03.09.2010

L’école casse-t-elle nos enfants?

C’est le livre choc de la rentrée. "On achève bien nos écoliers" (Grasset), risque de faire du bruit dans les salles de profs et les réunions de parents. Pour le journaliste anglais Peter Gumbel, notre système d’éducation, élitiste et passéiste, n’est qu’une machine à broyer les élèves et à produire, en masse, de l’échec scolaire. Extraits.

De piètres résultats  

« Entre toutes les nécessités du temps, entre tous les problèmes, j’en choisirai un auquel je consacrerai tout ce que j’ai d’âme, de cœur, de puissance physique et morale, c’est le problème de l’éducation du peuple », disait Jules Ferry, grand réformateur de l’éducation. Ses mots continuent de résonner aujourd’hui, 130 ans plus tard. […]

Comme il est étonnant alors, de constater à quel point la réalité des écoles françaises aujourd’hui est éloignée de ces nobles idéaux. Bien sûr, la vie n’a pas toujours l’élan positif qui traverse les Choristes ou Le Cercle des poètes disparus. Toujours est-il que le système actuel d’éducation non seulement ne correspond pas à son image idéale, mais n’atteint pas non plus le même niveau de résultats que dans une grande partie de l’Europe et du monde développé.

Comment est-il possible que 15% des élèves entrant en classe de sixième ne sachent pas correctement lire et écrire ? Que 130 000 jeunes quittent l’école chaque année sans diplôme ni qualification. Que, dans un pays obsédé par la notion d’égalité, les jeunes dont les parents sont travailleurs indépendants, cadres, enseignants ou issus des professions intermédiaires, aient deux fois plus de chance d’accéder à l’enseignement supérieur que les enfants d’ouvriers et d’employés ? Que, malgré toutes les discussions sur la nécessité d’excellence et l’accent mis sur la formation des élites, la moyenne des jeunes Français n’obtienne que des scores médiocres lors de tests comparatifs internationaux. […] Prenez l’étude PISA 2003 qui se focalise sur les mathématiques. La France, pays de matheux, compte seulement 3,5% d’élèves qui atteignent le niveau 6, le plus haut niveau, autrement dit celui des excellents élèves. En Finlande, en Suisse, aux Pays-Bas et en Nouvelle-Zélande, ce pourcentage et deux fois plus élevé.

 

Championne du stress

Dans les enquêtes internationales, les enfants français sont dans l’ensemble plus anxieux et intimidés dans une salle de classe et davantage angoissés par le peur de l’échec. Ils manquent de confiance en eux, même lorsqu’ils connaissent leurs leçons, et éprouvent le sentiment que leurs professeurs ne les aident pas.

Les élèves français préfèrent aussi ne pas répondre que de prendre le risque de faire une erreur. […] Je trouve le taux de non-réponse fort intéressant. Car la France est le seul pays où le « hors sujet » soit perçu comme un péché capital, un acte d’extrême nullité automatiquement sanctionné –et même sévèrement- par des générations de profs. Ceci est grotesque. La rigueur et la discipline intellectuelles sont bien sûr importantes, mais l’imagination et l’expérience également. La réticence des jeunes Français ne serait-ce qu’à tenter de répondre à une question est symptomatique d’un système où les enfants ont été conditionnés à « la fermer » plutôt qu’à exprimer ce qu’ils pensent, par peur de se tromper. Ce système promeut l’effacement de soi, le conformisme et l’obéissance aveugle au détriment du sens de l’initiative et de la curiosité intellectuelle. 

Commentaire de Philippe Meirieu, professeur en sciences de l’Education

« L’éducation en France a toujours insisté sur le développement de la raison –donc la mise sous le boisseau de la subjectivité-  en visant une sorte d’idéal unique de culture. Nous en gardons les traces.  L’école continue d’imposer sa norme. Nos manières de contrôler et d’évaluer découragent la créativité, l’engagement personnel de l’élève. D’où cette relative passivité que déplore Peter Gumbel. Si les élèves ne posent guère de questions en cours, c’est qu’ils ne se sentent pas vraiment concernés par ce qu’on leur dit. Ou bien ils craignent d’être stigmatisés par leurs camarades, peur qu’on se moque d’eux s’ils tâtonnent ou, simplement, s’ils sortent du rang. Le professeur a du mal à faire de sa classe un espace hors-menaces où l’on peut se tromper sans risque. »

 

Des méthodes rétrogrades

A partir des années 50,dans toute l’Europe,  le nombre de jeunes qui poursuivaient leurs études jusqu’à la fin du second cycle a commencé à croître.

L’augmentation massive du nombre d’élèves […] ne crée pas seulement un problème matériel concernant les salles de classes et les professeurs ; cela requiert aussi un changement dans les mentalités et les méthodes d’enseignement. L’éducation n’étant plus réservée à une élite restreinte, les anciens critères de sélection doivent donc être révisés. En classe également, de nouvelles techniques sont désormais requises afin d’aider une population beaucoup plus large et plus hétérogène à atteindre un niveau acceptable. […]De nombreux pays ont revu leurs méthodes d'enseignement dans la perspective de porter une bien plus large proportion de jeunes à un niveau d'études élevé. [...]

Mais la France, elle, n’a pas fait sa révolution culturelle […] p 49 nombre d’enseignants réutilisent les mêmes méthodes que celles qu’ils ont connues enfants. C’est-à-dire une approche frontale, où l’enseignant est à la tête de la classe, transmettant les connaissances aux enfants qui les reçoivent et les mémorisent de manière passive. Même pour ceux qui refusent de telles méthodes, qui réorganisent la salle de classe et font de leur mieux pour encourager et motiver les enfants, les tests et les notes tiennent une place si prépondérante que leur marge de manœuvre est fortement limitée. Il semble inévitable que les enfants soient classés, rivalisant, ainsi,  les uns avec les autres ».

Commentaire de Patrick Gonthier, secrétaire général de l’UNSA Education, deuxième organisation syndicale enseignante.

« Peter Gumbel met le doigt là où ça blesse. Il ouvre la boîte noire de la salle de classe. Nos collègues enseignants peuvent prendre ça pour une agression. Pourtant, ils ne sont pas en cause. C’est toute l’école française qui est rétive aux changements. Elle reste profondément élitiste, vouée au classement et à la sélection des meilleurs. Pour que ça change, et que d’autres méthodes d’enseignement soient introduites dans les classes, il faudrait qu’il y ait un consensus fort, un accord partagé par tous, les professeurs, les parents, les politiques, pour remettre en cause cet élitisme et mettre en œuvre la réussite pour tous à l’école. Nous en sommes loin. »

 

Trop de redoublements  

Au collège John Adams de Santa Monica, en Californie, presque aucun jeune ne redouble de classe, aussi mauvais que soient ses résultats scolaires. Ce collège public est à moins de 2 km de la plage et certains des 950 élèves vivent juste à côté, dans des maisons valant 1 million de dollars ou plus. Ils se rendent à l’école dans de grosses berlines allemandes. Mais une partie importante d’entre eux vit dans des HLM, plus au sud ou à l’est. Ce sont pour beaucoup des immigrants mexicains de la première ou de la deuxième génération. Ils arrivent, eux, dans des bus jaunes gérés par la municipalité. Martha Shaw, la directrice de John Adams, affirme que cette diversité est son plus gros défi. Tout comme le milieu socio-économique, le niveau d’éducation de ces jeunes varie radicalement. Certains visent déjà Harvard ; d’autres ont des difficultés à lire à l’âge de 12 ans.

Durant les cinq années où elle a été la principale de John Adams, Martha Shaw n’a fait redoubler que deux enfants, et à chaque fois, « cela fut une horrible décision » à prendre, explique-t-elle. « Cela ne marche vraiment pas à cet âge-là. Ils sont tellement en colère qu’ils échouent partout l’année suivante. […] »

Comme la plupart des écoles américaines, John Adams se démène pour récompenser la réussite des élèves et motiver chacun d’entre eux. Elle honore les succès de tous types […].

En France, à l’inverse, 57% des élèves redoublent au cours de leur scolarité, en dépit des nombreuses études qui montrent que cela n’est pas utile.

Commentaire de Claude Rebaud, président d’Education et Devenir.

« De 1998 à 2007, j’ai été proviseur à la cité scolaire d’Andrézieux-Bouthéon, près de St Etienne, qui accueille 1800 élèves. 25% d’entre eux redoublaient à la fin de la seconde. J’ai décidé de faire baisser ce taux, alors j’ai d’abord fait campagne auprès des enseignants. Puis j’ai choisi avec soin les professeurs principaux, leur avis étant déterminant pour le passage ou non dans la classe supérieure. Nous avons adopté une charte du conseil de classe, pour qu’on y parle de l’élève, sans le juger. Cela incitait à réfléchir autrement à ses difficultés, à essayer de lui trouver des solutions mieux ajustées. Les enseignants n’étaient pas seuls responsables du taux élevé de redoublement, souvent, les parents eux-mêmes le demandaient pour que leur enfant puisse passer en première S l’année suivante. On leur a montré, statistiques à l’appui, que la filière S n’est pas le sésame pour l’enseignement supérieur. Mieux vaut avoir réussi en série technologique que galéré en série scientifique. Le taux de redoublement a fini par tomber à 13% ».   

 

Les ravages de la notation

Si le redoublement est une maladie, le système français de notation, lui, peut tuer. C’est une véritable plaie qui exerce des effets nuisibles sur le moral, la confiance en soi et les performances des élèves. […]

En effet, le trait principal du système français ressemble à une distribution de type Gaussien. Les notes sont censées former une très jolie courbe en cloche, avec une majorité d’élèves groupés au centre. Certains approchent du haut de la courbe mais plus leur nombre diminue plus les notes augmentent. Par ailleurs, on trouve des élèves dispersés en bas ou près du bas de la courbe. La seule question est de savoir où est le point limite, mais une fois que cela est décidé –voilà : les élèves sont classés entre les bons, les moyens et les faibles. […]

Le problème avec ce système, c’est qu’il requiert des notes faibles pour fonctionner. Ce que André Antibi, professeur à l’université Paul-Sabatier de Toulouse décrit comme une « constante macabre ». […]

La recherche sur les méthodes d’évaluation ouvre des voies radicalement opposées aux pratiques françaises.

Les chercheurs britanniques Black et William […] montrent que les remarques constructives sont plus utiles que de distribuer des notes. L’idée de comparer continuellement les élèves les uns avec les autres ne les aide pas à s’améliorer, mais au contraire renforce le sentiment d’échec parmi les moins bons, les persuadant qu’ils sont incapables d’apprendre. Les remarques doivent se concentrer sur ce que l’élève a bien fait et sur ce qu’il a besoin de travailler pour s’améliorer. En d’autres termes, l’élève est évalué par rapport à lui-même et non par rapport aux autres.

Réponse d’André Antibi, professeur de mathématiques à l’Université Paul Sabatier de Toulouse (1)

« Je ne défends pas la suppression des notes, ce ne serait pas réaliste. Mais je défends une autre notation, basée sur la confiance. 30 000 professeurs, de maths, de français, d’histoire…de l’école primaire à la terminale, l’appliquent déjà.  Ils offrent à tous la possibilité de réussir. Le principe est simple : le professeur distribue à l’avance la liste des exercices que les élèves doivent pouvoir refaire. Le jour du contrôle, il en choisit quelques uns. Pas de mauvaise surprise pour les élèves, donc. Seul un petit nombre de points est réservé (4 sur 20 par exemple) à une question qui fait appel à plus de créativité. Résultat : les élèves ont de bonnes notes, ils reprennent confiance en eux, et ils travaillent mieux ».

(1)    André Antibi, « Les notes : la fin du cauchemar », Editions Math’Adore, 2007

 

Des profs déresponsabilisés

Citant Andreas Schleicher, à la tête de la direction de l’Education de l’OCDE, Pierre Gumbel critique « le mode industriel d’enseignement du XIXe siècle » en France.

Il s’agit d’un modèle extrêmement directif dans lequel le gouvernement décide du programme dans les moindres détails, depuis le nombre exact d’heures consacrées à chaque matière jusqu’à l’ordre précis dans lequel les connaissances doivent être acquises. Quels que soient leur formation et leur professionnalisme, les enseignants sont traités comme des ouvriers d’usine dont la fonction est d’appliquer le programme tel qu’il leur a été ordonné de le faire. Ils le font souvent de manière isolée, sans aucune aide ou presque, avec une formation quasi inexistante aux méthodes vraiment employées sur le terrain.

Sans parler de la surveillance de l’inspecteur de l’éducation nationale, sorte de p 92 deux ex machina qui détermine toutes les actions, regarde par-dessus l’épaule des professeurs et fond ensuite sur eux, en intervenant quand bon lui semble.

Réponse de Daniel Robin, co-secrétaire national du SNES, principal syndicat enseignant du secondaire.

« Oui, nous avons des programmes nationaux, mais c’est une nécessité, pour maintenir des examens nationaux qui assurent l’égalité entre les élèves. Quant au manque de liberté des professeurs…le propos est très exagéré. Dans sa classe, le professeur organise la progression de son cours comme il veut. Il se sent personnellement responsable des progrès de ses élèves. Et cela ne me semble pas scandaleux qu’il soit évalué, -connaissez-vous en France une seule profession où l’on ne l’est pas ? Cela dit, on souhaiterait évidemment que les inspecteurs s’occupent davantage d’aider et de conseiller les enseignants que de les sanctionner ».  

 

L’élite française : le syndrome de Stockholm

La première scène du chef-d’œuvre de Stanley Kubrick sur la guerre du Vietnam, Full Metal Jacket, montre un groupe de nouvelles recrues du corps des Marines dont on passe le crâne à la tondeuse électrique. La scène se déroule à Parris Island, base des Marines en Caroline du Sud, où les jeunes incorporés se préparent à la guerre. Pendant les quarante minutes qui suivent, l’action porte sur celui dont le métier est de briser ces hommes, le brutal sergent Hartman, interprété par R. Lee Ermey. Celui-ci ne parle pas, il hurle. Il insulte les recrues, les traite de bons à rien et les ridiculise en les qualifiant de « tapettes ». Au moindre signe de rébellion, il les frappe. Il crie « Vous n’êtes pas ici pour vous amuser, bande de larves ! Vous allez me détester parce que je suis sévère, mais plus vous me haïrez, plus vous progresserez ».

Il n’y a pas grand-chose de commun entre Parris Island en 1967 et Les Editeurs, café huppé du sixième arrondissement de Paris où je suis assis en compagnie de trois étudiantes en Master à Sciences Po, par une chaude soirée de juin 2009. Je les ai invitées à prendre un verre, car elles ont étudié au sein des meilleures Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles. […]

Pendant que nous sirotons notre Perrier, les jeunes femmes commencent à raconter leur expérience. Au premier abord, elles semblent enthousiastes. Ca a été dur, mais ça en valait la peine, insistent-elles, les yeux étincelants à l’évocation de leurs souvenirs. Mais alors que, continuant à discuter, elles commencent à analyser plus profondément par quoi elles sont passées, j’ai soudain un flash –et quelques-unes de ces scènes de Full Metal Jacket que j’ai évoquées plus haut jaillissent dans ma tête. […]

Le fonctionnement de la prépa s’est avéré encore plus austère et éprouvant que je l’avais imaginé. On prend un groupe de jeunes gens particulièrement brillants, on les enferme ensemble à l’écart du monde pendant deux ou trois ans et on les pousse au bout de leurs limites. Si vous survivez, vous en sortez  renforcé et vous vous identifiez avec les systèmes en dépit des épreuves subies. Si l’on était cynique, on pourrait décrire ce processus comme une forme du syndrome de Stockholm, au cours duquel les otages en viennent à s’identifier à leurs ravisseurs.

[…] Dans les pays anglo-saxons, les facultés intellectuelles sont importantes, mais ne sont pas tout. La personnalité, la coopération, les centres d’intérêt et les expériences personnelles qui contribuent à former le caractère sont tout aussi importants. Alors que les étudiants français les plus brillants sont coupés du monde, beaucoup de leurs contemporains britanniques ou américains partent découvrir le monde en prenant une année sabbatique à l’étranger, entre le lycée et l’Université. Cela leur permet de gagner en maturité dans d’autres domaines que la connaissance purement intellectuelle –et de prendre du bon temps.

 

La quête du Graal

A travers le monde, de nombreux pays ont envisagé de combiner une culture scolaire moins rébarbative que celle qui existe en France avec une rigueur intellectuelle plus importante qu’aux Etats-Unis. L’idée de trouver le juste équilibre entre l’excellence académique et le développement personnel des élèves, est devenu le Saint-Graal de la pédagogie mondiale. […]

 Il y a un pays en Europe qui a fondamentalement transformé son système éducatif, à l’origine assez proche de celui de la France d’aujourd’hui. Il a utilisé des méthodes intelligentes se concentrant sur le bien-être individuel des élèves, en mettant l’accent sur le professionnalisme des enseignants, fortement encouragé, et en changeant radicalement la relation entre les écoles et les responsables des politiques éducatives. Les résultats sont spectaculaires : il est devenu la star du test PISA, le chouchou de l’éducation mondiale, le modèle que tout le monde veut comprendre. Ce pays, c’est la Finlande.

 

Le bonheur à l’école ?

L’une des questions les plus importantes est de savoir si les écoles ne devraient pas accorder moins d’importance aux performances académiques et laisser plus de place à d’autres éléments comme l’épanouissement individuel, le développement de la créativité ou le renforcement de la confiance en soi. Ceci risque de provoquer chez les traditionalistes français une crise d’apoplexie, mais dans de nombreux autres pays, les réussites non académiques représentent des objectifs éducatifs légitimes.

[…] l’une des grandes découvertes de la psychologie moderne est que le bonheur est un ingrédient clef d’un apprentissage réussi. Si vous appréciez ce que vous apprenez, cela vous stimule, et déclenche un cercle vertueux. […]

En 2008, Nicolas Sarkozy a demandé à Joseph Stiglitz, le prix Nobel d’Economie, de proposer de nouvelles statistiques qui prendraient en compte le bien-être, plutôt que seulement les chiffres usuels de production et de consommation.[…]

Il est temps pour le Président de commander un nouveau rapport, cette fois-ci sur la manière d’introduire le bonheur dans les écoles françaises. 

La CGT et la CFDT veulent faire aussi bien le 7 -09 que le 24-06

Cependant, le secrétaire général de la CGT a indiqué : "Je suis pragmatique et conscient des difficultés de calendrier", puisque les salariés reprennent pour beaucoup le travail cette semaine.

  AFP AFP

La journée de grèves et manifestations à laquelle appellent les syndicats mardi prochain contre la réforme des retraites "se présente bien" et obligera le gouvernement à faire des annonces, a estimé le secrétaire général de la CFDT François Chérèque dans Le Monde daté de jeudi 2 septembre.

"Le rendez-vous du 7 septembre se présente bien. Les préavis déposés dans les transports, l'administration et les services publics sont très nombreux", a jugé dans une interview François Chérèque.

"Nous voulons faire au moins aussi bien que le 24 juin avec ses quelque deux millions de manifestants et une bonne mobilisation du privé, sachant que la rentrée n'est guère propice à ce genre de rendez-vous", a-t-il ajouté.

S'il est difficile de préjuger de la réaction gouvernementale, le secrétaire général estime qu'"il faudra bien qu'il fasse des annonces et prenne des décisions le 7 au soir ou le 8 au matin avant la réunion de l'intersyndicale".

 Vers des concessions de l'exécutif ?

Tout en disant "partager le scepticisme" de la CGT quant à la possibilité de concession importante de la part de l'exécutif, François Chérèque n'exclut pas de reprendre le contact direct interrompu depuis le 14 juillet.

Il cite quatre propositions très concrètes de modification du projet qui "seraient des signes d'ouverture nous permettant de reprendre le dialogue".

D'abord, le maintien à 65 ans de l'âge de départ en retraite à taux plein (le report à 67 ans "ne passe absolument pas dans l'opinion", selon lui).

Ensuite, la garantie de la même durée de cotisation pour tous, pour éviter que les gens entrés tôt dans la vie active (carrières longues) aient l'obligation de cotiser 44 ans.

Enfin, "s'agissant des polypensionnés, nous attendons une mesure claire pour ceux qui ont passé moins de quinze ans dans la fonction publique, aujourd'hui les plus pénalisés" et sur la pénibilité, le régime proposé est "trop restrictif" et doit évoluer.

"La meilleure (hypothèse) serait que le gouvernement accepte de rediscuter globalement de son projet et des contre-propositions, ce qu'il n'a jamais fait", ajoute le leader CFDT.

"Nous avons deux objectifs : faire en sorte que le gouvernement accepte de réformer sa réforme ou, à tout le moins, faire modifier tout ce que l'on pourra faire modifier", dit-il.

  "Pragmatique et conscient des difficultés"

De son côté, le secrétaire général de la CGT Bernard Thibault a également tablé mardi à Lyon sur une mobilisation contre la réforme des retraites le 7 septembre "au moins comparable" à celle du 24 juin. "Je suis pragmatique et conscient des difficultés de calendrier", puisque les salariés reprennent pour beaucoup le travail cette semaine, a indiqué Bernard Thibault devant la presse à l'issue de son meeting de rentrée à Lyon, refusant d'entrer dans le jeu des pronostics.

Toutefois, "il faut qu'on parvienne à faire quelque chose de comparable" au 24 juin, a-t-il ajouté avant d'insister sur l'unité syndicale qui préside à cette mobilisation, contrairement à celle du mois de juin, où Force ouvrière ne participait pas officiellement aux cortèges.

"Deux millions, ça n'est pas rien", a-t-il poursuivi, regrettant qu'on ait "tendance à banaliser" l'ampleur des manifestations.

Au cours d'un discours musclé délivré devant 500 militants, selon les organisateurs, le responsable de la première centrale syndicale française a martelé son attachement au droit au départ à la retraite à 60 ans, que les salariés "ne considèrent pas comme un symbole désuet".

 La contribution de "tous les revenus"

Récusant un projet de loi qui ne viserait qu'à "faire des économies" sur les pensions, il a demandé un débat sur "les nouveaux financements indispensables pour une population de retraités qui va augmenter de 50% d'ici 2025".

Il a notamment évoqué la contribution de "tous les revenus, comme l'intéressement, la participation, les stock-options" qui pourraient rapporter "10 milliards d'euros", ainsi que "les 32 milliards d'exonérations de cotisations sociales" accordées aux employeurs.

En outre, "le gouvernement a fait l'impasse sur la question de l'emploi, qui a un lien étroit avec celle des retraites", a estimé Bernard Thibault. "Avant de travailler plus il faudrait déjà travailler tous", a-t-il lancé, en allusion aux difficultés d'accès à l'emploi des jeunes et des plus de 50 ans.

"Nouvelle phase de la bataille qui commence maintenant", "nous allons relever le défi" pour combattre "un recul social sans précédent" : revendicatif et régulièrement interrompu par les applaudissements des militants, Bernard Thibault a également ironisé sur un éditorial du Figaro ou sur la grève de l'équipe de France de football lors du mondial en Afrique du sud.

Cette manifestation "ne sera pas un baroud d'honneur", a-t-il insisté et l'intersyndicale se réunira "dès le 8" afin d'étudier les suites à donner au mouvement.

 Appel socialiste

Par ailleurs, le PS a également appelé les Français à participer "massivement" aux manifestations du 7 septembre "pour défendre une autre réforme des retraites, plus juste, plus efficace et plus durable" et annoncé que sa première secrétaire Martine Aubry défilera à Paris.

"Alors que l'examen des mesures gouvernementales commence à l'Assemblée nationale, cette journée de mobilisation sera un message fort et clair pour faire reculer le gouvernement", affirme le bureau national du PS dans un communiqué.

"Il est encore possible de faire reculer le gouvernement (...) le Parti socialiste, qui a proposé une autre réforme des retraites placée sous le signe de la justice et de l'efficacité, sera aux côtés des organisations syndicales et des citoyens mobilisés le 7 septembre", poursuit le texte, précisant que sa délégation dans la manifestation parisienne sera conduite par Martine Aubry.

"Dans les manifestations, comme à l'Assemblée nationale, les socialistes seront en première ligne pour la défense des retraites : les 4 et 5 septembre, ils organiseront partout en France une opération 'tous sur le pont' pour appeler à participer aux manifestations et porter leur projet auprès des Français", ajoute le PS

02.09.2010

[TCHAT] Benoît Hamon : "Dans socialiste, il y a social"

Pour le porte-parole du PS, invité de Nouvelobs.com, la "priorité est de répondre aux demandes sociales très concrètes du peuple français".

Benoît Hamon (AFP) Benoît Hamon (AFP)

Mercredi 1er septembre, Benoît Hamon, porte-parole du Parti socialiste était l'invité d'un tchat sur Nouvelobs.com.

Moins d'une semaine avant la grande manifestation contre la réforme des retraites, des internautes s'interrogent sur la solidité de l'unité avec les autres partis."Toute la gauche aujourd'hui se rassemble pour combattre la remise en cause de l'âge légal de départ à la retraite. Cependant nous divergeons sur les moyens de financer l'avenir du système par répartition." répond le porte-parole du PS.

"La gauche a fait de la France un pays d'assistés" accuse un internaute. "Jamais les inégalités n'ont été aussi forte, jamais la minorité des plus riches n'a bénéficié d'autant de privilèges!", s'insurge Benoît Hamon. Un autre correspondant demande s'il ne faut que le PS change de nom. "Dans socialiste, il y a social. Faire société me semble tellement manquer au projet politique du gouvernement actuel qui oppose systématiquement les Français les uns aux autres".

 

La gauche décomplexée 

Et l'unité au sein même du PS affichée le week-end dernier à l'université d'été de la Rochelle, "n'est-ce pas contradictoire avec la tenue fin septembre de l'université de votre mouvement [Un monde d'avance, la gauche décomplexée, NDLR]? interroge un autre internaute. "Notre contribution sera intellectuelle et programmatique" répond Benoît Hamon.  "Notre sensibilité n'a pas de candidat aux primaires, elle contribue au débat de la gauche par les convictions qu'elle formule, pas par ses ambitions."

Les querelles internes sont bien sûr évoquées. "Le PS pense-t-il réellement au peuple, ou va-t-il continuer sa guerre des egos qui fait le jeu de Sarkozy ?" demande un internaute. "Le Parti socialiste, quand il s'oppose à la remise en cause de la retraite à 60 ans, quand il milite pour qu'il y ait plus d'adultes à l'école, au collège et au lycée, pour un bouclier logement qui limite à 25% du revenu les dépenses de logement, pour le retour de la police de proximité, pour une meilleure prise en charge des dépenses de santé, pour une organisation plus égalitaire de l'offre de soin, ou pour la revalorisation du travail et l'augmentation des salaires, affirme que sa priorité est de répondre aux demandes sociales très concrètes du peuple français", répond Benoît Hamon.

 

Les banquiers au pas 

Autre sujet largement abordé par les internautes : la situation économique. "La crise qui devait remettre le politique devant l'économique et le financier accouche en réalité d'une situation exactement inverse. Ce sont les agences de notations, hier aveugles et laxistes vis-à-vis des subprimes, qui notent avec sévérité la dette souveraine des États et poussent à la mise en œuvre de politiques d'austérité partout en Europe", dénonce le porte-parole du PS.

"Etes-vous prêt à mettre les banquiers au pas ?" demande un internaute. "Nous voulons la création d'une surtaxe de 15% à l'impôt sur les bénéfices des sociétés payée par les banques pour abonder le fonds de réserve des retraites (ainsi que) la mise à contribution des stock-options et autres bonus pour financer les retraites. Nous proposons aussi la création d'un pôle financier public pour soutenir l'économie réelle."

 

La menace du déclassement

Et puisque l'on ne parle pas candidat mais idées, quelle sera "le thème fondateur de la prochaine campagne présidentielle du PS ?" demande un militant. "Le progrès. La société française se divise en deux catégories : ceux qui espèrent et ceux qui n'espèrent plus. La deuxième catégorie ne cesse de croître. Elle rassemble ceux pour qui la marche du progrès s'est interrompue. On vit moins bien que ses parents. On occupe un emploi inférieur à celui que l'on occupait avant un licenciement.(…). Ca, c'est la vie de millions de Français. Le déclassement ou la menace du déclassement sont une réalité sociale qui gangrène la France. La république semble ne plus tenir sa promesse d'égalité. Nous voulons reprendre le chemin du progrès."

Pour lire le tchat dans son intégralité, cliquez ici.

01.09.2010

Roms: la France calmera-t-elle la grogne de la Commission européenne ?

La Commission européenne a lancé une enquête juridique pour savoir, si oui ou non, les expulsions de Roms menées par le gouvernement s'effectuent, comme il le clame, en conformité avec le droit européen. Le début d'un processus complexe et souvent long.

Un militant d'une association est maîtrisé par un CRS, le 06 juillet 2010 lors de l'évacuation du campement de Roms du Hanul, à Saint-Denis. (AFP) Un militant d'une association est maîtrisé par un CRS, le 06 juillet 2010 lors de l'évacuation du campement de Roms du Hanul, à Saint-Denis. (AFP)

Mardi 31 août, une courte réunion a eu lieu entre le ministre de l'Immigration, Eric Besson, le secrétaire d'Etat français aux Affaires européennes Pierre Lellouche et des membres de la Commission européenne. A l'ordre du jour, la question des expulsions de Roms en France depuis le début du mois d'août. Pourquoi cette réunion organisée en quelques jours ? Certainement pour calmer les mécontentements de la Commission européenne car le 25 août, la commissaire européenne à la Justice, aux Droits fondamentaux et à la Citoyenneté, Viviane Reding, s'est fendue d'une déclaration officielle sur ces reconduites.

A l'issu de cette rencontre, Eric Besson a fait état d'un dialogue "franc, approfondi et constructif" avec la Commission européenne. Tout en saluant le "formidable acquis" que représente, selon lui, le droit à la libre circulation en Europe des 500 millions de citoyens européens, Eric Besson a souligné que ce droit "n'est pas inconditionnel". "Cette liberté ne peut servir de prétexte à des activités illicites, en particulier le trafic d'êtres humains", a-t-il dit.

Un peu plus tôt, le porte-parole de Mme Reding, Matthew Newman avait au contraire souligné que "les Roms ont les mêmes droits que tous les citoyens européens et que l'intégration c'est partout en Europe" et pas seulement dans son pays d'origine.

Viviane Reding qui n'a pas fait de commentaires à l'issue de la réunion avec les responsables français devrait s'exprimer sur ce sujet mardi devant les députés européens réunis à Strasbourg.

 

Une enquête juridique

En effet, après les critiques de l'opposition, de l'Eglise et de l'ONU sur la politique menée par le gouvernement Fillon, c'est cette fois-ci l'Union européenne qui a émis des griefs sur le sort réservé à "la plus grande minorité ethnique dans l'Union européenne" au sein de l'Hexagone. Viviane Reding a donc lancé une enquête juridique visant à savoir si les reconduites sont bien en accord avec les textes européens, notamment de la directive 2004/38/CE du parlement européen et de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Les conclusions de cette enquête doivent être présentées devant la commission le 1er septembre. Celle-ci intervient alors que le gouvernement affirme dans tous les médias que ces reconduites se font "en conformité avec le droit de l'Union européenne".

La Commission européenne semble en tout cas considérer que la question doit être absolument posée, car si le président de la Commission européenne, Jose Manuel Baroso, n'a pas fait de déclaration particulière sur le sujet et ne sera pas présent à la réunion de ce mardi, selon Olivier Bailly, le porte-parole de la Commission européenne. La déclaration faite le 25 août par Madame Reding a été faite en accord avec le président Baroso et tous les membres de la Commission, précise-t-il, et le président a lui-même approuvé le texte. Interrogé sur la réunion du 6 septembre qui pourrait avoir lieu entre Nicolas Sarkozy et Jose Manuel Baroso, Olivier Bailly ajoute que "pour l'instant, il n'est pas prévu que la réunion du 6 septembre, si elle a lieu, porte sur l'expulsion des Roms de France, ce n'est pas l'agenda, mais cela peut évoluer en fonction de l'actualité et des résultats de l'analyse juridique. A l'heure actuelle, officiellement, le thème de cette possible réunion est l'économie".

 

Des amendes possibles

Mais alors quelles conséquences pour la France peut avoir cette enquête juridique de la Commission ? Quelles mesures peuvent être prises contre la France si celle-ci s'avère fautive ?

L'enquête juridique lancée se doit d'éclairer la situation. Cependant, c'est un processus qui peut être très long et qui comprend de nombreuses étapes. La Commission européenne dispose de deux premières phases traitées directement avec l'Etat membre avant de pouvoir saisir la Cour de justice européenne : tout d'abord, elle adresse une mise en demeure à l'Etat membre puis un avis motivé, c'est seulement ensuite que la Cour peut-être saisie. Ainsi, si la Commission décide d'introduire un recours en manquement, la Cour va examiner l'affaire et entendre les deux parties (l'Etat concerné et la Commission) par écrit puis lors d'une audience de plaidoirie.

Il existe alors deux possibilités : soit l'Etat membre a manqué à ses obligations et il doit alors se conformer à l'arrêt de manquement de la Cour le plus tôt possible, soit la demande de la Commission est rejetée. C'est ensuite à la Commission européenne de vérifier que l'Etat se conforme bien à l'arrêt en question. Dans le cas contraire, une seconde procédure se met en place, qui comprend deux nouvelles étapes d'abord devant la Commission européenne puis par une nouvelle saisie de la Cour justice qui peut alors décider d'un second arrêt qui comprend la condamnation de l'Etat membre à une amende. Si la Cour de justice traite plus de 100 affaires par an qui l'amènent à prendre un premier arrêt, la condamnation d'un Etat membre à une amende reste rare : dix affaires jusqu'à aujourd'hui, dont trois concernaient la France, quatre la Grèce, une l'Espagne et deux le Portugal.

Ces différentes étapes et les retours devant la Commission expliquent un temps judiciaire qui peut être très long dans ce type d'affaire. Pour que la Cour de justice prononce le premier arrêt cela peut prendre de 16 à 18 mois. Pour le second arrêt, il faut parfois attendre plusieurs années. Cela dépend essentiellement de la Commission européenne. A titre d'exemple, le premier arrêt de la Cour concernant l'affaire C177/04 qui concernait la France a été pris en 2002, le second en 2006.

C'est ensuite à la Commission européenne de veiller au paiement des amendes par l'Etat membre visé par deux arrêts.

 

Le "long" séjour est tenu à des conditions particulières

Interrogé sur ce point, le ministère de l'Immigration affirme ne pas avoir de réaction particulière au lancement de cette enquête juridique. Ce dernier affirme une nouvelle fois à Nouvelobs.com que toutes les reconduites ont été faites en conformité avec le droit français et le droit européen. Selon le ministère de l'Immigration, tous les "Bulgares" et les "Roumains" -dixit le ministère qui se refuse à employer le mot Rom- qui ont été reconduits dans leur pays se trouvaient en situation irrégulière sur le territoire français. Toujours selon le ministère, invoquant la directive 2004/38/CE, la libre circulation des ressortissants communautaires s'applique aux Roumains et aux Bulgares en tant que citoyens de l'Union européenne (depuis 2007) et permet donc à chacun d'entre eux de circuler. Mais concernant le séjour, il ne permet que de courts séjours munis d'une pièce d'identité. Le "long" séjour est tenu à des conditions particulières afin de ne pas devenir une "charge" pour l'Etat accueillant (directive). "C'est là que les Bulgares et les Roumains sont en situation irrégulière", précise le ministère.

Comme Eric Besson l'a rappelé le 30 août, 979 ressortissants roumains et bulgares ont été reconduits entre le 28 juillet le 17 août, dont 151 "de manière contrainte" et 828 "de manière volontaire".

Mais deux questions se posent : quelle différence entre reconduites volontaires et forcées ? Est-ce que chaque personne reconduite a bénéficié comme le veut la loi d'une analyse précise et individuelle de son cas ?

 

Des retours vraiment volontaires ?

Sur ce point, ministère et associations de défense des migrants ont des avis bien différents. Claudia Charles, chargée d'études au Gisti explique "qu'il ne s'agit pas de retours volontaires puisque s'ils refusent le départ volontaire qui comprend une aide financière (300 euros par adulte plus 100 euros par enfant), ils sont expulsés de façon forcée", procédé que reconnait d'ailleurs le ministère de l'Immigration. Les reconduits semblent donc avoir un choix bien limité. De son côté, le ministère affirme que l'importante part de retours volontaires montre qu'il s'agit pour la plupart de personnes se trouvant en grande précarité que le gouvernement aide à rentrer chez eux.

Sur le deuxième point, le ministère de l'Immigration affirme que la procédure de reconduite est extrêmement encadrée et se passe sous le contrôle de deux juges et qu'"il est certain que chaque dossier a été examiné avec précision". Les services du ministère de l'Immigration précise: "à partir du moment où les gens sont volontaires pour la reconduite, le temps administratif peut être un temps court" mais "ce n'est jamais du jour au lendemain". De la même façon, le temps juridique lié à la procédure de reconduite forcée est encadré par des textes : les juges doivent être saisis dans un temps court.

Au Gisti, on explique cependant qu'avec "850 décisions en moins d'un mois, soit l'administration est extrêmement efficace soit le ministère n'a pas pu analyser de façon détaillée chaque cas sur la situation personnelle et individuelle". "La seconde option semble plus vraisemblable et c'est pourtant la base pour prendre une décision vis à vis des étrangers notamment des communautaires", commente Claudia Charles.

  

Un phénomène qui n'est pas nouveau

Un point sur lequel s'accordent association et gouvernement est que le phénomène n'est pas nouveau, bien que ces reconduites se soient accélérées depuis le début du mois d'août avec la multiplication des évacuations de camps de Roms, qui se place notamment dans le cadre de la communication politique du gouvernement sur sa politique sécuritaire.

Du côté du ministère de l'Immigration, on précise que "l'avion qui a décollé le 23 août était en fait le 25ème depuis le début de l'année, ce qui amène les chiffres des reconduites à environ 8.000 depuis janvier 2010. Et environ 10.000 reconduites en 2009". Au Gisti, on confirme que "la violence, la pression exercée sur les Roms n'est pas nouvelle". L'association annonce qu'elle a adressé une lettre à Viviane Redding expliquant que ce n'est pas une politique récente mais que l'Union européenne ne s'inquiète de celle-ci que depuis la polémique née en août. Une plainte a été déposée auprès de la Commission européenne, qui est la seule à pouvoir saisir la Cour de justice européenne, le 31 juillet 2008, sur l'illégalité des mesures de reconduites de Roms prises en France.

" C'est une campagne de communication pour faire la promotion de la lutte contre l'insécurité, mais c'est complètement illogique car des retours en France sont possibles dès le lendemain de leur arrivée dans leur pays d'origine", explique Claudia Charles.

 

Stigmatisation ?

Ainsi, près de 10.000 Roumains et Bulgares sont reconduits chaque année de France. Mais qu'en est-il des autres communautaires arrêtés par les autorités en situation irrégulière sur le sol français ? Sont-ils également expulsés de France ? 

La réponse est oui mais les chiffres sont sans commune mesure. Toujours en 2009, seulement 566 communautaires majeurs en situation irrégulière, selon les chiffres du ministère de l'Immigration, autres que roumains et bulgares ont été reconduits. Pour 90% d'entre eux, il s'agit de retours forcés, des chiffres globalement constants. Ainsi, on compte 88 Néerlandais (dont un seul retour volontaire), 78 Polonais (13 retours volontaires), 63 Espagnols (pas de retours volontaires), 55 Lituaniens, 47 Italiens. Concernant des pays comme l'Irlande, il ne s'agit que d'un seul retour en 2009.

Le ministère de l'Immigration affirme que ces chiffres ne peuvent être comparés avec les reconduites de Roumains et de Bulgares : "Les ressortissants étrangers, notamment européen, en grande précarité (ceux susceptibles d'être reconduits) se tournent en grande majorité eux même vers leur consulat, par tradition. C'est ce dernier qui organise leur retour dans le pays d'origine". Selon le ministère donc, les chiffres sont incomparables car les Bulgares et les Roumains n'ont pas la tradition de se tourner vers leur Consulat pour organiser leur retour dans leur pays d'origine lorsqu'ils se trouvent en situation irrégulière ou en difficulté, "peut-être notamment en raison de tradition de mobilité de ces populations". Pourtant, il faut rappeler qu'il existe bien un consulat roumain et bulgare en France.

Les traditions différentes sont-elles vraiment la seule raison à ces différences de chiffres dans les reconduites ?

De son côté, Claudia Charles au Gisti affirme qu'elle n'a pas connaissance d'obligation de quitter le territoire pour d'autres communautaires. En revanche, elle connaît des exemples d'autres communautaires se trouvant en situation irrégulière signifiée par les préfectures mais qui n'ont pas été visés par une obligation de quitter le territoire français.

 

Des critiques venues de Roumanie

Dernier point, le ministère de l'Immigration insiste sur le fait que des critiques sont faites au gouvernement français alors que les gouvernements bulgares et roumains ne désapprouvent pas cette même politique de reconduites des Roms. Il précise que des accords d'entre-aide doivent être mis en place prochainement. Pourtant, dimanche 29 août, le ministre roumain de l'Intérieur, Vasile Blaga, a souligné qu'"aucun des Roms rapatriés de France vers la Roumanie la semaine dernière n'était fiché par la police française ou roumaine."

S'il reconnaît "qu'à partir du moment où un citoyen roumain se trouve en situation irrégulière en France, il doit être expulsé", Vasile Blaga a annoncé que la Roumanie se "défendrait" si des abus se produisaient. "La France paye pour ces retours volontaires. (...). Est-ce une bonne politique, une mauvaise politique? C'est un terrain sur lequel je ne veux pas m'exprimer", a ajouté M. Blaga.

De son côté, le ministre roumain des Affaires étrangères Teodor Baconschi a estimé lundi 30 août que "les rapatriements de Roms depuis la France avec une somme d'argent ne sont "pas une solution", en appelant au dialogue bilatéral et européen pour l'intégration de cette minorité.

"Ces rapatriements volontaires en échange d'une somme d'argent que reçoivent nos concitoyens Roms pour accepter de revenir en Roumanie, ce n'est pas une solution", a déclaré le chef de la diplomatie roumaine lors d'une interview à la télévision nationale roumaine TVR.

Le ministre a insisté sur le besoin "de fonds, de volonté politique, de dialogue bilatéral et européen et en même temps de programmes concrets" pour améliorer la situation des Roms.

"Nous comptons sur la coopération honnête de Paris. Il faut des logements, améliorer l'accès à l'éducation, au système sanitaire. Cela ne pourra pas se faire en 48 heures. C'est un problème multiséculaire et transnational", a estimé Teodor Baconschi.

De leur côté, des ONG roumaines de défense des Roms ont appelé au boycott des produits français à compter du 6 septembre

L'Etat a refusé de vendre l'hippodrome de Compiègne en 2003

Le Canard Enchainé publie une lettre dans laquelle l'ex-ministre de l'Agriculture Hervé Gaymard refuse la vente du domaine de 58 hectares, estimant qu'elle "n'est pas possible" du point de vue légal.

Vue aérienne de l'hippodrome de Compiègne  (AFP) Vue aérienne de l'hippodrome de Compiègne (AFP)

La vente du domaine de 58 hectares comprenant l'hippodrome de Compiègne, dont les conditions de vente ont suscité une polémique, avait été refusée en 2003 par un précédent gouvernement, selon une lettre publiée dans le Canard Enchaîné à paraître aujourd'hui.

L'hebdomadaire avait accusé en juillet Eric Woerth d'avoir bradé pour 2,5 millions d'euros une parcelle de la forêt de Compiègne (Oise) comportant un golf et l'hippodrome, lorsqu'il était ministre du Budget. Eric Woerth avait alors vivement contesté l'interprétation du Canard enchaîné.

Le journal satirique publie désormais une lettre de l'ex-ministre de l'Agriculture Hervé Gaymard, refusant la vente sollicitée par la société locataire du lieu.

 

Une vente illégale

Dans ce courrier daté du 13 août 2003 et adressé à l'ex-président de la Société des courses de Compiègne, Armand de Coulange, Hervé Gaymard refuse de vendre le domaine, estimant qu'elle "n'est pas possible" du point de vue légal.

La SCC "souhaiterait devenir propriétaire du terrain d'une superficie d'environ 58 hectares, qu'elle occupe en forêt domaniale de Compiègne", écrit alors Hervé Gaymard.

"Compte tenu de la législation concernant les forêts domaniales, je vous informe qu'une cession par vente n'est pas possible. En revanche, un échange serait envisageable si la Société des courses de Compiègne offrait un terrain forestier de la même importance et d'une valeur suffisante", ajoute-t-il.

"Or la Société des courses de Compiègne ne dispose pas actuellement d'une tel patrimoine foncier. C'est pourquoi une telle opération ne peut être réalisée, sauf bien sûr, à trouver une offre équivalente au regard de ce type de transaction", ajoute le ministre de l'époque.

Selon le journal satirique, la lettre a été authentifiée par Hervé Gaymard.

Eric Woerth, actuel ministre du Travail et ancien trésorier du parti présidentiel UMP, est depuis plusieurs semaines au coeur de la tourmente de l'affaire Bettencourt. Il est sous la menace d'une procédure devant la Cour de justice de la République, juridiction d'exception qui juge les crimes et délits commis par les membres du gouvernement "dans l'exercice de leurs fonctions".

31.08.2010

Des contrats de logement étudiant abusifs

Alors qu'un rapport de la DGCCRF indique qu'un contrat sur dix contient des "clauses abusives", le secrétaire d'Etat à la consommation a annoncé "une vague de contrôle renforcés".

Photo d'archives  (c) Reuters Photo d'archives (c) Reuters

Le secrétaire d'Etat à la Consommation, Herve Novelli, juge "insupportables" les "clauses abusives" dans des contrats de location de logements pour les étudiants que les services de la Répression des fraudes ont contrôlés en 2009, dans un entretien au Parisien/Aujourd'hui en France de lundi 30 août.

"Parmi les contrats des 233 entreprises contrôlées par la DGCCRF, un sur dix contient des clauses abusives, c'est insupportable", déclare Hervé Novelli selon lequel "certains bailleurs abusent de l'inexpérience des étudiants et de la pénurie de logements".

 "Contrôles renforcés"

Il annonce avoir "lancé pour la rentrée une vague de contrôles renforcés", n'excluant pas "de réfléchir à des sanctions administratives".

Le rapport de la DGCCRF, intitulé "constatations de l'enquête meublé étudiant" et dont rend compte Le Parisien, a contrôlé au second semestre 2009 les contrats et offres commerciales de 1.200 agences dans 19 villes universitaires.

Selon le quotidien, les services de la Répression des fraudes ont relevé des "pratiques déloyales" et des "clauses abusives" dans les contrats : publicité mensongère, tromperie sur les caractéristiques du logement, limitation de la responsabilité du bailleur, interdiction d'héberger des amis ou d'avoir un animal familier, résiliation du bail sans préavis, conservation du dépôt de garantie en cas de résiliation...

"Nous n'avons pas trouvé un seul contrat ne comportant pas au moins une anomalie", affirme au Parisien un spécialiste de l'immobilier à la DGCCRF.

30.08.2010

Discours de clôture d'Aubry : "En 2012 nous serons prêts"

Martine Aubry AFP Martine Aubry AFP

Dimanche 29 août

13h10 Réactions au discours de clôture de Martine Aubry : Laurent Fabius a salué "un discours très carré, offensif et rassembleur". Selon Bertrand Delanoë, "Martine Aubry a fait des propositions mais on n'a pas encore fini. Il y a encore du travail".

 

11h05 Discours de clôture. Accueillie triomphalement à la tribune, Martine Aubry, la première secrétaire du PS, a débuté son discours de clôture de l'Université d'été en saluant elle aussi l'unité : "Nous sommes unis et nous n'aurions jamais du être autrement". "Un automne très sombre va s'ouvrir pour les Français", a-t-elle ensuite lancé. Avant de poursuivre : "Oui nous avons des réponses, nous l'avons montré sur les retraites". "Nous ne sommes pas seulement des commentateurs, demain nous proposerons, nous dirons qu'une autre France est possible".

Martine Aubry a ensuite accentué l'offensive contre Nicolas Sarkozy : "Aujourd'hui, deux Français sur trois sont contre lui, c'est pas une présidence, c'est une épreuve", "il nous promettait la rupture c'est plutôt la cassure". Taclant tour à tour le grenelle de l'environnement, les chiffres de l'économie... elle a dénoncé : "Nous avons pas eu la meilleure politique pour nous sortir de la crise".

Sur la sécurité, Martine Aubry a qualifié le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy "d'implacable réquisitoire contre sa propre politique".
La première secrétaire a rappelé que les "gens du voyage sont français" et "les roms européens", dénonçant des charters "indignes et infondés". "Le tribunal de Lille a refusé quatre reconduites à la frontière, considérant qu'occuper un terrain illégalement ne constituait pas de trouble à l'ordre de public". "Chaque fois qu'on porte atteinte à un groupe d'hommes c'est à l'ensemble des hommes qu'on porte atteinte", a-t-elle poursuivi, rappelant qu'"à l'extérieur le reste du monde est sidéré, l'image de la France est écornée".

Sur la question sécuritaire, Martine Aubry a mis l'accent sur la prévention et la dissuasion, "l'éducateur doit avoir sa chance avant le procureur", a-t-elle déclaré, se prononçant notamment pour une loi sur le trafic des armes à feu et un retour à la police de proximité. "Nous montrerons qu'en matière de sécurité, la crédibilité a changé de camp", a-t-elle lancé. "Sarkozy a choisi le pugilat, nous voulons des résultats".

S'adressant aux candidats aux primaires socialistes, elle a mis en garde : "J'invite chacun à respecter l'échéance des primaires". Avant de conclure : "Avant 2012, nous avons des grands rendez-vous. La droite va être débordée par nos propositions". Et "en 2012 nous serons prêts". "Nous ne vous décevrons pas".

L'intégralité du discours de Martine Aubry est à lire ici.

 

11h00 Emmanuel Maurel, secrétaire national aux Universités, s'est félicité, lors de la séance de clôture, "d'ateliers bondés, de débats qui durent tard le soir". Il a également salué la "soif d'unité palpable, tangible" des militants, ajoutant "petit bémol, pas de phrases assassines cette année, les solférinologues sont déçus", alors "continuons de les décevoir".

 

Samedi 28 août

 Et une interview exclusive de Benoît Hamon > à lire ici

 17h45 Paroles de militants : "Je crois qu'on a eu plaisir à se retrouver, le champ de réflexion s'est élargi" commente Michel Dachuna, militant de Brive.

"On sent bien que les primaires se mettent en place doucement, que les militants acceptent doucement l'idée qu'il faudra partager le vote avec d'autres" poursuit-il.

Quant à l'union affichée par les ténors du Parti, "c'est ce que nous attendons tous, ce que nous espérons aussi" complète Agnès Gorse, également militante à Brive, ajoutant au passage que le film "Un Village en campagne" d'Yves Jeuland, projeté ce midi, était "un petit bijou".

 

16h00 Numéro 2 des Verts, Jean-Vincent Placé a appelé à des discussions entre les deux formations au premier trimestre 2011. Il espère ainsi mettre au point "un préaccord politique qui pourrait aboutir plus tard à un accord gouvernemental" a-t-il expliqué au Nouvelobs.com, et ce "quelque soit le candidat du PS".


15h30 Interrogé sur la capacité du PS à proposer une alternative, François Hollande a répondu : "nous devons être sérieux, faire preuve d'efficacité et de mesure". "Proposer un autre chemin est possible" a-t-il déclaré. Sur la question des retraites, il a affirmé : "il faudra faire des efforts, on ne pourra pas avoir les mêmes règles pour toujours", avant d'ajouter : "nous sommes rassemblés pour demander une réforme juste, efficace et durable".

A propos des risques de divisions lors des primaires à l'automne 2011, Arnaud Montebourg a répondu au Nouvelobs.com : "C'est très codifié, si vous signez pour être candidat, vous vous engagez à rallier le vainqueur".

Quant au calendrier des primaires, il a confirmé la position de Martine Aubry : "ça ne bouge pas, ça ne bouge pas !"

13h45 Sur le calendrier des primaires, la première secrétaire a rappelé devant la presse que "les militants ont décidé d'un calendrier, les dirigeants ont décidé d'un calendrier. Moi, je suis le garant de ce que nous décidons collectivement. Nous l'appliquons".

13h30 Les syndicats et le Parti socialiste se sont affichés unis au cours d'une table ronde animée par Claude Bartolone, sur la question sociale. CGT, CFDT, FO et UNSA ont appelé à manifester le 7 septembre, prônant pour une autre réforme des retraites. Eric Aubin, secrétaire confédéral CGT a précisé "qu'il faudrait être là aussi le 8 pour poursuivre l'action".

Après s'être félicité de l'ambiance de travail et de rassemblement du PS, Vincent Peillon a déclaré qu'il fallait "affirmer dans l'ensemble des secteurs, la justice sociale" soulignant que les questions économiques et fiscales étaient aussi des questions sociales. Une justice sociale qui sera "un des grands débats de la présidentielle" selon le secrétaire confédéral de Force Ouvrière.

"Les syndicats, les associations, le parlement sont bafoués, la démocratie est étouffée" a-t-il lancé, clôturant cet atelier sous les applaudissements.

 

11h45 Dans un atelier intitulé "Comment faire société", Fabienne Brugère, professeur de philosophie à l'université de Bordeaux a développé l'idée chère de Martine Aubry d'une société du "care". "C'est une réponse à un besoin de justice sociale" a-t-elle déclaré. Il s'agit par là de "restaurer la capacité d'agir des populations stigmatisées" et ce "non pas par de l'assistanat mais par un meilleur principe de redistribution" a-t-elle poursuivit.

S'appuyant sur la question des Roms, elle a souligné que la France n'avait pas utilisé les fonds européens dédiés. La philosophe a également appelé à la création d'un nouvel état social, "l'Etat prend soin de moi alors je prends soin des autres". Elle prône dans ce réinvestissement de l'Etat une meilleure coordination avec la société civile, notamment les associations. Enfin elle a appelé à un changement de modèle social avec "une intégration des pratiques citoyennes" et à placer la notion d'égalité au cœur du projet politique.

 

10h30 Arnaud Montebourg animait ce matin un atelier intitulé "Primaires mode d'emploi", en compagnie des organisateurs de la primaire américaine au Parti Démocrate.

Tom Mc Mahon, a expliqué que le processus avait débuté bien en amont, au moment où la cote des démocrates était au plus bas, en 2005, "cette stratégie était assez controversée" auprès de la veille garde du parti. "L'idée a été d'intégrer les gens dans le processus du parti" a-t-il expliqué, "afin de comprendre qui sont les électeurs, pour qui et pourquoi ils votent".

Matt Browne, membre d'un think tank progressiste de Washington a ensuite expliqué que des primaires longues permettaient de renforcer "le parti et le candidat" et qu'il fallait impérativement créer l'union des vaincus derrière le candidat. Et Arnaud Montebourg d'ajouter : "En France on craint toujours les divisions, provoquant les sourires dans la salle".

Enfin l'utilisation des réseaux sociaux a permis aux Etats Unis de bien fédérer. Revenant sur cette idée, Arnaud Montebourg s'y est repris à trois fois pour prononcer correctement "Facebook", jouant à franciser le nom du réseau social.

 


Vendredi 27 août
> Le compte rendu de la première journée à lire ici

18h30
La première secrétaire du Parti Socialiste Martine Aubry s'est exprimée en fin d'après midi devant les jeunes socialistes du MJS. Au cours de cette rencontre, les jeunes lui ont posé des questions notamment sur le logement et l'emploi. Elle a estimé que le gouvernement aurait dû, en cette période de crise, "remettre en place les emplois jeunes".

Concernant les stages, elle s'est prononcée pour une loi interdisant les stages non-rémunérés après la fin des études. Enfin elle est revenue sur la société du "care", "une société de solidarité", affirmant que "quand on est socialiste on a pas seulement envie d'avoir des chèques mais aussi de vivre mieux".

Plus anecdotique, Martine Aubry a fait un petit clin d'oeil au discours de Ségolène Royal, "La rentrée sociale s'avère chaude, parce que 'ca suffit' comme disait tout à l'heure Ségolène". Alors qu'une jeune socialiste lui demandait "ce qu'elle pensait le matin devant la glace", l'actuelle première secrétaire du PS a rappelé que "sa seule préoccupation c'est que nous soyons crédibles, c'est pas le temps des candidatures".

 

17h00 Manuel Valls multiplie les déclarations à la presse, répétant son désir d'être candidat et appelant à des "primaires qui doivent être fraternelles mais claires". "Restons sereins" a-t-il ajouté. Il a également dénoncé "un pouvoir qui viole les principes de la République". Et estimé que le PS était "de plus en plus crédible" sur la sécurité. 

 

15h15 La présidente de la Région Poitou Charentes Ségolène Royal et la première secrétaire du PS Martine Aubry sont arrivées ensemble pour ouvrir l'Université d'été. Ségolène Royal a d'ailleurs adressé ses premiers mots à son ancienne rivale "je te salue chaleureusement Martine et toute l'équipe qui t'entoure", a-t-elle déclaré.

Dans son discours, la présidente de Poitou-charentes a mis en avant son bilan à la tête de la région, rappelant qu'elle y a été réélu avec 61% des suffrages puis citant les sauvetages d'entreprises tel qu'Heuliez par la région Poitou-Charentes. "Pourquoi ce qui a été possible ne le serait pas au niveau de l'Etat ?" s'interroge-t-elle.

Ségolène Royal a mis l'accent également sur la sécurité, "la sécurité commence par l'école, la famille, ou encore le tutorat", au lieu de "mettre en prison leurs parents, une idée stupide". "La sécurité n'est pas de droite c'est une valeur universelle"a-t-elle déclarée.

Elle a en outre fustigé l'attitude de Nicolas Sarkozy, martelant plusieurs fois "Ca suffit" repris de plus belle par les militants. "Nous lui disons à Nicolas Sarkozy que les visites ça suffit, que les discours ça suffit, on veut des actes !". "L'heure n'est pas au choix du candidat ou de la candidate" a affirmé l'ancienne candidate socialiste à l'élection présidentielle, appelant au rassemblement du parti. "Rien ne doit nous séparer, c'est unis que nous gagnerons !" a-t-elle conclut sous les applaudissements.

 Paroles de militants : Annie et Yvette ont trouvé ce discours "extraordinaire et plein de vérité", "Elle n'était pas agressive !". "C'est un modèle quand on voit ce qu'elle a accompli dans la région ça ne peut qu'être bien au niveau national". "Ségolénistes dans l'âme", elles sont toutes les deux prêtes à la suivre pour une nouvelle campagne...

 

12h40 Jean-Louis Bianco, proche de Ségolène Royal, qui sort un livre le 2 septembre prochain intitulé "Si j'étais président", chez Albin Michel, répond à nouvelobs.com sur l'esplanade, devant l'espace Encan où se déroule l'université d'été. Alors que le mot d'ordre est à l'union, les primaires ne sont jamais très loin. "Je n'exclus pas d'être candidat aux primaires", affirme-t-il. Un livre dont le titre semble davantage destiné à faire réagir le PS, "ce n'est pas un livre contre le PS, ou contre Martine, ni un abandon de Ségolène". "Par ce titre je dis ce qu'il faudrait faire ou ce que l'on pourrait faire", explique-il. "Le parti a fait du bon travail mais les Français pour l'instant ne sont pas persuadés que nous pourrons faire mieux que la droite". "Il faudra dire la vérité, en 2012 la situation sera dure".

Le député socialiste des Alpes de Haute-Provence énumère quelques une de ses propositions "Il faut dire nettement les choses, le changement ne doit pas seulement se faire par le haut, il faut plus de démocratie, plus de décentralisation, plus de pouvoir aux régions..." Pour le reste il préfère ne pas tout dévoiler.

29.08.2010

Martine Aubry propose son plan sur la sécurité

"Nous montrerons" que dans ce domaine "la crédibilité a changé de camp", a lancé la première secrétaire du PS dans son discours de clôture de l'Université d'été du PS.

Martine Aubry (AFP) Martine Aubry (AFP)

La première secrétaire du PS Martine Aubry a proposé, dimanche 29 août, l'élaboration d'un plan sur la sécurité face "à l'échec complet" de la politique menée par le gouvernement, promettant que dans ce domaine les socialistes seront "efficaces".

Dans un discours-programme dont l'objectif est de proposer aux Français "une autre France", la première secrétaire du PS a fait valoir que les socialistes étaient "l'opposition qui entend être demain la majorité", en clôturant l'Université d'été du parti à La Rochelle.

 "La crédibilité a changé de camp"

"Efficaces, nous le serons aussi contre l'insécurité. Oui une autre France est aussi une France plus sûre", a-t-elle promis.

Alors qu'elle s'était montrée relativement discrète cet été face à l'offensive du gouvernement de Nicolas Sarkozy sur la sécurité, la maire de Lille a lancé : "nous montrerons" que dans ce domaine "la crédibilité a changé de camp".

"Le président de la République a choisi la polémique. Nous choisissons la politique. Le gouvernement souffle sur les braises, nous voulons les éteindre", a-t-elle dit, ajoutant : "M. Sarkozy a choisi le pugilat. Nous voulons les résultats".

"Le bilan est mauvais, parce que la politique menée est mauvaise", a assuré la première secrétaire, visant "la réduction des effectifs", le manque de moyens de la justice, la "politique du chiffre".

 

Un plan pour le 2 octobre

Martine Aubry a proposé un plan pour rétablir la sécurité, qui sera annoncé le 2 octobre, fondé sur la "prévention", la "dissuasion", la "sanction", car "pour avoir des résultats, il faut une autre politique".

"Des réponses existent, mais aucune n'est miraculeuse. Toutes doivent être conjuguées sur la durée", a-t-elle dit.

La maire de Lille a évoqué plusieurs mesures que le PS mettrait en oeuvre en cas de victoire à la présidentielle, comme les travaux d'intérêt général, des programmes de prévention de la délinquance, une loi sur le trafic des armes à feu.

Elle a estimé qu'il fallait "repenser les mesures d'éloignement ou de placement dans des centres d'éducation ouverts ou fermés", en observant qu'en Allemagne, il avait été instauré une "peine de formation obligatoire en milieu fermé et de suivi post-carcéral pour les jeunes délinquants récidivistes de 10 à 17 ans".

Promettant le rétablissement de la police de quartier, des moyens humains et technologiques pour la police, des moyens pour la justice, Mme Aubry a insisté sur la nécessité que "tout acte de délinquance ou d'incivilité donne lieu à une sanction proportionnée et juste".

28.08.2010

Violence à l'école : les syndicats dénoncent une "politique sécuritaire"

A une semaine de la rentrée, le ministre de l'Education veut se montrer ferme face aux violences à l'école. Mais les syndicats, joints par Nouvelobs.com, critiquent ce "glissement sécuritaire dans le domaine éducatif" et posent la question des moyens humains.

Une salle de classe à Paris (AFP) Une salle de classe à Paris (AFP)

Les syndicats de l'éducation ont farouchement critiqué, jeudi 26 août, les déclarations du ministre de l'Education Luc Chatel.

"Toute violence verbale à l'égard des personnels entraînera une procédure disciplinaire, et toute violence physique donnera lieu à un conseil de discipline", a annoncé le ministre.

"Avec ces propos, Luc Chatel instrumentalise l'école pour décliner la politique sécuritaire du gouvernement observée ces dernières semaines", estime le secrétaire général du Syndicat des enseignants SE-UNSA, Christian Chevalier. "Le ministre fait des annonces dans la suite logique des Etats généraux de la sécurité à l'école", explique-t-il à Nouvelobs.com.

Même son de cloche au Syndicat national unitaire des instituteurs, professeurs des écoles et PEGC (SNU-IPP) qui parle d'un "glissement sécuritaire dans le domaine éducatif".

 

"Les sanctions doivent être graduées"

Pour autant, la question de la violence à l'école reste primordiale pour les syndicats d'enseignants.

"Les violences physiques ou verbales n'ont pas leur place à l'école", lance Christian Chevalier. "Toutefois, les sanctions doivent être graduées et ne jamais faire l'objet d'une automaticité. S'il y a sanction, elle doit être bien comprise par l'élève", ajoute-t-il. "Il faut veiller à ne pas tomber dans le purement sécuritaire qui ne sert à rien et entraîne des réactions agressives chez les élèves."

"La violence doit être traitée de manière éducative, tout comme la sanction", déclare à Nouvelobs.com le secrétaire général du SNU-IPP, Sébastien Fihr. "M. Chatel prend cette question de violence par le mauvais bout. L'école représente la transition entre la famille et le monde, on doit y appliquer les règles de la société --pas de violences physiques, pas d'insultes-- mais pas avec la dureté du monde extérieur", estime-t-il.

Pour Sébastien Fihr, "les questions de la violence, de l'autorité, de la sanction sont au cœur de la réflexion des enseignants, et il faut se donner du temps pour réfléchir aux méthodes les plus adaptées".

 

"M. Chatel est très éloigné de la réalité"

Du côté des parents d'élèves, on critique le fond et la méthode. "Nous sommes très en colère", lance à Nouvelobs.com la vice-présidente de la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE), Christiane Alain. Elle critique "une politique du tout sécuritaire et une stigmatisation de certains enfants". "Que signifie 'violences verbales' ? Vous pensez que c'est la même dans un grand lycée parisien et dans un lycée de ZEP [zone d'éducation prioritaire] ?", interroge-t-elle.

Les lycéens ont une vision encore plus tranchée de la question : ils estiment que "M. Chatel est très éloigné de la réalité. Ce n'est pas en mettant des flics devant le lycée qu'on résout tous les problèmes de violences", s'indigne la secrétaire générale de la Fédération indépendante et démocratique lycéenne (FIDL), Leila Boubekeur. "Comme d'habitude le gouvernement pense tout résoudre par des sanctions plutôt que par le dialogue", résume-t-elle à Nouvelobs.com.

Pour endiguer la violence, la FIDL propose d'"introduire des médiateurs ou multiplier le nombre d'infirmières et de psychologues scolaires, afin de créer du dialogue avec les jeunes. M. Chatel n'a pas compris qu'avant de mettre une baffe à un élève, il vaut mieux discuter avec lui", tranche Leila Boubekeur.

 

"Des annonces qui passent pour officielles avant toute discussion"

Sur la méthode, Christine Alain relève que "la FCPE avait obtenu que les textes défendus aujourd'hui par M. Chatel soient proposés au Conseil supérieur de l'éducation en septembre après la réunion d'un groupe de travail. Or M. Chatel fait des annonces qui passent pour officielles avant toute discussion".

Néanmoins, selon Christian Chevalier (SE-UNSA), les syndicats devraient être reçus au ministère dans les 10 jours pour discuter de ces propositions.

Les dispositions développées par le ministre seront présentées au Conseil supérieur de l'éducation le 23 septembre et feront l'objet de deux décrets.

 

"L'école doit accueillir tous les enfants, même ceux des Roms"

Si les syndicats de l'éducation sont opposés aux propositions sur les violences, ils soutiennent l'idée de supprimer "les exclusions temporaires de l'établissement de plus de huit jours".

"Nous sommes plutôt d'accord", note le SE-UNSA. "C'est une bonne idée seulement si les élèves peuvent être pris en charge par du personnel. Il est clair que les élèves concernés, souvent en grande difficulté, sont mieux à l'intérieur de l'établissement avec un traitement particulier", pointe Christian Chevalier.

"La fin des exclusions de plus de 8 jours est un bon point", souligne la FCPE. Toutefois, le syndicat de parents d'élèves réclame que "pour toute exclusion de classe, l'élève soit accueilli dans l'établissement par un éducateur sur les mêmes horaires que ses camarades. C'est possible !", plaide Christiane Alain. "Mais le problème est surtout politique. Les suppressions de postes ne vont pas dans ce sens... Pour nous, l'école doit être le lieu qui accueille tous les enfants, même ceux des Roms", ajoute-t-elle provocatrice.

Le manque de moyens humains est également relevé par le SNU-IPP. "Les enfants sont mieux dans l'enceinte de l'établissement, mais il faut donner à l'école les moyens de les accueillir", souligne Sébastien Fihr.

 

"Les vieilles recettes sécuritaires"

Les syndicats prennent toutefois soin de rappeler que les annonces du ministre de l'Education ne sont que des propositions "dans un climat sécuritaire détestable", selon les termes de Christian Chevalier.

"Tous les deux-trois ans, on nous ressort les vieilles recettes sécuritaires", estime le secrétaire général de SE-UNSA. "Tout ce qui avait fait polémique il y a un an, comme la fouille des cartables, les portiques de sécurité ou la vidéosurveillance, ne sont aujourd'hui plus à l'ordre du jour puisque irréalisables. Ce n'étaient que des effets d'annonce", note-t-il.

Chaque année, "un noyau de 10 à 12% d'élèves sort de l'école primaire en grande difficulté scolaire. Le ministre devrait s'interroger sur comment les prendre en charge", lance Christian Chevalier. "Pensez-vous qu'augmenter le nombre d'élèves par classe règlera le problème ?", interroge-t-il.

"Aujourd'hui, il n'y a plus d'ambition pour l'école publique... L'éducation a adopté une vision libérale, concurrentielle", estime-t-il désabusé.

Benoit Hamon appelle "à l'unité"

Pour le porte-parole du PS, cet appel n'a "pas que des fondements opportunistes".

"Si nous nous divisons, nous perdons", a affirmé le porte-parole du Parti socialiste.  AFP "Si nous nous divisons, nous perdons", a affirmé le porte-parole du Parti socialiste. AFP

Selon vous, cette unité affichée par le Parti socialiste depuis le début de cette université d'été peut-elle réellement durer ?

 Je le souhaite, il n'y a pas d'autre solution. Si nous nous divisons, nous perdons. Nous n'avons pas le choix, c'est un élément indispensable. Mais cette appel à l'unité n'a pas que des fondements opportunistes, il repose sur l'examen de la situation du pays, qui est d'une extrême gravité. Mais également sur le danger d'une réélection de Nicolas Sarkozy, le danger pour la France. Une France abîmée. La proximité de l'échéance rend le discours plus humble.

Nous ne partageons pas l'idée selon laquelle le clivage gauche-droite est faible et consiste simplement à agir sur des miettes. Nous pensons qu'il y a de vraies solutions. Il faudra évidemment de nouvelles recettes, ce qui passe par une nouvelle fiscalité, taxer davantage les grandes entreprises et les banques, lutter contre l'évasion fiscale...

Mais cette augmentation des recettes ne passe pas seulement par la fiscalité. Prenons, par exemple, l'agriculture : nos productions disparaissent tandis que nous continuons de manger des fruits venus de très loin. Il faut de nouvelles règles en Europe pour contrôler l'entrée des produits aux frontières. Je désespère de voir une Europe politique plus forte.

 Considérez-vous que la ligne du Parti socialiste en matière de sécurité est désormais claire et lisible?

C'est clair, à partir du moment où l'on dit qu'on arrêtera les suppressions de postes dans la police ! Externaliser les moyens de sécurité, seules les communes riches peuvent se le permettre. Clair également quand nous rappelons que la sécurité est un droit pour tous. Il faudra recruter à nouveau des policiers mais pas se concentrer sur des missions de répression.

Certains sortent aujourd'hui de prison encore plus violents qu'ils n'y sont entrés, c'est un cercle vicieux. Nous ne pensons pas que la prison soit une solution.

 Peut-on parler du grand retour de Ségolène Royal, très présente lors de cette université?

Elle a fait effectivement une rentrée très intense. J'ai trouvé qu'elle avait fait un très bon discours illustrant la volonté du PS d'apporter des solutions et exhortant le parti à s'unir. Elle a donné le "la" et Martine Aubry prolongera et complètera son propos dimanche en clôture.

 Ecartez-vous totalement l'idée d'être candidat aux primaires?

Non, je pourrais l'être, mais seulement si je trouve que les candidats n'incarnent pas le travail que nous avons fourni ces dernières années, ou s'ils soutiennent une vision trop social-démocrate...

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