25.07.2010
Les gardes à vue ont bondi de 23 % entre 2004 et 2009

Le nombre de gardes à vue en France a bondi de près de 23 % entre 2004 et 2009, près de deux fois plus que celui des personnes mises en cause, selon un rapport de l'Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ) rendu public vendredi 23 juillet.
580 108 mesures de gardes à vue pour crimes et délits non routiers ont été prises en France en 2009, contre 472 063 en 2004, précise le rapport. Toutefois, pour mieux mesurer le phénomène, l'Institut a rapporté le nombre de gardes à vue à celui des personnes mises en cause (PMeC). En passant d'un ratio de 46,37 % de PMeC placées en garde à vue en 2004 à un de 49,38 % en 2009, "la fréquence de placement en garde à vue de PMeC a crû de trois points, soit 6,49 %", a indiqué l'INHESJ.
LOGIQUE DE "JUDICIARISATION"
Par grandes catégories d'infractions, l'augmentation la plus forte du nombre de gardes à vue l'a été pour atteintes volontaires à l'intégrité physique (hors vol), soit une hausse de 55,19 %, tandis que la plus faible a concerné les infractions économiques et financières (+ 10,03 %). En matière d'atteinte aux personnes, le nombre de gardes à vue pour violences physiques non crapuleuses a augmenté de 72,58 % entre 2004 et 2009, représentant un ratio de 51,40 % par rapport aux PMeC contre 42,20 % en 2004, soit une hausse relative de 21,80 %. L'augmentation la plus élevée a concerné les coups et blessures volontaires non mortels sur personnes de plus de 15 ans : + 88,20 % entre 2004 et 2009, pour lesquels le nombre de PMeC s'est accru de 43,61%.
Pour les atteintes aux biens, le nombre de gardes à vue a augmenté de 10,44 % pour une hausse de PMeC inférieure à 1 %. En ce qui concerne les délits relevés par la seule action des services de police et de gendarmerie (flagrants délits ou faits sans plainte ni dénonciation), le nombre de gardes à vue s'est accru de 26,11 %, dont une hausse de 43,48 % pour infraction à la législation sur les étrangers et de 27,22 % pour celle relative aux stupéfiants.
Alors que la "recherche de l'aveu" a fait place à celle "de la preuve" et que les enquêteurs "disposent de moyens scientifiques leur permettant de s'affranchir de la participation du mis en cause", l'Institut s'interroge sur les raisons de cette augmentation des gardes à vue. Il avance que, dans "une logique de judiciarisation", elles peuvent être "un impératif de consolidation juridique des procédures là où d'autres mesures plus souples et moins coercitives pourraient être l'occasion de contestations ultérieures".
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20.07.2010
Fillon veut faire de la rigueur une arme politique
Pourquoi, à deux reprises ces six derniers jours, François Fillon a-t-il employé le mot rigueur, honni par Nicolas Sarkozy ? La première fois, le 16 juillet, on pouvait encore croire à un dérapage, mettre cette transgression sur le compte d'un coup de fatigue ou au contraire d'un excès de zèle : le premier ministre était en déplacement au Japon, il s'exprimait devant un parterre d' hommes d'affaires. Il avait très à cœur – peut être trop ?– de les convaincre que la France, comme l'Europe, restent de belles terres d'accueil pour les investisseurs étrangers malgré l'ampleur de leurs déficits.
Mais lorsque, lundi 19 juillet, en Nouvelle- Calédonie, François Fillon est revenu à la charge en affirmant qu'il "ne regrettait pas" ses paroles, le doute s'est dissipé : la rigueur n'était ni un lapsus ni une faute, c'était un mot assumé pour décrire une réalité économique et plus encore tenter de construire un avenir politique. François Fillon, enfin, se décidait à faire de la politique !
Le cas de ce premier ministre ressemble beaucoup à celui de Raymond Barre. Les deux hommes sont arrivés à Matignon avec le désir profond de réformer la France. Ils ont été confrontés à des crises économiques graves – le premier et le deuxième choc pétrolier pour Raymond Barre, la crise des subprimes suivie d'une récession mondiale pour François Fillon.
Ils ont l'un et l'autre assumé bien plus que le président qu'ils servaient la nécessité de serrer les vis de la maison France. Valéry Giscard d'Estaing était, comme Nicolas Sarkozy, irrité par le mot rigueur qui le mettait en porte à faux avec ses promesses de campagne. Souvent il s'agaçait de voir son premier ministre se complaire à décrire avec des mots crus une situation difficile. Plusieurs fois, il fut tenté de s'en séparer. Mais jamais il n'osa.
PARER À TOUS LES SCÉNARIOS
A Matignon, Raymond Barre tint cinq ans. Cinq ans, le rêve aussi de François Fillon. L'actuel occupant de Matignon n'est évidemment pas maitre de son temps. Sa seule certitude est que Nicolas Sarkozy va procéder à un vaste remaniement de son gouvernement en octobre. Le président peut aussi bien décider de le maintenir que de lui demander sa démission.
C'est dans cette conjoncture incertaine que s'inscrit le mot rigueur. Il permet au premier ministre de parer à tous les scénarios. Si en octobre la situation des comptes publics se dégrade parce que la croissance n'aura pas été au rendez vous, la rigueur s'imposera encore plus qu'aujourd'hui. A quoi bon alors changer de Premier ministre, puisque pour les français l'homme de la rigueur se nomme François Fillon ?
Si malgré tout, par convenance personnelle, le président de la République décide de changer de premier ministre, François Fillon quittera Matignon comme Raymond Barre, avec une image bien précise, celle d'un "père courage" qui dit la vérité et qu'il aura ensuite tout loisir de cultiver. Par les temps qui courent et aussi paradoxal que celui puisse paraitre, la rigueur est, pour François Fillon, un mot gagnant-gagnant.
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14.07.2010
José Bové : "Les lobbies essayent d'imposer les OGM à l'Europe"
Toublant : L'Europe est-elle assez forte devant les lobbies des grandes multinationales ?
José Bové : Les lobbies sont tous basés à Bruxelles, et essaient d'imposer leurs objectifs, dont les OGM, à la Commission, mais aussi au Parlement. Néanmoins, on sent de plus en plus de résistance au sein du Parlement européen sur les questions qui touchent à l'alimentation et à la santé. Et le dernier vote du Parlement pour interdire la viande clonée et les nanoparticules dans les produits alimentaires en est la preuve.
Maxime : J'aurais voulu savoir si vous n'étiez pas trop découragé par ces multinationales assoiffées d'argent qui feraient n'importe quoi afin de commercialiser leurs semences ? Gardez-vous toujours espoir ?
Depuis douze ans que ce combat a commencé contre les semenciers OGM, nous avons malgré tout obtenu un résultat important qui est une affirmation de l'opinion publique européenne contre les OGM dans l'agriculture et dans l'alimentation.
Et le Parlement, la semaine passée, à Strasbourg, a majoritairement dit qu'il était favorable à l'étiquetage des produits issus d'élevage qui consomment des OGM. Ce qui montre que les choses sont en train d'évoluer dans le sens d'une agriculture sans OGM.
isabelle : Qu'est-ce qui vous inquiète dans la proposition de la Commission ? Après tout, c'est un peu comme si elle rendait aux Etats leur libre choix dans ce dossier ?
Il y a une double inquiétude dans les propositions de la Commission. Ces dernières s'inscrivent dans un cadre où le commissaire Barroso dit très clairement qu'il est, lui, favorable à l'extension des OGM à l'intérieur des frontières européennes. Les propositions qui sont faites par le commissaire Dalli aujourd'hui même constituent le cadre pour faire entrer ces OGM.
Il y a plusieurs problèmes : le premier est un affaiblissement de l'organe d'évaluation de l'EFSA (AESA : agence européenne de sécurité des aliments), avec notamment la mise en avant de l'équivalence en substances qui est le cheval de Troie qui avait été utilisé aux Etats-Unis au lancement des OGM.
Deuxièmement, la proposition de Dalli est une fausse bonne réponse, car la renationalisation des OGM va poser des problèmes en terme de commerce intra-européen. Puisqu'il n'y a pas de contrôle par les Etats à leurs frontières, les produits OGM pourront circuler dans tous les sens et contaminer l'alimentation des consommateurs dans la mesure où il sera impossible d'organiser des filières alimentaires distinctes.
Dans ce registre, le commissaire Dalli dit que les mesures prises par les Etats doivent être en conformité avec le traité, en particulier en ce qui concerne le principe de non-discrimination entre les productions nationales et les productions non nationales.
Autre problème posé par cette renationalisation : la distorsion de concurrence pour les agriculteurs biologiques. En effet, entre un agriculteur biologique d'un pays où les OGM sont interdits et un producteur biologique d'un pays où ils sont autorisés, leur capacité de vendre sous label bio sera complètement différente.
Ces deux premières raisons amèneront clairement des risques de conflit entre Etats qui ne pourront trouver leur solution que devant la Cour européenne de justice.
Dernier problème : le casse-tête face à l'OMC. En effet, les 27 Etats membres sont aujourd'hui représentés par la Commission européenne face à l'OMC. Or quelle va être l'attitude des entreprises comme Monsanto et autres ?
Vont-elles se retourner contre les Etats via par exemple les Etats-Unis ou l'Argentine, et quelle sera la réaction de la Commission ? Défendra-t-elle sa propre proposition de laisser faire ou soutiendra-t-elle les pays qui auront décidé d'interdire l'usage des variétés OGM ?
TVR : L'Europe ne risque t-elle pas de se priver d'une grande partie de l'innovation et de l'investissement en recherche et développement (R&D) en adoptant une position trop ferme sur ce thème ? Des groupes européens comme Bayer Crop délocalisent leurs travaux de R&D.
Je ne pense pas qu'aujourd'hui la principale innovation en matière agricole soit les OGM.
Je pense qu'il y a véritablement matière à développer l'agriculture à partir de la biodiversité, notamment en favorisant une recherche participative entre agriculteurs et chercheurs.
Cela notamment en raison des changements climatiques et des nécessités de faire face à des nouvelles contraintes liées soit au manque d'eau, soit à des conditions agronomiques nouvelles.
charles : "La science doit nous montrer la voie à suivre" - cette phrase de John Dalli dans Le Monde de cet après-midi est à elle seule inquiétante, qu'en pensez vous?
La science, quand elle a pour objectif la connaissance, ne peut pas avoir de limites. Mais croire aujourd'hui que toutes les technologies élaborées en laboratoire peuvent avoir leur utilité relève du domaine de la superstition.
Il y a aujourd'hui nécessité d'évaluer les choix technologiques issus de la recherche à partir de critères scientifiques, écologiques, économiques, sociaux et éthiques. Et ce n'est que cette évaluation qui peut légitimer l'entrée dans le domaine social d'une application scientifique.
Chantal : Qui, selon vous, a "contaminé" M. Dalli, le commissaire européen à la santé : Monsanto, Bayer-BASF, Pioneer?
Je ne suis pas dans les petits papiers de M. Dalli, mais je pense que celui qui a eu le plus d'influence sur lui, c'est celui qui l'a nommé à son poste, c'est-à-dire M. Barroso.
sev : Je ne suis pas très bien informé sur les OGM, mais j’ai entendu dire qu’ils permettent d’augmenter la production de denrées à moindre coût, au même titre que les engrais et pesticides. Nous connaissons déjà les effets néfastes des engrais, notamment sur la qualité de l’eau, et pourtant ils sont autorisés en France. Pourquoi refuser les OGM alors que les engrais eux sont autorisés ?
Aujourd'hui on se rend compte que les OGM n'ont jamais permis d'augmenter les rendements. En revanche si l'on regarde les ventes d'herbicides ou d'insecticides vendus par les firmes qui produisent les OGM, on se rend compte qu'elles augmentent de plus en plus vite dans les pays qui utilisent les OGM.
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12.07.2010
Avis de tempête sur le climat social
Imperturbablement, Eric Woerth va présenter au conseil des ministres du 13 juillet son avant-projet de loi sur la réforme des retraites. La journée d'action syndicale (réussie) du 24 juin n'a pas fait bouger d'un iota le calendrier. Et l'intersyndicale CFDT-CFTC-CGT-FSU -Solidaires-UNSA hausse le ton, pariant sur "une mobilisation de haut niveau" le 7 septembre, à l'ouverture du débat parlementaire.
Le 7 juillet, les six syndicats ont réaffirmé, dans une déclaration commune, leur opposition à une réforme jugée "injuste et inacceptable". Ils n'en réclament pas le retrait, mais veulent être écoutés "dans le cadre d'un vrai débat, refusé jusqu'à ce jour". Ils se gardent bien de se mêler de l'affaire Woerth-Bettencourt, et encore moins de demander la démission du ministre du travail.
Mais les syndicats voient aussi dans la crise de confiance que traverse le pays la traduction du sentiment d'injustice et d'iniquité que ressentent de plus en plus de salariés. C'est au moment où sont annoncées de nouvelles coupes dans les dépenses sociales que remontent à la surface, au-delà de l'affaire elle-même, des chiffres indécents sur les grosses fortunes, les évasions de capitaux ou les privilèges que le bouclier fiscal garantit à ceux qui sont les plus riches.
Les syndicats sont loin d'être assurés de réussir leur pari du 7 septembre. Mais, alors que le climat social est lourd d'inquiétudes et de colères, le gouvernement joue une partie dangereuse. Comme s'il ne se souciait guère de syndicats jugés trop faibles - autour de 8 % de syndiqués - pour infléchir sa politique. Sauf qu'ils veillent à la cohésion sociale et tentent d'éviter que la grogne emprunte des voies plus radicales. Dans ce contexte, il était plus qu'imprudent d'infliger, le 7 juillet à l'Assemblée nationale, un sévère camouflet au syndicalisme. Ce jour-là, les députés UMP ont rejeté un amendement prévoyant la création - facultative et hors des entreprises - de commissions paritaires régionales de dialogue social dans les très petites entreprises (TPE). Jean-François Copé a mené la fronde en s'opposant ainsi au ministre du travail.
Ce texte n'avait pourtant rien de révolutionnaire. Il ne s'agissait pas d'imposer des délégués du personnel ou des délégués syndicaux dans les TPE. Le but était, comme s'y engageait la loi du 20 août 2008 sur la représentativité syndicale, de ne pas maintenir à l'écart du dialogue social près de 4 millions de salariés. Alors que la majorité des litiges examinés par les conseils de prud'hommes viennent des TPE, cette réforme visait à corriger une discrimination.
Ce vote relève sans doute d'un jeu de rôles au sein de l'UMP. Mais c'est aussi un jeu d'apprenti sorcier. Laurent Berger, secrétaire national de la CFDT, y a perçu "un fort mépris à l'égard du syndicalisme et un déni de son rôle dans la société". On ne peut pas souhaiter, comme Nicolas Sarkozy l'avait écrit dans Le Monde (19 avril 2008), des "syndicats forts et responsables" et les affaiblir en ne les écoutant pas ou, pire, en les ignorant. A moins de croire qu'on peut toujours souffler sur les braises sans craindre qu'il en résulte, un jour, un incendie.
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Morano exclut un projet de loi sur l'adoption pour les couples homosexuels
Après la décision rendue jeudi par la Cour de cassation qui permet la reconnaissance en France d'un jugement d'adoption obtenu aux Etats-Unis par deux femmes, la secrétaire d'Etat à la famille a admis que la question de l'adoption par des couples de même sexe "mérite un débat politique". Mais elle a exclu de présenter un projet de loi sur la question.
Nicolas Sarkozy avait dit "pendant sa campagne électorale qu'il n'était pas favorable à l'adoption par des couples homosexuels, donc très clairement, si vous me posez la question de savoir s'il y aurait un projet de loi en ce sens, je vous réponds 'non'", a-t-elle assuré.
"S'il est nécessaire de modifier la loi, il faudra en passer par un débat politique", a-t-elle déclaré, soulignant que "des initiatives parlementaires" pourraient soulever la question.A titre personnel, elle s'es tdit une nouvelle favorable à l'adoption par des couples homosexuels.
Pour Mme Morano, l'arrêt pose un "problème politique" mais aussi "juridique" car il introduit une "inégalité de traitement" entre les couples vivant en France et les couples habitant à l'étranger.
Le fait que des enfants vivent dans des couples homoparentaux est une "réalité" mais "les enfants sont dans une insécurité juridique (...): qu'est ce qui se passe si la mère biologique tombe malade ou décède?", s'est-elle interrogée.
L'Institut d'études démographiques recensait en 2005 entre 24 000 à 40 000 enfants résidant avec un couple de même sexe. Ils sont 200.000, selon l'association des parents et futurs parents gays et lesbiens.
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11.07.2010
Réforme des retraites : coup de chaud entre les syndicats et le gouvernement
Je n'éteindrai pas le feu", confie Bernard Thibault, en n'excluant "aucun schéma social" pour la rentrée sur la réforme des retraites. Entre les syndicats et le gouvernement, on assiste à un nouveau coup de chaud.
Le secrétaire général de la CGT invite le gouvernement à ne pas sous-estimer la montée du mécontentement et la "mobilisation de haut niveau" prévue le 7 septembre par l'intersyndicale CFDT-CFTC-CGT-FSU-Solidarités-UNSA, au moment où s'engagera le débat sur le projet de loi à l'Assemblée nationale. M. Thibault insiste sur l'ampleur de la journée d'actions du 24 juin – où, selon ses chiffres, 2 millions de personnes ont manifesté – assurant qu'elle a "surpris" Raymond Soubie, le conseiller social de Nicolas Sarkozy, qu'il a rencontré quelques jours après.
Les syndicats n'ont pas l'intention de se mêler de l'affaire Woerth-Bettencourt, encore moins de demander la démission du ministre du travail – "Que ce soit Woerth ou un autre, observe M. Thibault, celui qui est aux manettes c'est Nicolas Sarkozy" – mais ils relèvent qu'elle provoque un climat délétère où remonte le sentiment d'injustice chez les salariés. "Aujourd'hui, note un syndicaliste, le moindre majordome est capable d'ébranler la République." Pour M. Thibault, "la réforme des retraites risque d'être prise en otage par la situation politique actuelle".
"UNE RÉFORME INJUSTE ET INACCEPTABLE"
Plus que jamais décidée à maintenir la pression sur le gouvernement, l'intersyndicale a publié, jeudi 8 juillet, une déclaration commune dans laquelle elle hausse le ton à l'égard du gouvernement. Les six organisations "réaffirment leur opposition au contenu de cette réforme injuste et inacceptable" et "la nécessité de préserver le droit au départ à la retraite à 60 ans". Elles pointent plusieurs éléments qui, à leurs yeux, vont "aggraver les inégalités" : "Le report brutal, 62 et 67 ans des âges légaux va fortement pénaliser les salariés et notamment ceux ayant commencé à travailler jeunes ; celles et ceux ayant des carrières incomplètes et chaotiques, en particulier les femmes qui sont aujourd'hui 28 % à travailler jusqu'à 65 ans pour bénéficier d'une retraite à taux plein ".
A la faveur du débat parlementaire, les syndicats espèrent que des amendements corrigeront plusieurs points de la réforme auxquels ils sont particulièrement sensibles : la reconnaissance d'un "droit collectif" – et non individualisé et médicalisé, comme dans le projet actuel – à la prise en compte de la pénibilité, les carrières longues et la situation des polypensionnés, ceux qui ont cotisé à plusieurs régimes.
Pour autant, M. Thibault ne baisse pas les bras et n'exclut pas une mobilisation durable, en se gardant de pronostiquer un nouveau décembre 1995, qui porterait sur l'ensemble de la politique économique et sociale, sur fond de rigueur accrue, et l'obligerait à revoir sa copie sur les retraites.
Le secrétaire général de la CGT refuse toutefois de réclamer le retrait du projet de réforme, estimant qu'il faut "des mesures" pour assurer l'équilibre financier des régimes. "Je refuse qu'on s'inscrive dans une stratégie du tout ou rien, affirme-t-il. Parler de grève générale, c'est une stupidité."
M. Thibault s'inquiète de la stratégie de Force ouvrière qui a assisté à la dernière réunion de l'intersyndicale, après l'avoir boudée, et a appelé à manifester le 7 septembre. Mais, au lendemain de cet appel, Jean-Claude Mailly a envoyé une circulaire à ses organisations pour indiquer qu'il n'y avait pas eu de "déclaration commune" et que FO maintenait son mot d'ordre de "retrait" de la réforme. En d'autres termes, FO devrait participer à la journée du 7 septembre mais pourrait organiser des manifestations "en parallèle". Ce nouveau cavalier seul est vivement dénoncé par la CGT.
"UNE VISION RÉTROGRADE DU DIALOGUE SOCIAL"
La tension est également montée d'un cran entre les syndicats et le gouvernement, après le vote par les députés de la majorité d'un amendement rejetant, contre l'avis d'Eric Woerth, le projet de création de commissions paritaires de dialogue social dans les très petites entreprises (TPE).
Pour M. Thibault, il s'agit d'un nouveau coup de canif dans la loi du 20 août 2008 sur la représentativité syndicale, Jean-François Copé, le président du groupe UMP de l'Assemblée nationale, ayant ainsi cédé au lobbying du Medef et de la CGPME, contre l'avis de l'Union professionnelle artisanale (UPA) et de l'Union nationale des professions libérales (UNAPL) qui étaient favorables à cette disposition.
Pour Laurent Berger, secrétaire national de la CFDT, ce vote "témoigne d'une vision rétrograde du dialogue social qui serait uniquement une contrainte et non une solution utile pour les salariés et les entreprises". M. Berger y décèle "un fort mépris à l'égard du syndicalisme et un déni de son rôle dans la société".
Les syndicats voient dans ce vote sur les TPE un signal d'autant plus négatif que les députés UMP ont profité de l'affaiblissement du ministre du travail. Qu'en sera-t-il en septembre, compte tenu de l'évolution du climat politique, s'interrogent-ils, alors que M. Copé a déjà fait savoir qu'il entendait durcir le projet du gouvernement sur les retraites, notamment sur l'allongement des durées de cotisations. Avis de tempête en perspective.
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09.07.2010
'Il y a eu beaucoup de personnes politiques qui ont reçu de l'argent...'

Claire Thibout aime bien que les choses soient précises. Dans son audition, mercredi 7 juillet, réalisée dans le Gard, par les enquêteurs de la brigade financière, elle tient à remettre les choses en place et revient, partiellement, sur ses déclarations au site Mediapart.
D'abord, elle conteste la façon dont le site Mediapart a relaté les propos qu'elle lui a tenus. "L'article de Mediapart me fait dire que j'aurais déclaré quelque chose concernant la campagne électorale de M. Balladur. C'est totalement faux. C'est de la romance de Mediapart , assure-t-elle. De même que je n'ai jamais dit que des enveloppes étaient remises régulièrement à M. Sarkozy".
Mais si elle se rétracte pour partie, elle demeure très accusatrice. Ainsi, elle confirme que l'hôtel particulier de Neuilly-sur-Seine était un lieu prisé par les hommes politiques. Elle précise même que "ces messieurs venaient pour avoir de l'argent" mais indique n'avoir jamais assisté à la moindre remise d'enveloppes. "Il y avait des enveloppes d'espèces qui étaient remises par M. Bettencourt ou de temps en temps par Mme Bettencourt à des politiques", relate-t-elle.
M. Sarkozy était-il concerné ? C'est "possible", avance-t-elle, sans qu'elle puisse prouver quoi que ce soit. Elle raconte les invitations à l'hôtel particulier de Neuilly-sur-Seine. On y croisait, si l'on en croit Claire Thibout, Pierre Messmer, Mme Pompidou, François Léotard, Gérard Longuet, le couple Chirac, Edouard Balladur, Bernard Kouchner, Danielle Mitterrand ou encore Renaud Donnedieu de Vabres, Nicolas Sarkozy et plus récemment Éric Woerth.
"M.BETTENCOURT ME DISAIT: "J'AI BESOIN DE TELLE SOMME""
Elle raconte ensuite comment se préparaient ces rencontres : "M. Bettencourt me disait:" j'ai besoin de telle somme", généralement 50 à 100 000 euros. Après avoir retiré cette somme à la banque, lorsque celle-ci n'était pas disponible dans ma caisse, je la remettais à M. Bettencourt après avoir fait des liasses de 10 000 euros (…) M. Bettencourt me disait qu'il avait besoin de cette somme le jour même, en fonction de ses invitations ou de ses rendez-vous. Je constatais que l'enveloppe que je lui avais remise était vide après ces rendez-vous, car en me demandant de nouveau de l'argent, j'avais accès à sa serviette posée dans son bureau. Dans cette serviette il y avait l'enveloppe dont M. Bettencourt me demandait de vérifier le contenu. Soit cette enveloppe était vide, et M. Bettencourt me demandait de l'argent, soit il restait de l'argent, et il disait que ça suffisait ou me demandait de compléter".
Mme Thibout n'a assisté à aucune remise d'enveloppes à des hommes politiques. Elle déclare cependant : "M. et Mme Bettencourt étaient des personnes généreuses, et il y a eu beaucoup de personnes politiques qui ont reçu de l'argent". Elle ajoute : "Je ne veux pas faire de délation (…) pour ce qui est de M. Woerth, si il n'y avait pas eu les histoires de carnets, je n'en aurais jamais parlé à personne…" Ces fameux carnets, où la comptable couchait les sommes décaissées.
Elle confirme en tous points l'épisode qu'elle avait déjà relaté tant aux enquêteurs qu'à Mediapart. "M. de Maistre m'avait demandé avant les élections présidentielles de 2007 d'aller lui chercher 150 000 euros à la banque (…). Je lui ai demandé pourquoi une telle somme, il m'a répondu qu'il devait organiser un dîner avec M. Woerth pour la lui remettre. Il voulait que cela se passe par l'intermédiaire de Mme Bettencourt (…) Je lui ai dit que ce n'était pas possible surtout pour l'usage qu'il voulait en faire. Il s'est énervé".
Claire Thibout aurait alors dénoncé ces agissements auprès d'Eva A., chargée de clientèle à la BNP, qui aurait ensuite expliqué à M. de Maistre que tout cela ne pouvait se faire sans attirer l'attention de Tracfin, l'organisme anti-blanchiment de Bercy. Finalement, Claire Thibout ne disposera que de 50 000 euros. "J'ai mis dans une enveloppe la somme de 50 000 euros pour Mme Bettencourt. Il [M. de Maistre] m'a dit qu'il se débrouillerait du reste. Un peu plus tard, il a fait un commentaire, du style " des fois ça sert d'avoir des comptes en Suisse ". C'était lui qui gérait les comptes de Mme Bettencourt à l'étranger…". Elle le dit encore : "J'ai été là au moment où j'ai remis à Mme Bettencourt une enveloppe qu'elle a remise à Patrice de Maistre".
Tant M. de Maistre que M. Woerth ont catégoriquement nié. La date avancée par Mme Thibout dans Mediapart, à savoir le 26 mars 2007, n'est semble-t-il pas la bonne. Elle indique n'avoir jamais dit à Mediapart "oui c'est le 26 mars", et ne peut être plus précise que dans ses premières déclarations aux policiers. Cette scène se serait donc déroulée en mars-avril 2007. Les agendas de M. de Maistre, fournis à la police, ne portent aucune trace d'un dîner avec M. Woerth, à cette époque. "Je sais que ce dîner a eu lieu, croit savoir la comptable, car M. de Maistre me l'a dit..."
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07.07.2010
Le Parti socialiste et le bon usage des primaires

Cette fois, ça y est, le Parti socialiste a effectué sa rénovation, la plus importante depuis le congrès refondateur d’Epinay, en 1971. Samedi 3 juillet à Paris, lors d’une convention nationale, à laquelle étaient absents la plupart des éléphants – le rapporteur ayant lui-même été empêché par une infection de la rétine –, le PS a adopté, par 146 voix pour, 3 contre et 4 abstentions, le texte fondateur de sa refondation. Les "primaires populaires", le non-cumul des mandats, qui sera mis en œuvre "à chaque renouvellement parlementaire", la parité intégrale et la diversité dans les instances (et aux élections législatives) sont désormais inscrits dans les statuts.
Incontestablement, c’est une victoire pour Martine Aubry dont l’autorité se trouve de nouveau confortée. Pourtant, sur sa rénovation, le PS cultive, depuis le départ, les paradoxes.
Le premier paradoxe est que Martine Aubry, élue le 25 novembre 2008, dans des conditions controversées, à la tête du PS, n’avait pas fait de la rénovation, défendue avec force par sa rivale Ségolène Royal, sa priorité. Elle s’y est convertie par nécessité et parce qu’elle a senti qu’en l’incarnant, elle pouvait reprendre la main sur le parti dans le cadre de ce qu’elle a appelé "un nouvel Epinay". C’est ainsi qu’à l’université d’été de La Rochelle, fin août 2009, elle avait créé la surprise en annonçant pour le 1er octobre un référendum pour mettre sur les rails cette rénovation.
Le second paradoxe est que si la rénovation a été ressentie comme une nécessité, voire une urgence, compte tenu de la crise que traversait le PS, au lendemain de son échec à la présidentielle de 2007, elle n’a été accompagnée d’aucun élan. Au référendum du 1er octobre 2009, moins d’un adhérent sur deux a participé au vote. Pis encore, le 24 juin, lors du scrutin qui a précédé la convention, seuls 34,16% des 167 162 militants inscrits ont participé : 76,93% ont voté pour, 14,92% contre et 7,82% se sont abstenus. On aurait pu rêver plus forte adhésion…
Enfin, le troisième paradoxe concerne les primaires populaires, ouvertes à tous les électeurs qui "veulent la victoire de la gauche". La première secrétaire qui était loin d’être enthousiaste les a soutenues jusqu’au bout. Et aujourd’hui, c’est un de ceux qui ne cachait pas ses réticences au départ, François Hollande, qui s’inquiète à l’idée qu’elles se transforment en vraies-fausses primaires, c'est-à-dire en vote de ratification d’un choix du candidat pour 2012 opéré au préalable par l’appareil, suite à un "pacte" entre les principaux prétendants.
UN SYSTÈME TRÈS OUVERT
La question clef aujourd’hui est en effet de savoir quel (bon) usage le PS va faire de ces primaires qui, contrairement à ce qui était imaginé à l’origine, ne devraient concerner que les socialistes. Chez les écologistes, Daniel Cohn-Bendit était plutôt favorable à une participation au scrutin mais les Verts y sont fermement opposés. Du côté du Mouvement républicain citoyen, Jean-Pierre Chevènement n’exclue pas de concourir lui-même et les radicaux de gauche boudent le processus. Quant au Parti communiste et au Front de gauche, ils n’imaginent pas un seul instant de se mêler à cette compétition.
Dans son histoire, le PS a déjà recouru deux fois aux primaires pour désigner son candidat à l’élection présidentielle : en 1995 et en 2007. La première fois, Lionel Jospin, après la décision de Jacques Delors de ne pas se présenter, avait affronté, lors d’une campagne en catimini qui n’avait donné lieu à aucun débat entre les deux postulants, Henri Emmanuelli, alors premier secrétaire. Il l’avait battu avec 65,8% des suffrages. La seconde fois, trois débats télévisés avaient opposé, lors d’une campagne fort médiatisée, trois candidats : Ségolène Royal, Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius. Le 16 novembre 2006, la présidente de la région Poitou-Charentes, l’avait emporté au premier tour avec plus de 60% des voix d’un parti qui comptait plus de 200 000 militants.
Pour concevoir les primaires de l’automne 2011, Arnaud Montebourg et Olivier Ferrand, le président de Terra nova, ont imaginé un système plus ouvert, entre le modèle américain et le modèle italien. Les primaires se dérouleront sur une durée d’au moins six semaines en deux tours espacés de quinze jours. Pour participer, les candidats devront être parrainés (5% des parlementaires ou des membres du conseil national ou des conseillers régionaux etc…). En théorie, cela ouvra la voie à un grand nombre de candidat(e)s. Les perdants devront s’engager à soutenir le gagnant.
Le corps électoral sera élargi à l’ensemble des électeurs de gauche qui devront "adhérer à une déclaration de principe s’engageant à soutenir les valeurs de la gauche". Ils devront aussi acquitter une cotisation d’un euro minimum. Ce système très ouvert devrait permettre en théorie d’attirer plusieurs millions d’électeurs. Mais il fait craindre à certains opposants, comme Paul Quilès, que des électeurs de droite, voire des militants de l’UMP ou du Front national, s’infiltrent dans le processus au point de le fausser. Balivernes, répondent Arnaud Montebourg et Olivier Ferrand qui invoquent l’Italie où la droite n’a nullement parasité les primaires organisées par la gauche
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L'ancienne comptable des Bettencourt accuse Nicolas Sarkozy et Eric Woerth
Elle s'appelle Claire T. C'est l'ex-comptable de Liliane Bettencourt et elle sait beaucoup de choses. Citée dans un article de Mediapart, mardi 6 juillet, elle assure qu'"Eric Woerth a reçu en tant que trésorier de l'UMP la somme de 150 000 euros en liquide pour financer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy au printemps 2007".
Le témoignage de la comptable des Bettencourt. Le site d'information indique qu'elle a été interrogée lundi "au siège de la police financière, dans le 13e arrondissement de Paris", puis "à son domicile en fin d'après-midi, sur instruction expresse du procureur de Nanterre, Philippe Courroye, qui estimait qu'elle avait sans doute encore des choses à dire". Les enquêteurs l'ont interrogée sur les carnets de caisse, "tenus entre le mois de mai 1995, date de son embauche par le couple, et le mois de novembre 2008, lorsqu'elle a été licenciée", dans lesquels elle enregistrait les retraits d'espèces sur le compte de la milliardaire.
Interrogée par Mediapart dès la fin de son audition, lundi soir, l'ex-comptable affirme qu'elle ne peut fournir de "preuves matérielles définitives" de ses propos, expliquant les raisons la poussant à sortir du silence. "J'en ai marre de voir tous ces gens ne pas assumer leurs responsabilités", déclare-t-elle au site Internet. Elle se dit "furieuse" d'être visée par une "plainte pour vol déposée par l'avocat de Liliane Bettencourt, Me Georges Kiejman, qui l'accuse notamment de ne pas avoir restitué, au moment de son départ, divers documents comptables". Vendredi, sur RMC, Me Antoine Gillot, déclarait que les fonds retirés par Claire T. pouvaient "avoir profité à des hommes politiques". Il a confirmé, mardi, que la comptable "a été entendue pendant plusieurs heures lundi […]. Mais cela n'a apparemment pas suffi, car les enquêteurs l'ont rappelée dans la soirée et sont revenus l'interroger à son domicile", a raconté à l'AFP Me Gillot. "Lors de son audition, elle a dit à la police ce qu'elle a indiqué à Mediapart, à savoir que M. de Maistre [le conseiller financier de Liliane Bettencourt] lui avait demandé de retirer 150 000 euros en espèces en lui indiquant que cette somme était destinée à Eric Woerth", a poursuivi l'avocat.
Elle indique qu'elle retirait jusqu'à 50 000 euros à l'"agence Saint-James de la BNP à Neuilly-sur-Seine, puis à celle de l'avenue de la Grande-Armée, dans le 16e". Elle remettait ces sommes "directement à André Bettencourt. Puis à partir de début 2007 […] à Patrice de Maistre". " Une partie servait à payer des médecins, des coiffeurs, du petit personnel, etc. Et une autre, c'était pour les politiques", précise l'ex-comptable, ajoutant qu'André Bettencourt, qui "ne s'en cachait pas, a toujours financé la droite".
Un financement direct de la campagne de Sarkozy en 2007. "Chacun venait toucher son enveloppe, accuse Claire T. Certaines atteignaient même parfois 100 000, voire 200 000 euros." L'ex-comptable poursuit en affirmant que M. Bettencourt a financé "en liquide de la campagne d'Edouard Balladur. […] Il ne m'étonnerait pas qu'il ait aussi financé les activités politiques de Jacques Chirac".
Elle met surtout en cause Eric Woerth et Nicolas Sarkozy. Elle raconte qu'en mars 2007, Patrice de Maistre lui intime d'aller retirer 150 000 euros, précisant que c'est "pour financer la campagne présidentielle de Sarkozy ! Je dois donner de l'argent à celui qui s'occupe du financement de la campagne, Eric Woerth. Et 50 000 euros, ce n'est pas suffisant". Claire T. poursuit en disant qu'elle a demandé l'avis de son interlocutrice à la BNP, qui lui conseille de refuser : "Il ne fallait pas que je dépasse mon accréditif, sinon cela risquait d'alerter Tracfin [le service antiblanchiment de Bercy]. Donc je me suis rendue comme d'habitude avenue de la Grande-Armée, j'ai retiré 50 000 euros, que j'ai remis à Liliane Bettencourt, qui a ensuite donné l'enveloppe à Maistre, devant moi."
Elle assure que M. de Maistre a prélevé "en urgence le complément, à savoir 100 000 euros", avant d'aller "dîner avec Eric Woerth afin de lui remettre, 'discrètement', comme il m'a dit, les 150 000 euros" qui ont servi à la campagne présidentielle de 2007. "Maistre était très fier de côtoyer Sarkozy", se souvient Claire T., affirme Mediapart.
"Nicolas Sarkozy était souvent l'hôte des Bettencourt", poursuit l'ex-comptable avant d'accuser. "Nicolas Sarkozy recevait aussi son enveloppe, ça se passait dans l'un des petits salons situés au rez-de-chaussée, près de la salle à manger. Ça se passait généralement après le repas, tout le monde le savait dans la maison. […] Tout le monde savait dans la maison que Sarkozy aussi allait voir les Bettencourt pour récupérer de l'argent. […] Le jour où il venait, lui comme les autres d'ailleurs, on me demandait juste avant le repas d'apporter une enveloppe kraft demi-format, avec laquelle il repartait."
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06.07.2010
Pourquoi "ces deux-là" et "pas les autres" ?
Les démissions d'Alain Joyandet, secrétaire d'Etat à la coopération, et de son homologue au Grand Paris, Christian Blanc, ont aussitôt été commentées. L'opposition dénonce un gouvernement "moribond". Du côté de l'UMP, on estime que leur situation "n'a rien à voir" avec celle d'Eric Woerth, mis en cause pour conflit d'intérêts dans l'affaire Bettencourt.
PS . Pour le député et secrétaire national du PS, Jean-Christophe Cambadélis, ces démissions "posent plus de problèmes qu'elles n'en résolvent". "Soit la démission des deux ministres est une tentative de l'Elysée de jeter du lest, c'est tardif et pose plus fortement la question d'Eric Woerth". "Soit ces démissions sont 'spontanées' et c'est l'image d'un délitement qui appelle à un changement de gouvernement", ajoute M. Cambadélis.
Parti de gauche. "Pourquoi ne pas avoir attendu le remaniement annoncé pour la rentrée ? Pourquoi ces deux-là ? Pourquoi pas les autres, dont les noms sont cités dans des abus divers et nourrissent le feuilleton d'une décomposition générale ?" s'est demandé le leader du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon. "Si le président pense que ce délestage suffira, il se trompe. L'affaire Bettencourt continuera son œuvre de révélateur", poursuit-il. "La situation est en train d'échapper au contrôle du président de la République. Bientôt, pour que les uns ne partent pas sans les autres, le mot d'ordre deviendra 'qu'ils s'en aillent tous' !" conclut M. Mélenchon.
PRG. Le Parti des radicaux de gauche demande des élections législatives anticipées. "Je demande que le président de la République procède à la dissolution de l'Assemblée nationale. Les Français doivent retourner aux urnes pour sanctionner ce gouvernement moribond. Un gouvernement qui est déjà condamné moralement par tous", écrit dans un communiqué Eddie Ait, secrétaire national du PRG. "L'annonce de ces démissions (...) précipite le régime sarkoziste dans une nouvelle crise. Rien ne va plus. Il est temps pour les Français de reprendre la main", ajoute-t-il.
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