02.09.2010

En direct du SMUR

 Aujourd’hui dans L'essai du jour : «J'étais mort», de Grégoire Korganow, Le Clou dans le fer, 25 euros…

En avril dernier, vous vous en souvenez peut-être, le discours de Martine Aubry sur « la société du soin » fit sensation. Il aura fallu ce coup d’envoi, pour que la presse s’empare du sujet. La réflexion sur les « nouvelles vulnérabilités » sortait enfin du bois, et il n’était plus possible d’en ignorer l’importance. Après la précarité, qui n’est pas simplement un sujet d’étude, le soin, devenait la pierre de touche d’une réflexion sociale à bout de souffle. Ce vaste débat n’est pourtant pas une idée neuve. 

Le « soin » pour être révélateur d’un monde de plus en plus porté par des inégalités rendues invisibles est une réalité de tous les jours. Les médecins urgentistes qui apportent comme on dit les premiers soins nous mettent en contact avec la fragilité de la vie. Ils nous dévoilent l’arrière-cour dans laquelle ils opèrent. Le photographe Grégoire Korganow dont on peut voir les clichés à Perpignan nous en fournit la preuve. Le soin, il connaît. Il est lui-même un rescapé. Il fut sauvé, suite à un accident de moto, par un service mobile d’urgence et de réanimation, plus communément appelé SMUR. Il a donc voulu payer sa dette et s’est fondu pendant un an dans les équipes du SMUR de Gonesse. 

Son livre s’appelle « J’étais mort ». Et comme le souligne le chef de service du lieu, ce n’est pas un livre de voyeur. Tout au contraire. Pour le réaliser, il a pris son temps. Il a photographié l’indicible, la misère, le désarroi, le cocasse, et il s’est fait écrivain pour accompagner ses images. Il a mis des visages sur ses mains et ses voix qui l’ont sorti du coma. Le résultat est étonnant. S’il n’était pas un photographe reporter, on le prendrait pour un portraitiste. S’il n’était pas un vrai photographe, on le prendrait pour un prosateur. Les scènes qu’ils fixent avec son objectif et racontent avec ses mots sont comme des trouées de lumière au milieu de nuages sombres. Elles ouvrent sur la misère et le néant de la condition humaine. Or une ouverture n’est pas une simple scène prise sur le vif. Pour être juste, une photographie doit à la fois se retirer du visible et se laisser voir. Soulager, parler, intervenir, tenter l’impossible, et conjurer le pire, cela peut se laisser voir. L’intensité des regards, la précision des gestes, le rendu de l’atmosphère, cela peut se laisser capter. Mais comme le visible est cousu à l’invisible, il faut que ce double mouvement se perçoive. C’est ce qui se passe avec les photos de Grégoire Korganow. Les médecins, les infirmiers, les pompiers, sont à pied d’œuvre, ils fixent le malade, et ce qu’ils ne voient pas forcément dans l’action, nous le devinons à leur place. Qu’est-ce que nous devinions ? Une scène primitive cachée que l’on pourrait appeler la construction sociale du soin. Car dans le malheur, dans l’intimité d’une maison, au bas d’une cage d’escalier, à la vue des corps déformés, il est des vies, dans leur plasticité, qui se révèlent à nous plus fragiles que d’autres. C’est d’ailleurs pour ces raisons que le photographe nous rapporte les dialogues qui se tiennent entre les médecins, les patients, et les membres de la famille. Comme le dit Nono, un médecin, qui tente de soulager une femme dont le mari vient de se suicider : on n’est jamais prêt, on croit l’être mais ce n’est pas vrai. Ce qui est vrai, par contre, c’est qu’il faut peu de temps dans l’action pour comprendre une vie. Une attaque cérébrale, des questions à la famille, des renseignements sur le travail de la victime, cela suffit en quelques heures à faire surgir l’envers du décor. 

 
Mais comme personne ne prend la pose, et que le soin impose sa construction, il a fallu un an à Grégoire Korganow, pour fixer ces moments. Pour un homme qui était mort, une année, c’est le minimum vital…

01.09.2010

Université d'été 2010 de l'UMP : Eviter à tout prix de sombrer en 2012 !

Prise entre des résultats économiques plus que moyens et un chômage endémique, des affaires judiciaires qui n'en finissent pas et le sécuritaire comme seul viatique, l'UMP va faire sa journée d'université d'été avec pour seul but : ne pas sombrer en 2012 !

Université d'été 2010 de l'UMP : Eviter à tout prix de sombrer en 2012 !

L'UMP qui ces derniers temps, fort de sa majorité dans les assemblées, avait tendance à se croire à l'abri de toute surprise vient de se réveiller avec la gueule de bois ! En effet, en ce qui concerne leur popularité et leur survie au pouvoir, les études et sondages se suivent et se ressemblent en ce qui concerne leur champion

62% des français ne souhaitent pas que Nicolas Sarkozy se représente en 2012

Et surtout, cauchemar : " Selon un sondage TNS-Sofres Logica pour Le Nouvel Observateur, Nicolas Sarkozy serait battu au second tour de la présidentielle 2012 par Dominique Strauss-Kahn (59% contre 41%) mais également nettement battu par Martine Aubry (53-47) ... / ... " - Source France Soir

Dopés par l'université d'été du PS, les ténors de la majorité présidentielle sont montés au créneau pour hurler à l'antisarkozysme primaire sans pour autant être capable d'avancer le moindre argument susceptible de mobiliser les foules !

Le plus gros problème reste néanmois que le Président n'a plus "la main verte" en termes d'élections. Or, la peur de la perte de leur mandat, affole les élus de droite au point de se recroqueviller, autour des outrances, proposées quasi quotidiennement, par le collectif de la "droite populaire" !

C'est dans ce contexte que l'UMP va aborder sa journée d'université d'été qu'elle a voulu éloignée du contexte festif de Seignosse : Celui qui voulait "changer le moonnde " !

Première nouveauté : L'Université d'été est en banlieue parisienne !

En banlieue, mais un peu select, quand même, puisqu'il s'agit de Port-Marly dans les Yvelines. Le cadre : " les Pyramides , qui se décrit comme : " une oasis de bien-être, de lumière et d’espace, de vitalité et de convivialité". Ce qui fait quand même dire au politologue Pascal Perrineau, invité des journées d’été, "Avec ce choix, le parti présidentiel mise sur la symbolique de la banlieue parisienne" - Source Bakchich

Malgré cet exil, une bonne nouvelle pour Nadine Morano, la reine du "dance floor", la boîte de nuit, est assez correcte !

De quoi va t-on y parler ?

N'en déplaise à ceux qui vivent la réalité de 2010 et vont subir l'année 2011 : " Essentiellement du projet pour 2012 dont Nathalie Kosciusko-Morizet et Laurent Wauquiez, sont les rapporteurs "

Ces deux "spécialistes" se sont confiés au Figaro et nous expliquent leurs pistes actuelles en, faisant l'impasse de façon amusante sur 3 années qui n'ont pas vraiment séduit les français !

Extraits

"Le Figaro ... / ... Ce premier séminaire devait travailler sur les valeurs de la droite. Pourquoi l'avoir étendu aux valeurs des Français?

L. W. : Tout simplement parce que nous devons partir des attentes des Français ! Notre débat a permis d'en isoler au moins deux. La première, c'est le très grand besoin de justice et d'équité. Les Français sont prêts à faire des efforts, mais ils veulent que les efforts soient équitablement répartis ... / ... "

Une surprise serait-elle à attendre du côté du bouclier fiscal, de la remise en cause de la TVA à 5,5% (manque à gagner pour l'Etat de 3 milliards d'euros par an) ou de la niche Copé (manque à gagner pour l'Etat évalué à 22 milliards d'euros depuis trois ans) - Source L'Expansion parfaitement injustifiés en cas de crise économique et de finances publiques en berne !

Bien sur que non puisqu'on nous ressort : la valeur travail !

N. K.-M. : Une autre demande est sensible et récurrente: l'exigence de vérité. ... / ... La valeur travail, par exemple. Elle reste durablement au cœur de nos convictions et de notre action depuis 2007 .. / ... "

Le Figaro : Un slogan comme le «travailler plus pour gagner plus» de 2007 doit-il être reformulé?

L. W. : Nous n'y renoncerons pas pour faire plaisir aux adeptes du politiquement correct de gauche. Le point essentiel dans la période que nous traversons est d'associer travail et justice en luttant contre l'assistanat, en permettant à ceux qui veulent s'en sortir par le travail de pouvoir le faire, en assurant une juste rémunération des efforts ... /... "

Travail et justice, lutte contre l'assistanat, juste rémunération des efforts ?

Message transmis à ceux qui ont découvert le bonheur de la précarité dans l'emploi : " Huit embauches sur dix se font en contrats courts qui représentent désormais 9% de l’emploi salarié total " - Source Le Figaro

Et aux 3 963 800 inscrits à Pôle emploi, fin juillet 2010 (4 208 300 en France y compris Dom), toutes catégories confondues, ainsi que les chômeurs en fin de droit dont monsieur Wauquiez a la responsabilité !

Mais ce qui devrait être le plus important lors de cette journée, c'est : L'affrontement entre les deux frères ennemis : Xavier Bertrand et Jean-François Copé !

En effet : " Dans un entretien au « Parisien », publié aujourd'hui, le chef de file des députés UMP reproche au secrétaire général du parti, avec lequel il entretient des relations tendues, de n'avoir pas « organisé d'université d'été digne de ce nom » après celle du PS. « Le parti aujourd'hui ne parvient pas à créer (une) dynamique », assène-t-il, lui opposant la « dynamique » de son club, Génération France ... / ... " - Source Les Echos

Et vous là dedans, direz-vous ?

Et bien, il faudra vous contenter de la déchéance de la nationalité et du démantèlements des camps de Roms … et de travailler plus longtemps afin de percevoir votre retraite !

31.08.2010

Quand Sarkozy radote devant les ambassadeurs.

Mercredi, Nicolas Sarkozy s'adressait aux ambassadeurs, lors de la 18ème Conférence du genre depuis 1993. Cet exercice de rentrée est toujours savoureux depuis que Nicolas Sarkozy est président. A chaque discours, le volontarisme affiché dans les mots est apparu de plus en plus éloigné de la réalité.

L'image était mal éclairée, le son caverneux, et le discours coupé en plusieurs segments par un monteur de l'Elysée, comme pour masquer combien il était fastidieux. Sarkozy lisait prudemment son texte, la tête baissée, s'essuyant le front à répétition, et se permettant rarement, presque jamais, d'élan spontané comme il aimait le faire auparavant.

Quand Sarkozy radote devant les ambassadeurs.


Sarko radote depuis 2007...
Fin août 2007, Sarkozy sortait de son premier été de président, vacances luxueuses aux Etats-Unis invité par un copain fortuné, Ray-Ban sur le nez, Cécilia qui commence à bouder. Un journaliste suisse le compare déjà à un Sylvester Stallone lyophilisé. Après avoir fustigé son adversaire Ségolène Royal sur le sujet, Sarkozy explique enfin qu'il est inacceptable que l'Iran se dote de l'arme nucléaire. Mais il vient de signer un accord nucléaire avec son nouvel ami le colonel Kadhafi. Pour sa première conférence aux ambassadeurs, il critique l'intervention américaine en Irak (après avoir dit le contraire pendant la campagne), et annonce qu'il ne bloquera pas les négociations d'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne. Il a un mot pour l'Afrique, un mois après un fameux discours néocolonialiste à Dakar.

Fin août 2008, quelques jours avant la disparition de la banque d'affaires Lehman Brothers, Nicolas Sarkozy n'avait rien vu, rien prévu. Pourtant, depuis des semaines, les nouvelles du front américain étaient inquiétantes. Mais Sarkozy avait la tête ailleurs : il « présidait » l'Union européenne pour 6 mois, depuis le 1er juillet précédent. Il venait d'être confronté à l'invasion de la Géorgie par la Russie. Il tentait de faire croire qu'il avait sauvé le petit Etat, pourtant provocateur. Un peu avant son discours aux ambassadeurs, la Russie annonçait qu'elle reconnaissait l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie, deux anciennes provinces géorgiennes. Sarkozy, désavoué par son ami Medvedev, condamne, mais n'y peut pas grand chose. A l'époque déjà, il devait se rendre à l'enterrement de soldats français tués au combat en Afghanistan. 2008-2019, rien n'a changé.

Fin août 2009, la crise est là, les ambitions sont loin. Sarkozy a endossé depuis des mois un costume de régulateur, qu'il exhibe devant ses ambassadeurs. Surtout, il donne des leçons de moralité et de responsabilité tous azimuts. A ses homologues du G20, il pose déjà des ultimatums, reprenant à son compte et sans le dire, les propositions anglaises d'étalement des bonus sur trois ans. L'Iran, déjà, est sa tête de Turc. Il joue au taurillon alors qu'une Française, Clothilde Reiss, paye déjà l'affront français, coincée à Téhéran après un procès inique.

Pour cette rentrée 2010, l'exercice n'était pas aisé. Impossible de crier encore une fois à la régulation internationale. La France est à la traîne du Royaume Uni et de l'Allemagne, plus actives en matière de taxation des traders ou des banques, voire de croissance. Un otage français a été assassiné voici 5 semaines, et la polémique sur l'échec diplomatique français ne s'est pas éteinte. Lundi dernier, Al Qaida a libéré deux otages espagnols qu'elle détenait au Maghreb depuis des mois. Dans un message diffusé le même jour, l'organisation terroriste explique qu'elle a voulu, avec cette libération, donné une leçon à la France. Le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, qui remplace depuis le premier jour le ministre officiel des Affaires Etrangères Bernard Kouchner, n'a pas apprécié: « Je réaffirme que jamais, nous n'avons eu la possibilité d'entrer en contact avec Al-Qaïda pour la libération de Michel Germaneau. »

Contre les « commentateurs »
Face à ses ambassadeurs, Sarkozy a débuté avec la lutte contre le terrorisme: « Al Qaida et ceux qui s'en réclament ont accru leur emprise dans un arc qui va du Pakistan au Mali. » Sur l'Afghanistan, le président français savait déjà qu'il aurait à se rendre, deux jours plus tard, à l'enterrement de deux soldats français, tués en début de semaine. Il maintient la position française, avec des accents bushistes, et, surtout, ses premiers tacles contre journalistes et analyses : « la mode du moment, et dieu sait qu'il y a des modes, la mode du moment chez les commentateurs est au catastrophisme. Chaque jour on nous annonce le retour des talibans, comme si les jeux étaient faits, et comme si nous avions abandonné le peuple afghan. » Samedi, les Talibans, justement, ont attaqué deux bases américaines. Quelle est la mission française ? Défendre les Afghans contre les Talibans, former les forces de sécurité locales et apporter une aide à la population civile. Il ne fallait attendre aucun commentaire sur l'échec occidental, depuis 2002. Simplement, « le prix humain est lourd. » Mais, complète-t-il, « je demande à chacun d'entre vous d'imaginer ce qu'il en serait du prix humain si nous n'étions pas là. » Pour conclure, « la France restera donc engagée en Afghanistan avec ses alliés aussi longtemps que nécessaire et aussi longtemps que le souhaitera le peuple afghan. » Le peuple afghan ? Sarkozy faisait allusion au président Karzaï, élu après de gigantesques fraudes voici un an. Sarkozy embraye sur le nécessaire soutien du Pakistan, confronté à « des défis socio-économiques immenses » et à des inondations dramatiques. Pas un mot, cette fois, sur la timidité française dans l'aide internationale.

Schizophrène avec l'Iran
Sujet suivant, l'Iran. Sarkozy défend une position totalement schizophrène : contre l'armement nucléaire du pays, mais favorable à la prochaine mise en service d'une centrale avec l'aide des Russes. Sarkozy commence par évoquer la répression et, notamment, le cas de Sakineh : « Madame Mohammadi, la France considère qu'elle en a la responsabilité » s'exclame Sarkozy. Que veut-il dire ? Rien. C'était juste une déclaration en l'air. Sarko continue d'accuser l'Iran qui, dit-il, « continue d'alimenter la violence dans région. »

« Qu'on m'comprenne bien, la France est favorable au développement dans le strict respect des normes internationales de l'électricité nucléaire. » Il recommence. Pompier pyromane, il reste prêt, comme toujours, à équiper les dictatures du monde en technologie nucléaire pour peu qu'elles signent un papier reconnaissant la légitimité des contrôles d'une agence internationale... « L'Iran a le droit au nucléaire civil. » Et, aussi incroyable que cela puisse paraître, Sarkozy se félicite ensuite de la prochaine mise en service de la centrale de Boucher, alimentée par du combustible russe. On croit rêver... ou cauchemarder... « C'est pourquoi la France salue le démarrage de la centrale de Boucher. (...) le problème n'est pas là, le problème est ailleurs. Il y aura bientôt un an au sommet de Pitsburgh, avec Barack Obama et Gordon Brown, nous avions révélé l'existence du site clandestin que l'Iran construisait pour ses activités proliférantes.  » Notez l'exercice sémantique... Sarkozy se félicite des sanctions adoptées depuis, notamment par l'Union européenne. En juillet dernier, l'UE a effectivement décidé d'interdire tout nouvel investissement, assistance technique ou transferts de technologies, notamment pour le raffinage et la liquéfaction de gaz. En revanche, la centrale de Boucher, elle, ne pose aucun problème... Allez comprendre...

Mal à l'aise sur l'Europe...
Sur l'Europe, Sarkozy semblait mal à l'aise. Nous avons déjà évoqué son exercice d'équilibriste: il s'est félicité des ambitions franco-allemandes de gouvernance économique commune en Europe préconisées en juin dernier. Or, à l'époque, Sarkozy avait du en fait se ranger à la position allemande : des sanctions contre les Etats en situation budgétaire difficile, mais pas de renforcement du rôle de l'eurogroup.

Nicolas Sarkozy a terminé son intervention par un sujet qui lui tient à coeur, la future organisation, par la France, des rencontres du G20 en novembre prochain, puis du G8, en janvier 2011. Il espère à nouveau faire mousser son volontarisme en matière de régulation financière. Pourtant, la France reste étrangement à la traîne face au Royaume Uni et l'Allemagne.« Jusqu'à présent nous avons connu des G20 de temps de crise. Et au fond, c'était assez simple, on n'avait pas le choix, il fallait prendre des risques et agir. Et le G20 a accompli un travail considérable sur lequel je ne reviendrai pas. »
Effectivement, mieux vaut ne pas y revenir. A en croire Sarkozy l'an passé, le G20 devait supprimer les paradis fiscaux, coordonner les politiques de relance, et réformer la finance mondiale pour éviter les bulles et attaques spéculatives. Au final, rien de tout cela n'est arrivé, à l'exception de communiqués lénifiants. Les paradis fiscaux sont toujours là, ils ont simplement changé de nom. Chaque pays a suivi sa voie de relance. Et l'euro a failli disparaître au printemps dernier sous le coup des spéculations de traders contre les finances grecques.

G8: la parole contre les actes
Pour « son » G8, Sarkozy se voit déjà maître du monde. Il espère que la réforme du système monétaire international sera possible. « Naturellement, la France ne plaide pas pour revenir à un système de taux de change fixe », lâche-t-il en souriant. Naturellement... « Mais la France plaide pour qu'on mette en place des instruments qui évite l'excessive volatilité des monnaies » martèle-t-il les yeux rivés sur son texte. Pourquoi n'a-t-il pas commencé, à l'instar de l'Allemagne, à décourager les ventes à découvert ou à taxer ses banques pour assurer leur risque prudentiel ? Quelles sont les grandes idées du Monarque ? Il cite un exemple, organiser un « séminaire des meilleurs spécialistes mondiaux des affaires monétaires qui pourrait peut-être se tenir en Chine »... Ah ! Cette manie des commissions .... Plus tard, 

Sarkozy découvre les marchés

Sarkozy dénonce les fluctuations des cours des denrées alimentaires ou de l'énergie... « Rappelez vous les émeutes de la faim ! Je vous rappelle que c'était en 2008. Et entre 2008 et 2010, personne n'a rien fait ! » Incroyable, n'est-ce-pas ? « Qui osera dire ... qui osera dire que ce sujet est trop difficile et qu'il vaut mieux ne rien faire ? » Qui osera croire que Sarkozy pourra changer quelque chose à l'affaire ? Qui osera croire ? « J'connais... En France, j'ai parfaitement identifié ceux qui pensent qu'il vaut mieux ne rien faire. M'enfin... on va pas faire la même chose dans le monde ! » s'exclame-t-il, avec un haussement d'épaules... « La France va proposer à ses partenaires du G20 - car, quitte à assumer la présidence autant que ça serve à quelquechose - d'ouvrir ce dossier avec pragmatisme et avec ambition. »

Et paf ! Une bonne dose de langue de bois...  « Il me semble que trois sujets pourraient être étudier, d'abord je veux poser la question du fonctionnement même des marchés des dérivés des matières premières... Je sais que ce sont des mots à ne pas prononcer ... Mais pourquoi devrions nous réguler les marchés des dérivés dans le seul domaine financier ? » Sans rire ni gêne, il avance, trébuchant sur ses mots, que «la France est parvenue à convaincre le monde qu'il fallait réguler les marchés dérivées dans le domaine financier. » Il conclut: « étendre la régulation aux matières premières est possibile, est souhaitable, est indispensable. » Capable de toutes les audaces verbales, Sarkozy prétend que personne ne connaît comment fonctionne ce marché, que « personne ne connaît ses intervenants », « personne ne comprend comment il fonctionne », donc, pourquoi serait-ce difficile de le réguler ? A l'entendre, on se demande si un cours accéléré d'économie de marché ne lui serait pas nécessaire avant de débuter cette présidence française...Les marchés dérivés souffrent effectivement d'opacité, notamment sur le niveau d'engagements et de spéculation, déconnecté comme ailleurs, sur les productions de l'économie réelle, mais on a peine à comprendre comment Sarkozy pourrait prétendre résoudre l'affaire.


Sarkozy souhaiterait ainsi qu'on explore plusieurs pistes, comme la transparence des marchés; les politiques de stockage; ou la création d'outils d'assurance pour se couvrir de la volatilité...

Ah, la gouvernance mondiale...
Dernier sujet, la gouvernance mondiale. Incapable de la mettre en place au niveau européen, Sarkozy n'est pas gêné pour s'afficher volontariste au niveau mondial. Le laïus qui suivit ressembla en effet étrangement à d'autres déclarations sarkozyennes... sur l'Eurogroup. Il y a deux mois, avant de se faire tacler par Angela Merkel, Sarkozy proposait que les Etats membres de la zone euro institutionnalise leurs réunions avec la création d'un secrétariat permanent et une présidence. Le voici qui propose exactement la même chose pour le G20. La Chine et les Etats-Unis apprécieront.   

On ne sait pas qui ce charabia présidentiel devait impressionner. Sans doute Nicolas Sarkozy espérait-il faire croire que son volontarisme allait déplacer des montagnes dans quelques mois.

Il est bien seul à le croire.

Folie sécuritaire : Jusqu'où l'UMP est-elle capable d'aller ?

Inquiet de la réaction de son électorat catholique sur les expulsions de roms, Nicolas Sarkozy a fait mine de calmer le jeu à droite. Pourtant, les membres UMP du collectif Droite Populaire n'en ont cure et continuent leur surenchère ... sans rappel à l'ordre !

Folie sécuritaire : Jusqu'où l'UMP est-elle capable d'aller ?

L'UMP est à un tournant de son histoire. En effet, il ne sera plus possible pour les prochaines présidentielles et législatives de "vendre" aux électeurs : Le pouvoir d'achat, le travailler plus pour gagner plus, une démocratioe exemplaire, et autres grosses ficelles de 2007 ! Le discours de Grenoble a dévoilé ce que le candidat Sarkozy essayerait de "vendre" en 2012 : La sécurité, la sécurité, la sécurité !

On y travaille d'ailleurs à l'UMP puisque celle-ci : " ... / ... lancera, dès cet automne une série de conventions thématiques, sous la houlette de Nathalie Kosciusko-Morizet et de Laurent Wauquiez, pour enrichir le programme de son candidat dans un an et demi ... / ... séminaire centré sur les "valeurs des Français ... / ... " - Source L'Express

Si à la direction de l'UMP on en est encore à chercher les "Valeurs des français", au sein du Collectif Droite Populaire, on a tranché au profit de mesures exclusivement ciblées sur les "étrangers", seules, selon eux, susceptibles d'éviter une déroute électorale !

Si sans surprise : " Le député UMP Thierry Mariani  (celui de l’amendement sur les tests ADN en septembre 2007) déposera "des amendements" au futur projet de loi sur l'immigration, dont il est le rapporteur, permettant la déchéance de nationalité de certains auteurs de crime. ... /... "je soutiendrai des amendements permettant d'en revenir à une disposition qui existait dans la loi jusqu'en 1998 : la déchéance de la nationalité française pour les auteurs de crimes, français depuis moins de dix ans et dont la condamnation est égale ou supérieure à cinq ans de prison ferme ... / ... " - Source Le Point 

Il faut signaler le nouveau cheval de bataille des "croisés" du Collectif Droite Populaire : La suppression de l'AME (aide médicale d'état ) aux sans papier !

Les porteurs de ce "projet" se nomment Thierry Mariani et Philippe Meunier, (député UMP du Rhône et membre fondateur, du collectif Droite populaire)

Que disent-il ?

Philippe Meunier, le 29/07/2010 - " Chaque année depuis que je suis député, j’interviens pour parler de l’aide médicale d’État. Nous soignons gratuitement des gens entrés illégalement en France alors que l’on demande aux Français de se serrer la ceinture. Que l’on soigne les maladies infectieuses, je suis d’accord mais que l’on équipe des clandestins de lunettes, d’appareils auditifs ou dentaires, je trouve cela choquant ... / ... " - Source Lyon Capitale

Il est bon de signaler que : " L'AME prend en charge les frais à l'identique, mais dans la limite de la sécurité sociale" - Source GISTI. Ce qui en termes d'optique ou dentaire est assez insignifiant, comme le savent les français qui n'ont pas de complémentaire santé !

Mais c'est encore trop pour notre député qui récidivait le 5/08/2010 " ... / ... Ce qu’il faut, c’est oser briser certains tabous. L’AME (aide médicale d’État) ne doit plus être la Sécu des clandestins ; seuls ceux atteints de maladies contagieuses, faisant courir des risques aux Français, devront pouvoir en bénéficier ... / ... " - Source Valeurs Actuelles

En clair, tant qu'ils ne sont pas contagieux ...

Ce qu'oublie de signaler le député c'est que : " ... / ... La droite a déjà durci les conditions d’accès à l’AME en 2005. Les étrangers doivent désormais prouver qu’ils sont présents sur le territoire national depuis trois mois pour obtenir une prise en charge "

Mais, Thierry Mariani interrogé par le JDD, veut aller toujours plus loin. Quels sont ses arguments ?

" Les dépenses de l’AME ont augmenté quatre fois plus vite que les dépenses du régime général ou de la CMU, ce n’est pas normal. Les Français ou les étrangers en situation régulière se voient appliquer un forfait hospitalier, pas les clandestins! Les fraudes à l’AME sont nombreuses car il n’y a pas de contrôles. Comme il n’y a pas de fichier centralisé, un étranger peut déposer simultanément quatre demandes. Je pense qu’il faut que le Parlement se saisisse de cette question rapidement."

Au delà du fait que, l'AME n'est pas aussi facile que cela à obtenir, comme le démontre le GISTI, sur sa page "Aide médicale d'état ", qu'en pense t-on au ministère de la santé ?

" C’est une affaire de santé publique, explique un fonctionnaire du ministère concerné, les étrangers hésitent déjà à se faire soigner. En voulant traquer des fraudes marginales, on risque de mettre en danger notre système sanitaire." Dans ses différents rapports, Médecins du monde considère que près de 80% des sans-papiers négligent leur santé. Et, comme le fait remarquer le JDD : "Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, n’avait pas fait de ce dossier une priorité ... / ... "- Source JDD

"seuls ceux atteints de maladies contagieuses, faisant courir des risques aux Français, devront pouvoir en bénéficier " il fallait oser ! Mais à l'UMP lorsqu'on évoque le mot "tabou" plus rien ne nous étonne.

Il faut dire qu'en termes de levée de "tabous", Philippe Meunier s'y entend, puisque c'est lui qui avait choisi d'illustrer ses cartes de voeux par le portrait d'une jeune fille ... sauvagement assassinée !


C'est lui aussi qui vient de se distinguer en répondant aux excessifs propos, de l'archevêque de Toulouse, Mgr Robert Le Gall, qui a dressé : " devant des milliers de fidèles à Lourdes un parallèle entre les expulsions de Roms aujourd'hui et le sort fait aux Juifs en France durant la Seconde guerre mondiale"

Par un non moins excessif : " Comparer ainsi, l'expulsion des "Roms" n'ayant aucun revenu, aux rafles de la deuxième Guerre Mondiale, alors qu'ils bénéficient, pour leur retour en avion climatisé dans leur pays d'origine, d'une aide de 300 euros par famille et de 100 euros par enfant après avoir été soignés des mois durant avec l'argent des Français, est une insulte à la mémoire de tous les déportés en wagons plombés exterminés dans les camps nazis." - Source blog de Philippe Meunier

Il y a donc à parier, que la prochaine étape, serait de les faire voyager ces "privilégiés" dans un avion sans climatisation, en leur donnant comme seul aide un coup de pied au cul et après leur avoir fait payer leur frais de santé. La suivante pourrait être d'affréter des cars (non climatisés bien entendu) et enfin, pour finir, de les faire rentrer ... à pied ?

Et dire que nous ne sommes qu'en août 2010 !

30.08.2010

173ème semaine de Sarkofrance : un président déséquilibré, agacé, et mauvais joueur

Il s'est rasé, a remis son costume de rigueur et ses chaussures de ville. Après 20 jours de vacances et de communiqués célébrant les victoires sportives de certains athlètes français, Nicolas Sarkozy est revenu secoué par une cascade de critiques. Début août, il pensait avoir dégagé l'horizon, et déminé les polémiques sur les conflits d'intérêt et abus de privilèges qui minaient son équipe. Mais sa bombe insécuritaire du 30 juillet dernier à Grenoble a surtout divisé son camp, et terni l'image de la France à l'étranger. Les « affaires » qu'il croyait oubliées, ont refait surface; l'agenda social et économique reste chaud et, à l'étranger, la France indigne autant qu'elle inquiète.

173ème semaine de Sarkofrance : un président déséquilibré, agacé, et mauvais joueur.


Chatel, à la peine
La rentrée scolaire s'annonçait mal. Mardi, Luc Chatel devait justifier le retard à l'impression des manuels de seconde. Le gouvernement a changé les programmes au printemps dernier dans la précipitation. Les professeurs n'ont pas reçu les nouveaux ouvrages. Des matières ont disparu du programme obligatoire, comme l’histoire-géographie en Terminale scientifique, ou les sciences économiques. Au collège, un collectif s'est également constitué pour protester contre la dégradation de l'enseignement de l'histoire. Même Max Gallo s'inquiète d'un « zapping » dans l'enseignement.

Lundi, le syndicat UNEF révèle que le coût de la vie étudiante augmentera de 4,3% en cette rentrée, dont 3,3% pour les dépenses obligatoires. L'inflation des loyers, de la restauration universitaire, des droits d'inscription dans certaines universités sont pointés du doigt. Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement Supérieur, se tait et se terre. On rappelle également l'un des funestes plans gouvernementaux pour trouver quelques économies dans les niches « sociales » identifiées par François Baroin en juillet dernier : les familles ne pourraient plus cumuler l'avantage fiscal de la demi-part supplémentaire et le versement d'aides au logement aux étudiants (APL ou ASL) pour leurs rejetons étudiants. Il faudra choisir. Baroin espérait économiser 80 millions d'euros par an. 650 000 étudiants sont concernés.

Jeudi, apeuré par la protestation, Nicolas Sarkozy cède : le cumul demeurera possible. Autre dispositif, le Revenu de Solidarité Active spécial jeunes prend effet mercredi 1er septembre, ... près d'un an après son annonce, le 19 septembre 2009 ! Martin Hirsch, quand il était au gouvernement, s'en était félicité. En fait, loin d'apporter un solution de revenu aux 6 millions de moins de 25 ans, cette extension ne concerne que les jeunes pouvant justifier de deux années d'emploi à temps complet dans les trois dernières années ! Il y a un an, Sarkozy promettait 250 millions d'euros pour 160 000 jeunes chaque année. Cette semaine, Marc-Philippe Daubresse, le quinquagénaire secrétaire d'Etat à la Jeunesse a refusé « de fixer au doigt mouillé des objectifs qui ne sont pas atteignables ». En fait, l'effort sera modeste. Le gouvernement a budgété 20 millions d'euros pour quatre mois, soit moins de 15 000 bénéficiaires d'ici décembre... De qui se moque-t-on ?

Jeudi encore, Luc Chatel y est allé de son petit couplet sécuritaire, dans les colonnes du Figaro : « à l'école, toute infraction doit être sanctionnée. » Sans blague ? L'ex-DRH de l'Oréal propose l'établissement d'une charte de civilité, le développement des sanctions alternatives à l'exclusion (comme les travaux d'utilité collective), ou la suppression des exclusions temporaires de plus de 8 jours. Il insiste : « une sanction, pour être efficace, doit être compréhensible et éducative. » Dans ses propos, le ministre de l'Education reste infiniment plus mesuré que ses collègues Besson ou Hortefeux. Ces deux-là continuent de se livrer à une course à l'échalote plutôt inattendue.

Le Rom, bouc-émissaire de secours.
Cet été, les deux ministres se sont distingués dans la polémique alliant insécurité et immigration. Brice Hortefeux s'est montré partout, le plus souvent possible, marchant allègrement sur les plates-bandes de son collègue de l'identité nationale. Ce dernier a senti que son propre ministère était en passe de lui échapper. Par médias interposés, Besson et Hortefeux se livrent une « guéguerre » de position. Ils se disputent en fait le futur poste de super-ministre de la Tranquillité Publique (Sécurité, immigration, etc) que Nicolas Sarkozy envisagerait de créer à l'occasion du remaniement gouvernemental d'octobre.

Cette semaine, Eric Besson s'est cru sauvé. Un opportun sondage révèle que 48% des personnes interrogées sont favorables aux expulsions de Roms, contre 42% qui se déclarent opposées. Au Figaro, on respire. Mercredi, le ministre de l'identité nationale pouvait jouer à l'entente cordiale avec deux ministres roumains dépêchés à Paris pour le rencontrer, avec Brice Hortefeux, son collègue de l'intérieur, et Pierre Lellouche, le secrétaire d'Etat à l'Europe. Jeudi, 300 Roms sont à nouveau embarqués dans des avions direction la Roumanie.

Vendredi, les différents amendements à la législation sur la déchéance de nationalité concoctés sont révélés par Libération et le Figaro. Trois ministres, trois projets pour la future loi sur l'immigration qui sera déposée au Parlement le 27 septembre prochain. La cacophonie est à son comble. Sans surprise, Brice Hortefeux est le plus outrancier. Il propose d'inventer un «délit de polygamie de fait, escroquerie, abus de faiblesse», une salade juridique qui mélange deux délits existants, la fraude aux prestations sociales et l'abus de faiblesse, à son fameux concept de polygamie de fait qu'il ne veut surtout pas confondre avec l'adultère. Eric Besson, lui, exprimait des doutes sur ces extensions de la déchéance de nationalité à d'autres cas que ceux du discours de Grenoble, comme la polygamie ou l'excision avancés par Hortefeux. Il suggère de déchoir de la nationalité « celui qui a été condamné à 8 (...) en France ou à l'étranger pour un acte qualifié de crime par la loi française et commis en particulier contre une personne dépositaire de l'autorité publique. » Quant à Michèle Alliot-Marie, elle se contente d'une version plus juridique, étendant la déchéance à certains meurtres (de magistrat, juré, avocat, officier public ou ministériel, gendarme, etc).

Le piège sécuritaire s'est, semble-t-il, refermé sur le camp sarkozyen. Certains ténors de l'UMP ont toujours bien du mal à digérer la polémique sécuritaire, surtout depuis qu'ils constatent qu'elle n'a servi à rien. Après Juppé, Raffarin, voici Balladur qui exprime ses doutes. A l'étranger, les inquiétudes sont loin d'être calmées. Vendredi, le comité pour l'élimination de la discrimination raciale de l'ONU (CERD) a appelé la France à « éviter » les expulsions collectives de Roms, soulignant le « discours politiques de nature discriminatoire » dans le pays. Le CERD a lancé une procédure. Pierre Lellouche répond dans la journée que ces critiques sont caricaturales et excessives. Il y a trois semaines, cet hommes déclarait que « La France n'a pas vocation à accueillir les 2,5 millions de Roms roumains, ou les 9 millions de Roms européens. » . Qui est excessif et caricatural ?

Bernard Kouchner, l'absent ministre des Affaires Etrangères, est sorti de son silence, vendredi, devant les ambassadeurs du pays, pour une déclaration ambigüe : « Nous n'acceptons pas la caricature, nous n'acceptons pas les amalgames. » Mais, à l'issue de son discours, Kouchner a esquivé toute question. Autre absente de l'été, Fadela Amara a craqué, acculée par les journalistes lors d'une visite d'un lycée : « ça me fait mal au coeur » a-t-elle déclaré à propos des expulsions. Même François Fillon s'est permis d'organiser mardi une réunion imprévue sur le sujet, à l'issue de laquelle il a déclaré que « la lutte contre l'immigration irrégulière ne doit pas être instrumentalisée de part et d'autre ». Et paf !

Sarkozy enrage. Son premier ministre, toujours trop populaire, l'agace.

Jeudi, le réseau Romeurope, un collectif d'une trentaine d'associations de soutien et de défense des Roms en France et en Europe de l'Est, publiait son rapport annuel. Il souligna l'absurdité de la politique d'expulsions : la France dénombre 10 à 15 000 Roms chaque année sur son territoire, et elle en expulse environ le même nombre (8 000 depuis janvier) : chercher l'erreur ! Ces gens du voyage expulsés reviennent...

« Nous ne cèderons pas »
Mercredi, Nicolas Sarkozy retrouvait l'ensemble de ses ministres. Même Eric Woerth. Ce dernier avait été décommandé à la dernière minute de la réunion de Brégançon. Cette éviction était inattendue, car la réforme des retraites est au coeur du plan de rigueur à l'ordre du jour de la rencontre. Le malheureux ministre a eu droit à un point d'étape, organisé jeudi dans la précipitation, assorti d'un communiqué laconique. Il paraît que Sarkozy ne voulait pas s'afficher publiquement aux côtés de son toujours fidèle ex-trésorier. A l'Elysée, on commencerait à s'inquiéter de la désinvolture avec laquelle le ministre a géré ses relations avec le monde économique. Les révélations s'accumulent sur le rôle d'Eric de Sérigny, son conseiller bénévole, Roland Branquart, un ancien conseiller en communication, en attendant celles sur Sébastien Proto, le jeune dircab du ministre très (trop) actif dans la libéralisation des marchés en ligne. Elles inquiètent.

En début de semaine, il se murmurait qu'Eric Woerth devrait à nouveau être auditionné, cette fois-ci par le procureur Courroye lui-même. Ce dernier a fait démentir. Il a en revanche fait à nouveau interrogé Claire Thibout, l'ex-comptable de Mme Bettencourt, et Patrice de Maistre.

On comprend pourquoi Sarkozy n'a mis en place la fameuse commission de réflexion sur les conflits d'intérêt qu'il avait promis e pour la fin juillet lors de son entretien télévisuel le 12 juillet dernier...

Comble de malchance, les enquêteurs du procureur Courroye ont trouvé le dossier de Légion d'Honneur de Patrice de Maistre, le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt : il apparaît que c'est Laurent Solly, à l'époque au cabinet du ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, qui, le premier, a fait la demande de décoration. Une vraie curiosité car un homme d'affaires n'a habituellement rien à faire sur le contingent de légions d'un ministre de la sécurité publique. Mieux, la demande a été faite... en mars 2007.

Le parti présidentiel s'agace aussi d'avoir à faire preuve de solidarité tardive avec Jacques Chirac, à l'occasion de son procès pour emploi fictif à la Mairie de Paris avant 1995. Il y a trois semaines, quand le deal Sarko-Chirac-Delanoë fut révélé, les ténors de l'UMP (Bertrand, Paillé, etc) niaient en bloc. Luc Chatel renvoyait vers le parti présidentiel. Et voici que l'affaire est enfin confirmée : la Mairie de Paris recevra 2,2 millions d'euros, pour l'essentiel de la part de l'UMP, en échange du retrait de sa plainte au sujet des emplois fictifs entre 1992 et 1995. La transaction sera même présentée au Conseil de Paris à la fin du mois.

L'ancien président a bien fait répondre, par avocat interposé, qu'il n'avait commis aucune infraction. Il ne souhaitait qu'un « remboursement » des sommes contestées à la Mairie: « Le président Jacques Chirac a toujours contesté avoir commis quelque infraction pénale que ce soit et maintient que les emplois litigieux étaient légitimes et utiles à la Ville de Paris et aux Parisiens (...) Dans le souci d'apaiser une source de polémique préjudiciable à Paris et à ses habitants, quelles que soient leurs opinions politiques, il a souhaité qu'il soit mis fin au litige civil et que la Ville de Paris soit remboursée purement et simplement des montants litigieux qu'elle a manifesté l'intention de recouvrer judiciairement ». Tant de dévouement désintéressé fait sourire. Voudrait-il également rembourser ses frais de bouche, un temps épinglés ?

Mercredi, donc, Sarkozy avait de quoi être surpris et agacé par ce mauvais bruit médiatique. Toujours sans gêne, l'homme responsable des grands amalgames insécuritaires de l'été, mêlant braquage, émeutes, immigration, polygamie, excision, insécurité et nationalité, a demandé à ses ministres de ne pas céder à la « polémique systématique » et à la « confrontation stérile ». Il faudrait « redoubler de courage ».

Visiblement, Sarkozy ne comprend pas, ne comprend rien, ne comprend plus.

La France isolée
Mercredi, Sarkozy recevait également les ambassadeurs français, pour leur délivrer la bonne parole diplomatique de la France: à l'écouter, les médias sont responsables de tout, y compris des guerres passées, ou de la déstabilisation des marchés financiers ou de l'euro. Mais son cap se veut clair. Il espère beaucoup de la prochaine organisation du G8 par la France début 2011. En Europe, il rappelle les « propositions ambitieuses » de gouvernance économique commune qu'il défendra avec Angela Merkel dans les mois à venir : quel déni de réalité ! En juin dernier, Sarkozy avait dû ravaler ses grandes idées d'institutionnaliser l'eurogroup, et accepter la proposition allemande de sanctionner les Etats défaillants par la privation de leurs droits de vote au sein du Conseil européen. Une capitulation en bonne et due forme qu'il feint aujourd'hui d'ignorer !

Le timing est mauvais. La France, à l'étranger, a perdu son image. On dépeint la Sarkofrance comme une héritière du régime de Vichy. Mais on raille également ses piètres performances économiques et ses déficits publics : Baroin est allé à Berlin, mardi, faire quelques génuflexions devant son collègue allemand. Sarkozy avait appelé, en juillet dernier, à une grande convergence fiscale franco-allemande. Une façon de donner des gages de sérieux à Angela Merkel et la communauté financière. La croissance française s'est affichée à un petit 0,6% au second trimestre, quand le Royaume Uni était à 1,2% et l'Allemagne à 2,2%. Sur la fiscalité, la France est la remorque de l'Allemagne. Le problème convergence fiscale entre la France et l'Allemagne n'est pas là où l'on croit : le gouvernement allemand prévoit de taxer durement l'énergie nucléaire, et, surtout, met en place la fameuse taxe bancaire destinée à couvrir le risque prudentiel des établissements de crédit. En France, Christine Lagarde a prévenu : elle attendra le débat de l'automne sur la loi de Finances 2011.

En comparaison, la France fait pâle figure. Son plan de rigueur reste flou, mal assumé, voire contradictoire. On se rappelle les 23 milliards d'euros d'allègements fiscaux gâchés depuis 2007 par le gouvernement Sarkozy : la défiscalisation des heures supplémentaires (inutile et dangereuse), celle des intérêts d'emprunt immobiliers (inefficace et prochainement enterrée), l'exonération supplémentaire des droits de succession ou l'abaissement du bouclier fiscal (injustes et incompréhensibles), ou la réduction de TVA sur la restauration.

Vendredi, Sarkozy est allé, pour la sixième fois depuis janvier, soigner le monde agricole. Il a rendu visite à quelques brebis, dans les Alpes-Haute-de-Provence, près du fief de son fidèle Christian Estrosi. On lui avait dressé une grande tente, placé des caméras, et invité une centaine d'agriculteurs. Il dû gouter quelques produits locaux, avec la réticence qu'on lui connaît. Il a répété, quasiment mot pour mot, les mêmes constats et messages de soutien que lors de ses précédentes visites. Sarkozy radote, mais ne le réalise pas. Il a promis que les 460 millions d'euros d'aides agricoles ne seraient pas affectés par les mesures de rigueur.

Critiquant une nouvelle fois les attaques du moment, il a lâché : « Les Français ne se reconnaissent nullement dans cette agitation. La France est un pays d'équilibre et de bon sens, pas de démesure et d'excès. »

Sarkozy qui en appelle au bon sens et à la mesure... Quelle audace !

Ami sarkozyste, où es-tu ?

29.08.2010

Auto entrepreneurs : Des résultats très ... communicants !

Les auto entrepreneurs, "Fleuron" de l'action d'Hervé Novelli, n'arrivent plus à cacher le ralentissement de la création d'entreprises en France

Auto entrepreneurs : Des résultats très ... communicants !

En effet : " Le nombre de créations d'entreprise a baissé en juillet selon l'Insee. Hors créations d'auto-entrepreneurs, la chute est de 23,1% par rapport à juin... / .. Si l'on tient compte des créations sous le régime d'auto-entrepreneur, la chute est de : -14,8% " - Source Webtimemedias

Cette mauvaise nouvelle n'a pas entamé le moral du secrétaire d'état puisque, le statut d'auto entrepreneur est un enjeu politico économique. C'est aussi, en y regardant de plus près, un étrange "filon" pour certains sites Web qui se proposent de s'occuper financièrement de la déclaration d'auto entrepreneur alors que celle-ci est ... gratuite !

Hervé Novelli pavoise : " Les auto-entrepreneurs qui ont déclaré une activité ont généré un chiffre d'affaires de 1,1 milliard d'euros au premier semestre, soit plus que sur l'ensemble de l'année 2009, a annoncé dans un communiqué mardi soir Hervé Novelli, secrétaire d'Etat aux PME ... / ... " Et le ministre d'ajouter : "L'année 2010 devrait marquer un nouveau record de création d'entreprises, et le chiffre de 320.000 créations d'auto-entreprises enregistré en 2009 devrait également être dépassé en 2010" - Source AFP Google

Une fois de plus, le gouvernement joue avec les mots et les chiffres puisque comme le font remarquer les Echos : " Le nombre de créations d'entreprises, tous statuts confondus, ralentit fortement depuis plusieurs mois : il a reculé de près de 15 % en juillet par rapport à juin, après, déjà, deux mois de forte baisse en avril et en mai"

Au delà de l'auto ... satisfaction d'Hervé Novelli, qu'en est-il vraiment, dans le détail ?

" ... / ... plus d'un auto-entrepreneur sur deux n'a pas déclaré de chiffre d'affaires en 2010, selon les derniers chiffres rendus publics par l'Agence centrale des organismes de Sécurité sociale (Acoss) cette semaine. Si certaines de ces nouvelles entreprises sont restées inactives pour mieux être lancées plus tard, la plupart ont été clairement abandonnées ... / ... Reste que ces auto-entrepreneurs inactifs embarrassent le gouvernement. Hervé Novelli envisagerait d'ailleurs de les radier au bout de deux ans, au lieu de trois actuellement. Histoire de prouver l'utilité du dispositif " Nous dit 20Minutes

Petite astuce du ministre et de ses services, révélée par Les Echos : " La montée en puissance de l'activité des autoentrepreneurs doit toutefois être relativisée. Au début de l'année, un pic de créations d'autoentreprises a été enregistré, notamment en raison de la transformation du statut de certains travailleurs indépendants (janvier a ainsi totalisé près de 70.000 immatriculations, contre 20.000 en juin). Or ces entrepreneurs existant depuis souvent plusieurs années, leur chiffre d'affaires est venu gonfler l'activité globale enregistrée "

Néanmoins, si les : " auto-entrepreneurs inactifs embarrassent le gouvernement", il est un domaine qui ne semble pas trop l'alarmer, celui des offres payantes destinées à l'enregistrement du statut d'auto entrepreneur.

Or, les services d'Hervé Novelli sont au courant puisqu'on peut lire sur le site officiel de l'auto entrepreneur cet avertissement : " Un certain nombre d'auto-entrepreneurs nouvellement inscrits nous ont indiqué avoir reçu, quelques semaines après leur adhésion, un document les invitant à acquitter des frais d'inscription suite à leur déclaration d'activité, et à adresser le paiement de ces frais à une adresse à l'étranger. Nous souhaitons vous rappeler que l'adhésion au régime d'auto-entrepreneur est totalement gratuite"

A quoi fait référence cet avertissement ?

Il s'agit notamment, de sites Web, présents dans les résultats payants (Adwords) de Google que vous pouvez voir apparaître au travers des requêtes suivantes : " frais d'inscription auto entrepreneur", " statut auto entrepreneur" ou tout simplement : "auto entrepreneur "

Ces sites proposent aux postulants de s'occuper de leur inscription en leur demandant, un forfait variant de 79 de 89 € avec obligation de téléphoner à un numéro en 0800 qui coûte 1.35€ l'appel + 34c la minute. Ces montants étant censés représenter l'inscription et un : " Un suivi personnalisé d'un mois après inscription"

Cette affaire n'est pas nouvelle puisque, Gautier Girard, l'auteur d'un blog sur la création d'entreprises et l'entrepreneuriat au quotidien en faisait déjà état dans un billet, publié en ... décembre 2009 !

En Février 2010, c'était au tour de Rue89, de montrer du doigt ces méthodes plus que contestables !

Or à ce jour, le site mis en cause par Gautier Girard et Rue89 et d'autres nouveaux sites continuent à attirer les candidats à l'auto entreprise en se positionnant dans la partie la plus visible des résultats de recherche de Google. C'est à dire bien avant le site officiel et gratuit !

Si le service proposé est ambigu puisqu'il est précisé qu'au delà de la déclaration d'auto entrepreneur, il s'agit d'un "suivi personnalisé", les plus malins, ont ajouté (à vous de le trouver) un micro paragraphe qui signale que leur site : " .... / .... propose un service éthique dans le sens où le futur déclarant arrivant sur son site internet est en mesure de choisir de ne pas être accompagné et ainsi de déclarer de manière autonome sans coûts sur le site de l’URSSAF ... / ... " Astucieux, non ?

Les services d'hervé Novelli n'auraient-ils rien vu depuis 2009 alors que les forums sont remplis d'anecdotes à ce sujet et font référence à de très nombreuses plaintes de créateur d'auto entreprises ?

A vrai dire, il serait logique que, devant des pratiques "étonnantes" et ... persistantes, comme celles-ci, qu'Hervé Novelli qui, outre être : "Secrétaire d'État chargé du Commerce, de l'Artisanat, des Petites et Moyennes Entreprises, du Tourisme, des Services", assume la responsabilité de la Consommation et à ce titre, comme patron de la DGCCRF, nous donne quelques explications, sur sa faible réactivité au problème, plutôt que de se contenter de lancer des chiffres ... très communicants !

28.08.2010

Convergence fiscale : la France à la remorque de l'Allemagne

La France travaille à la convergence fiscale avec l'Allemagne. C'est François Baroin qui le disait. En juillet dernier, Nicolas Sarkozy avait publié une belle déclaration sur le sujet, ... hors sujet ? Mardi, le ministre du budget a donc rendu visite à son collègue allemand en début de semaine. De quoi s'agit-il ? La France souffrirait-elle d'un désavantage fiscal vis-à-vis de l'Allemagne ?

Convergence fiscale franco-allemande ? Non, Sarko s'agenouille devant Merkel
En termes de résultats, notre voisin fait envie: une croissance double de la nôtre, une balance commerciale ultra-positive, des déficits moins importants et en réduction (4% du PIB contre 8,5%). Mercredi dernier, lors du point presse de rentrée de Luc Chatel porte-parole du gouvernement, ce dernier a expliqué que la coordination des politiques franco-allemandes pendant la crise avait permis à ces deux économies de mieux résister. Est-ce vraiment le sujet ?


Se rapprocher...
A Berlin, Baroin a expliqué : « Quelle que soit leur sensibilité politique, tous les Allemands sont d'accord, ou presque, pour affecter les surplus de recettes au désendettement. En France, non ». Le ministre est gonflé. La France jouit sans doute d'un accord plus large qu'auparavant sur la réduction des déficits publics. Le désaccord porte plus sur la répartition des efforts pour y parvenir. De surcroît, depuis 2002, tous les gouvernements de droite ont aggravé l'ampleur des déficits à des niveaux inégalés auparavant. 

L'Allemagne fait envie, mais on ne se l'avoue pas : « On ne regarde pas avec envie, ni désir ni amertume » a justifié Baroin. Son chômage, hier à 5 millions, redescend sous la barre des 3 millions. En France, quelques ministres applaudissent à chaque frémissement positif du nombre de sans-emplois, alors que le chômage de longue durée, celui des jeunes, et le temps partiel contraint (avec la précarité qui l'accompagne) ne cessent d'augmenter.  On oublie que les entreprises n'ont jamais autant recruté ... de CDD.

La reprise économique outre-Rhin s'est aussi révélée très forte : la croissance du PIB est attendue à 3%, soit plus du double de celle en France (1,4%). Il faut dire que l'économie allemande profite mieux des marchés extérieurs. L'économie française reste très dépendante de la consommation des ménages. Or, sur un an, le pouvoir d'achat des ménages français a reculé de 0,4%, d'après une étude récemment publiée par 60 Millions de Consommateurs.

Bref, on a peine à comprendre en quoi la fiscalité serait le facteur-clé du succès allemand. Comme le notait Reversus, l'économie allemande est hyperspécialisée, notamment vers les exportations de biens d’équipements, et ses cycles économiques sont plus volatiles qu'en France.

Masquer les hésitations françaises

En criant ainsi à la convergence fiscale, Sarkozy cherche surtout à masquer ses propres hésitations et à donner des gages. 

Le 21 juillet dernier, profitant de la venue du ministre allemand des Finances pour assister à un conseil des ministres, Nicolas Sarkozy s'était fendu d'une lettre exhortant la France et l'Allemagne à travailler à leur convergence fiscale. Cette déclaration ressemblait autant à un appel au secours qu'à une opération de diversion.

Longtemps, Nicolas Sarkozy a publiquement répété l'exemple du fameux bouclier fiscal allemand, un exemple faux, mais auquel Sarkozy s'accroche chaque fois qu'il le peut. Il n'y a pas de bouclier fiscal en Allemagne (et d'ISF non plus). Les taux de prélèvements obligatoires sont très similaires entre les deux pays: 42,8 % pour la France et 39,5 % pour l'Allemagne. Mais les comparaisons sont malaisées.

Le plan de rigueur annoncé et mis en oeuvre par le gouvernement Merkel depuis le début de l'année est-il un modèle recherché en Sarkofrance ? 80 milliards d'euros d'économies et de hausses d'impôts sur 4 ans sont prévues. Tout y passe: augmentation des cotisations d'assurances-maladie et de l'assurance-chômage, création de nouvelles taxes sur le transport aérien et l'énergie nucléaire; réduction des forces armées (avec suppression du service militaire). Mais au final, ce plan de rigueur ne doit générer « que » 11 milliards d'euros d'économies annuelles. Le niveau des déficits outre-Rhin est nettement moins préoccupant qu'en France. Sarkozy souhaiterait-il taxer l'énergie nucléaire comme Angela Merkel l'a récemment annoncé ?

En France, le « plan de rigueur » est disparate, flou, mal assumé, voire contradictoire. On rogne sur des niches, fiscales ou sociales, sans dire encore lesquelles alors que le sujet est sur la table depuis près d'un an. On annonce ces coups de rabots mais on promet de ne pas augmenter les impôts. On met en exergue des mesures financièrement symboliques (comme le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, soit environ 500 millions d'euros par an) alors que les enjeux - 100 milliards d'euros à économiser - sont colossaux. On assure que les prélèvements obligatoires sont trop importants, mais on feint d'ignorer qu'une grosse partie d'entre eux - l'assurance maladie - n'est qu'un transfert: que la santé soit financée par cotisations publique ou souscriptions individuelles, elle a un coût.

En matière de régulation financière, l'Allemagne a été plus discrète mais plus active auprès de ses propres institutions. Mercredi, le ministre allemand des Finances a présenté le projet de taxation des banques, dont le produit, estimé à 1,2 milliards d'euros par an, servira à gérer leur risque prudentiel. Toutes  les institutions de crédit ayant leur siège en Allemagne et surveillées la « Bafin », mais pas les compagnies d'assurances, sont concernés. Le projet de loi prévoit aussi la possibilité de nationaliser une banque au bord de la faillite, de la démanteler et de ne garder que les actifs jugés stratégiques.

« L'instauration de prélèvements sur les banques, assis sur leur bilan » avait été annoncée par la France, l'Allemagne et le Royaume Uni en juin dernier. L'Allemagne y travaillait depuis mars dernier. Mais la France, comme souvent en la matière, tarde. Primo, Christine Lagarde avait prévenu, le 22 juin dernier, que le projet français ne serait prêt qu'à l'automne, dans le cadre de l'examen de la loi de Finances. Secundo, les ambitions étaient plus modestes : Lagarde évoquait en juin quelques centaines de millions. Tertio, le gouvernement français a bien l'intention, à ce stade, de récupérer les éventuelles recettes de ce nouveau prélèvement pour financer ses déficits publics. En Allemagne au contraire, la taxe bancaire abondera un fond de stabilisation du secteur.

Au final, Sarkozy cherche à nous divertir. Après avoir un temps déstabilisé le couple franco-allemand en privilégiant une ouverture diplomatique tous azimuts (Union pour la Méditerranée, rapprochement franco-britannique, etc), le président français a changé son fusil d'épaule. Il n'a surtout plus le choix.

Cacher son impuissance 
Mercredi, pour sa journée de rentrée, Nicolas Sarkozy recevait les ambassadeurs, pour la traditionnelle Conférence des Amabassadeurs, la 28ème du genre. Cet exercice est toujours savoureux. Sarkozy y plaida pour un « véritable gouvernement économique de l'Union », jugé « nécessaire et même indispensable ». En décembre dernier, le président français avait tout fait, avec d'autres, pour que l'Union se dote d'un président insignifiant. Mais le voici qui rappelle désormais que « la France et l'Allemagne ont fait des propositions ambitieuses », « que nous allons mettre en oeuvre prochainement. »  Le chef de Sarkofrance fait référence au compromis, minable pour lui, qu'il a du avaler/accepter en juin dernier. 

On se souvient en effet du clash franco-allemand, en juin dernier, quand Angela Merkel souhaitait que l'Europe n'accorde des aides financières aux Etats nécessiteux qu'à condition d'un contrôle de leurs budgets. La chancellière n'en démordait pas, au point d'annuler à la dernière minute un dîner de travail avec Sarkozy à Berlin. Le président français voulait, lui, institutionnaliser davantage l'eurogroup, avec un secrétariat permanent, voire une présidence tournante qu'il se voyait bien assumer. In fine, Nicolas partit à Berlin et ravala ses grandes idées. Angela avait eu raison de son projet de gouvernance économique. Il fut même contraint d'accepter le principe de sanction (sous forme de privation de droits de vote au Conseil européen) contre les Etats européens aux finances défaillantes. On comprend mieux les belles déclarations sur la convergence fiscale !

Pire, depuis des mois, la Commission européenne émet des doutes récurrents sur la faisabilité des promesses de redressement budgétaire émises par le gouvernement français. Il faut dire que Sarkozy avait mal démarrer son mandat quand, à peine élu, il était allé réclamer (et obtenir) un délai supplémentaire d'un an pour rétablir le déficit français sous la barre des 3% du PIB. Trois ans et une crise plus tard, en juin dernier, le commissaire en charge des affaires économiques et monétaires avait critiqué les prévisions de croissance (2,5% dès 2011) et des rentrées fiscales du gouvernement Sarkozy. 

Aujourd'hui, l'objectif premier n'est donc finalement que de recouvrir un minimum de crédibilité, tant vis-à-vis de l'Allemagne que des marchés financiers et des agences de notation. Et quoi de plus efficace que de s'afficher le plus près possible du grand gagnant européen de la reprise mondiale. Le véritable message de François Baroin, à Berlin, était que la Sarkofrance était décidée à mener une cure d'amaigrissement...

27.08.2010

En Allemagne on taxe les banques, en France les internautes

Eugène, blogueur associé, pointe une coïncidence calamiteuse pour le gouvernement : la France risque, sur ordre de Bruxelles de devoir augmenter la TVA pour les offres triple play tandis que l'Allemagne taxe les banques.



Pendant que le gouvernement allemand adopte un projet de taxe bancaire, notre gouvernement songe à davantage taxer les offres internet « triple play ». Est-ce logique ? Est-ce la bonne voie ?
Pourquoi cette taxation ? Simplement à cause d’une sombre histoire de TVA qui serait jugée trop faible par Bruxelles. La TVA des offres internet « triple play » est basse grâce à la considération, qu’à fait la France, que la TV représentait 50% d’une facture internet « triple play , ce que conteste Bruxelles. L’Europe considère qu’en vertu du nombre d’abonnés n’ayant pas accès au « triple play » à cause d’un débit médiocre de leur connexion, la part de la TV dans les offres internet « triple play » est beaucoup moins de 50%. Une augmentation de cette TVA ne sera pas un bon point pour le pouvoir d’achat des français, ni pour la réduction de la fracture numérique, mais qu’importe ! C’est assez étrange cette façon qu’à la Commission européenne de se mêler de tout sauf de l’essentiel. Bref.

En Allemagne, en revanche, on s’occupe des vrai problèmes et une taxe viens d’être votée : une taxe sur les bénéfices des banques qui sera calculée en fonction de la taille de l'établissement et du degré de risque de ses activités. Les fonds collectés iront dans un fond de garantie des banques. Quant à la France, il y a plusieurs mois le gouvernement à fait grand bruit de cette taxe bancaire (qui n’en n’est pas une en fait, puisque l’argent ne servira qu’au banques en difficulté, à cet égard, il s’agit plutôt d’une assurance obligatoire, comme l’assurance automobile). Pourtant, si les journaux en ont beaucoup parlés, la loi n’est pas encore passée… Elle devrait être présentée fin septembre pour inscription dans la loi de finance… 2011 ! C’est vrai que ce n’était pas du tout urgent. En revanche, dans le cas de la France l’affectation des fonds devraient finalement revenir… à l’état ! Il s’agirait donc d’une vrai taxe. Reste à savoir ce qui sera réellement décidé car d’ici là tout peut changer…


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26.08.2010

Comment Sarkozy a planté sa rentrée

Il revient, après 20 jours de vacances quasiment sans interruption. Une remarque, ratée, sur le traitement de la crise humanitaire au Pakistan, une séance de travail sans résultat à Brégançon vendredi, et une flopée de communiqués triomphants sur les résultats sportifs d'athlètes français. Il y a trois semaines, on croyait que la rentrée serait sociale, avec la réforme des retraites qui arrive à l'examen parlementaire. Elle le sera peut-être.

Mais Sarkozy s'est entretemps savonné la planche.

Comment Sarkozy a planté sa rentrée

Dans l'édition de cette semaine, Christophe Barbier, le patron de la rédaction de l'hebdo, s'est fendu d'un article quasi-louangeur sur le plan sarkozyen en matière d'insécurité. Une position à contre-courant de la quasi-totalité des commentaires. l'offensive sécuritaire du 30 juillet dernier semble avoir fait choux blanc. Et la rentrée s'annonce mal pour le pouvoir.

Le piège sécuritaire se referme
Le thermomètre sarkozyen lui-même est cassé: après 4 semaines exactement de polémiques sécuritaires (Roms le 27 juillet, puis discours de Grenoble le 30 juillet), les sondages restent extraordinairement mauvais, avec une cote de popularité qui oscille autour d'un tiers d'opinions favorables. Tout ça pour ça ?

Sarkozy a-t-il explosé la droite ? C'est le constat qui s'impose. Même Christian Vanneste, le député homophobe du Nord et catholique affiché s'inquiète du « racolage électoral » contre les Roms. Quant à Jean-Pierre Raffarin, il considère que l'UMP est entré « dans une dérive droitière qu'il convient de corriger. » Dans les colonnes du Monde, Dominique de Villepin, qui a repris sa carte de l'UMP fin juillet, s'est livré à un redoutable réquisitoire contre la charge sécuritaire de Sarkozy. Emanant de Villepin, l'attaque était attendu. Mais l'ancien premier ministre a la formule qui choque: « Faute morale, faute collective commise en notre nom à tous, contre la République et contre la France. Il y a aujourd’hui sur notre drapeau une tache de honte. » Brice Hortefeux, évidemment, n'a pas apprécié. la Sarkofrance, comme hier avec le débat sur l'identité nationale qui lui échappa, est acculée à la défense systématique. « Un tel dévoiement des mots est plus qu'un contre-sens», a répliqué mardi le ministre de l'intérieur. « C'est une faute morale, c'est surtout une insulte à la mémoire de celles et ceux qui ont péri voici plus de soixante ans sous le joug de la barbarie nazie ».

Plus au Sud, le ministre-maire-conseiller de l'UMP Christian Estrosi s'est fait taclé sur son propre bilan de maire contre l'insécurité: des caméras partout, un effectif de police municipale porté à 550 agents et un nombre de crimes et délits en baisse de ... 400 unités (-5%)... Nice demeure l'une des villes les moins sécurisées de France. Le nombre de crimes est deux fois supérieurs à celui de Grenoble. Et Christian Estrosi navigue dans la politique locale depuis l'ère Médecin voici 30 ans.

Le Front National se frotte les mains : les 300 Roms expulsés la semaine dernière et cette semaine, à coup de 300 euros par adulte et 100 euros par enfant, pourront revenir aussitôt. Croire que les 15 000 Roms sont l'explication majeure des difficultés du pays est également risible. La déchéance de nationalité élargie ne changera rien non plus au problème de l'insécurité violente. La France n'a rien gagné, mais elle a déjà un peu plus perdu. A l'étranger, la position sarkozyenne suscite l'effarement général.

«Je prie pour que M. Sarkozy ait une crise cardiaque » L'homme qui a dit cela était un prêtre, si choqué. Il s'est excusé depuis.  Le weekend dernier, l'Eglise catholique elle-même s'est effectivement exprimée, tantôt implicitement, tantôt explicitement, contre la stigmatisation en cours des Roms et autres minorités. Certains religieux, comme l'évêque d'Aix-en-Provence, ont constaté de leurs propres yeux ce que signifiaient les expulsions « classiques » de communautés Roms dans le climat actuel de Sarkofrance. Le président de la Conférence des évêques de France, Mgr André XXIII, s'est interrogé: « De quel prix payons-nous nos sécurités ? Ou plutôt à qui les faisons-nous payer ». Il doit être reçu par Brice Hortefeux. Il y a deux ans, on s'est gaussé ou indigné des discours religieux de Nicolas Sarkozy. Mais le Monarque n'invoquait la foi chrétienne que pour légitimer un discours à vocation identitaire (contre l'Islam), et non pas pour célébrer les valeurs chrétiennes (accueil, pardon, solidarité, etc). 

Le rapport caché par Brice Hortefeux
Mardi, le site internet de L'Express révélait l'existence d'un rapport confidentiel du ministère de l'intérieur, daté de janvier 2010. Ses auteurs, 5 hauts fonctionnaires appartenant à l'Inspection générale de l'administration, à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) et à l'Inspection générale des services (IGS), au terme d'une enquête de terrain de quatre mois, recommandaient le développement d'une police de terrain, ... et louaient les Unités Territoriales de Quartier que Brice Hortefeux a enterré la semaine dernière : « Les Uteq ont prouvé à la fois leur utilité et leur efficacité ainsi que leur inscription plus ou moins confirmée dans le tissu social des quartiers. Elles constituent des outils tactiques intéressants, mais qui ne peuvent prendre tout leur sens que s'ils sont utilisés dans le cadre d'une stratégie locale claire. ». L'exact contraire des déclarations officielles de Brice Hortefeux cet été.Les auteurs recommandaient encore « que soit réaffirmé, là où cela est nécessaire, le cadrage tactique consistant en une présence permanente à heure fixe, y compris le weekend, une stabilité du passage sur certains itinéraires, en privilégiant une progression à pied de deux équipes resserrées sous la protection discrète d'un véhicule. » Dans le rapport on peut lire cette surprenante conclusion :  « Pour les 29 territoires Uteq étudiés, la délinquance de proximité a globalement baissé de 6,8% » Pourquoi donc les remplacer par des Brigades Spécialisées de Terrain ? Les auteurs du rapport louent « cette connaissance du terrain et des délinquants d'habitude » qui « est une première source de renseignement », qui permet « la transmission de renseignements très utiles reposant sur les seules capacités d'observation directe des fonctionnaires _ par exemple des éléments de train de vie qui paraissent disproportionnés par rapport aux activités connues de certains individus. » Mais les auteurs notent aussi, critique déguisée des grandes proclamations sarkozyennes, qu'il vaut mieux être discret en matière de lutte contre la délinquance de proximité :  « On peut d'ailleurs se demander s'il est pertinent, dans la phase de présentation de l'Uteq au public, d'évoquer parmi ses objectifs, la recherche opérationnelle du renseignement, ce qui peut avoir pour effet d'accentuer la suspicion à l'égard de ceux qui ont des contacts, parfois de simple courtoisie, avec la police. »

Résumons : il faudrait être discret et proche du terrain si l'on espère repérer les délinquants et rassurer les populations. Quelle est la voie choisie par Sarkozy ? L'exact contraire : crier au loup devant des caméras, claironner ses objectifs, puis envoyer des équipes d'intervention non localisées.

Chatel flingue la rentrée des secondes.
Mardi 24 août, le ministre de l'Education faisait sa rentrée. Luc Chatel présentait « les ressources pédagogiques disponibles à la rentrée ». L'an dernier à la même date, il préférait se montrer dans un supermarché de la région parisienne entourée de fausses clientes/vraies militantes UMP, pour se féliciter des baisses de prix de fournitures scolaires. Cette fois-ci, il évite les gaffes... ou presque. 

Mardi, il présentait les nouveaux manuels de seconde, tous modifiés ( à l'exception des ouvrages de Français) à cause de la réforme des lycées. Le gouvernement s'étant pris très tard pour publier les programmes (en mai dernier), les éditeurs ont été pris par le temps, les enseignants n'avaient pas reçu les manuels en juin pour faire leur choix parmi les 67 modèles proposés par les différents éditeurs. Les élèves ne connaîtront que plus tard, bien après la rentrée scolaire, avec quel matériel pédagogique ils devront travailler. Un joli couac administrativo-politique pour une réforme déjà contestée : la réduction des horaires entraîne notamment la suppression du caractère obligatoire de certains enseignements (comme l’histoire-géographie en Terminale scientifique, ou les sciences économiques ). La concertation sur la rédaction des nouveaux programmes a été accélérée et donc minimale.

Environ 500 000 élèves sont concernés.

Pour rassurer les élèves, Luc Chatel a annoncé mardi qu'une version électronique de tous les manuels serait disponible gratuitement sur internet dès la rentrée. Autre sujet d'inquiétude, le coût de la rentrée: à la différence des années précédentes, il n'y a pas d'ouvrages d'occasion disponibles, puisque les manuels ont été cette fois-ci intégralement refondus. Luc Chatel a rappelé les quatre aides gouvernementales, sans préciser combien précisément concernent véritablement les lycéens de classe de seconde: l'allocation de rentrée scolaire (306€ pour environ un million d’élèves de 15 à 17 ans toutes classes confondues), les bourses du second degré (15,6% des élèves du second degré pour un montant moyen de 320 €), la prime spécifique à l'entrée en seconde (pour près de 70 000 élèves pour un montant de 217 €), les bourses au mérite (d’un montant de 800 € pour environ 72 000 lycéens). Pour le ministre, tout va bien : « tout est prêt pour la mise en œuvre de la nouvelle classe de seconde à la rentrée de septembre. »

Dans les colonnes de l'Express, le ministre explique que la méritocratie est en panne. Il ne croit pas si bien dire. La Sarkofrance donne l'exemple d'une France où copinage et conflits d'intérêt sont les deux mamelles de la progression sociale. Chatel n'est pas avare de citations surprenantes. En pleine affaire Bettencourt, il n'hésite pas: « De mon passé chez L'Oréal , j'ai peut-être hérité du sens du professionnalisme: je bosse mes dossiers. » La rentrée serait-elle orageuse ? « Le contexte dépasse l'Education, puisqu'il s'agit de la réforme des retraites. » La réforme de la mastérisation inquiète-t-elle les parents d'élèves qui confieront leurs rejetons à des étudiants-enseignants ? Luc Chatel a la comparaison facile, et douteuse : « Cela ne choque personne, aux urgences, d'être examiné par un étudiant de troisième année de médecine.  »

25.08.2010

Rigueur: les 23 milliards de recettes fiscales gâchées par Sarkozy depuis 2007

La reprise est fragile, les comptes publics sont plombés, et Sarkozy tient à la protection fiscale de son coeur électoral. Bref, la rentrée économique, et donc sociale, du gouvernement s'annonce périlleuse. La petite réunion médiatique de Brégançon devait donner le tempo général: rien ne sert de manifester, l'heure est grave, la crise n'est pas encore derrière nous. On oublierait presque que Nicolas Sarkozy, depuis ses premières mesures fiscales de l'été 2007, a gâché quelques 23 milliards d'euros.

Rigueur: les 23 milliards de recettes fiscales gâchées par Sarkozy depuis 2007


Croissance faible...
Le déficit budgétaire de la France est prévu entre 8 et 9% du PIB en 2010. Sarkozy s'est fixé comme objectif de le réduire à 6% l'an prochain. D'ici 2013, il lui faut trouver 100 milliards d'euros pour atterrir en deçà de 3% du PIB, soit en recettes supplémentaires, soit en économies budgétaires. En mai dernier, François Fillon avait expliqué que la moitié de cet effort serait obtenu par une croissance retrouvée de 2,5% par an entre 2011 et 2013. On croyait rêver.

Il y a un an déjà, tous les observateurs prévoyaient une croissance française fragile. Les raisons de cette fragilité sont quasiment légendaires : la croissance du PIB français repose avant tout sur la consommation. Or, primo, nombre de revenus sont indexés en France sur l'inflation (de l'année précédente). Et sans surprise, cette dernière étant faible en 2008/2009, les rémunérations indexées début 2010 ont peu progressé. A l'étranger, la balance commerciale française est toujours déficitaire. En d'autres termes, même si une croissance forte se dégageait à l'étranger, les entreprises françaises en profiteraient peu...

Lors de la publication des chiffres de la croissance au second trimestre, Christine Lagarde s'est quand même empressée de s'en féliciter. La ministre reste optimiste coûte que coûte... quitte à être désavoué,vendredi 20 août, par la réunion de Brégançon. A l'Elysée, on reconnaissait qu'il fallait relever cet «enjeu de crédibilité budgétaire extrêmement important ». Christine Lagarde appréciera. Lundi, elle intervenait dans les colonnes du Financial Times, pour expliquer que son gouvernement fera « tout ce qui est nécessaire » pour réduire les déficits.

Dans cette résidence d'été des présidents de la République, Nicolas Sarkozy avait réuni un quarteron de ministres pour réagir aux menaces de dégradation de la note de crédit de la France par l'agence Moody's. La seule véritable annonce fut une révision à la baisse de la prévision de croissance française pour 2011, de 2,5 à 2,0%. En Allemagne, la croissance attendue dès cette année est de 3%.

... déficits structurels,
Vendredi, le chef de Sarkofrance a relevé de 5 à 10 milliards d'euros les hausses d'impôts (i.e. suppression de niches fiscales et sociales). Les 468 niches fiscales représentent déjà environ 75 milliards d'euros de manque à gagner pour les comptes publics par an. Pour faire bonne figure, Sarkozy y a ajouté 45 milliards d'euros d'aides sociales baptisées « niches sociales ».

Nicolas Sarkozy s'accroche aux symboles. Il faut lire in extenso le communiqué de la Présidence publié à l'issue de la réunion de Brégançon pour le croire. Les mesures de rigueur annoncées étaient déjà connues:
« - Les dépenses de l'Etat ne progresseront pas en valeur sur les trois prochaines années, hors pensions et charge de la dette ;
- Les transferts de l'Etat aux collectivités territoriales resteront désormais stables en valeur ;
- Le programme de non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant en retraite sera poursuivi ;
- Le point d'indice des fonctionnaires ne sera pas revalorisé en 2011 ;
- Les dépenses de fonctionnement et d'intervention de l'Etat baisseront de 10% d'ici 2013, dont 5% dès 2011 ;
- 10 Md€ de niches fiscales et sociales seront supprimés à l'automne ;
- L'Objectif National des Dépenses d'Assurance Maladie (ONDAM) continuera de décroître pour atteindre, après 3% en 2010, 2,9% en 2011 et 2,8% en 2012 ;
- D'éventuels surcroîts de recettes seront intégralement affectés à la réduction du déficit. »

Dès lundi, François Baroin répétait que les « publics fragiles » et la politique familiale ne seront pas concernés par ces mesures d'économie.  L'argument est hypocrite. On sait que Sarkozy craint une gronde sociale. Mais le problème est ailleurs : l'effort de rigueur sera-t-il bien réparti entre capital et travail ? Entre ménages modestes et classes supérieures ? La réduction de voilures des services publics et les déremboursements de la Sécurité Sociale frappent d'abord les plus fragiles.

Le chef de Sarkofrance continue surtout de jouer sur les mots: « La réduction du déficit public doit être obtenue en réduisant en priorité la dépense publique. Ni l'impôt sur le revenu, ni la TVA, ni l'impôt sur les sociétés ne seront augmentés ». Encore faudrait-il admettre que la crise est l'unique responsable de nos tourments.... ce qui est faux. En février dernier, la Cour des Comptes estimait à 12 milliards d'euros l'aggravation du déficit budgétaire de la France en 2009 à cause des mesures sarkozyennes, hors baisse des recettes fiscales. La moitié seulement de ces 12 milliards était attribuable au plan de relance.

En trois ans de mandat (2007-2010), Nicolas Sarkozy a dilapidé quelques 23 milliards d'euros cumulés en cadeaux fiscaux inutiles. Il a beau jeu, aujourd'hui, d'expliquer que la dépense publique est excessive...

... et 22,9 milliards de gâchis fiscal
Progressivement, son paquet fiscal de l'été 2007 est détricoté, sans attendre une quelconque alternance politique ! Seule mesure qui semble trouver grâce aux yeux de tous, l'investissement d'une partie de l'ISF dans les PME est une autre mesure que le gouvernement se plaît à porter aux nues. Prévue à 440 millions d'euros par an, cette défiscalisation coûte près du double : 840 milliards d'euros en 2010. Et elle ne concerne que 140 000 ménages. Pour le reste, les critiques pleuvent.

Intérêts d'emprunts: 2,8 milliards d'euros depuis 2007
Ainsi, la défiscalisation (partielle) des intérêts d'emprunt pour l'acquisition d'une résidence principale a été jugée inefficace par Mme Lagarde elle-même. La proportion de propriétaires reste scotché à 57% en France. Le gâchis se chiffre à 280 millions d'euros en 2008, un milliard en 2009, et encore 1,5 milliard en 2010. Total : 2,8 milliards d'euros en 3 ans. Si le gouvernement a déjà annoncé la suppression du dispositif, l'économie prévue sera très modeste (200 millions), car le prêt à taux zéro sera refondu et ses conditions de ressources assouplies.

D'autres mesures plus symboliques de ces trois dernières années demeurent :

Bouclier fiscal : 1,8 milliards depuis 2007
En 2007, le taux du bouclier fiscal avait été abaissé (de 60 à 50%), et son assiette avait été élargie, en y intégrant la CSG et la CRDS dans les impôts servant au calcul du remboursemen. En 2009, il a coûté 585 millions d'euros pour moins de 17 000 contribuables concernés (sur 25 millions)...

Heures supplémentaires : 7,2 milliards depuis 2007.
La défiscalisation partielle des heures supplémentaires n'est pas concernée par les débats qui agitent l'UMP. Prévue à 5,4 milliards d'euros en 2007, elle ne coûte finalement « que » 2,4 milliards d'euros par an, faute de succès. Un pur effet d'aubaine qui a plutôt accéléré la destruction d'emplois qu'autre chose. On ne travaille pas plus en Sarkofrance (6,3 millions de Français sont en manque d'emploi: chômage total, partiel ou technique) et le pouvoir d'achat stagne. Le nombre d'heures supplémentaires a baissé en 2009 de 7% versus 2008...

Droits de succession : 6,6 milliards depuis 2007
En 2007, Sarkozy a allégé les droits de successions. Avant le paquet fiscal et depuis la loi de juin 2006, 90% des héritages étaient déjà exonérés grâce aux abattements de 76 000 euros pour le conjoint survivant (s'il était marié; 57 000 euros sinon), et de 50 000 euros pour les enfants du défunt. Depuis, le conjoint survivant est totalement exonéré de droits de succession, et l'abattement des enfants a été augmenté à 150 000 euros. Le coût était prévu à 1,8 milliards d'euros. Il ressort à 2,2 milliards par an.

L'abaissement de la TVA sur la restauration de 19,6 à 5,5%: 4,5 milliards depuis 2007
La mesure, ancienne promesse de Jacques Chirac, a été tenue en juillet 2009. La première année, elle coûta 1,5 milliards d'euros, puis 3 milliards d'euros les années suivantes.

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