pas vraiment séduit les français !

Extraits

"Le Figaro ... / ... Ce premier séminaire devait travailler sur les valeurs de la droite. Pourquoi l'avoir étendu aux valeurs des Français?

L. W. : Tout simplement parce que nous devons partir des attentes des Français ! Notre débat a permis d'en isoler au moins deux. La première, c'est le très grand besoin de justice et d'équité. Les Français sont prêts à faire des efforts, mais ils veulent que les efforts soient équitablement répartis ... / ... "

Une surprise serait-elle à attendre du côté du bouclier fiscal, de la remise en cause de la TVA à 5,5% (manque à gagner pour l'Etat de 3 milliards d'euros par an) ou de la niche Copé (manque à gagner pour l'Etat évalué à 22 milliards d'euros depuis trois ans) - Source L'Expansion parfaitement injustifiés en cas de crise économique et de finances publiques en berne !

Bien sur que non puisqu'on nous ressort : la valeur travail !

N. K.-M. : Une autre demande est sensible et récurrente: l'exigence de vérité. ... / ... La valeur travail, par exemple. Elle reste durablement au cœur de nos convictions et de notre action depuis 2007 .. / ... "

Le Figaro : Un slogan comme le «travailler plus pour gagner plus» de 2007 doit-il être reformulé?

L. W. : Nous n'y renoncerons pas pour faire plaisir aux adeptes du politiquement correct de gauche. Le point essentiel dans la période que nous traversons est d'associer travail et justice en luttant contre l'assistanat, en permettant à ceux qui veulent s'en sortir par le travail de pouvoir le faire, en assurant une juste rémunération des efforts ... /... "

Travail et justice, lutte contre l'assistanat, juste rémunération des efforts ?

Message transmis à ceux qui ont découvert le bonheur de la précarité dans l'emploi : " Huit embauches sur dix se font en contrats courts qui représentent désormais 9% de l’emploi salarié total " - Source Le Figaro

Et aux 3 963 800 inscrits à Pôle emploi, fin juillet 2010 (4 208 300 en France y compris Dom), toutes catégories confondues, ainsi que les chômeurs en fin de droit dont monsieur Wauquiez a la responsabilité !

Mais ce qui devrait être le plus important lors de cette journée, c'est : L'affrontement entre les deux frères ennemis : Xavier Bertrand et Jean-François Copé !

En effet : " Dans un entretien au « Parisien », publié aujourd'hui, le chef de file des députés UMP reproche au secrétaire général du parti, avec lequel il entretient des relations tendues, de n'avoir pas « organisé d'université d'été digne de ce nom » après celle du PS. « Le parti aujourd'hui ne parvient pas à créer (une) dynamique », assène-t-il, lui opposant la « dynamique » de son club, Génération France ... / ... " - Source Les Echos

Et vous là dedans, direz-vous ?

Et bien, il faudra vous contenter de la déchéance de la nationalité et du démantèlements des camps de Roms … et de travailler plus longtemps afin de percevoir votre retraite !

Roms: la France calmera-t-elle la grogne de la Commission européenne ?

La Commission européenne a lancé une enquête juridique pour savoir, si oui ou non, les expulsions de Roms menées par le gouvernement s'effectuent, comme il le clame, en conformité avec le droit européen. Le début d'un processus complexe et souvent long.

Un militant d'une association est maîtrisé par un CRS, le 06 juillet 2010 lors de l'évacuation du campement de Roms du Hanul, à Saint-Denis. (AFP) Un militant d'une association est maîtrisé par un CRS, le 06 juillet 2010 lors de l'évacuation du campement de Roms du Hanul, à Saint-Denis. (AFP)

Mardi 31 août, une courte réunion a eu lieu entre le ministre de l'Immigration, Eric Besson, le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes Pierre Lellouche et des membres de la Commission européenne. A l'ordre du jour, la question des expulsions de Roms en France depuis le début du mois d'août. Pourquoi cette réunion organisée en quelques jours ? Certainement pour calmer les mécontentements de la Commission européenne car le 25 août, la commissaire européenne à la Justice, aux Droits fondamentaux et à la Citoyenneté, Viviane Reding, s'est fendue d'une déclaration officielle sur ces reconduites.

A l'issu de cette rencontre, Eric Besson a fait état d'un dialogue "franc, approfondi et constructif" avec la Commission européenne. Tout en saluant le "formidable acquis" que représente, selon lui, le droit à la libre circulation en Europe des 500 millions de citoyens européens, Eric Besson a souligné que ce droit "n'est pas inconditionnel". "Cette liberté ne peut servir de prétexte à des activités illicites, en particulier le trafic d'êtres humains", a-t-il dit.

Un peu plus tôt, le porte-parole de Mme Reding, Matthew Newman avait au contraire souligné que "les Roms ont les mêmes droits que tous les citoyens européens et que l'intégration c'est partout en Europe" et pas seulement dans son pays d'origine.

Viviane Reding qui n'a pas fait de commentaires à l'issue de la réunion avec les responsables français devrait s'exprimer sur ce sujet mardi devant les députés européens réunis à Strasbourg.

 

Une enquête juridique

En effet, après les critiques de l'opposition, de l'Eglise et de l'ONU sur la politique menée par le gouvernement Fillon, c'est cette fois-ci l'Union européenne qui a émis des griefs sur le sort réservé à "la plus grande minorité ethnique dans l'Union européenne" au sein de l'Hexagone. Viviane Reding a donc lancé une enquête juridique visant à savoir si les reconduites sont bien en accord avec les textes européens, notamment de la directive 2004/38/CE du parlement européen et de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Les conclusions de cette enquête doivent être présentées devant la commission le 1er septembre. Celle-ci intervient alors que le gouvernement affirme dans tous les médias que ces reconduites se font "en conformité avec le droit de l'Union européenne".

La Commission européenne semble en tout cas considérer que la question doit être absolument posée, car si le président de la Commission européenne, Jose Manuel Baroso, n'a pas fait de déclaration particulière sur le sujet et ne sera pas présent à la réunion de ce mardi, selon Olivier Bailly, le porte-parole de la Commission européenne. La déclaration faite le 25 août par Madame Reding a été faite en accord avec le président Baroso et tous les membres de la Commission, précise-t-il, et le président a lui-même approuvé le texte. Interrogé sur la réunion du 6 septembre qui pourrait avoir lieu entre Nicolas Sarkozy et Jose Manuel Baroso, Olivier Bailly ajoute que "pour l'instant, il n'est pas prévu que la réunion du 6 septembre, si elle a lieu, porte sur l'expulsion des Roms de France, ce n'est pas l'agenda, mais cela peut évoluer en fonction de l'actualité et des résultats de l'analyse juridique. A l'heure actuelle, officiellement, le thème de cette possible réunion est l'économie".

 

Des amendes possibles

Mais alors quelles conséquences pour la France peut avoir cette enquête juridique de la Commission ? Quelles mesures peuvent être prises contre la France si celle-ci s'avère fautive ?

L'enquête juridique lancée se doit d'éclairer la situation. Cependant, c'est un processus qui peut être très long et qui comprend de nombreuses étapes. La Commission européenne dispose de deux premières phases traitées directement avec l'Etat membre avant de pouvoir saisir la Cour de justice européenne : tout d'abord, elle adresse une mise en demeure à l'Etat membre puis un avis motivé, c'est seulement ensuite que la Cour peut-être saisie. Ainsi, si la Commission décide d'introduire un recours en manquement, la Cour va examiner l'affaire et entendre les deux parties (l'Etat concerné et la Commission) par écrit puis lors d'une audience de plaidoirie.

Il existe alors deux possibilités : soit l'Etat membre a manqué à ses obligations et il doit alors se conformer à l'arrêt de manquement de la Cour le plus tôt possible, soit la demande de la Commission est rejetée. C'est ensuite à la Commission européenne de vérifier que l'Etat se conforme bien à l'arrêt en question. Dans le cas contraire, une seconde procédure se met en place, qui comprend deux nouvelles étapes d'abord devant la Commission européenne puis par une nouvelle saisie de la Cour justice qui peut alors décider d'un second arrêt qui comprend la condamnation de l'Etat membre à une amende. Si la Cour de justice traite plus de 100 affaires par an qui l'amènent à prendre un premier arrêt, la condamnation d'un Etat membre à une amende reste rare : dix affaires jusqu'à aujourd'hui, dont trois concernaient la France, quatre la Grèce, une l'Espagne et deux le Portugal.

Ces différentes étapes et les retours devant la Commission expliquent un temps judiciaire qui peut être très long dans ce type d'affaire. Pour que la Cour de justice prononce le premier arrêt cela peut prendre de 16 à 18 mois. Pour le second arrêt, il faut parfois attendre plusieurs années. Cela dépend essentiellement de la Commission européenne. A titre d'exemple, le premier arrêt de la Cour concernant l'affaire C177/04 qui concernait la France a été pris en 2002, le second en 2006.

C'est ensuite à la Commission européenne de veiller au paiement des amendes par l'Etat membre visé par deux arrêts.

 

Le "long" séjour est tenu à des conditions particulières

Interrogé sur ce point, le ministère de l'Immigration affirme ne pas avoir de réaction particulière au lancement de cette enquête juridique. Ce dernier affirme une nouvelle fois à Nouvelobs.com que toutes les reconduites ont été faites en conformité avec le droit français et le droit européen. Selon le ministère de l'Immigration, tous les "Bulgares" et les "Roumains" -dixit le ministère qui se refuse à employer le mot Rom- qui ont été reconduits dans leur pays se trouvaient en situation irrégulière sur le territoire français. Toujours selon le ministère, invoquant la directive 2004/38/CE, la libre circulation des ressortissants communautaires s'applique aux Roumains et aux Bulgares en tant que citoyens de l'Union européenne (depuis 2007) et permet donc à chacun d'entre eux de circuler. Mais concernant le séjour, il ne permet que de courts séjours munis d'une pièce d'identité. Le "long" séjour est tenu à des conditions particulières afin de ne pas devenir une "charge" pour l'Etat accueillant (directive). "C'est là que les Bulgares et les Roumains sont en situation irrégulière", précise le ministère.

Comme Eric Besson l'a rappelé le 30 août, 979 ressortissants roumains et bulgares ont été reconduits entre le 28 juillet le 17 août, dont 151 "de manière contrainte" et 828 "de manière volontaire".

Mais deux questions se posent : quelle différence entre reconduites volontaires et forcées ? Est-ce que chaque personne reconduite a bénéficié comme le veut la loi d'une analyse précise et individuelle de son cas ?

 

Des retours vraiment volontaires ?

Sur ce point, ministère et associations de défense des migrants ont des avis bien différents. Claudia Charles, chargée d'études au Gisti explique "qu'il ne s'agit pas de retours volontaires puisque s'ils refusent le départ volontaire qui comprend une aide financière (300 euros par adulte plus 100 euros par enfant), ils sont expulsés de façon forcée", procédé que reconnait d'ailleurs le ministère de l'Immigration. Les reconduits semblent donc avoir un choix bien limité. De son côté, le ministère affirme que l'importante part de retours volontaires montre qu'il s'agit pour la plupart de personnes se trouvant en grande précarité que le gouvernement aide à rentrer chez eux.

Sur le deuxième point, le ministère de l'Immigration affirme que la procédure de reconduite est extrêmement encadrée et se passe sous le contrôle de deux juges et qu'"il est certain que chaque dossier a été examiné avec précision". Les services du ministère de l'Immigration précise: "à partir du moment où les gens sont volontaires pour la reconduite, le temps administratif peut être un temps court" mais "ce n'est jamais du jour au lendemain". De la même façon, le temps juridique lié à la procédure de reconduite forcée est encadré par des textes : les juges doivent être saisis dans un temps court.

Au Gisti, on explique cependant qu'avec "850 décisions en moins d'un mois, soit l'administration est extrêmement efficace soit le ministère n'a pas pu analyser de façon détaillée chaque cas sur la situation personnelle et individuelle". "La seconde option semble plus vraisemblable et c'est pourtant la base pour prendre une décision vis à vis des étrangers notamment des communautaires", commente Claudia Charles.

  

Un phénomène qui n'est pas nouveau

Un point sur lequel s'accordent association et gouvernement est que le phénomène n'est pas nouveau, bien que ces reconduites se soient accélérées depuis le début du mois d'août avec la multiplication des évacuations de camps de Roms, qui se place notamment dans le cadre de la communication politique du gouvernement sur sa politique sécuritaire.

Du côté du ministère de l'Immigration, on précise que "l'avion qui a décollé le 23 août était en fait le 25ème depuis le début de l'année, ce qui amène les chiffres des reconduites à environ 8.000 depuis janvier 2010. Et environ 10.000 reconduites en 2009". Au Gisti, on confirme que "la violence, la pression exercée sur les Roms n'est pas nouvelle". L'association annonce qu'elle a adressé une lettre à Viviane Redding expliquant que ce n'est pas une politique récente mais que l'Union européenne ne s'inquiète de celle-ci que depuis la polémique née en août. Une plainte a été déposée auprès de la Commission européenne, qui est la seule à pouvoir saisir la Cour de justice européenne, le 31 juillet 2008, sur l'illégalité des mesures de reconduites de Roms prises en France.

" C'est une campagne de communication pour faire la promotion de la lutte contre l'insécurité, mais c'est complètement illogique car des retours en France sont possibles dès le lendemain de leur arrivée dans leur pays d'origine", explique Claudia Charles.

 

Stigmatisation ?

Ainsi, près de 10.000 Roumains et Bulgares sont reconduits chaque année de France. Mais qu'en est-il des autres communautaires arrêtés par les autorités en situation irrégulière sur le sol français ? Sont-ils également expulsés de France ? 

La réponse est oui mais les chiffres sont sans commune mesure. Toujours en 2009, seulement 566 communautaires majeurs en situation irrégulière, selon les chiffres du ministère de l'Immigration, autres que roumains et bulgares ont été reconduits. Pour 90% d'entre eux, il s'agit de retours forcés, des chiffres globalement constants. Ainsi, on compte 88 Néerlandais (dont un seul retour volontaire), 78 Polonais (13 retours volontaires), 63 Espagnols (pas de retours volontaires), 55 Lituaniens, 47 Italiens. Concernant des pays comme l'Irlande, il ne s'agit que d'un seul retour en 2009.

Le ministère de l'Immigration affirme que ces chiffres ne peuvent être comparés avec les reconduites de Roumains et de Bulgares : "Les ressortissants étrangers, notamment européen, en grande précarité (ceux susceptibles d'être reconduits) se tournent en grande majorité eux même vers leur consulat, par tradition. C'est ce dernier qui organise leur retour dans le pays d'origine". Selon le ministère donc, les chiffres sont incomparables car les Bulgares et les Roumains n'ont pas la tradition de se tourner vers leur Consulat pour organiser leur retour dans leur pays d'origine lorsqu'ils se trouvent en situation irrégulière ou en difficulté, "peut-être notamment en raison de tradition de mobilité de ces populations". Pourtant, il faut rappeler qu'il existe bien un consulat roumain et bulgare en France.

Les traditions différentes sont-elles vraiment la seule raison à ces différences de chiffres dans les reconduites ?

De son côté, Claudia Charles au Gisti affirme qu'elle n'a pas connaissance d'obligation de quitter le territoire pour d'autres communautaires. En revanche, elle connaît des exemples d'autres communautaires se trouvant en situation irrégulière signifiée par les préfectures mais qui n'ont pas été visés par une obligation de quitter le territoire français.

 

Des critiques venues de Roumanie

Dernier point, le ministère de l'Immigration insiste sur le fait que des critiques sont faites au gouvernement français alors que les gouvernements bulgares et roumains ne désapprouvent pas cette même politique de reconduites des Roms. Il précise que des accords d'entre-aide doivent être mis en place prochainement. Pourtant, dimanche 29 août, le ministre roumain de l'Intérieur, Vasile Blaga, a souligné qu'"aucun des Roms rapatriés de France vers la Roumanie la semaine dernière n'était fiché par la police française ou roumaine."

S'il reconnaît "qu'à partir du moment où un citoyen roumain se trouve en situation irrégulière en France, il doit être expulsé", Vasile Blaga a annoncé que la Roumanie se "défendrait" si des abus se produisaient. "La France paye pour ces retours volontaires. (...). Est-ce une bonne politique, une mauvaise politique? C'est un terrain sur lequel je ne veux pas m'exprimer", a ajouté M. Blaga.

De son côté, le ministre roumain des Affaires étrangères Teodor Baconschi a estimé lundi 30 août que "les rapatriements de Roms depuis la France avec une somme d'argent ne sont "pas une solution", en appelant au dialogue bilatéral et européen pour l'intégration de cette minorité.

"Ces rapatriements volontaires en échange d'une somme d'argent que reçoivent nos concitoyens Roms pour accepter de revenir en Roumanie, ce n'est pas une solution", a déclaré le chef de la diplomatie roumaine lors d'une interview à la télévision nationale roumaine TVR.

Le ministre a insisté sur le besoin "de fonds, de volonté politique, de dialogue bilatéral et européen et en même temps de programmes concrets" pour améliorer la situation des Roms.

"Nous comptons sur la coopération honnête de Paris. Il faut des logements, améliorer l'accès à l'éducation, au système sanitaire. Cela ne pourra pas se faire en 48 heures. C'est un problème multiséculaire et transnational", a estimé Teodor Baconschi.

De leur côté, des ONG roumaines de défense des Roms ont appelé au boycott des produits français à compter du 6 septembre

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