13.03.2010

Martine Aubry appelle à une pause des réformes "maintenant"

La pause dans les réformes que Nicolas Sarkozy annonce pour fin 2011 s'impose maintenant, a déclaré Martine Aubry

"C'est maintenant qu'il faut faire la pause. De qui se moque-t-on? Nous annoncer que fin 2011 on arrêtera des réformes qui auront cassé notre modèle social, qui auront encore accru les injustices?", a lancé le premier secrétaire du Parti socialiste sur France Info.

Dans une interview au Figaro Magazine parue à deux jours du premier tour des élections régionales, Nicolas Sarkozy annonce une pause dans les réformes au second semestre 2011, à la faveur d'"une nouvelle étape politique" après la réforme des retraites prévue cette année.

"La pause, elle s'impose aujourd'hui", a insisté Martine Aubry.

"Ce qu'il faudrait que le président de la République nous dise, c'est qu'il va arrêter de casser l'Education nationale (...), qu'il va arrêter de changer les règles sur les crèches (...), qu'il arrête de casser l'hôpital public", a-t-elle dit.

Dans Le Journal du Dimanche à paraître samedi, Martine Aubry estime que l'entretien de Nicolas Sarkozy est "une interview pour rien, une interview politicienne d'un président qui n'a plus de cap pour mobiliser l'électorat de droite à la veille du premier tour",

"Il se contredit lui-même, ses incohérences sont visibles à quelques lignes d'intervalle !", affirme la dirigeante socialiste. "Il arrive à la droite ce qui nous est arrivé, ils n'ont plus de cap. Il ne leur reste que les querelles intestines et les individus qui se déchirent."

Pour Martine Aubry, les électeurs doivent voter dimanche en faveur du PS au premier tour des élections régionales pour relayer ce message au chef de l'Etat dans un scrutin qui aura selon elle un impact national.

"Il faut arrêter le Guignol! Dix-neuf ministres se présentent, (le Premier ministre) François Fillon fait le tour de France, ce n'est pas qu'une campagne régionale", dit-elle.

11.03.2010

"J'en suis à mon 26e CDD dans l'éducation nationale"

Vacataires, contractuels, TZR (pour titulaire sur zone de remplacement)... Les appellations désignant les professeurs remplaçants renvoient à des statuts différents, mais à une réalité partagée : le sentiment d'être un enseignant "de seconde zone", toujours en "intérim". Alors que le ministre de l'éducation, Luc Chatel, souhaite s'attaquer au problème du non-remplacement dans l'éducation nationale, des professeurs remplaçants témoignent de leur quotidien.

  • TZR : les fonctionnaires bouche-trous, par Mohamed D.

Je suis professeur titulaire de sciences physiques depuis deux ans en étant titulaire sur zone de remplacement (TZR). Ce statut me paraît corrompu puisqu'il est né de la nécessité de remplacer les professeurs absents (congé de maternité, maladie ou autre). Or ce n'est pas son application, du moins dans mon cas. Je n'ai jamais remplacé personne mais je sers en fait de variable d'ajustement dans la dotation horaire des établissements : en somme, lorsqu'un chef d'établissement a besoin de six heures en physique par exemple, il le signale au rectorat, qui lui donnera un TZR pour six heures. Les TZR ne connaissent donc aucune stabilité dans les établissements (ce qui ne facilite jamais l'assise de l'autorité puisqu'on est perpétuellement "testé" par nos nouveaux élèves).

  • Qui râle le plus fort obtient un remplacement, par G. S.

Je suis enseignant du premier degré affecté au remplacement d'enseignants partis en stage de formation continue (chaque enseignant du premier degré a droit à 36 semaines de formation au cours de sa carrière) en Seine-et-Marne. Mais dans les faits, la formation continue n'existe quasiment plus faute de crédits et j'effectue des remplacements de collègues malades. Le taux de remplacement est de plus en plus faible et nous sommes déplacés en fonction des réactions de mécontentement des parents : qui râle le plus fort obtient un enseignant au détriment d'autres secteurs moins mobilisés.

L'année dernière j'ai été affecté en urgence, fin février, hors de ma zone géographique, dans une classe qui n'avait pas d'enseignant depuis les congés de la Toussaint. Le nombre de remplaçants disponibles est tel qu'en Seine-et-Marne, la continuité de l'enseignement n'est plus garantie. Dans ma circonscription de référence, on compte chaque jour une moyenne de dix absences non remplacées chaque jour, avec un pic à dix-sept en février.

  • Une situation écœurante, par Carine R.

Je suis TZR en lettres modernes depuis dix ans. Au début, la pénibilité du métier (essayez de prendre une classe de collégiens en ZEP en cours d'année…) était compensée par quelques "avantages" : des points pour les mutations, des indemnités correctes, parfois quelques jours de "vacances" entre deux remplacements épuisants. On a supprimé une bonne partie de ces avantages. En dix ans, j'ai eu en tout trois mois sans élèves, et la réalité, c'est qu'à peine un remplacement est fini, on nous appelle pour un autre. Avec des situations aberrantes : être appelée le lendemain de la rentrée de septembre pour un congé maternité prévu depuis avril ; être appelée un lundi (le remplacement précédent s'étant achevé le vendredi soir) pour remplacer une collègue absente depuis deux semaines. La situation actuelle est écœurante. Le rectorat supprime des postes de TZR à la pelle, et après, on se plaint que les profs ne sont pas remplacés. On fait appel à des vacataires sans expérience qui abandonnent devant la difficulté de la tâche : j'ai ainsi été le septième professeur de français d'une classe de quatrième difficile.

  • Une aberration, par Thomas A.

Je suis professeur de lettres remplaçant TZR. Je suis rattaché à un collège dans lequel j'ai quelques classes, mais pas suffisamment pour couvrir mon service. On m'emploie donc à des tâches pour lesquelles je ne suis pas qualifié (tenir le CDI et former des élèves ne parlant pas français). En parallèle, depuis qu'une enseignante en lettres est partie en congé maternité dans ce collège, on a recruté une vacataire qui n'a jamais enseigné pour effectuer le service complet de la collègue arrêtée – alors même que j'ai des heures inemployées qui auraient pu servir à le pallier.

  • La réalité d'un TZR lambda, par Vincent S.

Je suis professeur d'histoire-géographie et j'ai toujours été TZR. Cela fait plusieurs années que j'exerce dans deux établissements en même temps et ces affectations varient d'une année sur l'autre : en cinq ans, j'ai travaillé dans deux lycées généraux, quatre lycées professionnels et quatre collèges. Pratique pour le suivi des élèves ! Bien que titulaire d'un Capes d'histoire-géographie, je travaille régulièrement en lycée professionnel (normalement ces postes sont réservés à des enseignants spécialisés titulaires du concours CAPLP) : donc, la polyvalence est bien de rigueur.

Comment s'investir véritablement dans la vie d'un établissement et améliorer ses pratiques ? Comment construire sa vie quand on sait que les TZR peuvent être envoyés dans des zones limitrophes de la leur (donc, dans un rayon de près de 100 kilomètres, dépassant souvent les contours départementaux) d'une année sur l'autre ?  Quant à la fameuse "sécurité de l'emploi", quid des contreparties ? Nous ne choisissons pas nos lieux de travail, sommes sous-payés au regard de notre niveau d'études, déconsidérés par les parents et notre métier est rendu de plus en plus difficile par les exigences qu'on nous impose et le public que l'on accueille. Mais je reste zen : j'aime (encore) mon métier.

10.03.2010

A quoi servent les conseils régionaux ? Suite 2

Les membres du conseil régional sont élus au suffrage universel direct pour six ans. Ils élisent pour la même durée son président, à la majorité absolue aux deux premiers tours, à la majorité relative au troisième tour. Il votent aussi pour désigner une commission permanente, et, en son sein, des vice-présidents. Ceux-ci forment avec le président l'organe exécutif du conseil régional. Leur nombre ne peut excéder 30 % de l'ensemble des conseillers régionaux.

Le conseil régional se réunit en session plénière au moins une fois par trimestre, et délibère alors. Il peut déléguer une partie de ses décisions à la commission permanente, qui le représente de fait entre deux réunions. Mais c'est à lui que revient le vote du budget.

Par ailleurs, les conseillers régionaux peuvent participer aux commissions thématiques.

Le conseil économique et social régional (CESR) est une assemblée consultative dont les 40 à 110 membres, désignés (et non élus) pour six ans, représentent les "forces vives" de la région, notamment les entreprises et les syndicats. Ses avis sont destinés aux instances politiques.

Ce que prévoit la réforme des collectivités territoriales : les conseillers régionaux et généraux disparaîtront en 2014 au profit des conseillers territoriaux, qui siégeront à la région et au département. Le conseil économique et social régional sera aussi "environnemental". Les regroupements entre régions seront facilités.

A quoi servent les conseils régionaux ?suite 1

Les régions ont prévu de dépenser 27,3 milliards d'euros en 2009, soit environ 429 euros par habitant. Leurs budgets sont ainsi bien inférieurs à ceux des départements (67,6 milliards), des communes (91,9 milliards) et des communautés d'agglomérations (25,5 milliards).

Les dépenses des régions ont fortement augmenté durant la dernière mandature (elles n'étaient que de 17,28 milliards en 2004), en raison des transferts de compétences opérés par la loi de 2004, avec notamment la gestion des personnels non enseignants des lycées.

Leurs ressources 2009 se décomposent ainsi :

Ressources fiscales (43 % du total) :

– Fiscalité directe (4,7 milliards d'euros) : les régions doivent percevoir 7 % du total des impôts locaux en 2009 (10 % de la taxe professionnelle, 8 % de la taxe sur le foncier bâti et 1 % de la taxe sur le foncier non bâti, sachant qu'elles ne touchent aucune part de la taxe d'habitation). La hausse est de 5,4 % en 2009 sur un an, une hausse bien inférieure à celles des débuts de la mandature, et inférieure à celles votées par les autres collectivités locales.

– Fiscalité indirecte (7,3 milliards d'euros) : les régions perçoivent une partie de la taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP), la taxe sur les cartes grises, et 7 sur 26 ont maintenu une taxe sur le permis de conduire.

Transferts (39 %) : l'Etat verse depuis 2006 aux régions une dotation globale de fonctionnement qui représente la moitié des transferts. S'y ajoutent notamment la dotation au titre de la formation professionnelle et le fond de compensation de la TVA.

Emprunts (16,4 %) : en 2009, l'annuité de la dette représente 26,1 euros par habitant en moyenne dans les 22 régions métropolitaines. L'encours de la dette au 1er janvier 2009 était de 202 euros par habitant.

Ce que prévoient les réformes : le gouvernement a fait adopter fin 2009 la suppression de la taxe professionnelle, au profit d'une nouvelle contribution économique territoriale (CET). Les élus des régions se sont inquiétés d'une perte d'autonomie dans leurs marges de manœuvre financières, dans un contexte de raréfaction des ressources.

A quoi servent les conseils régionaux ?

Les régions n'ont accédé au statut de collectivité qu'en 1982. Depuis, elles se sont vues progressivement transférer par l'Etat diverses compétences (qui absorbent quelque 75 % de leurs dépenses, estime l'Association des régions de France), mais dont elles n'ont pas toujours l'exclusivité. Les régions bénéficient aussi de possibilités d'expérimentations et d'une capacité d'initiative, en vertu de la clause de compétence générale. Presque toutes dirigées par la gauche depuis 2004, elles ont voulu pallier le "désengagement" de l'Etat et ont mené des projets innovants, recensés dans un Livre blanc. S'il est ainsi difficile de lister toutes leurs activités, voici celles qui mobilisent l'essentiel de leurs budgets, comme le montre notre infographie Que financent les régions ? :

Enseignement (24 % des budgets). Les régions sont chargées depuis 1983 de la construction, de l'entretien et de l'équipement des lycées. En vertu de la loi de 2004, dite "Acte II de la décentralisation", ce sont aussi les régions qui rémunèrent leurs personnels non-enseignants (TOS). Par ailleurs, bien que cela ne soit pas obligatoire, nombre de régions financent par exemple les manuels scolaires des lycéens, et s'impliquent dans l'enseignement supérieur, par le cofinancement des bâtiments et des aides aux étudiants...

TER et autres transports (23 % des budgets). Depuis 2002, les régions sont l'autorité organisatrice du Transport express régional. Concrètement, elles ont amélioré les dessertes ferroviaires, rénové le matériel roulant et les gares. Elles élaborent aussi un schéma régional des transports. Par ailleurs, hors du cadre de leurs attributions, elles investissent pour créer des lignes TGV.

Formation professionnelle et apprentissage (19 % des budgets). Depuis la loi de 2004, les régions sont chargées de la définition de la politique dans ce domaine, et non plus seulement de sa mise en œuvre. Il s'agit notamment de financer les CFA et la formation continue des adultes, ainsi que la formation initiale des travailleurs sociaux.

Développement économique (7,8 % des budgets). Les régions se sont vu confier par l'Etat l'attribution de nombreuses aides aux entreprises, et peuvent participer au capital de certaines. Depuis la loi de 2004, les conseil régionaux "coordonnent'" la politique de développement économique des collectivités territoriales, sans toutefois avoir obtenu le rôle de "chefs de file" escompté.

Aménagement du territoire et environnement (7,4 % des budgets). Les régions élaborent le schéma régional d'aménagement et de développement du territoire (SRADT). Elles signent les contrats de projets Etat-régions, qui fixent essentiellement les grands chantiers que les deux parties s'engagent à cofinancer sur sept ans. Elles interviennent dans la politique de la ville et du logement, et gèrent les parcs régionaux, notamment. C'est dans ce cadre qu'elles financent par exemple les énergies alternatives.

En matière culturelle, les régions sont chargées de gérer les musées régionaux, mais mènent aussi des politiques volontaristes, tout comme dans le domaine du logement, de la santé, des nouvelles technologies...

Ce que prévoit la réforme des collectivités territoriales : un de ses projets de loi, dont l'examen devrait s'achever après les élections régionales de mars, propose une concertation de douze mois pour clarifier les compétences des collectivités, en fixant plus de compétences exclusives pour chacune d'elles, tout en leur reconnaissant une capacité d'initiative.

07.03.2010

"La situation de l'emploi en France n'est pas meilleure que celle de la Grèce"

Bruno Palier, chercheur au centre d'études européennes de Sciences Po, est spécialiste des systèmes sociaux européens. Selon lui, le principal problème de l'économie des pays d'Europe du Sud est que l'Etat n'y favorise pas assez l'emploi. Et la France fait face au même défi.

Les situations budgétaires difficiles de la Grèce, du Portugal et de l'Espagne qui ont conduit ces pays à prendre des mesures de rigueur sont-elles dues à des dépenses sociales trop importantes ?

Bruno Palier : Je ne pense pas que les systèmes sociaux soient responsables de la situation dans laquelle ces pays se trouvent aujourd'hui. Le niveau de leurs dépenses sociales est en effet bien souvent inférieur à celui des autres pays européens. Leur principal problème est qu'il n'y a pas assez de personnes qui travaillent. Le taux d'emploi des femmes et des seniors y est trop faible.

Ce problème est d'ailleurs exactement le même pour la France. Il montre un manque de capacité des autorités à créer des activités pour créer des emplois. Et comme il n'y a pas assez d'activité économique, il n'y a pas assez d'entrées d'impôts pour financer les dépenses publiques.

Mais on accuse souvent les systèmes sociaux d'Europe du Sud de favoriser les plus âgés, au détriment de l'innovation et de l'activité...

Bruno Palier : Il est vrai que l'Espagne ou l'Italie consacrent 60 % de leurs dépenses sociales pour les retraites, contre 45 % en France.  Ces pays dépensent par conséquent beaucoup moins pour les politiques d'emploi ou familiales. En outre, la situation est encore aggravée par la démographie de ces pays qui doivent faire face à une très faible fécondité.

Mais si la France a un taux de fécondité élevée, elle doit trouver le moyen de donner des emplois à ses jeunes. Dans ce sens, le modèle français est plus proche de celui de l'Europe du Sud que de celui de la Suède. La situation de la France n'est donc pas meilleure que celle de la Grèce. Les prochains mois risquent de le prouver.

Le principal problème reste le même dans toute l'Europe du Sud, France comprise : il faut donner du travail pour financer les dépenses sociales. Ces pays sont dans l'incapacité de développer une stratégie technologique fondée sur le high-tech et les services pour développer l'avenir. Nos modèles sociaux indemnisent plus qu'ils ne préparent l'avenir. On le voit bien quand Nicolas Sarkozy s'engage à sauver des industries du XXe siècle qui ne créent plus d'emplois, comme l'automobile.

Les manifestations en Grèce et au Portugal montrent que les peuples ne sont pas prêts à accepter de sacrifier leurs acquis sociaux.

Bruno Palier : Je ne suis pas sûr que les Français soient beaucoup plus prêts à accepter de réformer leur système social, comme semble l'annoncer le début du débat sur l'avenir des retraites. Je suis assez étonné de la façon dont on juge les pays d'Europe du Sud depuis le début de la crise qu'ils rencontrent, alors que nous sommes très proches de leur situation.

03.03.2010

Sarkozy reprend en main la campagne de Valérie Pécresse

L’objectif que le président a assigné à Valérie Pécresse semble de plus en plus difficile. Les sondages successifs donnent le président socialiste vainqueur le 21 mars. Et, à douze jours du premier tour de scrutin et après une semaine où la droite francilienne s’est égarée dans l’affaire Ali Soumaré, le président de la République a décidé de remettre de l’ordre dans la campagne francilienne. L’ancien patron des Hauts-de-Seine a convoqué, mardi 2 mars, pour un petit déjeuner de travail, les principales personnalités de la liste conduite par Valérie Pécresse.

L’état-major élyséen mobilisé

La mise au point présiderimg0001.1267548051.JPGntielle a été réalisée en présence du premier ministre, François Fillon, du secrétaire général de l’UMP, Xavier Bertrand, du porte-parole du parti, Frédéric Lefebvre, du secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, du conseiller spécial du président, Henri Guaino, et de Catherine Pégard, conseiller du chef de l’Etat. Le message est clair : faire taire les divisions internes de la liste (pourtant construite sous le contrôle du président de la République) et donner de l’écho à son projet Grand Paris.

Lors d’une conférence de presse organisée mardi 2 mars à Paris, quelques minutes après le recadrage élyséen, les têtes de liste ont, l’une après l’autre, récité devant un parterre de journalistes médusés, le programme voulu par le président. Valérie Pécresse montre l’exemple : le Paris métropole voulu par Nicolas Sarkozy est “visionnaire et nécessaire” assène-t-elle. Chantal Jouanno, tête de liste à Paris, poursuit la litanie présidentielle en proposant un pont végétalisé à Tolbiac, Laurent Lafon, tête de liste en Val-de-Marne, souligne le besoin en transports dans son département et Nathalie Kosciusko-Morizet, la nécessité de créer de l’emploi en Essonne… Un par un les candidats égrainent un plan et esquivent les questions de la presse sur ce début de campagne difficile pour la majorité présidentielle.

Tous derrière Pécresse

Selon les présents, le message présidentiel est clair : il faut resserrer les rangs. André Santini, tête de liste dans les Hauts-de-Seine, glisse sur le souhait élyséen et loue les qualités de “chef de guerre” de la ministre de l’enseignement supérieur. Yves Jego, tête de liste en Seine-et-Marne, part à la charge et clame qu’“autant de haine contre le Grand Paris est la preuve que la gauche regrette de ne pas y avoir pensé”. Roger Karoutchi, président du groupe UMP, poursuit en évoquant “un projet fédérateur, une vision moderne” contre une gestion “boutiquière“. Enfin, Frédéric Lefebvre n’est pas en reste, il dénonce les “attaques difficiles et brutales” dont est victime la liste menée par Valérie Pécresse.

Quant à l’affaire Soumaré, “il n’en a pas été fait état une seule fois“, assure, sans ciller, Axel Poniatowski, tête de liste dans le Val-d’Oise. Questionnée sur l’appréciation du président sur le début de sa campagne, la ministre de l’enseignement lâche finalement : “Je n’ai pas d’explication à donner”. Frédéric Lefebvre vient à sa rescousse : “Valérie Pécresse a été félicitée pour sa campagne, c’est parce que cela marche qu’elle est attaquée”.

Le 25 janvier dernier, sur TF1, Nicolas Sarkozy avait exclu de s’impliquer directement dans la campagne pour les élections régionales estimant que “Le rôle du président de la République n’est pas de faire campagne pour les présidents de région.”

 

01.03.2010

Licenciées pour "insubordination"

Il y a un mot qui les fait doucement rigoler : volontariat. Employées dans un magasin Ed à Oyonnax (Ain), Etelvina Fernandes, 46 ans, et Elise Kongo, 40 ans, n'avaient aucune envie de travailler le dimanche. Lorsque leur hiérarchie les y a obligées, elles ont dit non. Résultat : l'enseigne, propriété du groupe Carrefour, les a flanquées à la porte

Fin janvier 2009, les salariés d'Ed à Oyonnax apprennent par une lettre de la direction régionale que leur établissement va désormais ouvrir le dimanche matin. Une décision justifiée par des "difficultés de chiffre d'affaires" : en élargissant ses horaires, Ed espère augmenter ses recettes et "répondre aux attentes des clients" dont "les habitudes de consommation" ont évolué. "Le magasin (...) doit privilégier le volontariat, et recourir si nécessaire à des étudiants", précise le courrier.

Travailler le dimanche matin ? Etelvina et Elise ne veulent pas en entendre parler. La première a un fils scolarisé dans un lycée au Mans. Pour le voir, elle et son mari ont besoin d'être libres de leurs mouvements ce jour-là. Elise se trouve dans une situation similaire. "Mes deux "grands" poursuivent des études supérieures à Lyon", explique-t-elle. Le dimanche représente l'unique moment pour les retrouver.

Au fil des semaines, Etelvina et Elise réalisent que le volontariat n'est plus à l'ordre du jour : leur présence est requise certains dimanches, un point c'est tout. Ne voulant pas "sacrifier la vie de famille", elles campent sur leurs positions. Avertissement, "entretien préalable à sanction"... Finalement, Ed les licencie en juin 2009 "pour non-respect des horaires planifiés et insubordination". Un autre salarié subit le même sort.

"Les commerces alimentaires ont le droit d'ouvrir le dimanche matin", fait valoir une porte-parole de Carrefour. En outre, les contreparties accordées aux salariés ce jour-là sont "plus favorables que dans la convention collective", assure-t-elle (majoration de 30 % du salaire, etc.). Le groupe invoque également les créations d'emplois induites par l'extension des horaires.

Balivernes, pour Etelvina et Elise. Elles et leur collègue remercié ont saisi les prud'hommes. L'audience aura lieu en octobre.

28.02.2010

Ile-de-France : pourquoi la campagne de Pécresse ne décolle pas

Valérie Pécresse savait, en s’engageant dans la bataille des régionales en Ile-de-France, que la partie ne serait pas facile. Mais, à trois semaines du premier tour, les chances de la ministre de l’enseignement supérieur semblent se réduire.

Des sondages qui laissent peu d’espoir à l’UMP.  L’Ile-de-France était, avant le début de la campagne, un espoir de reconquête pour l’UMP. Dans une région où le parti présidentiel a perdu du terrain ces dernières années, l’Elysée s’est directement impliqué dans la composition des listes. Le choix d’une ministre et de trois secrétaires d’Etat (Rama Yade, Nathalie Kosciusko-Morizet et Chantal Jouanno) en bonne place devait donner à la campagne une image rajeunie et féminisée. Une équipe de nature à séduire un électorat large, au-delà de la droite traditionnelle. Face à un Jean-Paul Huchon en course pour un troisième mandat, qui doit composer avec la montée d’Europe-Ecologie.

Mais aucun sondage ne donne espoir aux troupes UMP. Si Valérie Pécresse arrive dans les enquêtes d’opinion en tête au premier tour, elle n’est jamais donnée gagnante. Plus difficile encore, selon le sondage TNS-Sofres pour Le Monde, France 2, France 3 et France Inter, seuls 43 % des franciliens ont une bonne image de Mme Pécresse. Et 53 % des sondés prêts à voter UMP se disent satisfaits du bilan de Jean-Paul Huchon. Surtout, la droite pourrait être handicapée par sa stratégie d’alliance dès le premier tour. De fait, la liste de la majorité ne dispose que de très peu de réserves de voix pour le second tour.

L’embarrassante affaire Ali Soumaré. Le lancement par le maire UMP de Franconville, Françis Delattre (Lire son portrait), qui n’est pas candidat aux régionales, a mis Valérie Pécresse dans une position délicate. La candidate UMP a d’abord paru pouvoir profiter des déboires judiciaires présumés du candidat PS dans le Val-d’Oise.

Si elle a finalement condamné les attaques du maire de Franconville, les réactions de son camp ont été mitigées. Chantal Jouanno, tête de liste parisienne, a estimé qu’elle “n’aurait pas nécessairement fait” comme Francis Delattre. Mais Axel Poniatowski, tête de liste dans le Val-d’Oise, continue d’affirmer que, malgré les erreurs de l’accusation, “il n’en reste pas moins que M. Soumaré est un personnage obscur”. S’il est trop tôt pour savoir si cette séquence profitera ou nuira à l’UMP, elle a en tout cas donné l’image d’une campagne où tous les coups sont permis.

La grogne de certains élus UMP franciliens. La difficile composition des listes, sous contrôle de l’Elysée (Lire la note : Sarkozy arbitre à l’UMP à Paris), a laissé des traces dans la majorité. Le député de Seine-Saint-Denis Eric Raoult a dénoncé la “bavure” de Valérie Pecresse, après avoir été écarté des listes. (Lire l’entretien avec Eric Raoult) Mais des candidats présents sur les listes ont également fait part de leur scepticisme quant à la manière dont est conduite la campagne, à l’image du conseiller de Paris Pierre-Yves Bournazel, qui craignait le retour de “la machine à perdre”. (Voir la note : Affaire Soumaré, le front UMP se fissure)

Difficile de se démarquer sur le fond. Un des problèmes, et non des moindres, pour la candidate UMP, est de parvenir à se démarquer sur le fond du bilan sortant de Jean-Paul Huchon. Elle a essayé de le faire, de manière assez offensive, sur la question de la sécurité dans les lycées ou sur les transports. Mais, dans les détails des programmes, plusieurs propositions de l’UMP rejoignent celles de la gauche sur les infrastructures de transports. (voir les propositions de candidats)

La volonté de mettre en avant le Grand Paris comme projet phare de la campagne UMP rend également difficile pour les électeurs la lisibilité du projet de la candidate. Et les désaccords feutrés entre Valérie Pécresse et Chantal Jouanno sur la question du péage urbain n’arrange rien.

18.02.2010

Violences scolaires : un empilement de mesures plus ou moins efficaces

La question de la violence en milieu scolaire est un thème récurrent depuis plusieurs années, réactivé à chaque nouvelle agression d'un élève ou d'un professeur dans l'enceinte d'un établissement. Mais le discours politique sur la "sécurité à l'école" s'est véritablement durci le 18 mars 2009. Lors d'une visite au lycée Jean-Baptiste-Clément, à Gagny (Seine-Saint-Denis), où une bande avait mené une semaine plus tôt une expédition punitive, Nicolas Sarkozy annonce son intention de "sanctuariser" les établissements scolaires.

Une formule dénoncée par certains experts qui rappellent que seuls 15 % des incidents graves sont dus à des intrusions, selon l'enquête nationale Sivis (système d'information et de vigilance sur la sécurité scolaire) de 2009. Le 28 mai, le président enfonce le clou et demande aux ministères de l'éducation et de l'intérieur de renforcer leur coopération. Depuis cette date, plusieurs mesures ont été annoncées, mises en place ou renforcées. Parallèlement, dénoncent les détracteurs de cette approche sécuritaire, les effectifs de l'éducation nationale ont été réduits de quarante mille postes depuis 2007.

Fouille des cartables. Le 15 mai, une professeure de mathématiques est agressée au couteau par un élève de 13 ans dans un collège de la Haute-Garonne.Une semaine plus tard, Xavier Darcos, alors ministre de l'éducation, propose de donner aux établissements scolaires la possibilité de contrôler les cartables. L'idée est finalement abandonnée par son successeur, Luc Chatel, la loi ne permettant pas de délivrer une "habilitation spécifique" aux personnels de direction et d'encadrement pour faire ouvrir les sacs et les cartables des élèves, acte qui nécessite la présence d'un officier de police judiciaire. Le ministre de l'intérieur, Brice Hortefeux, y voit un autre obstacle, pratique celui-là : "Des centaines d'élèves arrivent exactement au même moment, il y aurait sans doute un problème d'embouteillage", a-t-il reconnu le 10 janvier.

Portiques de sécurité. En revanche, avait-il poursuivi à cette occasion, "certaines pistes peuvent être imaginées, comme des portiques, et certains chefs d'établissement y sont favorables", une mesure déjà annoncée l'an dernier par Xavier Darcos. Selon Luc Chatel, ils seront installés "en fonction des demandes des établissements". En Ile-de-France, aucun détecteur de métaux n'a encore été installé. "Il n'y a eu aucune demande. C'est très difficile à faire fonctionner : il faudrait faire venir les élèves deux heures en avance, et surtout, cela nécessite du personnel supplémentaire", explique-t-on au conseil régional, à qui revient la décision d'installer des mobiliers de sécurité sur demande des lycées, les collèges dépendant eux du conseil général.

Vidéosurveillance. La mise en place de caméras dans les établissements a commencé bien avant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, mais elle a connu un coup d'accélérateur ces dernières années. En Ile-de-France, 60 % des lycées en sont d'ores et déjà équipés. "Il s'agit d'une demande de l'équipe éducative des établissements, explique-t-on au conseil régional d'Ile-de-France. Mais si les caméras peuvent être efficaces, elles ne peuvent se substituer aux agents. Elles ne permettent pas de bloquer les intrusions, comme on a pu le constater lors de l'agression du lycée Guillaume-Apollinaire" de Thiais (Val-de-Marne), qui possédait sept caméras.

Clôtures électriques. Si la forte proportion de lycées équipés de systèmes de vidéosurveillance peut surprendre, les caméras sont pourtant loin d'être la priorité des établissements scolaires. Le conseil régional consacre ainsi 74 % de ses interventions à la sécurisation des accès, et seulement 10 % à l'installation de caméras. Outre l'installation d'alarmes, la mise en place de sas et de portails fermés, les travaux concernent la pose de clôtures de sécurité. Ces clôtures d'environ 2 mètres à 2 mètres 50 de hauteur permettent d'isoler les lycées, au moins symboliquement, de leur environnement.

Les équipes mobiles. Lors d'une conférence de presse commune en septembre 2009, les ministres de l'intérieur et de l'éducation ont annoncé une série de nouvelles mesures. Parmi elles, la mise en place d'équipes mobiles de vingt à cinquante personnes composées pour moitié de personnels de l'éducation nationale et pour moitié de policiers ou de gendarmes à la retraite, à raison de deux équipes par académie. De telles équipes sont déjà opérationnelles dans dix-neuf académies et la mise en place du dispositif sera achevée le 31 mars. "Ces équipes mixtes sont physiquement domiciliées dans un établissement, mais elles peuvent se déplacer en cas de crise ou pour faire de la prévention", explique-t-on à l'académie de Créteil, où a été activée la première équipe. Elles interviennent aussi bien aux abords des établissements qu'à l'intérieur. Leur mission, résumée par le ministère de l'éducation : "Informer et prévenir en amont pour réduire les tensions, intervenir immédiatement en cas d'incident grave, protéger les personnes et les biens par une présence continue." Au conseil régional d'Ile-de-France, on souligne cependant qu'elles arrivent généralement après les incidents et ne remplaceront jamais une présence permanente.

Le policier référent. Le réseau des policiers et gendarmes référents (correspondants sécurité-écoles), lancé par Gilles de Robien, sous la présidence de Jacques Chirac, a été récemment réactivé et généralisé à tous les établissements scolaires du second degré. Ces référents travaillent au sein de leur structure (commissariat, gendarmerie) et peuvent être appelés en cas de problème par le chef d'établissement ou intervenir de façon préventive. Selon le ministère de l'éducation, ils seraient aujourd'hui environ deux cents.

Formation des enseignants. Une formation "tenue de classe" permet aux enseignants, surtout aux nouveaux, de gérer un conflit ou de prévenir une crise. Un DVD a même été réalisé à cet effet pour être distribué lors des rentrées scolaires.

Les sanctions. A partir de cette année, un code de la paix scolaire rappelle aux collégiens et aux lycéens le respect des règles de la vie collective et les sanctions prévues chaque fois qu'elles sont enfreintes. La réglementation relative à la discipline dans les établissements du second degré doit d'ailleurs être revue pour permettre plus de souplesse et de rapidité. Une commission présidée par le criminologue Alain Bauer a ainsi été chargée de réfléchir à l'évolution des sanctions à l'école. Elle doit rendre ses conclusions en mars.

Le gouvernement a lancé des diagnostics de sécurité qui doivent permettre à chaque établissement de choisir le dispositif le mieux adapté à sa situation : vidéosurveillance, filtrage des élèves, portiques… A ce jour, 30 % des lycées en ont bénéficié et ils devraient être terminés fin juin, selon Luc Chatel. Les premiers résultats permettent déjà d'établir une hiérarchie des priorités : la mise en place d'une surveillance aux abords de l'établissement arrive ainsi en tête (28 % des cas), suivi par l'installation de clôtures (14 %). La vidéosurveillance ne recueille que 9 % des suffrages. Elle est en revanche préconisée dans 20 % des diagnostics concernant les cent quatre-vingt-quatre établissements les plus sensibles. L'installation de portiques de sécurité à l'entrée n'est, elle, recommandée que dans 1 % à 2 % des cas.

Toutes les notes